Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Carnet d'Israël-Palestine

Huitième semaine - 30 mai 2004

Par le pasteur Gilbert Charbonnier

''Heureux les artisans de paix''

Arrivés à la moitié du séjour, tous les membres de l'équipe d'accompagnement oecuménique ont eu la chance, dans le cadre une sorte de retraite, de faire une visite en Israël de trois jours. Plus d'une journée a été passée au bord du lac de Galilée, à l'emplacement que la tradition considère comme le lieu ou Jésus a prononcé les Béatitudes et le sermon sur la montagne. Un chaleureux accueil a été assuré par une équipe internationale de six soeurs franciscaines, dans un bâtiment confortable destiné au séjour des pèlerins. Il est ouvert à nouveau depuis peu, après quatre ans de fermeture du fait de la deuxième intifada. Mais hélas les pèlerins sont rares en ce moment...

Cette halte fut précédée par la visite de deux kibboutzim en Galilée, et suivie par la visite de la ville de Haifa qui se veut la capitale de la tolérance et de la coexistence pacifique entre populations arabe et israélienne, qui sont toutes deux fortement présentes dans cette ville de 240 000 habitants. De même l'un des kibboutzim visités, créé par des Juifs originaires d'Amérique latine et situé en bordure de la barrière de séparation. porte le souci des intérêts des cultivateurs arabes séparés de leurs terres par ladite barrière sans qu'aucune porte ne leur permette de passer. Les gens du kibboutz se battent pour obtenir le déplacement de la barrière, et pour qu'elle respecte le trace de la ligne verte sur la portion qui les concerne, permettant ainsi aux paysans arabes de retrouver leurs champs. Le kibboutz a été attaqué par un commando d'extrémistes arabes. Des femmes et des enfants ont été tués. Mais ses membres refusent de généraliser. Le commando venait d'ailleurs; et avec les paysans arabes qui les entourent, ils savent que dans le respect mutuel et la justice, la collaboration et la paix sont possibles.

Ces journées d'évaluation de mi-séjour ont été le point d'orgue de quelques événements vécus à Jayyous, au début de la semaine. D'abord, j'ai été sollicité, avec mes coéquipiers, pour imprimer sur ordinateur un article en faveur du peuple palestinien, mais d'une violence rare dénonçant les politiques actuelles des gouvernements israélien et américain; assimilant les événements d'Irak à ceux de Palestine, les intérêts américains dans le golfe à ceux d'Israël dans les Territoires occupés ou à Gaza, et diabolisant les dirigeants actuels de ces pays. Le style du pamphlet n'est pas nouveau. Mais dans un contexte comme celui-ci, il ne peut que produire plus de haine et de violence; pas de justice. Résister à la violence verbale.

Il y a d'autres voies, d'autres langages. Celui de cette jeune américaine arrivée, il y a deux ans, dans le cadre d'un organisme international pacifiste, pour organiser des manifestations en divers points chauds du territoire. Elle vit maintenant à Jayyous, mariée avec un Palestinien. Elle a renoncé aux manifestations, et fait un travail social auprès de personnes en difficulté avec un grand rayonnement. Certes tout le monde ne peut pas envisager de trouver son conjoint en Palestine ! Mais sans l'avoir projeté, sans s'en glorifier, cette jeune femme est, en fait, un signe d'espérance en prenant le risque de fonder une famille ici et maintenant. Et ça compte.

L'année scolaire se termine fin mai. Les enfants ont trois mois de vacances, la chaleur aidant. Aussi, cette semaine, le jardin d'enfants (ou école maternelle municipale) qui accueille les enfants de 4 à 6 ans faisait sa fête avant d'arrêter ses activités. Une bonne partie du village était là. Mais quelques visiteurs inhabituels sont aussi venus: le pasteur de l'Eglise presbytérienne d'Ecosse (Eglise réformée) à Jérusalem, son épouse et un groupe de la paroisse ont été accueillis avec chaleur. Par leur soutien financier, ils ont permis tout au long de l'année aux enfants de plus en plus nombreux qui ne peuvent payer la cantine de manger avec les autres. De plus, toujours grâce à ces mêmes écossais, le centre social qui abrite le jardin d'enfants est en train de grandir d'un étage; et bientôt un centre communal permettra des activités culturelles et de formation. Le pasteur m'a dit: Puissions-nous les aider à trouver une raison de vivre ... La joie suscitée par leur présence laisse penser que c'est la bonne direction.

Comme le disait le responsable du kibboutz mentionné plus haut, qui s'est spécialisé dans l'agriculture biologique, on arrive toujours à quelque chose quand on regarde les problèmes ensemble, et quand on cherche des solutions réalistes. Il existe un bien commun. Il s'agit de trouver les meilleurs moyens de le servir et de l'atteindre; les uns avec les autres obligatoirement. Parler de paix ici paraît une gageure. Surtout quand on n'a soi-même pas grand chose à perdre dans l'affaire. Mais tous ces signes sont là peut-être pour nous rappeler qu'elle est un fruit de l'Esprit, et qu'il est à l'oeuvre. Pentecôte 2004. Surmonter la violence.