Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Carnet d'Israël-Palestine

Neuvième semaine - 04 juin 2004

Oppression, violence, libération. Quelle théologie ?

Ce lundi (de Pentecôte !) 31 mai, à 14 heures, une jeep (blindée) de l'armée israélienne pénètre dans le village. Il est habituel que des patrouilles motorisées viennent contrôler la situation dans l'agglomération. Cela n'émouvrait plus personne s'il n'y avait pas de temps en temps des tirs de gaz lacrymogène en pleine rue, parfois dans une cour d'école, et si ces visites n'étaient pas accompagnées de la crainte que les militaires ne viennent arrêter l'un ou l'autre. Cela provoque beaucoup d'agitation, surtout chez les enfants qui imaginent faire acte de bravoure en lançant des cailloux sur les véhicules, provoquant la réaction des soldats. Cette fois, la jeep s'arrête à proximité de la mosquée ; un soldat en descend, et tire une grenade lacrymogène à travers une fenêtre, endommageant le grillage et cassant une vitre. Le projectile brûle un des (grands) tapis de prière. Heureusement, la prière de mi-journée s'est terminée depuis quelques instants. Plus personne dans la mosquée, à l'exception d'un vieux monsieur qui a la présence d'esprit de saisir de l'engin et de le jeter dehors, évitant que tout le local ne soit rempli de gaz, et que la prière communautaire n'y soit interrompue pour un ou deux jours.

Suite à ces faits, une visite de solidarité et de sympathie me met en présence de l'imam honoraire qui a fait fonction d'imam bénévole pendant des années. Il est maintenant remplacé par un de ses fils, rétribué pour ce service. Longue et très chaleureuse conversation sur beaucoup de questions, mais l'émotion l'habite et un cri du cœur lui fait dire : " Nous haïssons les Israéliens …Nous respectons le Judaïsme, c'est une religion du Livre, et nous avons de la considération pour elle, comme pour le Christianisme. Mais nous ne pouvons que haïr les Israéliens qui se comportent ainsi. Le Coran explique tout ce qui se passe actuellement, et dit que le peuple juif sera de nouveau chassé de Palestine, comme la première fois. Et ce sera la dernière !" Comment sortir de ce cercle infernal de peur, de haine, de violence, et d'oppression par le (beaucoup) plus fort qui est à l'évidence l'Etat d'Israël ? Cette question m'amène à rendre compte d'une des manifestations qui m'a le plus marqué, et qui a fait partie de notre formation initiale. Il s'agit de la 5ème Conférence internationale du Centre œcuménique de théologie de la libération SABEEL, tenue du 14 au 18 avril 2004, à Jérusalem. En langue arabe, Sabeel signifie le chemin, ou la source. Pendant 5 jours, 500 personnes venues de 31 pays, dont 100 seront présentes du début à la fin. Parmi elles, beaucoup d'anglo-saxons (américains, britanniques, citoyens du Commonwealth) et de scandinaves. Mais seulement deux français ; moi et un équipier de la CIMADE, en relation depuis plusieurs années avec cette organisation fondée en 1989. Cette session avait pour titre général : " Contester le Sionisme chrétien ", avec la participation de théologiens occidentaux (britanniques ou scandinaves surtout) et orientaux (Chrétiens palestiniens).

L'organisation travaille sous le patronage du célèbre théologien Sud-africain Desmond Tutu, prix Nobel de la paix. Elle s'efforce de conduire une réflexion théologique, en relation directe avec la situation socio-politique de la région. Il s'agit de chercher les engagements et les comportements que la lecture de la Bible et le message de l'Evangile suscitent dans le dramatique contexte conflictuel du Proche-Orient. Justice, paix, non-violence, libération et réconciliation sont les principaux repères de cette réflexion à l'opposé d'autres lectures fondamentalistes de la Bible, comme du Coran naturellement.

Ici encore plus qu'ailleurs, il convient de répéter que l'identité de l'homme s'enracine en Dieu, en sa grâce et en son amour, et non dans une religion ou doctrine, une terre, une nation, une histoire ou une culture. Tous ces éléments sont très estimables ; mais ils sont au service des hommes, et non l'inverse. Un travail de purification est sans cesse à reprendre ; une libération toujours en chantier… A cet égard, l'enseignement et le comportement de Jésus, tels que nous les rapportent les évangiles et les écrits du Nouveau Testament, face aux pouvoirs de son époque, sont riches d'enseignements et ouvrent des pistes pour affronter les problèmes qui se posent en cette même région où il a vécu. Juifs, Chrétiens et Musulmans sont également des créatures de Dieu, appelées à être ses témoins. Théologie de la libération, ou théologie libérale ? Et si la première nourrissait et renouvelait la seconde ?

Nous avons partout à remettre en cause nos repères de foi et de vie, afin qu'ils ne nous donnent pas de trop faciles ou confortables sécurités ou certitudes. Ainsi en est-il pour ce qui concerne nos habitudes ou traditions dans nos vies personnelles ou communautaires, de nos identités confessionnelles, de nos diverses formes de piété, de nos expériences spirituelles diverses, pour notre attachement à un terroir, à une histoire, à un peuple-Eglise. Apprendre à ne jamais mettre au premier plan ce qui vient au moins en second, quoiqu'il en coûte. La paix au Moyen-Orient est à ce prix, sans doute.

Combien faudra-t-il encore de victimes avant de comprendre que les uns n'ont ni plus ni moins de droits que les autres sur une terre qui est à Dieu, et dont ils ne sont que les hôtes ? C'est aussi le défi dont dépend la paix partout dans le monde, en Europe comme ailleurs. Puissent un certain nombre de Français s'intéresser à ce chemin, à ce Sabeel et y apporter leur petite pierre.