Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Carnet d'Israël-Palestine

Première semaine - 10 avril 2004

du pasteur Gilbert Charbonnier

C'est un privilège de commencer une mission de solidarité et d'accompagnement en Israël-Palestine au cours de la Semaine sainte et à Jérusalem. Il y a, certes, un travail intense en vue de constituer le groupe, et aussi pour une formation initiale aux outils de communication, aux règles qui président à l'accomplissement des missions confiées dans les différents lieux de placement, et à la discipline du groupe. Mais en plus il y a la prise de contact avec le pays qui se résume pour le moment à la ville de Jérusalem, particulièrement la vieille ville et ses environs immédiats. Cette période pascale est riche en célébrations et en symboles, avec un afflux étranger très nombreux. Moi aussi étranger, mais se sachant chargé par son Eglise d'une mission de solidarité et d'accompagnement œcuménique, je fais part de quelques premières impressions très subjectives.

J'ai eu l'occasion de célébrer le service du Jeudi-saint en l'Eglise luthérienne, au cœur de la vieille ville. De là, une procession, sous la conduite courageuse de l'évêque luthérien Munib Younan, nous a mené à travers les rues marchandes des quartiers chrétiens et musulmans en passant, mais en sens inverse, par la Via dolorosa supposée suivie par Jésus pour être crucifié, jusqu'au jardin de Gethsémané. Là un service en arabe, allemand, danois et anglais a été célébré en plein air devant l'Eglise orthodoxe. J'ai ensuite assisté à une célébration catholique, dans la basilique de l'Agonie, où furent lus en parallèle et en plusieurs langues les récits du jour, dans les 3 premiers évangiles. Une foule immense et disparate remplissait cette grande église dans un remarquable climat de prière. Paix et ferveur.

Le vendredi, chemin de croix. Une très longue procession internationale où chacun prie ou chante dans sa propre langue, conduite par un véritable « régiment » de Capucins. Mais arrivés au lieu supposé de la crucifixion de Jésus et à l'Eglise du Saint sépulcre, plus de Capucins. La direction était assurée par des prêtres orthodoxes. Foule dense, et cohue. Une heure de pression terrible que celle des métros parisiens ne permet même pas de soupçonner ! Mais à la fin, filtrage un par un pour arriver au lieu supposé du tombeau de Jésus. Là, cinq mots en langue grecque, qui résument tout : « La vie (est) dans la tombe ». En attendant le matin de Pâques … L'après-midi fut très varié en impressions. Marche dans les rues étroites, visite au mur des lamentations (où les Juifs viennent prier), visite à l'Eglise St. Jean où un service en langue italienne était annoncé. Mais porte close … Arrivé avec quelques minutes de retard à l'église luthérienne, chants et musique d'orgue parvenaient de l'intérieur ; mais porte fermée à clef .. Il a fallu l'intervention du concierge, venu de l'extérieur, pour la faire ouvrir. Signe de peur ? Puis, visite dans une chapelle orthodoxe d'où une brave dame m'a expulsé, après que je lui aie avoué que je n'étais pas « orthodoxe » … Enfin, recherche d'une église St. Michel à l'aide d'un plan et de nombreuses demandes auprès des commerçants du quartier. Une heure d'effort, en vain …

Ces péripéties d'un après-midi illustrent bien quelques impressions du touriste que je suis jusqu'à présent. Jérusalem me paraît une cité souffrante. Impression d'un puzzle encore à faire ; tout en désordre. Chaque quartier, chaque groupe humain, chaque religion, chaque église, tout le monde suit son chemin comme s'il était seul. Les autres n'existeraient-ils que par la peur qu'ils inspirent, et sous la protection d'hommes en armes, portant uniformes ou pas ? Et au milieu de cette population, une foule d'étrangers venus pour leur programme de visite sans s'occuper des gens du coin, passant sans rien acheter dans ces rues étroites où chaque maison est pourvue d'un commerce avec étal. Rien ne part. Les commerçants sont à l'évidence désespérés, sombres et amers, face à ces piétinements sans fin devant leurs boutiques. Je me suis ouvert au propriétaire arabe de mon logement de la souffrance que j'ai perçue. Sa réponse est lourde de sens : « Et encore, pour le moment vous n'êtes encore qu'un touriste. Vous verrez, dans une dizaine de jours, et quand vous aurez quitté Jérusalem … » Qui vivra verra.