Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

« Bush peut libérer la Palestine de la tyrannie de l'occupation »

Une interview de Hanan Ashrawi

LES MEDIAS SONT PLEINS DE NOUVELLES SUR LES CHANCES NOUVELLES POUR LA PAIX AU MOYEN-ORIENT . MAHMOUD ABBAS EST LE NOUVEAU PRESISIDENT PALESTINIEN, LE GOUVERNEMENT ISRAELIEN EST ELARGI ET LE PRESIDENT AMERICAIN A PROMIS DE NOUVEAUX EFFORTS POUR SON SECOND MANDAT. MO* A DEMANDE A HANAN ASHRAWI, LA VOIX LA PLUS INDEPENDANTE DE LA POLITIQUE PALESTINIENNE, SI CET OPTIMISME EST JUSTIFIE.

Nous téléphonons à Hanan Ashrawi au cours d'un paisible samedi après-midi. « Tout le monde est en vacances » dit-elle en riant. La Fête de l'offrande se prolonge pendant le week-end. Ashrawi la fête évidemment aussi, bien qu'elle ne soit pas musulmane.

 

Son père, un des fondateurs de l'OLP était un chrétien grec-orthodoxe, sa mère, une anglicane. Elle a étudié la littérature en Virginie, et a été tout un temps doyenne de la faculté d'anglais de l'université Bir Zeit. En 1991, elle a demandé à Yasser Arafat de pouvoir diriger la délégation palestinienne aux négociations de paix de Madrid. Elle a aussi été députée et ministre de l'enseignement mais elle a quitté le gouvernement en 1998, parce que Arafat n'oeuvrait pas pour une vraie démocratisation et parce qu'il ne prenait pas de mesures contre la corruption généralisée. Aujourd'hui, elle dirige une organisation des droits humains (MIFTAH- Une initiative palestinienne pour un dialogue global et la démocratie) et elle lutte avec toute son énergie et son intelligence aigue pour le droit des Palestiniens à leur propre pays et leur propre avenir.

Considère-t-elle l'optimisme sur la situation actuelle en Israël et les territoires occupés comme justifié ?

Hanan Ashrawi : Je voudrais tout de même vous mettre en garde contre des attentes exagérées. Il est vrai que nous avons à présent un dirigeant politique qui choisit explicitement et ouvertement pour une résistance non-violente et qui est prêt à entamer une nouvelle phase dans le processus de négociation avec Israël. On investit de nouveau dans les réformes politiques et dans la reconstruction d'une nation et des institutions indispensables. Tout cela est formidable, mais en Israël, les dirigeants et l'idéologie n'ont pas changé. A Washington aussi, le même président est au pouvoir qui a bien parlé de paix les années passées mais qui n'a presque rien fait pour la réaliser.

Q : Mahmoud Abbas est de la même génération et a les mêmes antécédents que Yasser Arafat. Est-il bien l'homme désigné pour réaliser le renouveau ?

Hanan Ashrawi : Abbas est vu comme quelqu'un qui peut réaliser le passage de la vieille garde à la jeune garde de manière tranquille et pacifique. Son élection ne signifie pas le début d'une nouvelle période, mais d'une période de transition. Beaucoup de Palestiniens ont voté pour lui parce qu'ils voient en lui une source de stabilité et peut-être même de sécurité pour les Palestiniens. Le renouveau dont nous parlons maintenant, était déjà présent tout un temps de manière latente. Avec Yasser Arafat a disparu l'enduit qui tenait ensemble toute la société palestinienne et sa lutte. Il ne doit pas être remplacé par une personne mais par un solide état de droit, par des institutions développées et par des jeunes gens qui prennent des responsabilités.

Q : En quoi la jeune génération de politiciens se différentie-t-elle de l'ancienne ?

Hanan Ashrawi : Ils sont beaucoup plus ouverts à la construction d'institutions et à l'intérêt d'un état de droit, à une direction transparente et à l'accomplissement de responsabilités par les citoyens. Bref, ils sont plus motivés à construire un état démocratique opérationnel et durable. La plupart ont d'ailleurs grandi dans les territoires palestiniens et ont vécu sous l'occupation. Cela fait qu'ils sont beaucoup plus proches des Palestiniens ordinaires et de leurs expériences que la plus vieille génération de dirigeants. Ils sont aussi moins formés par l'idéologie de la révolution et de la lutte armée.

Q : Sauf alors les militants du Hamas et du Jihad.

Hanan Ashrawi : Il faut qu'une discussion ouverte et honnête se déroule avec ces mouvements pour qu'ils puissent aussi accéder à une partie du pouvoir. Mais ils doivent aussi se rendre compte qu'il n'y a qu'un moyen d'acquérir une légitimité pour leur mouvement ou leurs objectifs, et c'est en participant au processus démocratique, en participant, par exemple, aux élections pour le parlement en juillet. Ils ne peuvent pas continuer à opérer en dehors de l'arène politique et prétendre en même temps qu'ils parlent au nom du peuple.

Q : Comment se fait-il qu'aujourdhui les groupes radicaux islamistes prennent l'ascendant dan la lutte palestinienne ?

Hanan Ashrawi : Le combat n'est pas du tout repris par les groupes islamistes. Le combat palestinien a été dès le départ un combat séculier, nationaliste et en grande partie non violent. Le Hamas et le Jihad sont encore toujours des minorités - une minorité très dramatique et bruyante, mais une minorité. On s'y intéresse davantage qu'avant parce que l'occupation fait usage de violence. Cela appelle une contre-violence

La montée d'un discours idéologique de droite en Israël alimente l'usage d'un discours comparable du côté palestinien. Si l'extrémisme et le fondamentalisme donnent le ton en Israël, les groupes qui répondent sur le même ton aussi en Palestine reçoivent le vent en poupe. La violence qu'Israël a utilisée contre la population palestinienne et contre la première intifada a eu pour résultat que chez les Palestiniens s'est accru une plus grande acceptation pour l'usage de la violence dans la lutte contre Israël.

De plus, les Palestiniens qui avaient lutté pour un état séculier finirent par être discrédités quand il s'avéra que le processus de paix du début des années 90 n'avait conduit nulle part. Israël doit comprendre qu'il recevra de la violence en retour aussi longtemps qu'il fera usage de violence.

Q : Vous-même, vous attendez beaucoup de l'implication des femmes dans l'affaire palestinienne.

Hanan Ashrawi : Les femmes ont joué un rôle très important dans la société palestinienne, déjà depuis les années 20. Aujourd'hui nous avons un mouvement féministe fort qui a une vision très personnelle de la vie des Palestiniens.

Cela ne signifie pas que nous soyons déjà si loin que les femmes ne sont plus discriminées ou que les hommes et les femmes peuvent participer sur un pied d'égalité au pouvoir. Pourtant il y a un nombre de femmes qui réussissent à imprimer leur empreinte sur le pouvoir et la société. Les femmes palestiniennes ont toujours lutté pour les droits du peuple tout entier, malgré les limitations qui leur étaient souvent imposées par une société patriarcale traditionnelle.

Q : Certais observateurs disent que les mères et les épouses des auteurs d'attentats-suicides maintiennent la résistance armée.

Hanan Ashrawi : C'est une présentation des choses très désobligeante. Les mères des auteurs d'attentats-suicides sont victimes de la violence permanente des idéologues qui ont recruté leurs enfants, des actions que leurs enfants ont accomplies et de la réaction des occupants israéliens. Ce ne sont pas les mères qui provoquent la violence ou la laisse perdurer. C'est l'occupation, les extrémistes et les idéologues des deux côtés du conflit qui en portent la responsabilité.

Q : L'élargissement du gouvernement israélien aux travaillistes peut-il faire la différence ?

Hanan Ashrawi : Le nouveau gouvernement d'Ariel Sharon n'est qu'une alliance très limitée, qui ne doit servir qu'à réaliser le retrait unilatéral d'Israël de Gaza. Le Likoud et le Parti travailliste n'essaient même pas de formuler une vision commune de stratégie. Nous ne pouvons qu'espérer que le Parti travailliste ne se laisse pas manipuler par le Likoud, comme lorsqu'en 2001 Shimon Peres est devenu le porte-parole de fait de la politique d'occupation du Likoud et quand Fouad Ben Eliezer, comme ministre de la défense, devint responsable des destructions occasionnées par l'armée israélienne ;

Je veux être claire : je ne suis pas partisane d'un retrait unilatéral de Gaza parce que ce plan n'a rien à voir avec un processus de paix. C'est simplement l'occupant qui impose sa volonté à la population occupée. Gaza devient une prison en plein air et nous devrons encore le payer en Cisjordanie.

Au lieu de cela, ce dont nous avons besoin est la disposition des deux parties de se mettre à table pour un véritable processus de paix. Ce dont nous avons besoin, est la fin de l'état de siège et des mesures collectives, la fin de la politique d'assassinats et de tirs, l'arrêt de la démolition de maisons.

Q : Peut-il s'opérer un virage dans la politique israélienne tant qu'Ariel Sharon reste au pouvoir ?

Hanan Ashrawi : C'est difficile à imaginer. Après tout, Sharon a dit lui-même qu'il voulait ce retrait unilatéral pour éviter la tenue d'un nouveau dialogue ou d'un véritable accord avec les Palestiniens. Il veut éviter la venue d'un état palestinien viable. Mais je crois qu'en Israël existe une minorité significative qui conçoit qu'aujourd'hui se présente une chance exceptionnelle. Cette minorité est capable de provoquer en Israël un véritable appel pour un changement. Peut-être arrivera-t-on dans le camp de paix israélien - qui depuis des années est battu en brèche - à la remettre de nouveau sur pied.

Q : Existe-t-il en Israël une nouvelle génération de dirigeants prêt à reprendre le flambeau de Sharon et Peres et à s'investir dans la paix avec des dirigeants palestiniens ?

Hanan Ashrawi : Je n'en sais rien. Avec tous les blocus et l'interdiction pour les Israéliens de venir en Cisjordanie - excepté pour les colons et les militaires évidemment - il n'y a presque pas eu moyen d'apprendre à se connaître ou pour développer une politique commune. Ces dernières années du côté du camp de paix israélien le silence a été assourdissant. Seuls un certains nombre d'individus très courageux ont rompu ce silence. Les jeunes qui refusent le service militaire, les pilotes qui refusent d'exécuter les bombardements. Mais nous n'abandonnons pas l'espoir d'un changement en Israël . Entre temps, le peuple palestinien a souffert ces dernières années d'une manière qui (elle soupire, cherche le mot juste) qu'on ne peut qualifier que d'inhumaine. Les Palestiniens sont prisonniers dans leur propre pays. Les opérations de recherche, les meurtres, les maisons détruites par les bulldozers, les mesures de punition : tout cela avait pour objectif de briser notre dignité. Il y a bien un air nouveau qui souffle sur les territoires palestiniens, mais pour rendre un véritable changement possible, il faudra plus que cela

Q : La solution doit-elle venir de l'extérieur ?

Hanan Ashrawi : De toute façon, ce conflit n'est pas un problème bilatéral mais multilatéral. La question palestinienne est de la responsabilité du monde entier. Nous avons maintenant une intervention internationale via le « quartet » où les US, l'UE, la Russie et l'ONU essaient d'arriver à une paix. Mais ce quartet n'a encore jamais vraiment fonctionné parce qu'il est entièrement dominé par les US. Ceux-ci ont déterminé les limites à l'intérieur desquelles le quartet peut réfléchir et travailler, ils ont même décidé de quelle manière les trois autres peuvent participer à la négociation. Les US - certainement depuis le 11 septembre - ont fait échouer toutes les tentatives pour mettre sur pied un processus de paix. Les US ont baptisé Sharon homme de paix, et voyaient l'occupation comme une sorte d'autodéfense alors que les Palestiniens étaient qualifiés de terroristes et de corrompus. Les US ont mené une politique très simpliste et par conséquent contreproductive.

Q : Le deuxième mandat de Bush y apportera-t-il un changement ?

Hanan Ashrawi : C'est douteux. Si George Bush veut œuvrer pour la liberté et la démocratie, nous voulons sûrement collaborer. Je propose qu'il commence à nous libérer de l'occupation. L'occupation par Israël des territoires palestiniens est en effet le principal facteur d'instabilité et d'insécurité dans cette partie du monde.

Pour favoriser la liberté au Moyen-Orient, il ne faut pas faire la guerre, mais construire la paix. Les Etats-Unis ne peuvent pas continuer avec leur soutien inconditionnel à Israël. Ils doivent enfin montrer de la compréhension pour la souffrance des Palestiniens. C'est pour cela que nous devons fortement investir dans plus de dialogue avec le gouvernement de Washington, pour qu'il comprenne mieux quelles sont nos expériences, quels désirs et quelles exigences nous avons. Aujourd'hui, les chances d'un dialogue officiel entre les Palestiniens et Washington sont beaucoup meilleures qu'il y a un an.

Q : Supposons qu'Israël accepte un nouveau processus de paix, pouvez-vous vivre avec le Mur ?

Hanan Ashrawi : La construction du Mur est un des exemples des actes illégaux que commet l'état d'Israël, comme la construction illégale des colonies. Si Israël a une mentalité d'apartheid et veut construire un mur pour se cacher derrière, dans ce cas, ils n'ont qu'à le construire sur leur propre territoire. Le Mur est un grand vol de terres. Israël vole des terres fertiles aux Palestiniens, vole notre territoire, vole nos sources d'eau. Des communautés palestiniennes entières ont été emprisonnées par le Mur et séparées de leurs terres et de leur eau. Le Mur doit disparaître, parce qu'il est responsable d'encore plus de fureur et d'animosité.

Q : Si on veut introduire le Mur sur la table de négociation, en échange, Israël réclamera des Palestiniens des concessions supplémentaires.

Hanan Ashrawi : Vous rendez-vous compte de la logique de ce que vous me demandez ? Israël est le joueur puissant dans ce conflit et il peut toujours créer des faits accomplis. Israël peut construire des murs, voler des terres, assassiner des gens. Et si quelqu'un demande à Israël de cesser ces activités illégales, il peut, en outre, demander des compensations. Ce n'est pas une logique rationnelle, mais une pure logique de pouvoir. Vous demandez à la victime de payer l'auteur pour qu'il cesse ses pratiques cruelles. Nous n'avons plus rien avec quoi les payer. Ils nous ont pris notre pays. Ils ont détruit notre économie et nos infrastructures. Ils ont pris tant de vies. Que pouvons-nous encore leur donner ? La seule chose que nous pouvons leur offrir, est de la bonne volonté, une paix durable et un bon voisinage. Comme victimes, nous avons d'ailleurs déjà accepté qu'Israël puisse exister sur 78% du territoire historique de la Palestine. La paix que nous voulons maintenant ne peut pas nous être imposée unilatéralement.

Si nous faisons partie du problème du Moyen-Orient, nous devrons sûrement faire partie de la solution.

Source: le mensuel néerlandais MO* de mars 2005 par Gie Goris.

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