Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Eitan Bronstein, la force du refus

Ce militant israélien se bat à contre-courant depuis treize ans pour la reconnaissance de la Nakba et le droit au retour des réfugiés palestiniens.

La scène se déroule le 4 janvier à Paris, devant l’Assemblée nationale. La voix amplifiée par un mégaphone couvert de papier jaune, un homme s’adresse à cette France qui proclama en 1789 la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. « Je m’appelle Eitan Bronstein Aparicio, je suis citoyen israélien et j’habite à Tel-Aviv. ­J’appelle le gouvernement français à boycotter l’État d’Israël. Les Israéliens ne céderont pas volontairement leurs privilèges. Seul le boycott international, militaire, économique et culturel mettra fin à ce régime et sera capable d’apporter aux Palestiniens et aussi aux juifs qui vivent en Israël et ailleurs une paix juste et durable, sans ­occupation et sans guerre. Au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, je vous demande donc de boycotter Israël. » Des passants, curieux, s’arrêtent. Un ­attroupement se forme. Filmé, le ­happening circule ensuite sur les réseaux sociaux.

Photo : David Métra

Eitan Bronstein nage à contre-courant dans une société israélienne qui soutenait à 80 % la guerre livrée à Gaza l’été dernier. Il appartient à cette gauche antisioniste que les accusations de « traîtrise » n’intimident pas. « Je crois à la force des minorités actives. De petits groupes, sans autorité, aux marges de la société, peuvent influencer l’opinion publique », soutient le militant, en citant le sociologue français Serge Moscovici.
En 1982, il refuse de servir au Liban : trois semaines de prison

Eitan Bronstein a expérimenté la démarche en fondant, il y a treize ans, l’association Zochrot (elles se souviennent, en hébreu), dédiée à la mémoire de la Nakba. Le terme, qui désigne, en arabe, la catastrophe que représente l’exode de 1948 pour les Palestiniens chassés de leurs terres, n’existait pas dans le débat public en Israël. En mettant au jour les traces de l’enracinement palestinien, ruines de villages détruits, cimetières ou mosquées, Zochrot a inscrit 1948 dans la mémoire israélienne. Au point que ­Benyamin Netanyahou et Avigdor Lieberman ont fait adopter en 2011, à la Knesset, une loi interdisant la commémoration de la Nakba. Paradoxalement, Eitan Bronstein et ses camarades, militants du droit au retour des réfugiés palestiniens, ont vu dans cette injonction légale à l’amnésie une victoire sémantique et symbolique.

Aujourd’hui, pour lui, la page Zochrot est tournée. L’ONG a pris son envol. Il se consacre à l’écriture d’un livre sur cette précieuse expérience. À quatre mains, avec son épouse française, Éléonore Merza, anthropologue. Tous deux se sont mariés à Paris : le mariage civil n’existe pas en Israël et sceller leur union devant une autorité religieuse leur semblait incongru.

D’où vient la sensibilité d’Eitan Bronstein à l’arrachement subi par les Palestiniens ? Peut-être d’une ancienne blessure. Il est né Claudio Aparicio en 1960 à Mendoza, en Argentine. Poussée par des motifs économiques, sa famille a quitté cette terre natale en 1965 pour rejoindre le kibboutz Bahan, dans la région de Tulkarem, tout près de la ligne verte. L’accueil de ces nouveaux venus fit l’objet de vifs débats : la mère d’Eitan n’étant pas juive, Eitan et son frère ne pouvaient être considérés comme juifs selon les critères de la loi juive orthodoxe. La conversion de la mère et la circoncision des deux frères tinrent lieu de conditions d’admission. La cicatrice oubliée, Claudio est devenu Eitan. La langue maternelle, l’espagnol, a laissé place à l’hébreu. « Lorsque j’ai atteint l’âge de dix-huit ans, j’ai fait mon service militaire, sans me poser de questions. Mais lorsque, en 1982, j’ai été appelé comme réserviste pour servir au Liban, j’ai refusé. Cela m’a valu trois semaines de prison. » Premier démêlé avec un État ­israélien qu’il juge aujourd’hui « colonialiste, expansionniste ». En prison, il se lie d’amitié avec d’autres refuzniks, des activistes. Début d’une prise de conscience politique. Cinq ans plus tard, quand éclate la première Intifada, il refuse encore de participer à la répression militaire du soulèvement palestinien. « Je n’en étais pas à remettre en question l’institution militaire. Simplement, je ne voulais pas prendre part à l’oppression des Palestiniens, qui se battaient pour leur libération », sourit-il. Ultime fracture, la deuxième Intifada, lorsque, en octobre 2000, treize Palestiniens d’Israël sont tués par la police à Nazareth. « Jusque-là, je luttais pour l’égalité des droits entre Israéliens et Palestiniens. Mais là, le principe d’un État juif tel qu’il s’était construit en Israël, dans l’exclusion radicale des Palestiniens, m’est apparu incompatible avec la notion même d’égalité. Nous avons créé Zochrot un an plus tard. C’était peut-être une réaction à cette répression meurtrière, un défi à cette identité ­israélienne fondée sur le déni de l’autre et de son histoire », explique-t-il.

Pourfendeur de « la dérive de l’échiquier israélien vers l’extrême droite », préoccupé par le poids politique grandissant de colons « très violents, liés à la droite religieuse et messianiste », Eitan Bronstein ne place aucun espoir dans les élections législatives du 17 mars. « En dehors du Hadash (le Front démocratique pour la paix et l’égalité, incluant les communistes – NDLR) et des partis arabes, aucun parti ne met en cause la politique d’occupation. N’oublions pas que les grandes guerres ont été menées par les travaillistes. L’alternance ne changera rien. Il ne pourra y avoir de paix sans changement de régime en Israël », soupire-t-il. Un changement de régime qui passe, selon lui, par les pressions internationales autant que par les « résistances citoyennes à l’extérieur de l’appareil politique ».

 Rosa Moussaoui

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