Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Des souvenirs conservés au plus profond de Chatila

Dans le chaos du camp de réfugiés palestiniens de Chatila, un petit musée retrace plusieurs décennies de traumatismes et de déplacement forcé.

Un article de Al Jazeera du 25 mai 2015

 

    Dans un présentoir en verre sur le mur du Musée des souvenirs, une vieille hache rouillée est l’un des seuls objets récupérés du massacre de Sabra et Chatila de 1982 - Photo : Wojtek Arciszewski/Al-Jazeera

 

Camp de réfugiés de Chatila, Beyrouth (Liban) – Niché dans un dédale de ruelles sombres à l’intérieur du camp de réfugiés de Chatila, à Beyrouth, il est facile de passer à côté du Musée des souvenirs, même lorsque l’on est à sa recherche.

L’unique salle du musée est remplie d’objets d’un autre temps : vases en miettes, tasses à thé, lanternes, assiettes fendues, bracelets, clés de maisons qui n’existent plus. Voici une petite sélection de ce qui a été perdu pendant la Nakba, à savoir l’expulsion en 1948 de centaines de milliers de Palestiniens de leurs maisons pour vider les terres de leurs habitants pour installer ce qui est Israël aujourd’hui.

« Les Israéliens voulaient tout effacer, et nous avons commencé à envisager de collecter et de conserver ces choses pour entretenir le souvenir », a raconté le propriétaire, Mohammed Khatib, à Al-Jazeera. Avec son frère, Ali Khatib, il gère le musée depuis une dizaine d’années, enrichissant la collection avec des objets donnés et achetés.

« Nous faisons cela pour garder notre culture en vie, a expliqué Ali Khatib. Tous ces objets sont des choses qui représentent les coutumes de notre peuple, et nous ne voulons pas les perdre, parce que nous avons perdu tout le reste. »

    Le Musée des souvenirs, ouvert depuis une dizaine d’années, expose une collection d’objets donnés et achetés - Photo : Wojtek Arciszewski/Al-Jazeera

 

Alors que les Palestiniens ont commémoré la Nakba ce mois-ci, le musée du camp de Chatila a organisé son propre petit atelier sur l’histoire de la Palestine. Pour les habitants du camp surpeuplé et pauvre créé en 1949, cette histoire comprend l’un des massacres les plus violents du long conflit israélo-palestinien.

Entre le 16 et le 18 septembre 1982, des membres d’une milice libanaise chrétienne, les Phalanges, ont pris d’assaut le camp et le quartier voisin de Sabra, tuant des centaines d’habitants, tandis que l’armée israélienne, qui avait envahi le sud du Liban plus tôt dans le même année, est restée sans réaction.

Les Nations Unies ont condamné le massacre de Sabra et Chatila, le qualifiant d’acte de génocide, tandis qu’une commission d’enquête israélienne a déterminé qu’Ariel Sharon, à l’époque ministre de la défense du pays, était personnellement responsable de ce massacre. Ce dernier a ensuite démissionné de son poste.

Si la commission israélienne a estimé que près de 800 personnes ont péri au cours de ce massacre, d’autres estimations sont de l’ordre de plusieurs milliers de victimes. Parmi ces victimes figuraient des nourrissons, des enfants, des femmes enceintes et des personnes âgées, certains ayant été mutilés avant ou après leur mort, a constaté Human Rights Watch.

« Nous avons commencé à voir des gens courir, couverts de sang, apeurés », a raconté Farhat Salim Farhat, un habitant de Chatila de 67 ans. Il observait les soldats israéliens lancer des bombes luminescentes pour éclairer le camp tandis que les combattants de la Phalange y entraient, s’est il souvenu.

Le massacre était étrangement calme, les Phalangistes ayant opté pour des haches plutôt que des armes à feu, a raconté Farhat, un commandant militaire chargé de défendre le camp.

« Ils ont commencé à tuer des gens. Certains dormaient. Ils ont simplement commencé à entrer les maisons et à tuer des gens au hasard », a-t-il raconté à Al-Jazeera, avant de rappeler qu’au troisième jour du massacre, des piles de cadavres (certains avec des membres découpés, sinon mutilés) s’amassaient à l’intérieur du camp.

« Je n’avais plus de sentiments, a confié Farhat. [Au fil des ans], nous avons enterré nos amis et nos camarades, réduits en pièces. Au final, on atteint un point où on n’éprouve plus de sentiments. »

À quelques pas de la maison de Farhat, après avoir longé la fumée émanant des tas d’ordures en feu et les enchevêtrements de câbles aériens qui sillonnent les ruelles sinueuses de Chatila, se trouve une fosse commune sans inscription dédiée aux victimes, dans un modeste champ. Une pancarte au-dessus du site indique « Nous n’oublierons jamais ».

Yahya Zeid, un habitant de Chatila de 44 ans, se rend souvent au cimetière.
« Il est très important que les gens se souviennent de leurs grands-parents, de la souffrance et de la persécution subies par leur peuple, a-t-il expliqué à Al-Jazeera. Beaucoup s’assoient [dans le cimetière] et pleurent en se souvenant du massacre de leur peuple [...] Personne n’a le droit de ne pas s’en souvenir. »

Rami Khouri, auteur palestinien et chercheur principal en politique publique à l’université américaine de Beyrouth, a estimé qu’il était essentiel de voir le massacre de Sabra et Chatila dans le contexte plus large des traumatismes historiques continus subis par les Palestiniens.

« La culture est enracinée et on grandit avec elle [...] C’est réellement le traumatisme partagé de l’exil, de la dispersion et de la privation des droits subis par la nation qui définit les Palestiniens exilés, a indiqué Khouri à Al-Jazeera. Jusqu’à ce que ce tort historique soit redressé et que le traumatisme soit corrigé par une sorte quelconque de processus politique, que celle-ci comprenne un rapatriement, un État palestinien, un droit au retour ou à une compensation [...], l’identité palestinienne hors de Palestine continuera d’être façonnée par ces choses. »

    Des tas d’ordures et des enchevêtrements de câbles aériens sillonnent les ruelles sinueuses de Chatila - Photo : Wojtek Arciszewski/Al-Jazeera

 

Aujourd’hui, environ 10 000 réfugiés palestiniens vivent à Chatila, bien que l’on estime que la population du camp a doublé au cours des dernières années en raison de l’afflux de réfugiés en provenance de la Syrie voisine. Dépourvus de citoyenneté dans tout État, les réfugiés palestiniens au Liban ne peuvent exercer plus d’une douzaine de professions : la plupart des hommes dans le camp tiennent une épicerie ou trouvent un emploi d’ouvrier, tandis que les femmes travaillent en tant que femmes de ménage, selon l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés.

Environ deux tiers des habitants de Chatila sont âgés de moins de 40 ans. La plupart d’entre eux ont par conséquence grandi exclusivement dans les limites du camp.

Dans un présentoir en verre sur le mur du Musée des souvenirs, une vieille hache rouillée est l’un des seuls objets récupérés du massacre de Sabra et Chatila de 1982. Les frères Khatib, qui ont perdu trois membres de leur famille dans le conflit en cours avec Israël, affirment qu’ils accueillent rarement plus d’une poignée de visiteurs par jour.

« Les plus vieux connaissent ces choses et se souviennent que nous avions ces choses en Palestine », a expliqué Ali Khatib. Mais pour les jeunes, il est devenu de plus en plus difficile d’établir cette connexion, a-t-il ajouté. « Cela fait plus de 30 ans. Nous sommes toujours en guerre aujourd’hui ; il y a des massacres quotidiennement. »

Les deux frères affirment que leur petit musée n’est pas suffisant pour garder en vie les souvenirs de leur passé collectif, et qu’ils ne disposent pas des ressources financières nécessaires pour le développer. Pour le moment, ils continueront de préserver le peu de souvenirs qu’ils pourront conserver, en engloutissant ces objets dans le cœur obscur de Chatila.

« Ma mère m’a toujours parlé de la Palestine. Elle a dit que nous y retournerions, a raconté Ali Khatib. Je dis la même chose [à mes enfants]. Ils savent qu’ils doivent se battre. »

* Megan O’Toole est un journaliste à Al Jazeera et spécialisée sur le Moyen-Orient. Ses articles traient principalement de droit et de politique. Elle peut être jointe sur @megan_otoole

25 mai 2015 - al-Jazeera

Traduction : Info-Palestine.eu - Valentin B.

 

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