Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Carnet d'Israël-Palestine

Troisième semaine - 23 avril 2004

du pasteur Gilbert Charbonnier

Une semaine déjà vécue à Jayyous par mon équipe, trio international réunissant Suisse, Norvège et France. Trois personnes âgées de 55 à 73 ans, que la vie a un peu instruites. Après la période de formation à Jérusalem, le changement est total. Impression d'être dans un autre pays.

Population de 3200 habitants, entièrement arabe et musulmane. Deux mosquées. Deux écoles (filles et garçons). 400 élèves, de 6 à 16 ans. Un jardin d'enfant, ou école maternelle, de 60 élèves. Cité rurale, où les hommes et les animaux cohabitent. La plupart des gens sont exploitants ou ouvriers agricoles. Les principales productions sont les olives produites par des arbres souvent multi-centenaires, les nèfles dont c'est la récolte en ce moment, les agrumes (oranges et citrons), les goyaves, et des céréales. Ville jusqu'à présent assez prospère, dont le territoire a une superficie de plus de 2000 hectares. Une bonne partie est composée de pâtures pour des troupeaux de brebis. Les cultures sont assez traditionnelles, mais le taux de production est correct.

Depuis l'automne 2003, la « barrière de sécurité », comme l'appellent les autorités israéliennes, est une plaie ouverte dans cette communauté rurale. Le système mis en place couvre une bande de terrain de quelques 30 mètres de large, soit environ 30 hectares de terres cultivées rendues inutilisables, qui traverse tout son territoire (barrière métallique bordée d'une double voie carrossable, de part et d'autre. Un double cordon de fils de fer barbelés isole le système d'une approche extérieure). Au lieu de passer aux limites de la commune, suivant une ligne verte proposée par l'O.N.U. en 1967, cette ligne de défense empiète de 6 km. en territoire palestinien. Elle a été tracée de façon arbitraire sans aucune négociation avec les représentants de la population, au prix de gigantesques travaux de terrassement en certains endroits. Toute la population, mises à part quelques familles de bédouins, est d'un coté de cette ligne, et 75 % des terres cultivables sont de l'autre coté.

Pour s'y rendre, deux portes ont été aménagées. L'une d'entre elles n'est utilisée que par quelques bergers ; la voie qu'elle est censée contrôler n'est pas carrossable. Tous les cultivateurs passent par l'autre porte, ouverte 3 fois par jour, à heures précises en principe mais mal respectées par les autorités militaires qui les contrôlent. Seules les personnes munies d'un permis, délivré par l'armée dans une colonie israélienne, sont admises. Cette semaine, après deux passages obtenus sur présentation du seul passeport, notre équipe internationale a été refoulée. La délivrance des permis de passage est loin d'être générale. Toutes les personnes ayant eu à faire aux autorités israéliennes sont privées d'accès à leurs terres. Terrains en friche, absence de revenus, misère, haine.

Depuis notre arrivée, la ville située sur un promontoire en forme de Y, qui domine la plaine, a été journellement visitée par les troupes israéliennes. Usage régulier de gaz lacrymogènes ; tirs à balles de caoutchouc sur des enfants qui lancent de pierres sur les véhicules ; perquisition de maisons à toute heure du jour ou de la nuit ; menaces et propos agressifs des militaires à l'égard des habitants. Et surtout, aucune concertation. L'autorité militaire décide unilatéralement. Le maire de la ville qui nous a accueilli de façon émouvante doit obtempérer sans discussion, se soumettre. Etat d'occupation. La France des années 1942-43 … la guerre d'Algérie … Autant de souvenirs qui reviennent à l'esprit en voyant vivre cette population, en écoutant ces hommes réduits au chômage faute de permis, en entendant la peur des femmes pour leurs enfants.

Alors les uns et les autres disent leur souffrance, leur détresse. Comment l'Etat d'Israël peut-il prétendre à la démocratie quand il se comporte comme un occupant ? Comment peut-on parler de justice, quand des paysans sont délibérément empêchés de travailler leurs terres ? Et cette ligne de séparation, construite manifestement pour durer longtemps, jusqu'à quand sera-t-il possible à quelques « privilégiés » de la traverser (pas plus de 70 personnes par jour, dans chaque sens, sur 3200 habitants, en pleine récolte !) ? Et puis, de l'autre coté de la ligne, il y a aussi les ressources en eau, les puits, les pompes. Tout le monde n'a pas l'eau courante. A cela il faut encore ajouter les coupures d'électricité ; douze heures par jour seulement.

Jayyous, une ville sous pression. Chaque jour. Une ville aussi où la présence d'étrangers comme nous, amis, est accueillie comme une bonne nouvelle. Mais on en reparlera …!