Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

De camp David à la confèrence de Madrid (1977-1992)

Un peuple qui ne connaît pas son histoire ne peut construire son avenir.

quatrième partie

ISRAËL ET L'EGYPTE SIGNENT UN ACCORD DE PAIX

Le voyage à Jérusalem

Le 19 novembre 1977, le président égyptien Anouar El Sadate se rend à Jérusalem et rencontre Menahem Begin. Il s'adresse à la Knesset et exhorte l'Etat hébreu à échanger les territoires contre la paix. « Je déclare au monde entier que nous sommes d'accord pour vivre avec vous dans une paix permanente et juste. Israël est devenu un fait que le monde a reconnu. » Il affirme ensuite que la paix ne peut qu'être « fondée sur la justice et non sur l'occupation des terres d'autrui. » Il réclame la fin de l'occupation des terres saisies par Israël en 1967 ; la réalisation des droits fondamentaux du peuple palestinien, son droit à l'autodétermination ; le droit pour tous les pays de la région à vivre en paix.

Il s'agit là d'un geste historique : c'est la première fois qu'un chef d'Etat arabe tend la main à Israël depuis sa création. Ce que Sadate offre à Israël est inestimable, alors que Begin ne répond que par l'intransigeance. La réponse du Premier ministre israélien n'apporte, en effet, aucune ouverture de paix : « Non, monsieur, nous n'avons pris aucune terre étrangère. Nous sommes revenus dans notre patrie ». Lors de son discours, à aucun moment, il ne mentionne le mot « Palestinien ». Il suggère cependant que « tout puisse devenir négociable ».

Réactions arabes

Pour les Arabes, et en particulier pour les Palestiniens, la visite de Sadate à Jérusalem marque une date charnière dans l'histoire du conflit avec Israël. La condamnation est unanime : ce que les Arabes reprochent au président Sadate, c'est de ne pas avoir respecté la décision prise en commun, au lendemain de 1973, de n'accepter qu'une paix globale en échange d'un retrait total des territoires occupés en 1967 et la création d'un Etat palestinien. L'Algérie, la Lybie, l'OLP, la Syrie et le Sud-Yémen constituent le Front de la fermeté et considèrent la visite de Sadate comme un acte de « haute trahison ». Dans les territoires occupés, l'opposition s'affirme également : les maires des principales villes dénoncent toute initiative qui ignorerait l'OLP.

Camp David

Il faut attendre l'invitation de Jimmy Carter, qui presse Sadate et Begin de bien vouloir le rejoindre dans sa résidence de week-end pour voir aboutir les négociations. Le 17 septembre 1978, le président américain annonce la signature des accords de Camp David qui comprennent deux documents, « Cadre pour la paix au Proche-Orient » et « Cadre pour la conclusion d'un traité de paix entre l'Egypte et Israël ». Le 26 mars 1979, Sadate et Begin se retrouvent à la Maison-Blanche pour signer un traité de paix. L'Egypte récupère le Sinaï et obtient le démantèlement des colonies de cette région. Israël obtient une paix totale, des relations diplomatiques et économiques normales avec l'Egypte. La question de l'autonomie palestinienne est reléguée en annexe, ce qui ne peut que satisfaire le Premier ministre israélien, qui, quelques jours auparavant, à la Knesset, avait affirmé : « Israël ne reviendra jamais aux frontières d'avant la guerre de 1967, Israël ne permettra jamais que soit créé un Etat palestinien en Cisjordanie. Jérusalem, une et réunifiée, restera pour l'éternité la capitale d'Israël ».

« La Palestine a été vendue »

La Syrie prend la tête de l'opposition au président Sadate. Yasser Arafat déclare que « la Palestine a été vendue, et les droits nationaux du peuple palestinien ont été vendus pour une poignée de sable du Sinaï ». Du 27 au 31 mars 1979, une nouvelle conférence arabe déclare que l'appartenance de l'Egypte à la Ligue arabe est suspendue.

Les négociations sur l'autonomie palestinienne

Elles s'ouvrent, le 25 mai 1979. Les négociateurs ne parviennent pas à s'entendre, ce qui conduit progressivement à une crise. De plus, le 14 mai 1980, Jérusalem-Est est annexée par la Knesset. En multipliant les créations de colonies [29] et les expropriations de terres palestiniennes, le gouvernement israélien entend isoler les villes palestiniennes les unes des autres ; en outre, un réseau de routes nouvelles quadrille la Cisjordanie afin de relier les colonies entre elles. Les autorités israéliennes s'emparent des ressources hydrauliques et prennent le contrôle de la distribution d'électricité. L'objectif de Begin est clair : gagner du temps pour modeler en Cisjordanie des réalités nouvelles qui videront de toute signification l'autonomie palestinienne, si jamais elle voit le jour. Il déclare que « la Palestine tout entière appartient au peuple juif. C'est le droit de chaque juif de s'installer là où il le désire sur ce territoire ». Dans le même temps, au début de 1980, à Hébron, est créé un réseau de colons extrémistes, pour la plupart issus du mouvement Goush Emounim. Ces colons se lancent dans une campagne d'attentats visant les maires palestiniens [30]. C'est ainsi que le maire de Naplouse perd ses deux jambes et celui de Ramallah est amputé d'une jambe.

PREMIERES RENCONTRES PALESTINO-ISRAELIENNES

En mars 1977, le 13e CNP (Conseil national palestinien) adopte un programme en 15 points qui réclame un « Etat national indépendant ». La nouveauté de ce programme réside dans une absence : il ne fait plus mention de l'« objectif stratégique » de l'OLP, qui était d'établir un « Etat laïque et démocratique » sur l'ensemble de la Palestine. Cette modération de la position de l'OLP est le résultat, en partie, de rencontres palestino-israéliennes qui se sont multipliées depuis 1976.

La première rencontre discrète et non-officielle entre Palestiniens de l'OLP et des communistes israéliens du Rakah a lieu à Sofia en 1968. Durant l'été 1969, le FDLP entame un dialogue avec le Matspen, mouvement d'extrême gauche. En 1972 et 1973, de nouvelles rencontres ont lieu entre l'OLP et pacifistes israéliens. En mai 1976, Pierre Mendès France accueille la première rencontre entre Issam Sartaoui, chargé par le Fath en 1975 de poursuivre le dialogue, Uri Avnery, le général Matti Peled et Arieh Eliav, député socialiste. Mai 1977 marque un tournant décisif puisqu'une délégation officielle de l'OLP rencontre à Prague une délégation du Rakah. Pour la première fois, cette réunion est annoncée officiellement par la résistance palestinienne ; elle a été décidée lors du CNP de mars 1977, qui légitime les contacts « à l'intérieur et à l'extérieur de la patrie occupée avec les forces démocratiques et progressistes juives ». Dès 1978, l'OLP invite régulièrement des Israéliens à participer à des rencontres en Europe. Cette nouvelle politique est cependant ralentie après l'entrée d'Israël au Sud-Liban.

La sortie de Beyrouth, en 1982, marque un nouveau tournant dans l'histoire de la résistance palestinienne. Désormais exilée à Tunis, privée de ses moyens militaires, l'OLP va se tourner résolument vers la voie diplomatique.

L'OLP DIVISEE

Le rapprochement qu'Arafat entreprend en direction de l'Egypte et de la Jordanie dès 1982, se fait contre la volonté de certains mouvements de la résistance palestinienne et de la Syrie, qui dès lors a un nouvel objectif au Liban : s'assurer le contrôle des camps palestiniens demeurés fidèles au chef de l'OLP[31]. En mai 1983, un mouvement de rébellion, attisé en sous-main par les dirigeants syriens, provoque la crise la plus grave depuis la création du Fatah : les colonels Abou Moussa et Abou Saleh, chefs militaires du mouvement, organisent un soulèvement contre les forces palestiniennes restées fidèles à Arafat au Liban. Ils reprochent au président de l'OLP l'acceptation du plan de Fès[32], qui équivaut à une reconnaissance implicite d'Israël, le rapprochement avec le Royaume hachémite, la corruption et l'absence de démocratie dans le mouvement. Les dissidents créent le 25 mars 1985, à Damas, le Front de salut national palestinien qui regroupe notamment le FPLP, FPLP-CG et la Saïka.

Dès novembre 1984, Arafat convoque en Jordanie la 17ème session du Conseil national palestinien. C'est le premier retour à Amman depuis Septembre noir, en 1970. L'issue de ce conseil est incertaine à cause des dissidences. Au point qu'Arafat annonce sa démission ; mais il est réélu à l'unanimité Président du Conseil exécutif de l'OLP.

L'Organisation de libération de la Palestine, définitivement privée de ses moyens militaires et de la structure étatique qu'elle avait bâtie au Liban, dispersée dans le monde arabe, menacée par les mouvements de dissidence, conserve cependant le soutien des populations de Cisjordanie et de Gaza.

LA PREMIERE INTIFADA

Ce sont finalement les Palestiniens « de l'intérieur », habitants de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, qui vont reprendre la lutte contre l'occupation, par le déclenchement de l'Intifada.

Les causes du soulèvement

Née spontanément, comme tous les observateurs l'indiquent, l'Intifada marque l'échec des deux principales forces politiques israéliennes qui n'ont cessé de prétendre que la population palestinienne s'était résignée à cette occupation « douce ». Or, cette révolte révèle que l'occupation est une réalité insupportable, même si, pour un ensemble de raisons - interdiction de s'exprimer, privation des libertés civiques, menaces qui pèsent sur leur sécurité -, la population n'a pu encore collectivement l'exprimer. Les Palestiniens sont réduits à un état de paupérisation sans espoir, leur économie étant asphyxiée au profit d'Israël. Le chômage ronge la société. Les 110 000 travailleurs qui vont en Israël sont soumis aux humiliations et aux insultes quotidiennes de l'armée d'occupation. Ils touchent des salaires bas pour les travaux les plus ingrats. Un prélèvement obligatoire de 20% sur les salaires doit être reversé à la Cisjordanie et à la bande de Gaza ; au lieu de cela, cette somme est versée au gouvernement israélien. La crise économique s'accompagne d'un harcèlement quotidien des habitants : arrestations, déportations, punitions collectives, dynamitage de maisons, humiliations et politique de répression dite de la « poigne de fer » mise en place par Yitzhak Rabin dès 1985, pour tenter de mettre fin à toute tentative de résistance.

Enfin, un des motifs essentiels de la colère des Palestiniens reste la colonisation, qui ne cesse de croître depuis le début des années 70, d'autant que les ressources en eau sont confisquées au profit des colonies : le nombre de colons est, en 1987, de 65 000 en Cisjordanie, de 2700 à Gaza, et de plus 80 000 à Jérusalem-Est.

L'Intifada

Le 7 décembre 1987, c'est un accident de la circulation - une collision provoquée volontairement par un camion israélien contre un taxi collectif palestinien, dont deux passagers meurent - qui met le feu aux poudres. En une semaine, malgré l'état de siège décrété par les autorités d'occupation, l'insurrection s'étend à l'ensemble de la bande de Gaza puis à la Cisjordanie. Surpris, le gouvernement israélien se fixe, toutes tendances confondues, une seule priorité : « mater la subversion », selon l'expression du ministre de la Défense, Yitzhak Rabin, qui applique la politique dite de « force, puissance et bastonnade » ou « politique des os brisés ». Une sombre période s'ouvre alors, pendant laquelle des unités de l'armée semblent avoir perdu toute retenue et échappé à tout contrôle. À l'escalade des manifestations, des grèves et des heurts répond donc une spirale répressive. Les bavures et les excès de brutalité à l'encontre de la population civile se multiplient. L'armée instaure les couvre-feux à répétition, tire sur les adolescents qui la narguent, les « passe à tabac », en arrête des dizaines de milliers et en interne des milliers, n'hésite pas devant les « mauvais traitements » lors de ses raids contre des villages ou dans les prisons, expulse plusieurs dizaines de Palestiniens, etc. Le bilan chiffré, un an après le début de la révolte, est éloquent : 400 morts, 25.000 blessés, 6.000 prisonniers - soit, avec les 4.000 précédents, un total de 10.000 détenus pour une population de 1,7 million d'habitants. Cet exceptionnel déploiement de force n'a cependant pas raison du soulèvement.

La « révolte des pierres » est rapidement encadrée Une multitude de comités populaires locaux autonomes sont à l'origine de l'Intifada. La lutte contre l'occupation israélienne associe politique de confrontation aux soldats et aux colons - sans armes à feu -, actions de désobéissance civile (refus de payer les taxes, les amendes, grèves, boycott des produits israéliens, etc) et réorganisation de la société au travers de comités populaires de solidarité et d'entraide, chargés notamment du ravitaillement, de l'enseignement et de la santé.

Dès janvier 1988, une « Direction unifiée » est constituée dans la clandestinité afin de coordonner le mouvement et de donner les consignes globales d'action. Les comités locaux se retrouvent dans cette Direction nationale, où cohabitent, relativement unis malgré leurs divergences, le Fatah de Yasser Arafat, le Front populaire de Georges Habache, le Front démocratique de Nayef Hawatmeh et le Parti communiste palestinien - à l'exclusion du Mouvement de la résistance islamique, baptisé, d'après ses initiales, Hamas[33].

Les conséquences de l'Intifada

Ce mouvement populaire, massif et non-armé, a de nombreux effets :
- sur l'opinion israélienne qui, comprenant que le statu quo n'est pas durable, vit une lente bipolarisation : une fraction minoritaire opte pour l'annexion des Territoires occupés et même pour le « transfert » de leurs habitants, mais une majorité choisit la recherche d'une paix de compromis,
- sur la stratégie de la Jordanie, où le roi Hussein renonce au rêve de récupérer la Cisjordanie [34],
- sur l'OLP elle-même qui est transformée, par la décision jordanienne, en interlocuteur incontournable,
- sur l'opinion internationale qui est choquée par le spectacle d'une armée puissante réprimant durement de jeunes lanceurs de pierres, en contradiction totale avec les dispositions de la Convention de Genève.

Les débouchés politiques

La portée de l'Intifada est d'autant plus grande que les Palestiniens lui donnent un débouché politique, en novembre 1988, avec le 19ème CNP d'Alger qui proclame l'Etat indépendant de Palestine, adopte la formule des deux Etats, accepte comme bases de règlement les résolutions des Nations unies, et condamne explicitement toute forme de terrorisme. L'OLP ne reconnaît pas encore Israël mais accepte désormais son droit à l'existence. L'objectif des premières années de la résistance est abandonné : il ne s'agit plus de créer un Etat laïque et démocratique où coexisteraient les Palestiniens et les juifs, mais d'instaurer un Etat palestinien aux côtés de l'Etat d'Israël.

Par ces orientations nouvelles, l'OLP accepte désormais les règles du jeu diplomatique international et se pose en partenaire indispensable dans la recherche de la paix. Dans le prolongement de cette dynamique, Arafat, invité par le Parlement européen à Strasbourg, lance le 14 septembre 1988 un appel à « la paix des braves »[35]. La reconnaissance d'Israël est confirmée, le 15 décembre 1988, par le président de l'OLP devant l'Assemblée générale des Nations unies, réunie exceptionnellement à Genève, Arafat ayant été privé de visa d'entrée aux Etats-Unis.

Un pas décisif est à nouveau franchi le 2 mai 1989, lorsque Yasser Arafat, au cours de sa première visite en France à l'invitation du président François Mitterrand, déclare que l'article de la Charte nationale palestinienne qui appelle à la destruction de l'Etat d'Israël est « caduc ».

Ceci provoque un véritable bouleversement : le soutien à l'Intifada grandit, l'Etat de Palestine est reconnu par 90 pays, c'est-à-dire plus que le nombre de pays qui reconnaissaient l'Etat d'Israël. Le président Reagan annonce l'ouverture du dialogue américano-palestinien[36].

LA CONFERENCE DE MADRID

Contacts palestino-israéliens

Pendant la période 1982-1991, les contacts palestino-israéliens continuent entre Paris, Oslo, Amsterdam, Boston, Milan ou Bruxelles. Ni la tentative d'assassinat d'Arafat par l'aviation israélienne, ni le vote par le parlement israélien, en 1986, d'une loi interdisant les contacts avec l'OLP, ne freinent le mouvement. De son côté l'Intifada inaugure une série de rencontres sur le terrain.

Seule la guerre du Golfe porte un coup dur au processus : la direction de l'OLP s'est rangée aux côtés de l'Irak avec le vain espoir de retrouver un rôle d'intermédiaire dans le jeu régional et la volonté de ne pas se couper de son opinion réceptive aux allégations irakiennes « d'échanger l'occupation du Koweït contre celle de la Cisjordanie et de Gaza ». En 1990-91, la plupart des Palestiniens condamnent la collusion koweïto-états-unienne, dans le sens où ils voient dans l'intervention internationale l'application d'une politique de « deux poids, deux mesures » alors même que la répression de l'armée d'occupation israélienne redouble dans les Territoires occupés en 1967.

Les conséquences de la guerre du Golfe (août 90-janvier 91) Pour chasser les forces irakiennes du Koweït - qu'elles ont envahi en août 1990 -, le président George Bush constitue une large coalition, dans laquelle il embrigade les plus grands pays arabes. En contrepartie, il promet à Damas et au Caire de s'impliquer profondément dans la recherche d'une solution au conflit israélo-palestinien. De plus, la victoire sur l'Irak en février 1991, la mainmise sur le pétrole, l'isolement de l'OLP accusée d'avoir soutenu Bagdad dans le conflit et l'effondrement de l'Union soviétique, placent Washington en position dominante. La priorité est désormais la stabilisation des acquis de la guerre du Golfe. Or le « consensus stratégique » dont l'Amérique rêve achoppe sur la question du conflit israélo-palestinien. D'où la pression sans précédant exercée par les Etats-Unis sur Israël pour négocier un compromis.

Devant le Congrès américain, Bush affirme, le 6 mars 1991, que « le moment est venu de mettre fin au conflit israélo-arabe ». Deux jours plus tard, le secrétaire d'Etat James Baker entame la première de huit tournées au Moyen-Orient, au cours desquelles il va réussir à convaincre des interlocuteurs que tout sépare de s'asseoir pour la première fois autour de la même table.

La conférence de Madrid

Des invitations sont envoyées à toutes les parties directement concernées par le conflit - Israël, la Syrie, la Jordanie, le Liban et les Palestiniens - pour leur proposer de participer, dans la capitale espagnole, à une conférence générale pour le lancement du processus de paix.

L'invitation est assortie de lettres dites « d'assurances », qui posent, entre autres, les bases des négociations bilatérales et multilatérales à venir acceptées par toutes les parties concernées : les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité de l'ONU et le principe de l'échange des territoires contre la paix. Et, parce que le contentieux entre Israël et les Palestiniens est particulièrement lourd, les deux parties sont d'emblée invitées à procéder par étapes, à conclure un accord intérimaire qui prépare le terrain pour parvenir à un traité définitif et à la fin du conflit.

En septembre 1991, les délégués du 20ème CNP votent, à une écrasante majorité, la participation à la conférence de Madrid en dépit des conditions des Américains : l'OLP ne participera pas officiellement aux pourparlers.

Certains Palestiniens estiment que l'équipe dirigeante de l'OLP a coupé les ailes de l'Intifada et sacrifié un peu trop vite, sur l'autel de la diplomatie, les acquis de la révolte des pierres. Les grands absents de Madrid seront donc les mouvements du FDLP et du FPLP, marquant ainsi un désaccord durable avec le courant principal de l'OLP : ils estiment que les concessions ont été trop grandes, que l'OLP a renoncé à toutes ses exigences fondamentales, notamment l'arrêt de la colonisation avant l'ouverture des négociations, et qu'elle n'a obtenu aucune garantie, ni sur le retrait israélien, ni sur l'autodétermination, ni sur l'Etat palestinien, ni sur Jérusalem. A tous ces arguments, Yasser Arafat oppose le droit des Palestiniens à être présents pour participer aux premières négociations directes israélo-arabes, et la nécessité, pour lui, de ne pas laisser passer une telle occasion : « Nous avons été poussés hors de la géographie, il ne faut pas que nous sortions du temps. »

Ainsi, les Etats-Unis organisent, avec le co-parrainage de Moscou, la conférence de Madrid, qui, du 30 octobre au 3 novembre 1991, met face à face, dans deux forums séparés, Israël et des représentants palestiniens d'un côté, Israël et les pays arabes voisins de l'autre. Un an après l'occupation du Koweït, Yitzhak Shamir est donc contraint d'accepter le principe d'une conférence de paix, avec une participation palestinienne au sein d'une délégation jordanienne[37]. Malgré cette limite, l'ouverture de la conférence marque une victoire historique pour les Palestiniens puisque, pour la première fois, ils se retrouvent aux côtés des autres délégations arabes.

La conférence de Madrid amène le retour en force de l'OLP qui dirige la représentation palestinienne. Ces négociations officielles s'enliseront, mais elles déboucheront sur des tractations secrètes, à Oslo. C'est le début d'un processus de négociations palestino-israéliennes qui va courir plusieurs années durant.

Post-Scriptum :

[29] En 1978, le plan Drobless, sorte de charte de la politique de colonisation israélienne, prévoit la création de 46 nouvelles colonies et l'implantation de 37 000 familles d'ici la fin 2003. Ce plan affirme : « L'implantation sur toute la terre d'Israël est une question de sécurité et de droit. » [30] Ce réseau tentera notamment, en 1983, de dynamiter la mosquée al-Aqsa. Sur les 26 personnes arrêtées dans le cadre de cette affaire, 3 ont été condamnées à la prison à perpétuité, puis graciées par le président d'Israël. Les autres ont été condamnées à des peines légères. [31] Entre 1982 et 1984, Damas charge la milice Amal de liquider ce qui reste de la présence armée palestinienne dans les camps de réfugiés du Liban. [32] Adopté le 9 septembre 1982, le plan de paix propose que le Conseil de sécurité de l'ONU garantisse « la paix entre tous les Etats de la région ». [33] Seul ce dernier mouvement, créé en 1987, se situe en dehors du consensus politique de l'Intifada qui est de créer un État palestinien indépendant en Cisjordanie et à Gaza, l'État d'Israël revenant à ses frontières d'avant la guerre des Six-Jours en 1967. Le Hamas est encouragé, dans un premier temps, par les dirigeants israéliens pour contrer les factions traditionnelles de l'OLP. [34] Le 31 juillet 1988, la Jordanie rompt les liens juridiques et administratifs qu'elle maintenait avec la Cisjordanie. En agissant ainsi, le roi Hussein remet entre les mains de l'OLP la responsabilité de l'avenir des Territoires occupés. [35] Yitzhak Shamir, le successeur de Begin, rejette son offre. [36] Les dirigeants israéliens entament alors une longue période de refus des plans de paix américains successifs. [37] C'est l'OLP qui, de Tunis, pilote l'équipe palestinienne composée de personnalités de l'intérieur, parmi lesquelles figurent Hanane Achraoui, Faysal Husseini et Haïdar Abdel Chafi.

Sources: GUPS, visiter leur site, voir annuaire association

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