Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Carnet d'Israël-Palestine

Septième semaine - 22 mai 2004 - La victoire de la vie

Par le pasteur Gilbert Charbonnier

" Nous voulons seulement vivre en paix." Phrase souvent entendue dans les rues de Jayyous ! Malgré le Mur et toutes ses pénibles contraintes, les gens font face ; la vie continue.

Les paysans font ce qu'ils peuvent, et rentrent leurs récoltes (nèfles, pêches, avocats, concombres, tomates). Mohammad gère une pompe qui sert à une soixantaine de paysans, chacun à son tour irrigue ses terres. Entre propriétaires, une solide solidarité permet de faire face au travail. Il y a des réservoirs qui récupèrent l'eau de pluie ; et des serres permettent de produire plus et mieux, même si les moyens semblent quelquefois d'un autre âge. Il y a aussi des projets attendant une aide extérieure. Il s'agit en particulier d'épierrer le plus grand nombre de parcelles réputées rocailles et d'y planter des arbres se contentant de terrains pauvres, comme les oliviers, pour les mettre à l'abri d'une loi locale qui autorise la confiscation des terres non arables. Pour cela il faut des engins inaccessibles aux cultivateurs locaux. Voilà un investissement que la solidarité paysanne internationale, ou un organe bancaire international œcuménique comme la S.C.O.D. pourrait prendre en charge.

Au niveau de la vie scolaire ou culturelle, les besoins sont multiples. Des jeunes sont obligés d'arrêter leurs études à la fin du secondaire, faute de ressources, malgré de très bonnes notes. Des bourses d'études à l'étranger existent en nombre très insuffisant. - Le village manque absolument d'une bibliothèque. Il faudrait une dotation diversifiée en ouvrages en langues anglaise ou arabe. " Nos jeunes ont besoin d'ouvrir leurs esprits à d'autres cultures, et d'apprendre à penser ", m'a-t-on dit. - Avant hier, notre équipe a été reçue par le Conseil municipal qui lui a consacré plus d'une heure de son temps de travail. Et nous y avons été directement sollicités pour un agrandissement de l'école (collège) de filles. Les effectifs explosent. Il faut un agrandissement de 100 m2. Des devis vont suivre. Ouverture à la rentrée prochaine, en septembre ? " Que peuvent faire vos Eglises ? " La balle est dans notre camp !

Déjà des gens sont à l'œuvre. Il y a dix jours, des soldats israéliens occupent une maison en chantier, après avoir chassé le propriétaire qui la construit de ses propres mains. Grand émoi dans la rue, en particulier parmi les enfants. Que faire pour les empêcher de s'approcher trop de ce nouveau quartier militaire ? Providentiellement, quatre musiciens viennent d'arriver. Dans le collège de garçons, situé à quelques mètres, tout le monde se retrouve comme attiré par un aimant : un violon (qui joue aussi du saxophone !), un violoncelle, un trombone, et un chanteur entrent en action. Un Américain, un Anglais, un Hollandais, un Portugais ; tous élèves au conservatoire de musique d'Amsterdam (Hollande). A un mois de leurs examens de fin d'année, ils ont répondu à un appel d'une ONG, Projet Espérance. Ils sont venus passer dix jours en Palestine. Ils font de l'animation et de l'initiation musicales avec les enfants dans les ! diverses écoles, avec une jeune palestinienne qui leur sert de guide. Deux heures de joie et de création. A la fin, le quatuor jouait sous la direction d'un garçon qui battait la mesure ! Ambiance surréaliste. A quelques mètres des soldats agressifs, dans cette salle, au milieu de soixante enfants surexcités, le chanteur portugais chantant tendrement en allemand une mélodie de Schubert, et offrant une toute petite fleur à chacune des deux dames présentes ! Les garçons se souviendront de ces instruments de musique inhabituels pour eux, des quelques pièces classiques au programme très bien jouées, et surtout de l'humour et de la douceur de ces quatre jeunes gens, très proches, qui ont su jouer et rire avec eux. La musique ainsi, c'est magique !

Il y eut aussi la visite de ce groupe de parisiens, venus nous voir à Jayyous. Ils ont parrainé un groupe théâtral d'enfants d'un camp de réfugiés de Bethléem. Ils leur ont organisé une tournée dans trente cinq villes de France, jouant une pièce qui décrit leur condition et leur vie de réfugiés. Les amis parisiens ont su réunir les fonds nécessaires à la construction, à Bethléem, d'une salle adaptée à leurs besoins. Chose faite maintenant.

La Croix rouge internationale monte un dossier sur la situation socio-économique du secteur, et nous a demandé une contribution, en vue d'une démarche auprès du gouvernement israélien pour améliorer un peu la situation, et les conditions de vie ou de travail créées par le Mur.

La Fédération luthérienne mondiale va aussi soutenir un projet local en préparation.

Il y a ces responsables du village, préoccupés par la situation des enfants désœuvrés en vacances scolaires pendant trois mois, sans ressources. " Ils ne peuvent que faire des bêtises dans ce climat de guerre. " Il faut des camps de vacances. Mais faute de fonds, cette année, au lieu de 600 camps de vacances en Palestine, il y en aura à peine plus de 200. Pouvez-vous nous procurer des fonds ? 40 à 50 euros par enfant, pour 15 jours. Combien d'enfants pourriez-vous aider? La question est directe. Et la réponse ?… A plus long terme, l'an prochain, pourrions-nous imaginer un camp mixte palestino-français sur le thème de la violence, par exemple ?

Ora et labora, prie et travaille, disent les moines Chartreux.

Il y a tant à faire. La vie est là, invente-la !