Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Comment nous avons quitté Gaza

par Tanya Reinhart

Nous ne saurons jamais avec certitude ce qui s’est passé dans l’esprit d’Ariel Sharon en février 2004, quand il a déclaré pour la première fois, sans aucune consultation, qu’il était prêt à évacuer les colonies juives de Gaza. Mais si nous essayons de poser ensemble les pièces du puzzle du désengagement, le scénario le plus sensé est que Sharon a crû que cette fois encore, il trouverait une façon d’esquiver le plan.

Cela expliquerait, par exemple, pourquoi les colons de Gaza n’ont pas encore reçu de compensations monétaires et pourquoi, comme l’a révélé le supplément hebdo du quotidien israélien Yediot Ahronot le 5 août, très peu d’accords ont pu être conclus pour préparer leur intégration dans Israël. (1)

Sharon avait une bonne raison de croire qu’il réussirait dans ses tactiques pour l’éviter. Dans la partie précédente, et alors qu’il était confronté à la feuille de route de l’administration Bush, il s’était engagé lui-même pour un cessez-le-feu, durant lequel Israël retournait au statu quo d’avant septembre 2000, gel de la construction de colonies et retrait des avant-postes. Et rien de tout cela n’a été exécuté. Sharon et l’armée ont prétendu que Mahmud Abbas alors n’était pas digne de confiance et avait échoué dans la maîtrise du Hamas. L’armée avait continué sa politique d’assassinats et réussi à amener les Territoires occupés à un point d’ébullition sans précédent, incitant à des attaques terroristes palestiniennes inévitables qui ont fait volé en éclats le couvre-feu. Pendant tout ce temps, l’administration du premier mandat de Bush, soutenue par le camp de Sharon, a répété docilement toutes ses doléances contre Abbas.

Pendant la dernière période de calme, l’armée israélienne a poursuivi ses incursions dans les villes, les arrestations et les assassinats ciblés. Une nouvelle attaque terroriste, qui aurait conduit à l’explosion, paraissait imminente, et la presse israélienne s’est faite pleine de détails exposant l’opération « Poing de fer », qui était prévue pour cet été à Gaza. Mais l’administration Bush a soudainement changé d’orientation. Alors qu’Israël continuait de prétendre qu’Abbas ne satisfaisait pas dans sa tâche, l’administration Bush, à maintes reprises, a insisté pour qu’Abbas ait une chance. Qu’est-ce qui a changé ?

Jusque-là, on s’accordait à penser en Israël qu’il n’y avait jamais eu un président US plus ami avec Israël que George W. Bush. Vraisemblablement, personne ne pensait que c’était l’amour des Juifs de la part de l’évangéliste Bush qui était derrière ce soutien. Mais le sentiment existait qu’avec sa supériorité aérienne, Israël représentait un énorme atout dans la guerre globale que Bush avait engagée au Moyen-Orient. Dans l’euphorie du pouvoir, c’était comme si Afghanistan et Irak étaient déjà « entre nos mains » et que, maintenant, nous continuerions ensemble en Iran et peut-être même en Syrie.

Mais au début 2005, la roue a commencé à tourner. Les USA s’embourbaient en Irak avec des échecs et des victimes. L’Iran qui, après la guerre avec l’Irak était prêt à céder à de nouvelles conditions, a trouvé un encouragement dans la résistance irakienne et son lien avec les militants shiites. Son accord sur le pétrole avec la Chine a donné un élan à son économie et à son prestige. Soudain, les possibilités d’une attaque contre l’Iran n’apparaissaient plus aussi certaines. Il s’avérait que même les armes les plus évoluées pourraient ne pas suffire pour soumettre ces régions entières convoitées par les USA. En attendant, le soutien à Bush est tombé à moins de 40% et après chaque attaque terroriste dans le monde, on évoque l’Irak et la Palestine. Bush ne renoncera pas à l’Irak aussi vite, mais le problème de la Palestine, il n’en a pas réellement besoin.

Depuis le début de cette année, le rouleau compresseur américain s’est réorienté régulièrement. D’abord, les tout-puissants lobbys israéliens aux USA ont été discrètement neutralisés. Deux anciens officiels de l’AIPAC (comité des affaires publiques USA/Israël) ont été accusés d’avoir aidé à passer des informations classées secrètes à un représentant israélien. S’ils étaient reconnus coupables, cela pourrait signifier la fin de l’AIPAC et de tout le lobby. En attendant, ils devront siéger discrètement, sans s’occuper des actions de Bush vers Israël.

L’autre changement a été de geler le soutien militaire à Israël avec la crise des ventes d’armes à la Chine. Il aurait été possible de traiter ce problème avec facilité, comme dans le passé, mais les USA ont imposé de vraies sanctions cette fois. Les contrats pour l’achat d’armement étaient gelés et les USA ont suspendu leur coopération sur les projets de développement. A Washington, les portes s’étaient fermées sur les officiers de l’armée israélienne.

C’est dans de telles circonstances qu’approchait la date avancée pour le désengagement. A la lumière de préparations évidentes par Israël pour une opération militaire, les soupçons se confirmaient dans l’administration américaine que Sharon ne mettrait pas son plan en œuvre. Selon le New York Times du 7 août, l’administration Bush a exercé des pressions pour empêcher ça, elle a interdit l’opération militaire. Le 21 juin, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleeza Rice, est venue à Jérusalem pour une visite inamicale, autoritaire. Le New York Times a publié les observations faites par William Ward, coordinateur-général pour la sécurité au Moyen-Orient : « Le général Ward, homme prudent, a confirmé qu’il y a deux semaines, les Américains avaient fait pression sur les militaires israéliens alors qu’ils se tenaient prêts à entrer dans Gaza... il a prévenu qu’il pourrait y avoir d’autres pressions identiques si le besoin s’en faisait sentir. Ce scénario, aucun d’entre nous ne le souhaite » a-t-il dit. « Les dirigeants d’Israël, dont l’armée, savent très bien ce que sont les conséquences dans ce type de scénario » (2)

Avec les années, nous nous sommes habitués à l’idée que « pressions américaines » cela signifiait des déclarations qui n’étaient pas suivies d’effets. Mais tout d’un coup, les mots acquièrent une nouvelle signification. Quand les USA disent exercer vraiment des pressions, aucun dirigeant israélien ne devrait défier ces injonctions (et certainement pas Netenyahu). Donc, nous sommes partis de Gaza. Et si les USA continuent de perdre du terrain en Irak, peut-être serons-nous obligés de partir de la Cisjordanie aussi.

(1) D’après l’article, au tout début, en 2004, le « Premier ministre avait mal accueilli les recommendations de Eiland (général-major Giora), (Branche pour la planification du désengagement - commandement et conseil pour la sécurité nationale des Forces de défense israéliennes) et décidé que le gouvernement ne construira pas de logements provisoires.

(2) Steven Erlanger, The New York Times, 7 août 2005.

Post-Scriptum :

Souces:

publié le dimanche 21 août 2005 sur www.protection-palestine.org

Tanya Reinhart est professeur de linguistique aux universités d’Utrecht et de Tel-Aviv. Tient une chronique bimensuelle depuis 1994 dans Yediot Aharonot, le plus fort tirage des quotidiens israéliens. Yediot Aharonot, 18 août 2005-08-21- http://www.geocities.com/toi_billbo...

Traduit de l’'hébreu par Edeet Ravel - http://www.let.uu.nl/ tanya.reinhar...

Traduction de l’anglais : JPP

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