Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

A Bertrand Delanoë : Des Parisiens et des Palestiniens

LETTRE OUVERTE Par Richard WAGMAN

PARIS, le 13 octobre 2008

M. Bertrand DELANOË; Maire de Paris; HÔTEL DE VILLE; 75197 PARIS RP

DES PARISIENS ET DES PALESTINIENS

Monsieur le Maire,

En cette année du 60ème anniversaire de l'État d'Israël, la Ville de Paris n'a pas ménagé sa peine pour crier haut et fort son soutien à l'État proclamé par Ben Gourion en 1948.

Il y avait d'abord des affiches grandeur nature au Parc de Bercy, affirmant le soutien des Parisiens au soldat franco-israélien Gilad Shalit et aux deux autres prisonniers de guerre israéliens. Par contre aucune affiche, ni autre communication publique, n'a exprimé la consternation des Parisiens sur le sort du prisonnier franco-palestinien Salah Hamouri, ni sur celui des 11 000 autres prisonniers politiques palestiniens. Ensuite, au mois de mars, il y a eu le Salon du Livre de Paris dédié à la littérature israélienne, où vous avez reçu Shimon Pérès, Président de l'État d'Israël. Rappelons que le Salon du Livre n'a invité qu'un seul écrivain arabe d'Israël et que notre ville a fait peu d'efforts pour soutenir les droits culturels des Palestiniens, alors que les établissements scolaires et universitaires sont soit fermés, soit fortement perturbés par l'occupation israélienne. Vous avez également reçu le maire de Jérusalem en visite officielle à Paris et lui avez promis le financement d'une fontaine dans la partie israélienne de la ville sainte. Ce projet s'est réalisé cette année, toujours dans le cadre du 60ème anniversaire, sans l'annonce d'aucune contrepartie pour les habitants palestiniens de Jérusalem-Est. À l'Union juive française pour la paix, nous trouvons que ce déséquilibre dans les efforts de coopération et dans la communication publique, selon qu'il s'agit d'Israël ou de la Palestine, ne contribue pas à l'avènement d'une paix juste dans cette région du monde.

Après avoir exprimé nos inquiétudes dans une lettre ouverte au mois de juillet, nous avons reçu votre réponse en septembre, deux semaines avant la réunion du conseil municipal de rentrée. Dans votre courrier vous m'informez que « notre Ville vise toujours l'équilibre dans ses relations avec ses partenaires du Proche-Orient ». Il vous reste à me convaincre, et à convaincre les Parisiens, de cette affirmation. En ce qui nous concerne, nous ne pouvons souhaiter « l'équilibre » entre une puissance occupante et un peuple occupé. Mais même en se plaçant du point de vue que vous affirmez, il ne nous semble pas que les faits correspondent aujourd'hui à un tel objectif.

Dans votre lettre, vous avez fait part de votre initiative « d'une saison culturelle marquée par l'exposition 'Palestine, la vie tout simplement' sur la passerelle des Arts ». Cet effort, louable, est resté relativement confidentiel : il n'y a pas eu de moyens publicitaires significatifs pour l'annoncer. Rappelons cependant que 2008 n'est pas seulement le 60ème anniversaire de la proclamation de l'État d'Israël. Il est aussi le 60ème anniversaire de la Nakba, l'expulsion de quelques 750 000 Palestiniens de leurs foyers. Ce n'est pas en lisant les communiqués de la Mairie de Paris, ni en feuilletant les bulletins municipaux, que nos concitoyens le sauraient. Le silence commence à être assourdissant.

Dans votre réponse, vous m'informez d'autre part de la décision d'installer une fontaine parisienne à Jérusalem-Est (la partie arabe de la ville), ajoutant « Je ne manquerai pas de vous tenir au courant de la mise en ouvre de ce projet ». Reconnaissant de cet engagement, je vous demande de bien vouloir communiquer cette nouvelle aux Parisiens. Peut-être avec un article « à la une » du journal trimestriel À Paris publié par la municipalité, ou par tout autre moyen convenable afin de sortir cette décision de la clandestinité dans laquelle elle semble être reléguée.

Lors de la réunion de rentrée du Conseil de Paris, vos partenaires dans la majorité municipale (PCF, Les Verts) ont déposé un vou pour baptiser un lieu public au nom de Mahmoud Darwich, le célèbre poète palestinien récemment décédé. Cette fois-ci les élus socialistes n'ont pas bloqué l'initiative par un vote négatif. Ainsi, la mesure a été adoptée et c'est tant mieux. Puisque le conseil municipal a donné son aval à cette proposition avec l'appui du groupe PS, j'espère qu'une prochaine dénomination d'une « Place Mahmoud Darwich » recevra toute la publicité qu'elle mérite.

En collaboration avec l'UJFP et l'AFPS (Association France-Palestine Solidarité), les élus de vos partenaires dans la majorité municipale ont également présenté un vou relatif à la politique de coopération internationale de la Ville de Paris à Jérusalem. Au dépôt de cette proposition, l'exécutif municipal a informé les conseillers municipaux dûment réunis à l'Hôtel de Ville que le Service international de Paris est en train de financer des programmes dans le domaine de l'eau potable dans les territoires palestiniens, à Jéricho et à Jénine. Par la même occasion, l'exécutif a assuré les élus municipaux que votre administration veille à ce qu'il y a un équilibre financier dans ces programmes (à l'effet « qu'un euro dépensé pour Israël est suivi d'un euro dépensé pour la Palestine »).

J'ai appris cette nouvelle avec stupeur. Non qu'elle soit négative, mais parce qu'elle semble relever du secret défense, si l'on en juge par l'opacité qui l'entour. Ni le président du groupe PCF à l'Hôtel de Ville, ni le président du groupe Les Verts à ce même conseil municipal, ni le président de l'Association France-Palestine Solidarité, ni le président d'honneur de l'Union juive française pour la paix n'étaient au courant. Alors quel citoyen lambda de la capitale pouvait en avoir connaissance ? La politique de coopération internationale (comme la politique tout court) n'est pas seulement question d'argent. Elle est aussi question de communication. Vous avez reçu Simon Pérès en grande pompe, vous avez fait affiché d'immenses photos en faveur de soldats israéliens sur le bâtiment de la Mairie de Paris, vous avez offert une fontaine à Jérusalem-Ouest, ce dont vous n'avez pas fait mystère, le Salon du Livre s'est tenu avec Israël comme invité d'honneur, pour ne parler que de ces quelques exemples en cette année du 60ème anniversaire. De l'autre côté, il y aurait quelques projets en faveur des Palestiniens dont vous affirmez l'existence dans un courrier privé ou en réponse à des questions en séance plénière du conseil municipal. Ces projets ne sont accompagnés d'aucune annonce publique. Il n'y a pas de conférence de presse pour les faire connaître, ni d'article dans la presse municipale. Tout cela fait une politique. Une politique pro-israélienne, il faut en convenir. Où est l'équilibre dans cette pratique de communication sélective ? Ce n'est pas comme ça que la Ville de Paris peut favoriser une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens.

Pour les projets dans le domaine de l'eau à Jérusalem, Jéricho et Jénine, je serais reconnaissant si vous pouvez nous faire parvenir la documentation : études de faisabilité, budgets prévisionnels, compte-rendus de réalisation, etc. Ces documents doivent être consultables en mairie. Ensuite, les talents connus (et le budget conséquent) de votre administration en matière de communication doivent être mis au service de la paix, si la Ville de Paris a l'ambition de développer une politique d'amitié avec les peuples palestinien et israélien. Je vous demande donc de bien vouloir sortir les programmes culturels et de coopération, soutenus par la Ville de Paris, de la confidentialité dans lesquels ils sont maintenus à l'heure actuelle. Une publicité conséquente au sujet de ces efforts ne serait pas un luxe. C'est même la condition sina qua non pour prétendre, avec un minimum de crédibilité, que « notre Ville vise toujours l'équilibre dans ses relations avec ses partenaires du Proche-Orient ».

Dans votre courrier du 12 septembre, vous n'avez pas répondu à ma demande d'audience à l'Hôtel de Ville pour approfondir ce dossier. Comme lors de notre premier échange, sachez qu'une délégation de l'UJFP est toujours à votre entière disposition pour une telle rencontre.

En vous remerciant de votre attention, je vous prie d'assurer, Monsieur le Maire, l'expression de ma plus haute considération.

Richard WAGMAN

Président d'honneur, UJFP

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