Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

C'est ça, Gaza!!!

 

Par Amira Hass

Quand ce n'est pas le courant électrique qui est coupé et l'obscurité épaisse qui enveloppe des quartiers entiers, c'est l'eau qui n'arrive pas aux étages supérieurs et le gaz de cuisine qui fait défaut sur le marché. S'il y a un générateur électrique, un petit quelque chose s'y est cassé et il n'est pas possible de le réparer car depuis avant l'actuel blocus hermétique qui dure déjà depuis trois semaines, Israël interdit l'entrée de toute pièce de rechange - de machines, de voitures et d'appareils électriques ménagers. Et si on parvient à réunir l'argent pour un générateur passé par les tunnels de la contrebande (le prix a doublé ou triplé depuis le mois passé), ce ne peut être qu'aux dépens de l'achat d'un appareil de chauffage (non électrique bien sûr), de leçons d'anglais ou de vêtements pour les enfants, et de visites chez le médecin.

Est-ce là le vrai Gaza de novembre 2008 ? A l'évidence. De même que Gaza, ce sont les entrepôts de l'UNRWA en train de se vider, et les agriculteurs qui ont semé et irrigué mais à qui Israël interdit de vendre en dehors de la Bande de Gaza, des tomates, des goyaves et des fraises, et aussi la sérénité avec laquelle est accueillie la soudaine obscurité, et les blagues portant sur le fait qu'il n'y a, de toute façon, pas grand-chose à perdre dans le réfrigérateur - Gaza, c'est la capacité de trouver à plaisanter en toute situation - et aussi la vexation brûlante, jusqu'aux larmes, qu'il n'y ait pas d'eau courante depuis maintenant trois ou quatre jours, mais les enfants s'en vont tout de même pimpants et soignés à l'école.

Gaza, c'est la longue rue Nasser barrée au trafic depuis plus d'un an. Bitume arraché, nids de poule, tas de sable. Dès lors qu'Israël a bloqué l'entrée de tous matériaux de constructions et de matières premières dans la Bande de Gaza, les travaux de réfections ont été interrompus sur cette rue centrale, principal axe d'accès aux trois hôpitaux dont le matériel médical risque toujours d'être mis à l'arrêt si certaines parties devaient tomber en panne. Mais Gaza, c'est aussi la sécurité éprouvée par les parents de laisser leurs enfants jouer seuls à la maison ou se rendre seuls à la plaine de jeux pourtant éloignée de la maison ou faire seuls le trajet pour aller chez leur grand-mère, dans le camp de réfugiés de Jabaliya (dans les rues parallèles à la rue Nasser).

Gaza, ce sont les rapports sur des policiers qui s'en prennent à des sympathisants du Fatah à l'université, ou la police qui fait fermer un restaurant pour un soir parce que ses propriétaires n'ont pas annoncé préalablement une journée de discussions organisée dans leur salle par un centre d'études lié à l'autorité de Ramallah, avec la participation de représentants du Hamas.

C'est l'institutrice qui impose à ses élèves filles de se couvrir la tête, en dépit du fait que les hauts responsables assurent que ce n'est pas là la politique du Ministère de l'Enseignement. Mais ce sont aussi les exagérations et les fausses rumeurs, comme lorsque des détenus du Fatah ont rapporté que dans les salles d'interrogatoires, des caméras avaient été placées pour s'assurer que les interrogateurs agissaient conformément à la loi. C'est aussi la surprise lorsque la police « du Hamas » se soucie de restituer un bien volé à son propriétaire (même quand celui-ci n'a pas pris la peine de déclarer le vol).

Gaza, c'est le sentiment des membres du Fatah que le pouvoir leur a été volé, et la peur que font planer sur eux les services de la sécurité, et c'est la confiance en soi du Hamas, la comparaison avec les méthodes d'intimidation du temps d'Arafat et l'échange d'informations sur la répression des activités du Hamas en Cisjordanie. Et c'est la colère de toute une population, membres du Fatah compris, contre ce qui semble une négligence délibérée et un manque de considération de Ramallah pour le sort de la Bande de Gaza et de ses habitants.

Gaza, ce sont ceux qui rêvent de s'en aller de là et ceux qui en sont partis, il y a des années de cela, pour aller étudier et travailler, et qui en ont la nostalgie. Gaza, ce sont ceux qui ne peuvent pas rejoindre ici leur famille parce que même s'ils parvenaient à trouver une faille dans les points de passage fermés par Israël, ils se retrouveraient emprisonnés ici et devraient renoncer complètement à leur liberté de mouvement et à leur liberté de choix.

Tout est tellement intense ici. « Notre vie, nous la mesurons en minutes, pas en jours ni en semaines », disait quelqu'un, un homme du Fatah dont l'existence a été bouleversée en juin 2007 et continue de l'être chaque jour, du fait de la déchirure politique. Il voulait parler des gens du Fatah comme lui, persuadé que les gens du Hamas en Cisjordanie mesurent, eux aussi, « leur vie en minutes ». Mais sa description s'applique à tout le monde : les changements sont à ce point brusques, violents, rapides et fréquents qu'il n'y a pas moyen d'élaborer le moindre contrôle sur eux : qu'il s'agisse de « haute » politique ou des heures de lessive.

Gaza, c'est cette tentative permanente des gens pour s'accrocher à une normalité de vie en dépit du fait qu'Israël leur impose des conditions anormales, celles d'un emprisonnement, d'un isolement du reste du monde et d'une détérioration vers une dépendance insultante à l'égard des programmes internationaux de charité.

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

http://www.haaretz.co.il/hasite/spa...

Version anglaise : This is Gaza- http://www.haaretz.com/hasen/spages...

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