Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Entretien avec Lana Sadek (première partie)

Membre de l'Initiative Nationale Palestinienne

La feuille de route conduit à 9% de la Palestine

Thèmes abordées : Sommet de Charm El-Cheikh. Echec du processus d'Oslo. Peut-on demander un processus politique et continuer à réclamer l'application de la feuille de route? Le vide politique chez l'Autorité palestinienne et l'absence de stratégie. La stérilité du courant islamiste. La nécessité d?une alternative. Les propositions de l'Initiative Nationale Palestinienne. Le point sur les élections présidentielles palestiniennes.

Ma première question concerne le sommet de Charm El-Cheikh. Comment l'Initiative Nationale Palestinienne a évalué ce sommet ?

 

Lana Sadek: Ce sommet a été un échec et il a exprimé la vision d'Ariel Sharon pour la résolution du conflit israélo-palestinien, une vision qui se limite à assurer la sécurité d'Israël. A cela s'ajoute la question des prisonniers. Généralement,lorsqu'on veut mettre un terme à un conflit et engager un processus de paix, la question des prisonniers est traitée en premier. Bien entendu, nous n'avons pas de prisonniers israéliens. Au lieu de s'engager sur la libération de tous les prisonniers selon un calendrier précis, Israël a imposé des critères pour n'en libérer que quelque centaines. Cela n'encourage pas les Palestiniens à poursuivre dans le processus. Nous signalons surtout l'absence de tout contenu politique.

Abou Mazen s'est contenté d'un discours général sur la paix, sans même mentionner les droits fondamentaux du peuple palestinien et sans lier la paix à la fin de l'occupation. Tout est abordé dun point de vue strictement sécuritaire, ce qui constitue un total recul par rapport aux engagements pris par Abou Mazen pendant sa campagne électorale. Malheureusement, il renforce l'idée que l'Autorité palestinienne s'oriente vers un rôle d'agent de sécurité pour Israël.

Nazem Considères-tu que ce recul est temporaire et contextuel? Peut-on dire qu'Abou Mazen a agit de la sorte simplement parce qu'il y a d'abord nécessité d'une trêve avant d'engager les négociations sérieuses ?

L. S. Je ne pense pas que ce recul soit temporaire. Après 57 ans d'occupation, comment peut-on parler de recul temporaire. Avec Oslo L'OLP avait déjà renoncé à la Palestine historique pour n'en revendiquer que 22%, et actuellement si on accepte la feuille de route et l'Etat palestinien temporaire de Georges Bush, on n'en aura plus que 9%. Depuis Oslo, c'est un processus de recul généralisé et permanent, un processus de recul systématique, déclaré et méthodique.

Le programme politique d'Abou Mazen doit être rapporté à cette réalité, car il ne faut pas oublier qu'il a été le premier architecte des accords d'Oslo qui nous ont conduit à la situation actuelle. Par conséquent, son programme politique est évident et repose uniquement sur les négociations...

N. Des négociations politiques ou essentiellement sécuritaires ?

L. S.Abou Mazen s'est engagé à appliquer la feuille de route et celle-ci ne comporte, dans sa première phase que des négociations sécuritaires. Nous nous sommes pratiquement engagés dans la vision israélo-américaine pour la résolution du conflit. Abou Mazen n'a donc pas un autre programme politique que celui-ci. Il se dit engagé pour préserver les frontières de 1967, mais l'application de la feuille de route aboutira à l'abolition de ces frontières. Il est ainsi dans une contradiction avec ses engagements.

N. Tu dis que la feuille de route conduit à 9 % de la Palestine. Comment peux-tu expliquer cette affirmation ?

L. S. On peut l'expliquer à la fois en se référant au texte de la feuille de route qu'en observant la réalité sur le terrain. On parle d'un plan de désengagement israélien de Gaza et de certaines zones de Cisjordanie. Sur la base de cette initiative unilatérale, il va y avoir une pression internationale sur l'Autorité palestinienne pour qu'elle accepte ces retraits comme solution définitive. Le 9% de la Palestine correspondront alors à Gaza et les enclaves de Cisjordanie contenues dans le Mur.

N. J'ai également noté deux idées dans ton analyse : d'une part, la feuille de route prévoit la création d'un Etat palestinien dans des frontières provisoires, et d'autre part cette même feuille de route ne comporte pas de négociations politiques. N'est-ce pas la combinaison de ces deux éléments qui conduira au 9% en question ?

L. S. Bien sûr, ces deux éléments sont liés. Dans la feuille de route, les négociations peuvent avoir lieu seulement lorsque les Palestiniens auront appliqué la partie qui leur incombe, c'est-à-dire assurer les aspects sécuritaires, démanteler les organisations armées, cesser la " violence ", etc, tout cela alors qu'Israël, qui est censé geler la colonisation, poursuit l'expansion des colonies en Cisjordanie derrière le Mur. Pas plus tard qu'hier, les habitants de Beit Hanine, dans les environs de Jérusalem, ont reçu un ordre de confiscation de leur terre.

N. Abou Mazen fait de temps à autre des déclarations où il demande d?avancer sur les négocations politiques parallèlement aux aspects sécuritaires. Quelle est d'après toi sa marge de manoeuvre actuelle ?

L.S. Il est actuellement soumis d'une part à la pression internationale, américaine et européenne, et d'autre part à la pression populaire palestinienne. Les gens ont voté pour lui parce qu'il a promis un soulagement économique mais aussi l'engagement d'une solution politique. Il est donc dans une situation délicate très différente de celle de son mandat de Premier ministre. Cette fois il est élu et il est censé représenter la vision générale du peuple palestinien. Même au sein du Fateh, il y a des gens qui appellent à une politique de résistance. Cette pression palestinienne le conduit à exiger des négociations politiques.

N. Mais il ne le fait pas vraiment, car comment peut-on exiger des négociations politiques et en même temps appeler à l'application de la feuille de route? Ces deux choses sont opposées. Pourquoi l'Autorité palestinienne ne dit pas clairement qu'il faut un autre processus de paix? Pourquoi participe-t-elle à la campagne médiatique présentant la feuille de route comme un processus viable?

L. S. C'est effectivement l'erreur dans laquelle se trouve piégée l?Autorité Palestinienne. Abou Mazen et son équipe sont issus du processus d'Oslo et ils sont, jusqu'à présent, plafonnés par la logique qui en découle. Jusqu'à présent, ils refusent de reconnaître l'échec de ce processus, et ce malgré le fait qu'Ariel Sharon, au moment de son accession au pouvoir, ait déclaré qu'Oslo n'exite plus et que c'était son plan qui allait marcher. Ils refusent de reconnaître cet échec et la nécessité d'une nouvelle solution politique globale à la place des accords intérimaires et des solutions patielles.

N. Face à ce constat d'échec du processus d'Oslo, en quoi justement se différencie le programme politique de l'Initiative Nationale Palestinienne ?

L. S. Al Mobadara (L?initiative Nationale Palestinienne) a été constituée en juin 2002.

Certains membres, comme Moustafa Barghouti ou Haydar Abdel Chafi, ont fait partie de la délégation Palestinienne lors des négociations de Madrid, mais pas celles d'Oslo. Pour nous, Oslo a été une trêve, ou disons une fin de conflit, à sens unique. Du côté israélien, le conflit ne s'est pas arrêté : depuis, Israël a construit plus de 100 nouvelles colonies et le nombre de colons a augmenté de 100 %, il a de plus édifié les routes de contournement et les routes d'accès direct aux colonies?

L'Autorité palestinienne n'avait pas de stratégie pour affronter ces faits. La population était coincée entre l'espoir d'un futur Etat palestinien et l'expansion coloniale constatée sur le terrain. C'est pour cela que la deuxième Intifada a été une protestation contre le fait colonial mais aussi contre l'absence de stratégie chez l'Autorité. Elle a également exprimé le mécontement des Palestiniens de la mauvaise gestion et de la corruption, leur mécontentement du projet d'Oslo qui a amené une nouvelle classe palestinienne qui exploite les ressources du peuple pour son propre enrichissement. C'est le cas par exemple des monopoles dont des membres de l'Autorité se sont accaparés au détriment des investissements privés auxquels on a imposé, dans beaucoup de secteurs d'activité, le prélèvement d'une " taxe " non officielle et qui avoisinait les 30%, etc.

Al Mobadara a été créée pendant la deuxième année de l'Intifada, après des consultations et des débats, dans le but d'élaborer une nouvelle vision et une nouvelle stratégie palestinienne. Une stratégie fondée sur la lutte et la résistance et qui n'exclut pas les négociations.

Pour nous ces négociations doivent être tenues sur la base du Droit international et l'application des résolutions des Nations Unies. C'est là que réside notre différence avec la ligne suivie par l'Autorité.

La deuxième question soulevée par Al Mobadara est celle de développer la lutte populaire. Le mouvement a critiqué le fait qu'elle ait été éclipsée au profit d'une lutte prioritairement militaire. Nous n'appelons pas comme Abou Mazen à la "démilitarisation" de l'Intifada, mais nous pensons qu'il faut soumettre la lutte armée, en fonction de chaque période historique, aux intérêts nationaux.

N. Je résume. Al Mobadara s'est fixée le double objectif de remplir deux vides : d'une part l'absence d'une solution politique dans le processus d'Oslo, et d'autre part le manque d'horizon politique dans la lutte armée. Qu'avez-vous proposé comme alternative concrète et qu'avez-vous réellement fait sur le terrain depuis 2002?

L. S. L'alternative que nous proposons par rapport à la solution politique est la tenue d'une conférence internationale, une vraie conférence internationale et non des réunions au sein du quartet ou les autres formes vides envisagées par la feuille de route, une conférence pour débattre de tous les problèmes en suspens et pour l'application de toutes les résolutions des Nations Unies relatives à la question palestinienne. Il faut que cette conférence donne lieu à des discussions claires et des engagements pour la fin de l'occupation, la question des réfugiés et Jérusalem.

Concernant la lutte populaire, Al Mobadara a été une des forces qui ont initié et structuré la campagne populaire pour la résistance contre le Mur. Le mouvement agit également pour une campagne internationale de sanctions contre Israël pour exiger l'application de toutes les résolutions des Nations Unies.

Il ressort de ta présentation une différence importante avec le programme politique de l'Autorité. On a pourtant eu l?impression que tous les candidats avaient le même programme politique?

L. S. C'est vrai, et c'est peut être pour cela que beaucoup de gens ne sont pas allés voter.

N. Les objectifs annoncés; deux Etats, Jérusalem, droit au retour - sont les mêmes mais les moyens d'y parvenir diffèrent totalement. Pourquoi vous n'avez pas exprimé votre différence? Pourquoi n'avez-vous pas fait une campagne pour proposer justement une alternative au processus d'Oslo?

L. S. Nous avons bien sûr mis en avant ces questions, mais les médias locaux, régionaux et internationaux pendant la campagne électorale ont bien travaillé pour convaincre les Palestiniens qu'Abou Mazen sera sûrement élu, et ils ont évité de parler des autres candidats. Beaucoup de gens étaient mal informés et voyaient dans Abou Mazen un "nouveau président" comme un fait accompli.

Il y a eu aussi une campagne acharnée de diffamation contre Mostafa Barghouti allant jusqu'à dire qu'il recevait des fonds du USAID, qu'il était le candidat de l'Europe et des Etats-Unies et pas de la Palestine, etc.

N. Je voulais justement évoquer avec toi cette histoire de financement par le USAID. Quelle est la vérité ?

L. S. Il n'y a pas de fondement concret à cette accusation. Le problème est le suivant : les gens confondent notre mouvement avec les ONG palestiniennes, et ce partant du fait que Moustafa Barghouti est président d'une des ONG, à savoir le Secours médical palestinien, mais également parce qu'il a eu un rôle important dans la constitution du réseau des ONG. Certaines ONG avaient effectivement reçu des fonds du USAID. C'est un phénomène qui a commencé avec l'installation de l'Autorité palestinienne. Mais depuis 3 ans une campagne a été menée pour boycotter le USAID ainsi qu'un certain nombre d'autres institutions américaines et canadiennes.

Moustafa Barghouti a fait partie des initiateurs de cette campagne de boycott...

Entretien réalisé par Nazem Ghemraoui, A Paris, le 14 février 2005

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