Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

De l'identité marginalisée

Les Palestiniens de l'Intérieur Par Dr. Ibrahim Makkawi de Abna'a al-Balad (Mouvement des Fils du pays )

Contexte

Depuis le début, le projet colonial sioniste en Palestine fait partie intégrante, et est en réalité une partie centrale, du colonialisme capitaliste occidental et de sa quête de domination, de fragmentation et d'exploitation de la terre natale des Arabes. La Palestine a été choisie par les colonialistes de l'époque ( la Grande Bretagne) pour être colonisée par des colons sionistes juifs à cause de sa position stratégique au coeur des terres arabes, position qui constitue la séparation géographique entre la partie est ( le Machreq) et Ouest (le Maghreb).

Il doit être clair pour nous tous que parler de la libération de la Palestine et du Droit au Retour des réfugiés palestiniens sans les replacer dans le contexte adéquat du conflit est trompeur et simplificateur. Le véritable conflit se situe entre le camp impérialo-sioniste d'une part et la nation arabe de l'autre, au sein de laquelle la Palestine n'est que le point central du conflit. Il devient plus évident que jamais que notre lutte principale est contre le coeur du capitalisme et sa politique impériale expansionniste sous ses différentes formes , allant du colonialisme, à l'impérialisme jusqu'à sa forme actuelle, la mondialisation. C'est l'intérêt capitaliste pour les terres arabes et leurs ressources qui a donné naissance au projet sioniste en premier lieu, et qui continue à en favoriser l' existence.

De la même façon que le projet sioniste en Palestine ne peut être compris que comme une base militaire avancée du capitalisme occidental, nous ne pouvons comprendre la question palestinienne et la question des réfugiés que dans le contexte de la lutte nationale pan-arabe(Qawmi). C'est la terre arabe dans sa totalité mais plus particulièrement les classes populaires, qui sont les cibles du capitalisme occidental et de la mondialisation. Les deux Mythes

Le premier: Le mythe fondamental et la tromperie historique créés et propagés par le mouvement sioniste dans sa tentative de fonder un pur état juif en Palestine a été la négation systématique de l'existence du peuple palestinien sur la terre qu'il vouait à la colonisation. La Palestine était "une terre sans peuple pour un peuple sans terre", selon l'argument sioniste. Les sionistes étaient conscients du fait indéniable que la population arabe autochtone de Palestine qui aspirait à sa propre indépendance et à l'auto-détermination avait peuplé le pays à travers toute l'histoire connue.

La confrontation ultime entre le projet sioniste colonialiste et les aspirations nationales du peuple arabe palestinien a eu pour conséquence de faire de ce dernier un peuple de réfugiés. Ceci n'aurait pu arriver sans une campagne systématique de nettoyage ethnique, la destruction de plus de cinq cent de leurs villes et villages, la construction de nouvelles colonies juives sur les ruines de ces derniers. Les noms historiques, ainsi que les structures de la plupart des lieux furent changés du jour au lendemain dans ce qui fut l'acte le plus barbare de viol historique. Dans la résolution 194, les Nations-Unies ont affirmé le droit au retour immédiat des réfugiés palestiniens dans leurs maisons et leurs propriétés , condition pour que l'entité sioniste soit acceptée parmi ses membres. Plus d'un demi-siècle plus tard, l'entité sioniste est toujours membre à part entière des Nations-Unies et continue à nier le Droit au Retour des Réfugiés palestiniens.

Le second : Le deuxième mythe, mis en avant par la propagande sioniste concerne la revendication par l'entité sioniste de sa qualité de démocratie occidentale. La pratique courante chez les leaders politiques occidentaux comme chez les universitaires est leur tendance à la désigner comme étant l'exception dans une région qui par ailleurs manque de démocratie et de régimes parlementaires. C'est une bien étrange hypocrisie pour une entité colonialiste connue sous le nom "d' Etat d'Israël" de se déclarer lui-même en même temps " Etat juif" et "démocratie", alors que (a) religion et démocratie sont intrinsèquement contradictoires, (b) que 20% de la population de cet Etat sont des Palestiniens, et (c) que l' Etat tout entier a été fondé sur les ruines d'un autre peuple. A la différence de beaucoup de minorités ethniques qui vivent dans les sociétés occidentales, les Palestiniens de l'intérieur n'ont pas émigré vers le nouveau régime, mais le régime leur a été imposé après la destruction de leur société et le fait d'avoir disposé du reste de leur peuple. Aujourd'hui, les Palestiniens de l'intérieur (la Palestine de 1948) vivent comme des citoyens de seconde zone dans un régime colonial d'apartheid qui ne perd aucune occasion de les marginaliser politiquement, de les exploiter économiquement, et, sur un plan culturel, de manipuler leur identité nationale selon les besoins de la majorité juive. Bien qu'une analogie évidente puisse être établie entre le régime de l'entité sioniste et le régime d'apartheid d'Afrique du Sud, en ce qui concerne le statut des Palestiniens de l'intérieur, nous ne devons pas oublier que si toute la population autochtone d'Afrique du Sud est restée sur sa terre natale, les Palestiniens ont été littéralement déracinés; seule une petite minorité d'entre eux est restée. La relation entre l'entité sioniste et les Palestiniens qui vivent dans les Territoires Occupés (Cisjordanie et Bande de Gaza) est beaucoup plus compliquée que celle établie par la comparaison avec le régime d'apartheid en Afrique du Sud.

Pour comprendre clairement cela, il suffit de se rappeler que l'entité sioniste n'a pas de constitution. En tant qu'entité coloniale qui revendique à tort représenter les aspirations des juifs du monde entier, "l' Etat juif en Palestine" a été incapable d'établir une constitution, qui définirait simultanément ses relations avec les citoyens palestiniens non juifs et les juifs dans le monde, sans parler des réfugiés palestiniens qu'il a chassés de leur terre natale. En plus de cela, "Israël" est le seul Etat au monde qui n'a pas de frontières définies.

Au lieu de cela, l'entité sioniste a ce qu'elle appelle "des lois de base", parmi lesquelles deux illustrent le caractère d'apartheid de sa structure, à l'égard des Palestiniens qui y vivent.

La première loi:

La "loi du retour" s'applique aux seuls juifs: selon cette loi, toute personne juive dans le monde, suivant une définition ethnico-religieuse seulement, a le droit d'émigrer dans l' Etat d'"Israël" et d'acquérir immédiatement la citoyenneté. Le même droit est nié aux réfugiés palestiniens qui ont été chassés du territoire sur lequel "Israël" a été fondé en 1948. De plus, un bébé qui naît de parents juifs israéliens a automatiquement la citoyenneté grâce à la "loi" raciste "du retour" , alors qu'un bébé né de parents palestiniens, qui sont aussi tous les deux des citoyens israéliens, doit, pour obtenir la citoyenneté, remplir toute une série de conditions. Le processus est loin d'être automatique pour un bébé palestinien comme il l'est pour un bébé juif né dans le même pays. Dernièrement, le parlement sioniste a voté une autre loi clairement raciste qui empêche la réunification de familles entre les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza et ceux qui ont la nationalité israélienne!

La deuxième loi:

Le Fonds National Juif (FNJ), créé par le mouvement sioniste avant la fondation de l' Etat lui-même, est seul en charge de la terre publique et non le gouvernement. Une fois de plus, par définition, seuls les juifs peuvent acheter, posséder ou louer de la terre au FNJ, un droit nié aux Palestiniens qui sont légalement citoyens du même Etat . En d'autres termes, l'élément le plus important de notre lutte nationale, à savoir la terre de Palestine, est "légalement" accaparée par l'entité sioniste, et son utilisation réservée aux seuls juifs.

La discrimination raciste systématique de l'entité sioniste à l'encontre des citoyens arabes palestiniens prend des formes et des manifestations très diverses. Ainsi que le rapporte Human Rights Watch (2001), les écoles palestiniennes en Israël souffrent d'une discrimination systématique en matière de budget, de construction d'établissements, de services d'aide, de personnel enseignant qualifié et autres. Il n'existe pas une seule université arabe dans le pays en dépit du fait que 20% de la population soit des Arabes palestiniens. Un nombre écrasant de villages arabes palestiniens d'origine ne sont pas reconnus par le gouvernement et se voient donc refuser des services de base tels que l'eau et l'électricité. Le budget accordé aux municipalités palestiniennes n'a rien à voir avec celui accordé à des villes juives de taille identique, et les offres d'emploi sont liées au fait d'avoir accompli son service militaire dans l'armée israélienne.

Dans cette situation, la question la plus importante pour les Palestiniens de l'intérieur a été de comprendre la relation dialectique entre notre cause nationale comme partie intégrante du peuple arabe palestinien et la lutte pour nos droits humains de base à l'intérieur du régime d'oppression qui nous a été imposé. Servir une seule des composantes de cette dialectique en excluant l'autre est une erreur. Notre lutte nationale vient sans aucun doute en tête, et la lutte pour nos droits humains et civiques doit s'intégrer harmonieusement dans cette lutte et non la remplacer.

Certains politiciens opportunistes et intellectuels égocentriques parmi nous ont poussé trop loin la composante des "droits civiques et la citoyenneté égale pour tous" dans l'entité sioniste, poussé jusqu'au point où la conséquence est que tout ce qu'ils font consiste à légitimer le système colonial. D'autres parmi nous persistent à exposer le danger inhérent à notre assimilation dans l'entité sioniste sous couvert de lutter pour nos "droits civiques et une égale citoyenneté".

La Voix Alternative

Il existe une tendance révolutionnaire qui résiste fermement au processus de notre assimilation dans l'entité sioniste et de notre cooptation par cette même entité. Ce courant est représenté par le mouvement Abna'a al-Balad et des intellectuels engagés.

Abna'a al-Balad (Le Mouvement des Fils du pays ) mouvement issu de la base, fondé en 1969, a pour but de préserver l'identité nationale collective des Arabes palestiniens en Palestine de 1948, de faire le lien entre leur lutte et celle du reste de leur peuple (particulièrement les réfugiés concernés par le Droit au Retour) et de continuer la lutte pour les droits de l'homme et l'égalité au sein de l' Etat qui leur a été imposé. Tout cela, sans compromettre notre cause nationale, dans le seul but d'obtenir quelques avantages dans notre statut de citoyen. Grâce à notre organisation, nous travaillons essentiellement à construire les institutions de la société civile parmi les masses palestiniennes et à réveiller la conscience collective et nationale.

Par principe, nous rejetons toute normalisation des relations avec l'entité sioniste en Palestine par le boycott des élections sionistes et le refus de nous impliquer dans la tentative inutile de réformer ce système de l'intérieur, ce qui ne fait que lui accorder une légitimité et une reconnaissance de fait. Système qui exige de tout membre élu de la Knesset sioniste de reconnaître la loi d'élection revue en 1984 dans la section 7 (A) et qui stipule que tout membre de la Knesset sioniste accepte le fait que l' Etat est "un Etat pour le peuple juif". En prenant en compte les connotations racistes et les implications dangereuses de cette condition préalable, nous soutenons le boycott de ces pseudo-élections qui exigent un Etat pour le "peuple juif", sans tenir compte de leur lieu de résidence. Nous ne paierons pas ce prix pour entrer à la Knesset et nous ne sacrifierons pas nos engagements moraux, nationaux et idéologiques à notre nation arabe et à notre peuple palestinien.

Nous considérons notre Mouvement comme partie intégrante du Mouvement National Palestinien qui agit sur les fronts nationaux arabes et palestiniens, dont l'idéologie et la pratique représentent les intérêts des classes populaires sur la terre arabe, et qui travaillent à créer une société libre , loin de tout sectarisme ethnique, de tout racisme, et qui favorise le développement et le progrès de tous les peuples sans tenir compte de la race, de l'origine ethnique ou de la religion.

Nous avons conscience des conséquences désastreuses de l'actuelle structure raciste de classe de l'entité sioniste qui a pour résultat la pauvreté, la misère et le chômage pour les masses des Palestiniens de l'intérieur à cause de la conjonction entre l'oppression nationale et l'oppression de classe qu'ils subissent. Nous travaillons dur pour trouver des structures alternatives sociales et économiques et des institutions qui aident à soutenir le développement alternatif pour les Arabes palestiniens dans la Palestine de 1948 occupée sans les assimiler à l'entité sioniste.

Notre engagement à développer des programmes qui visent à construire des institutions indépendantes sur les plans politique, économique et intellectuel se traduit par un programme destiné à créer l'auto-suffisance et l'indépendance chez les laissés pour compte de la richesse et des emplois de la structure sioniste de classe et de race. Notre programme est un programme de réappropriation du pouvoir, d'indépendance et de libération. Nous pensons que notre privation économique d'une part et notre oppression nationale d'autre part sont dialectiquement mêlées. La seule façon de lutter pour nos droits dans les deux questions simultanément est un programme issu de la base qui implique les masses et leur donne le pouvoir de prendre leurs vies en charge plutôt que d'accepter la Knesset sioniste comme seul moyen de demander nos droits civiques.

Le Lien Manquant

Nous devons situer le lien manquant dans le discours palestinien en montrant la relation organique entre les réfugiés palestiniens en exil et les Palestiniens restés sur leur terre natale et qui vivent dans l'entité sioniste. Nous sommes conscients que cette tentative est un défi pour beaucoup qui ont accepté, voire participé à la fragmentation du peuple palestinien en différents groupes , chacun gérant sa propre crise. C'est encore plus provocateur de rappeler à ceux qui , parmi nous, oublient que l'entité sioniste a été créée en 1948 sur la base du seul programme colonialiste de nettoyage ethnique , que les Palestiniens qui ont réussi à rester sur leur terre natale ne sont que ceux qui restent des Palestiniens chassés par ce même programme colonialiste. Ces groupes doivent être liés parce qu'ils ont la même origine : la conquête de leur terre natale.

Il est suffisamment clair que la tentative actuelle de gérer la crise due à l'Intifada en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, sans tenir aucun compte des réfugiés palestiniens et des Palestiniens de l'intérieur, est une tentative de diviser et fragmenter notre lutte nationale en problèmes locaux isolés, qui peuvent être gérés par chaque partie d'elle-même. Nous devons affirmer plus que jamais que nous sommes un seul peuple menant une seule lutte nationale pour l'auto-détermination, et, au-delà, nous sommes une partie de la Nation Arabe (Ummah). Pour cela, nous devons réaffirmer le lien entre les Palestiniens en exil et les Palestiniens qui sont demeurés sur leur terre , puisque la résistance et la détermination de ces derniers sur leur terre natale historique ouvre la route aux retour des réfugiés.

En raison de sa négation raciste de l'existence du peuple palestinien, et dès le premier jour de sa création, l'entité sioniste a mis en oeuvre de façon constante une double campagne de liquidation du caractère collectif du peuple palestinien et son appartenance à sa terre natale. Tout en entreprenant sans cesse le déplacement des réfugiés et leur installation aussi loin que possible des frontières de leur terre, elle a, en même temps, effacé, manipulé et déformé l'identité nationale des Palestiniens qui sont tombés directement sous son contrôle. Cela ne fait que mettre en évidence le caractère illégal, immoral et illégitime de la revendication sioniste d'un pur état juif en Palestine.

L'exigence sans compromis possible des réfugiés palestiniens à retourner sur leur terre et la ténacité des Palestiniens de l'intérieur à lutter contre l'assimilation dans l'entité sioniste doivent être considérées comme les deux parties inséparables d'une lutte nationale générale pour le retour et l'auto-détermination.

Il est inutile de rappeler que le Mouvement National Palestinien contemporain a été créé au départ comme un mouvement de réfugiés qui se battaient pour le retour sur leur terre natale avant même l'occupation de 1967. Le mouvement a été organisé et mené par les réfugiés palestiniens d'abord en Jordanie et plus tard au Liban alors qu'il était clair que le but était la Palestine, la terre natale, occupée depuis 1948. Le fait qu'à un stade plus tardif, la direction bourgeoise du MNP ait abandonné ses bases humaines dans les camps de réfugiés après sa défaite militaire à Beyrouth et soit devenu un mouvement bureaucratique ne doit pas et ne devrait pas rendre le nouveau but de sa direction, qui se limite à un "mini- Etat", plus important que le droit au retour. Un "mini- Etat" sur une partie quelconque de la Palestine, créé par un accord officiel avec l'entité sioniste, sans Droit au Retour, n'a aucun sens et ne peut être qu'un Etat arabe local (Qutri) et fragile de plus.

Le déclenchement de l'Intifada populaire en 1987 a été un développement naturel de la lutte palestinienne après la défaite militaire à Beyrouth, qui a déplacé la lutte à l'intérieur. C'est précisément ce tournant qui a conduit la direction sioniste à coopérer avec la direction battue de l'OLP après Beyrouth, une fois qu'elle a réalisé son incapacité à briser la volonté de l'Intifada populaire. La formule utilisée par les sionistes était claire : amener ce qui restait de la direction de l'OLP en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza pour arrêter l'Intifada, diriger les gens vers ces régions, renoncer au Droit au Retour des réfugiés, et abandonner les Palestiniens de l'intérieur à eux-mêmes afin qu'ils s'assimilent à l'entité sioniste.

Depuis que la direction palestinienne a accepté le processus de paix mené par les USA il y a plus de dix ans, de Madrid à la Feuille de Route en passant par Oslo, nous avons fait entendre notre point de vue sur le compromis attendu sur le Droit au Retour inhérent à un tel processus diplomatique. Maintenant le but de tout ce processus est clairement devenu la création d'un régime compradore en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza en échange de la reconnaissance du droit de l'entité sioniste sur le reste de la Palestine et de l'abandon des réfugiés et des Palestiniens de l'intérieur.

Nous pensons que l'initiative doit être rendue à ces deux parties de notre peuple en plus de la lutte des classes populaires en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Une fois de plus, la résistance à l'assimilation des Palestiniens de l'intérieur et l'affirmation du droit au retour pour les réfugiés palestiniens doivent être combinées et associées dans la lutte et il existe de nombreuses façons réalisables de le faire. NON à tout compromis sur le Droit au Retour et NON à l'assimilation dans l'entité sioniste, doivent constituer la devise qui définit notre mouvement.

Que pouvons-nous faire de l'intérieur?

Premièrement: Par définition, le projet colonialiste sioniste n'est pas conçu pour satisfaire notre existence collective en tant que Palestiniens, pas même avec des changements et des transformations très importants dans son caractère juif-sioniste. En tant qu'entité fondée sur les ruines de notre peuple, elle ne peut pas et ne sera pas capable de nous recevoir dans sa structure. C'est à partir de ce point de référence que nous devons juger toute tentative menée par les Palestiniens de l'intérieur qui utilisent l'argument: "nous travaillons à changer le projet sioniste de l'intérieur." Ce faux prétexte a été utilisé par beaucoup qui aspirent à avoir un siège à la Knesset sioniste.

Nous refusons d'entrer à la Knesset sioniste simplement parce que a) c'est en contradiction directe avec notre identité nationale de propriétaires légitimes de la terre , b) cela légitime l'entité sioniste et conforte le mythe de la démocratie c) c'est un moyen de cooptation et de fragmentation de notre direction et d) il n'y a virtuellement rien que nous puissions accomplir pour nos droits de citoyens en passant par la Knesset que nous ne puissions faire sans passer par elle. En d'autres termes, même la lutte pour nos droits civiques à l'intérieur de la Knesset est inutile. Une grève nationale organisée par les masses est plus efficace pour l'obtention de nos droits qu'une année entière de travail parlementaire dénué de sens.

Deuxièmement: Nous comprenons qu'il ne suffit pas d'affirmer la nature arabo-Palestinienne de l'identité collective des Palestiniens de 1948. Afin de contrer le processus d'"israélisation" qui s'est intensifié dernièrement (particulièrement après Oslo), afin de supprimer notre identité nationale, nous avons besoin d'une campagne nationale d'éducation remarquable et bien développée. Notre but est de développer et mettre en oeuvre une large campagne nationale d'éducation qui a pour but de développer, affirmer et défendre l'identité nationale arabo-palestinenne dans nos masses.

Ceci nécessite un programme actif plutôt que réactif afin de faire naître et d'accroître la conscience nationale en redonnant le pouvoir aux masses, grâce à des activités d'éducation informelles, des centres sociaux, des programmes d'alphabétisation, des activités pour la jeunesse et le développement d'un programme de recherche universitaire pour aider notre compréhension de ce processus ancien/nouveau de colonisation interne. Dans notre programme de développement de la conscience nationale et de la conscience de classe, nous devons prendre sérieusement en compte l'idée d'enseigner à nos jeunes l'histoire et la géographie de leur pays natal, en accordant une place particulière aux ruines des villes et villages détruits, lieux qui témoignent des maisons originelles des réfugiés palestiniens.

Troisièmement: La large base de défenseurs et de militants que le réseau Al-Awda a construit au cours des dernières années est un développement remarquable, à une échelle internationale, qui place le Droit au Retour des Réfugiés Palestiniens à l'ordre du jour d'un mouvement mondial anti-capitaliste. Nous, Palestiniens de l'intérieur, avons une position unique qui nous permet de contribuer de la façon la plus significative à ce mouvement international. Nous devons considérer sérieusement l'opportunité d'avoir des activités coordonnées avec Al-Awda, organiser des visites en Palestine historique, participer à ses différentes activités de là où nous vivons à l'intérieur, et nous servir des moyens modernes d'information en communiquant avec les militants à l'étranger et les réfugiés palestiniens.

Un dernier mot

Il y a un consensus quasi général dans le discours politique arabe et palestinien sur le fait que l'entité sioniste a été imposée à la Palestine en 1948, suite à une campagne systématique et bien organisée de nettoyage ethnique qui a conduit à la question des réfugiés. La plupart seraient d'accord pour dire que l'entité sioniste a été installée en Palestine par des puissances colonialistes afin d'empêcher toute tentative d'unification pan-arabe. De plus, il y a un consensus quasi général sur le fait que l'entité sioniste, depuis sa création devient de plus en plus aggressive, expansionniste et avide de dominer la terre arabe grâce à une alliance stratégique avec le capitalisme occidental. Nous serions tous d'accord pour dire que la cause pan-arabe( Qawmi) et la question palestinienne sont dialectiquement liées.

Alors que nous partons tous de cette caractéristique précise de l'entité sioniste, le déplacement de pensée de certains d'entre nous légitime l'entité sioniste, négocie avec elle, la normalise, compromettant le Droit au Retour des réfugiés palestiniens. Ceci est clairement une position de reddition intellectuelle et politique que l'on ne peut décrire que comme une "intériorisation de la défaite" au sein de notre direction et parmi nos intellectuels qui se mettent au service de "l'autre". Avec nos soutiens et nos alliés du monde entier, nous affirmons que la question de la Palestine est centrale dans la lutte de la nation arabe pour la libération, l'unité et le développement. En conséquence, nous appelons à l'internationalisation de la lutte arabe face à la mondialisation et au capitalisme.

Dr. Ibrahim Makkawi est membre de Abna'a al-Balad (Mouvement des Fils du pays ) en Palestine de 48 occupée. Il enseigne la Psychologie de l'Education à l'Université Al-Quds à Jerusalem, et est co-responsable de kana'an online: http://www.kanaanonline.org