Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Carnet d'Israël-Palestine

- Je ne connaîtrai jamais la liberté... Amina, 24 ans

Onzième semaine - 18 juin 2004

En général, dans un conflit, et dans celui-ci en particulier, il y a des victimes des deux côtés. Les souffrances des Palestiniens ne doivent pas nous faire oublier les victimes israéliennes des attentats, handicapées pour toute leur vie. Mais je ne peux faire part que de mon expérience, conscient de ses limites. En matière de connaissance, chacun sait que le chemin est long, qui conduit de l'expérience à la règle générale. - Mais dans ce pays, le rapport de force entre les deux parties n'a aucune commune mesure. Ce n'est pas la loi du talion, " œil pour œil, dent pour dent ", mais un œil pour beaucoup d'yeux, et une dent pour plusieurs mâchoires… La vie quotidienne me fait rencontrer ces gueules cassées, plutôt que la dent précieuse, objet des soins attentifs d'un collectif médical. Je côtoie les moustiques, plus que la victime qui n'hésite pas à les exterminer pour éviter quelques piqûres fort désagréables, il est vrai. Si vous le permettez, parlons encore un peu des moustiques …

Amina travaille depuis cinq mois, à Q…, dans une association d'entraide pour les prisonniers politiques palestiniens, après trois ans d'études supérieures et un diplôme de sociologie. Elle est mon guide auprès de divers organismes humanitaires à l'œuvre dans la ville, dont la Croix Rouge internationale. Elle commence la vie active. Mais pour elle, on est loin de prévoir un profil de carrière ; loin d'envisager quelques objectifs à atteindre. Avec ces concitoyens, elle se trouve comme une étrangère dans son propre pays, arrachée à sa terre qu'elle aime profondément. " Sans terre nous ne sommes rien … ". Depuis sa naissance, elle n'a connu que l'occupation, l'obligation de demander une autorisation pour les choses les plus ordinaires. Contrôles militaires ou administratifs en tous genres. Pas de liberté. " Et je sais que je mourrai dans la même situation …". La conversation est engagée autour d'une tasse de thé, dans l'attente d'un! entretien avec le responsable général de l'association. Ce visage juvénile (elle ne paraît pas ses 24 ans) me fait penser à ma propre fille, 23 ans, en train de passer des examens, et qui a des projets, des rêves, une vie à inventer. Amina est là, sans horizon, et elle me dit que son nom signifie, en arabe, "désirs"… La coiffure voilée, elle sourit, portant loin son regard. Elle est déjà passionnée par son nouveau travail, par les gens (familles de détenus) qu'elle reçoit et écoute. Même sans liberté, il y a quelque chose à vivre, à aimer.

Le directeur du service d'entraide arrive. Il me reçoit dans son bureau. Après de rapides présentations d'usage, l'entretien est consacré au tableau de la situation actuelle des prisonniers politiques. Globalement au nombre de quelques 9000, ils sont 500 pour la seule ville de Q …, 40 000 habitants. Parmi ces derniers, plus de 70 % ont moins de 18 ans. Une vingtaine sont incarcérés pour (une réelle) perpétuité. Toutes les prisons se trouvent en Israël. Depuis 3 ans (Intifada), les visites familiales sont interdites. Pas de courrier. Seuls les avocats et la Croix Rouge assurent un lien fragile. Mais avant de rejoindre l'une de ces prisons, les personnes arrêtées sont d'abord détenues dans des locaux militaires pour des périodes très variables. Quatre à six mois. Quelquefois plus d'un an. Aucun contact n'est possible pendant cette détention. Les conditions de détention y sont très dures, et les tortures font partie du décor. Qadumim, Saalim, Hawwara sont les trois lieux de détention les plus proches. On a pu compter 150 suicides de prisonniers ne supportant plus les conditions d'interrogatoire.

Plusieurs organisations internationales, dont la Croix Rouge, ont été sollicitées pour s'intéresser à ce qui se passe en ces lieux. Aucune n'a répondu. L'association palestinienne se sent isolée, ignorée, sans aucun appui. Elle existe pourtant. Elle est fédérée avec 12 autres associations semblables dans les Territoires occupés ; et leur quartier général est à Bethléem. Ils ont un site Internet www.ppsmo.org, en anglais et en français. Mais la solidarité internationale paraît absente. Amnesty international et la FIACAT semblent inconnues. On retrouve ici encore ce sentiment d'abandon, général dans la population. Personne ne s'intéresse à ce peuple qui n'a jamais eu d'Etat souverain. Condamnés à subir le joug d'autrui. Même s'il change de temps en temps de drapeau, il n'en est pas moins lourd à porter. Surtout quand la répression s'ajoute à l'occupation. Des moustiques.

Il n'y a plus qu'à partir du pays … De temps en temps, le téléphone sonne dans le village. Un parent appelle des Etats-Unis, de Scandinavie, de France, d'Allemagne ou d'ailleurs. La vie n'est pas toujours facile pour les émigrés. Certains même reviennent, expulsés.

Mais ces téléphones, en provenance de parents ou d'amis internationaux rencontrés au hasard d'une de leurs visites entretiennent le rêve. Une vie libre est possible quelque part. Et pourquoi pas un jour dans ce pays, quand les divers nationalismes prendront la mesure de leur relativité, et quand la terre sera à partager plus qu'à posséder pour y enraciner son identité.

"Quand les méchants ont le pouvoir, la transgression augmente. Mais le juste attend leur chute ..." (Livre des Proverbes 29/16. Traduction de la " New revised standard version ", en anglais.)

Post-Scriptum : pasteur Gilbert Charbonnier