Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Carnet d'Israël-Palestine

Treizième semaine - 3 juillet 2004 - Plus d'eau… !

Par le pasteur Gilbert Charbonnier

Voici les dernières journées de la mission. C'est le moment de prendre congé, d'échanger les vœux d'usage et de penser au retour. Retrouvailles familiales et amicales ; mais aussi besoin de faire un bilan, de mettre un peu d'ordre dans toutes les impressions enregistrées, de communiquer, de témoigner, de transmettre. Il faut aussi accueillir la nouvelle équipe. Elle est composée d'un Norvégien (encore !), d'une Suédoise, et d'un Sud-Africain noir. La nouvelle équipe, dans son ensemble, compte seulement 14 membres, contre les 20 qui composent la nôtre. Mais en septembre, 30 volontaires envoyés par leurs Eglises vont arriver ! Hélas, toujours pas de Français à l'horizon …On peut s'interroger sur les raisons de cette absence de réponse. Fait-on tout ce qui est nécessaire pour faire connaître et proposer ce programme du Conseil œcuménique des Eglises (COE) ? Il est pourtant suffisamment important ; Il représente le plus gros budget de tous les autres programmes, à travers le monde. Et de plus, il se déroule presque à notre porte. Pourquoi ce silence des Protestants de France ?

Mais il ne faut pas être pessimiste. J'ai eu le privilège d'accueillir mon Inspecteur ecclésiastique (ici les anglo-saxons disent : « évêque »), Joël Dautheville, venu me visiter sous les auspices de la Fédération protestante, puisque je suis envoyé par l'Eglise évangélique luthérienne. Cette visite est le signe prometteur de l'attention de nos Eglises de France au drame humain qui se déroule dans ce pays. Nous nous sommes promis de travailler à faire mieux connaître ce programme, et à appeler les femmes et les hommes de nos Eglises à venir renforcer une présence fraternelle auprès des Eglises de Palestine-Israël qui se sentent abandonnées, comme auprès des populations victimes de la violence et de l'oppression. Dès son arrivée, mon Inspecteur a été mis dans le bain. Deux jours auparavant, le robinet de la cuisine s'est soudain arrêté de couler pendant la vaisselle, après le repas de midi. Plus une goutte d'eau. Pourquoi ? Tous les puits de la commune se trouvent de l'autre coté de la barrière de séparation (le Mur). Interdiction de faire une adduction d'eau qui traverse le mur. L'eau vient donc d'une ville voisine par un système de tuyauterie et de pompage. Mais beaucoup de villages sont dans le même cas ; il faut servir tout le monde, et gérer la pénurie. Résultat : 2 heures d'alimentation en eau, tous les trois jours ; si toutefois elle arrive au robinet … Au moment de notre installation, on avait parlé du manque d'eau. Mais des assurances avaient été données : « Vous ne manquerez jamais d'eau ; la maison est pourvue d'une grande citerne recueillant les eaux de pluie de l'hiver. Quand l'eau de la ville manque, une pompe se met automatiquement en marche et puise dans la citerne ; laquelle est à nouveau remplie par l'eau de la ville, les jours où elle est distribuée .» Aussi, pas de gaspillage de notre part, mais consommation à la mode européenne, comme cela se fait du coté israélien. On avait oublié que le quota de consommation d'eau par personne accordé du coté israélien est 5 (cinq) fois supérieur à ce qu'il est du coté palestinien. Résultat : la réserve d'eau de pluie de notre logement n'a pas été renouvelée par le réseau public de distribution. Depuis l'arrivée de la grande chaleur, la demande dans le village est telle (il faut aussi faire boire le bétail, les troupeaux de brebis) que la pression du réseau est insuffisante pour que l'eau arrive jusqu'à la maison. En fait nous n'avons plus eu d'eau du tout depuis combien de temps ? Difficile à dire, mais maintenant toutes les réserves sont épuisées . Que faire ? Tous les voisins sont dans la même situation ; impossible de chercher remède auprès d'eux pour une situation qui va durer tout l'été (encore trois mois au moins). Heureusement, notre propriétaire est très généreux. Habitant en contrebas du village, il est moins concerné par le manque de pression dans le réseau de distribution d'eau. A minuit, il nous apporte 2 à 300 litres du précieux liquide dans des bidons ; juste avant de s'absenter pour une dizaine de jour à l'occasion d'un mariage dans sa famille. Retour au bon vieux temps où l'eau courante n'existait pas ; usage des écuelles et autres récipients pour tirer de ces bidons de quoi boire, faire la cuisine, faire sa toilette, etc … Solution très provisoire. Joël Dautheville, notre évêque luthérien, est donc arrivé. Il fait contre mauvaise fortune bon sort, suivant l'expression consacrée. Il en a vu d'autres. Mais la nouvelle équipe d'accompagnateurs œcuméniques va arriver dans deux jours. On ne peut pas les laisser là, sans ressource en eau. C'est alors que nous apprenons qu'un camion citerne d'une ville voisine fait des livraisons d'eau (1,5 m3), pour la somme de 150 Seckels (= 30 Euro). Coup de téléphone ; nous commandons deux livraisons. Elles arrivent dans la journée, et sont versées dans la citerne d'eau de pluie. Si nos successeurs sont économes, ils en auront pour un mois peut-être. Pas confortable. Il faudra tenir tout l'été. Mais nous, nous pouvons acheter l'eau. Un coup de téléphone a suffi pour résoudre le problème. Dans la maison d'à coté, pas d'argent … Et il y a quatre enfants, deux vieillards … Un repas par jour. Ils ne sont pas les seuls dans ce cas dans le village; et il y a beaucoup de villages. Faim et soif existent au quotidien. C'est la violence du MUR …, sans armes, ni explosifs ou attentats suicides, mais meurtrière aussi !