Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Carnet d'Israël-Palestine

Cinquième semaine - 8 mai 2004

du pasteur Gilbert Charbonnier

La semaine écoulée est composée d'éléments très disparates. Rencontres et événements multiples sur le terrain, à Jayyous ; et deux jours de rencontre, à Jérusalem, avec les autres équipes d'accompagnement œcuménique, au travail dans d'autres lieux (Jérusalem, Ramallah, Sawahreh, Hébron, Yanoun). Journées d'évaluation pour tous, après une première prise de contact avec les réalités locales, et aussi de formation avec des intervenants divers. Difficile de résumer en quelques lignes la diversité et la gravité de ces rencontres, mais un mot s'impose : violence. Une réalité quotidienne, un personnage presque, qui pénètre tous les domaines de la vie.

- La violence de l'humiliation qu'un soir, spontanément, un cadre régional, ingénieur hydrologue, est venu nous raconter. Il a du attendre plus de trois heures, debout dans une pièce surpeuplée sous la risée des soldats israéliens, pour se rendre dans la capitale de la province, Naplouse, à 30 km. Et autant pour revenir. Il avait besoin de parler, de vider son sac. Comment travailler dans ces conditions ?
- La violence de l'injustice rencontrée chez ce petit paysan qui nous a pris dans sa charrette tirée par un âne nommé Asrham, ce qui signifierait le rapide, la flèche ! Cet homme, il y a 20 ans, cultivait 2 hectares de terrain pour sa famille composée de cinq filles. Brutalement, sa terre lui a été confisquée par les autorités israéliennes, pour une colonie, sans compensation. Un frère lui a passé un peu moins de 2 hectares de maquis. Patiemment, il a tout épierré. Le terrain est planté de jeunes oliviers de 15 ans d'âge ; et entre eux des pois chiches, du maïs, des courgettes, etc. Un véritable jardin où chaque plante est l'objet de soin, pour la consommation familiale. Une citerne pour recueillir les eaux de pluie est en construction. Pour le moment, chaque jour, il y a la corvée d'eau pour tout arroser : Environ 300 litres charriés par l'âne Ashram (!) dans une série de bidons remplis, à un kilomètre de là, chez un voisin qui possède une pompe. Mais depuis six mois, il y a le " MUR ". Chaque matin, il faut passer par la porte de contrôle, avec un permis à renouveler tous les six mois, et avec la perte de temps qui s'en suit. De même pour le retour. Il est douloureux pour un paysan de devoir passer par un contrôle pour aller dans son champ … Un peu plus loin, il y a ce jeune de 18 ans dont le père est en prison depuis 2 ans sans jugement et sans chef d'inculpation, et qui ne peut commencer ses études supérieures car il doit travailler la propriété familiale …
- La violence de ces enfants qui agressent un membre de notre groupe, âgé de 73 ans, en lui lançant des pierres, lui adressant des propos injurieux, et en essayant d'ouvrir son sac à dos pour y prendre son appareil photo.
- La violence de ces enseignants à qui les faits ont été rapportés, comme l'identité des fautifs grâce à une photo prise sur le vif. Ils ont promis que cela ne se renouvellerait plus tout en présentant leurs excuses. Le lendemain, rassemblement de tous les enfants au collège, et punition corporelle (coups de règle sur les doigts jusqu'aux pleurs) de l'enfant qui paraît être un vilain garnement déjà connu, et déjà châtié corporellement par ses parents dans d'autres circonstances. Tous ces enfants devenus adultes auront-ils d'autres repères que la violence pour résoudre leurs problèmes ? Il faudrait bien des miracles pour cela.
- La violence est partout, cruellement visible, dans l'oppression de l'occupant et dans les rapports humains quotidiens, avec les cris de souffrance qu'elle génère, et qui retentissent un peu partout. Et dans cette sorte de cercle infernal et de surenchère, il y a des hommes et des femmes qui travaillent à la paix. "Nous voulons la paix." C'est le cri de tous. - Celui de Gershon Baskin, professeur d'université, Israélien, directeur du Centre de Recherche et d'Information Israël-Palestine, qui dénonce les contradictions de sa communauté à la fois consciente de la nécessité de tenir compte de la réalité et de l'identité palestiniennes pour aboutir à la paix, mais qui est dans l'incapacité de croire à la bonne foi de ses partenaires, paralysée par la peur, et majoritairement en faveur du Mur.- Celui de Muhammad Jaradat, coordinateur de l'organisation Badil, chargé de la Campagne pour les Droits des Réfugiés palestiniens afin qu'ils puissent aussi bénéficier de la juridiction internationale dans ce domaine comme les autres réfugiés, dans l'ex-Yougoslavie par exemple. - Celui de ces deux Palestiniens de Jayyous qui ont perdu leur emploi ou leur salaire parce qu'ils militent pour le dialogue avec les Israéliens, et qui sont empêchés par les autorités israéliennes de se rendre à Jéricho pour y rencontrer des personnalités israéliennes en faveur de la paix. - Celui de cet habitant de Jayyous qui nous dit : Nous n'avons pas besoin d'argent, pas besoin d'armes ; nous avons besoin de livres de toutes sortes (sciences, philosophie, littérature, arts,…) pour changer les mentalités, ouvrir l'esprit des jeunes générations, leur donner les moyens de penser … - Celui de ce théologien anglican qui nous explique la différence culturelle radicale entre les Chrétiens orientaux et les Chrétiens occidentaux, et qui nous invite à nous laisser instruire, et renouveler au contact des orientaux. La paix n'est pas la victoire d'une violence sur une autre ; c'est la victoire sur la violence d'où qu'elle vienne. Un long chemin pour tous, où que nous soyons, mais indispensable pour que les (hommes) politiques changent.