Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

1 - Gaza : lorsque les fusées sur Sderot exaspèrent

Légalité et légitimité de la résistance

Depuis les récents évènements survenus dans la bande de Gaza puis en Cisjordanie (mainmise du gouvernement palestinien sur les sièges des appareils sécuritaires, accompagnée d'actes de violence envers les membres de ces appareils, décisions anticonstitutionnelles du président palestinien accompagnées d'une vague de violence envers les membres et cadres du Hamas en Cisjordanie, les évènements se précipitent à vive allure en Palestine et dans la région, dans différentes directions.

Comprendre ce qui s'est vraiment passé dans la bande de Gaza exige une commission d'enquête neutre, car les sources des deux parties rapportent des faits très différents, mais ni la présidence palestinienne ni les courants éradicateurs* qui la tiennent en otage, ne souhaitent voir se mettre en place une telle commission, proposée dès le début des évènements par Khaled Mechaal, président du bureau politique du Hamas, au cours de sa conférence de presse.

Mais au-delà des évènements qui se sont déroulés il y a une dizaine de jours, ayant abouti à la mainmise du Hamas sur les appareils sécuritaires palestiniens dans la bande de Gaza, le conflit se déroule entre plusieurs courants qui traversent la société palestinienne issue des accords d'Oslo : d'abord le courant d'Oslo, la présidence palestinienne et quelques forces politiques et sécuritaires, qui s'accrochent tant bien que mal aux miettes que font miroiter les États-Unis et l'Union européenne, au moment où l'État sioniste s'accapare des terres et des ressources vitales, démantèle la Cisjordanie, asphyxie la bande de Gaza et achève son annexion d'al-Quds. Face à ce courant de plus en plus impopulaire, un courant multiforme refuse d'entériner cette soumission à l'ordre américano-sioniste, qu'il soit dans l'Autorité ou non. Au sein même de ces courants principaux, se retrouvent plusieurs forces qui s'allient et se désallient au gré du rapport de forces, local, régional et international.

La crise des appareils sécuritaires ne date pas d'aujourd'hui. Depuis les élections législatives palestiniennes ayant conduit Hamas au gouvernement, le président Mahmoud Abbas a agi avec le gouvernement de la même manière que le premier président, Yasser Arafat, avait agi avec lui, quand il était chef du gouvernement, alors que tous les deux appartiennent au Fatah. Rappelons que lors du conflit entre Mahmoud Abbas et Yasser Arafat, le premier, soutenu par les Etats-Unis, avait imposé la modification du Règlement principal de l'Autorité, accordant un poids plus important au gouvernement, face à la présidence. Cela avait suscité des remous dans les rangs du Fatah, fidèles au président martyr, contre le courant pro-américain et les forces de la sécurité préventive de Dahlan qui avaient à l'époque menacé le pouvoir du président Arafat, en descendant dans les rues de Gaza, les armes à la main. Si Yasser Arafat avait essayé de s'opposer à la mainmise du gouvernement de Abbas sur les appareils sécuritaires, ce fut pour empêcher la mainmise américaine sur ces appareils, mainmise qui se profilait par le biais de Mahmoud Abbas. Quant au président actuel, son refus de remettre les appareils sécuritaires entre les mains du gouvernement légitime est dû à sa volonté de les réduire à des suppléants de la politique américano-sioniste en Palestine. De plus en plus financés et armés par les puissances occidentales, ces appareils ont été conçus, notamment après la victoire du Hamas aux élections législatives, pour un rôle de répression interne et de coordination avec l'entité sioniste.

En refusant de remettre, en toute légalité, ces appareils sécuritaires aux mains du gouvernement, Mahmoud Abbas engageait la crise qui va aboutir aux évènements récents de Gaza. Le ministre de l'intérieur de l'époque, Sa'id Siyâm, constitue la Force Exécutive, composée des militants du Hamas mais aussi d'autres forces politiques comme les Comités populaires de la résistance, dont le dirigeant sera assassiné par les sionistes, peu après que la direction de la Force exécutive lui ait été confiée.

Mais c'est surtout le blocus international contre le gouvernement et le peuple palestinien qui va exacerber les luttes intestines entre les courants palestiniens. Ce blocus meurtrier, décrété par les États-Unis et l'Union européenne, avait pour but de faire tomber le nouveau pouvoir palestinien, élu pourtant selon les normes démocratiques occidentales. Il est actuellement notoire que des forces palestiniennes ont participé à ce blocus, ainsi que des pays arabes, soit passivement soit activement, pensant que ces mesures criminelles américano-sionistes activement soutenues par plusieurs pays européens allaient faire plier le peuple palestinien et lui faire abandonner la voie de la résistance.

C'est d'ailleurs cette même menace qui est brandie par les éradicateurs, parmi les conseillers de Mahmoud Abbas, lorsqu'ils affirment que le blocus renforcé sur la bande de Gaza, en provoquant la faim, précipitera la chute du Hamas.

Mais contrairement aux espoirs de l'axe américano-sioniste, la résistance palestinienne s'est poursuivie, et malgré toutes les difficultés engendrées par le blocus, malgré les invasions, les assassinats, les destructions, les barrages, les enlèvements, la colonisation et tous les actes criminels de l'occupation sioniste, la résistance armée et populaire s'est renforcée. Il y a presque un an, les résistants kidnappaient un soldat sioniste pour l'échanger contre les prisonniers palestiniens, mais avant et surtout après, la colonie de Sderot, située au nord de la bande de Gaza, est sous la cible des combattants.

La résistance dans la bande de Gaza, notamment militaire, a plus d'une importance, du fait du statut particulier : territoire libéré et nettoyé des colonies sionistes, mais particulièrement encerclé par les forces de l'occupation, en accord avec l'Union européenne et certaines parties égyptiennes. C'est dans la bande de Gaza que les forces sécuritaires de la présidence côtoient la Force exécutive qui n'a pu se déployer en Cisjordanie. C'est dans la bande de Gaza que les sionistes commettent massacres après massacres pour se venger plus particulièrement d'une population, largement des réfugiés, qui a accordé sa confiance à la voie de la résistance. C'est dans la bande de Gaza que le mouvement Hamas a une assise militaire et populaire puissante, du fait de l'histoire (histoire du Hamas mais aussi histoire de la bande de Gaza, rattachée à l'Égypte en 48). C'est à partir de la bande de Gaza, où les résistants ont développé les fusées et les armes, que la résistance armée frappe les colonies sionistes, et notamment Sderot. La résistance palestinienne, représentée surtout par le Hamas, a refusé, à plusieurs reprises, le chantage israélien voulant faire une trêve avec seulement la bande de Gaza, pour faire cesser les fusées de la résistance. Les résistants de plusieurs organisations, y compris les Brigades des martyrs d'al-Aqsa (affiliées au Fatah) ont fait de Sderot une cible de choix pour riposter à tous les assassinats et les enlèvements menés par les sionistes en Cisjordanie aussi, de sorte que même la presse israélienne parlait il y a encore trois semaines, de défaite israélienne à Sderot. C'est de la bande de Gaza que les fusées de la résistance ont montré qu'un peuple, même affamé, pouvait remporter des victoires contre Israël et ses partenaires. Et c'est pourquoi la bande de Gaza devait payer le prix.

Depuis l'accord de la Mecque et la constitution d'un gouvernement d'unité nationale, qui fait suite au gouvernement composé essentiellement de membres du Hamas, la présidence palestinienne est sous pression : d'une part, respecter ses engagements et mettre en place un vrai partenariat avec le mouvement Hamas, et d'autre part, répondre aux demandes des Quartet (arabe et international) qui exigeaient la rupture avec le Hamas pour constituer un gouvernement soumis aux intérêts américano-sionistes. Malgré leurs promesses, ni les États arabes soumis aux Etats-Unis, ni les Européens ne lèvent leur blocus mais exigent encore plus de concessions, ce qui plonge les accords de la Mecque et le gouvernement d'union nationale dans une situation encore plus critique : n'ayant réglé ni la question des forces sécuritaires, ni la fin du blocus, l'Autorité palestinienne se retrouve de nouveau partagée entre l'enlisement dans la compromission et la voie de la résistance.

Avec un supplément, toutefois : malgré toutes les défaillances des accords de la Mecque, ce fut une intervention arabe modérée essayant de rapprocher les points de vue, faisant place aux interventions extrémistes et nettement alignées des amis arabes de Rice et Bush, les régimes jordanien et égyptien. L'échec des accords de la Mecque ne signifie rien de plus qu'un alignement total de la question palestinienne sur les intérêts des deux régimes les plus impliqués dans le plan Rice, la Jordanie et l'Égypte. C'est ce qui explique la future rencontre Olmert-Abbas, en présence de la Jordanie et de l'Egypte, à Sharm el-sheikh.

C'est à ce résultat que les forces obscures de Dahlan (Sécurité préventive) et des autres (la sécurité intérieure notamment) voulaient parvenir en faisant obstruction à toutes les réformes des appareils sécuritaires : ces réformes instituaient, au lieu de la parité des organisations, un recrutement professionnalisé ainsi que leur indépendance vis-à-vis des organisations et groupes de pression armés (donc du Fatah, essentiellement). Les récents évènements à Gaza, qui ont abouti à la mainmise du Hamas sur les appareils sécuritaires, furent d'abord une riposte aux manœuvres des dirigeants des appareils sécuritaires, visant à prendre le contrôle de la bande de Gaza, grâce à l'armement nouvellement arrivé, au soutien logistique égyptien et même israélien, avec la bénédiction américaine et européenne, pour en finir avec la résistance, populaire mais surtout armée, contre l'occupation : c'est le plan Dayton, du nom de Keith Dayton, général américain qui réside dans l'État sioniste depuis mars 2006 pour appliquer le plan « d'éradication du Hamas » de la vie politique palestinienne.

Depuis des mois, la bande de Gaza vit au rythme des faits d'armes de ces appareils sécuritaires : arrestations, assassinats, corruption, règlements de compte et anarchie sécuritaire. Refusant la mise en application des accords signés lors des accords de la Mecque, refusant même d'obéir au président Abbas, ils ont rendu infernale la vie quotidienne des Palestiniens à Gaza.

Dans une déclaration récente (22/6/07), Raji Sourani, président du PCHR (Centre Palestinien des Droits de l'Homme) affirme que Gaza n'avait pas vécu un tel calme depuis plus de dix ans, réfutant la propagande des éradicateurs à propos des poursuites par le Hamas des militants du Fatah. Il a rappelé que le Hamas est l'Autorité, non pas depuis une semaine, comme cherchent à le faire croire les autres, mais depuis un an et demi. Et depuis cette date, les organisations des droits de l'homme n'ont enregistré aucune violation par le Hamas des droits civiques des citoyens. Il a de plus nié l'information selon laquelle les militants du Hamas auraient investi et saccagé la maison de Yasser Arafat, propagande mensongère de certains médias palestiniens, ayant conduit à une « St Barthélémy » en Cisjordanie, contre le Hamas.

De plus, la mainmise du Hamas sur ces locaux a dévoilé quantité de documents sécuritaires qui dénoncent la collaboration de certains appareils avec l'État sioniste, qui se montre d'ailleurs très inquiet à leur sujet. Il vient de réclamer à L'Égypte un rôle d'intermédiaire pour les récupérer, avant qu'ils ne tombent entre les mains de « pays de la région » évoqués par ces documents.

La riposte de Hamas a déjoué un coup d'État. Si cette riposte est considérée illégale et anticonstitutionnelle, elle l'est beaucoup moins que le coup d'État qui se préparait, qui aurait encore affaibli le pouvoir du président au détriment de ses conseillers éradicateurs. Si la mainmise du Hamas sur les appareils sécuritaires fut entachée d'actes violents, la répression qui s'est abattue sur les militants et les cadres du Hamas, dont beaucoup étaient recherchés par les sionistes, en Cisjordanie, constitue des actes de trahison. Qui a incendié la maison de Abdul 'Aziz Dweik, président du conseil législatif, enlevé et détenu par les sionistes depuis plus d'un an ? Et saccagé la maison de Hassan Youssef, député détenu dans les prisons de l'occupation, le même jour où les sionistes le transféraient de Ofer à Haddarim ?

Ceux qui accusent le Hamas d'avoir violé la constitution en s'emparant des bâtiments des appareils sécuritaires dans la bande de Gaza, comment qualifient-ils les décrets présidentiels instaurant l'état d'urgence, mais surtout la formation d'un nouveau gouvernement sans avoir l'aval du conseil législatif ? Plusieurs associations et institutions juridiques palestiniennes (dont le PCHR qui est loin d'être dominé par le Hamas) ont qualifié la formation du gouvernement d'anticonstitutionnelle. Mais les forces éradicatrices, modernistes et obscures, soumises aux Américains, n'en finissent pas de piétiner leurs propres idoles.

* Eradicateurs, éradication, terme récemment utilisé à plusieurs reprises par les conseillers du président et intellectuels réclamant l'éradication de Hamas de la société palestinienne.

(à suivre)

Centre d'Information sur la Résistance en Palestine

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