Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Entretien avec Lana Sadek (seconde partie)

Al Mobadara est une alternative au vide politique d'Oslo et à la stérilité du courant islamiste

L'histoire des ONG palestiniennes. Le contexte de création de l'Initiative Nationale Palestinienne. La récente naissance du courant démocratique.

Nazem Peux-tu nous faire un aperçu historique pour expliquer plus précisément la différence entre Al Mobadara et le réseau d'ONG Palestiniennes ?

Lana Sadek Les organisations civiles (ONG) ont émergé en Palestine à la fin des années 70. A l'époque, donc avant Oslo, l'occupation israélienne avait institué l'administration civile. Celle-ci s'occupait de l'enseignement, de la santé, de l'agriculture et de la vie civile en général des Palestiniens. Les services assurés étaient de très mauvaise qualité. Il n'y avait pas par exemple de possibilité de soin dans les villages.

Les premières ONG ont été créées d'abord dans le secteur médical, comme le Secours médical palestinien en 1979. Les initiateurs, dont Moustafa Barghouti, ont voulu fondé les bases d'un système médical alternatif. Il y a eu aussi le PARC =qui s'est proposé de développer une aide aux agriculteurs. Ces services alternatifs ont constitué une forme de résistance à l'occupation. Il y a eu d'ailleurs une concurrence, mais positive, entre les différentes formations politiques car chaque formation a voulu créer son ONG. Ainsi, une miltitude d'organisations spécialisées a vu le jour pour former un système social et politique qui a permis de dépasser l'administration civile d'occupation.

Ce système a par ailleurs énormément participé au renforcement de la première Intifada. Il a abouti à la création des comités populaires dans les camps, les villages, les villes et les quartiers.

N. Ensuite il y a l'arrivée d'Oslo; Comment la nouvelle Autorité palestinienne va interagir avec ce réseau d'organisations civiles ?

L.S. L'Autorité représentait le futur Etat et devait avoir sous sa responsabilité la gestion de tous les secteurs dont s'occupaient déjà ces ONG. Très vite, elles ont été perçues par l'Autorité comme un concurrent.On a commencé à parler de la raison d'être de ces ONG, et il y a eu des affrontements politiques car l'Autorité voulait s'en emparer et les contrôler.

C'est précisément la question du financement qui a été la clé de ce contrôle. Les ONG palestiniennnes se financaient auparavant auprès d'organisations européennes, comme le Secours populaire, CCFD et d'autres, elles-même percevant des subventions de l'Union Européenne.

Pour l'Autorité palestinienne, il fallait que ces financements transitent par elle avant d'être repartis sur les différentes ONG.

N. Cela a-t-il été suivi?

Cela a été suivi par les sources de financement gouvernemental, mais les ONG européennes ont insisté pour maintenir une relation directe avec les ONG palestiniennes.

On a alors posé la question de définir et organiser la relation entre les ONG et l'Autorité, ce qui a amené les ONG à former un réseau de coordination et donner naissance au PNGO (Palestinian Non gouvernemental Organisations).

C'était aussi une époque où il fallait élaborer des lois, une tâche difficile au regard de l'imbrication des législations en vigueur - jordanienne, égyptienne, osmanienne et britannique; qu'il fallait unifier dans une loi palestinienne. Il y a eu alors des concertations entre le PNGO et l'Autorité et les ONG ont fait un grand travail. Elles ont contribué à ce qu'il y ait un certain positivisme et une certaine équité dans les nouvelles lois pour que les intérêts des groupes sociaux les plus défavorisés soient préservés. Les ONG ont toujours fait des propositions dans ce sens et ont joué ce rôle positif qu'il faut toujours reconnaître, même si la mauvaise gestion ait pu pénétrer certaines ONG.

N. La mauvaise gestion existe donc dans ce milieu ?

L.S. Elle existe mais il ne faut pas généraliser. L'Autorité a joué un mauvais rôle en ayant recours à des pratiques dangereuses. Elle a créé des organisations dites non gouvermentales qui étaient réellemnet gouvernementales. Ceci a introduit la mauvaise gestion dans le système?

N. Revenons à l'Initiative Nationale Palestinienne dont certains fondateurs sont issus de l'expérience des organisations civiles. Où va se trouver la différence ?

L.S. Les fondateurs de l'Initiative Nationale Palestinienne ont considéré que les organisations civiles ne devaient pas remplacer mais être un complément des mouvements politiques. C'était une des raisons qui a poussé plusieurs membres des ONG et d'autres personnes à réfléchir à la création d'un nouveau mouvement qui, tout en collaborant avec les organisations civiles, devait occuper le terrain politique.

N.De longs débats ont eu lieu : Pourquoi un nouveau mouvement politique ? Faut-il créer une formation politique de plus ou mettre en place un nouveau concept ?

L.S. Al Mobadara, jusqu'à présent, ne se considère pas un parti politique, ni une organisation, mais un mouvement.

N. Tu peux préciser la distinction entre "organisation politique" et "mouvement politique" ?

L. S. C'est encore le sujet d'un débat. Beaucoup de Palestiniens nous disent : quelle nouvelle idéologiqe vous apportez? Justement, le mouvement n'apporte pas une nouvelle idéologie car il veut rester un mouvement large. Ce n'est pas une recette prête à l'emploi mais une expérience et un mouvement susceptible d'évoluer et d'être enrichi en interaction avec son environnement social et politique.

Si nous nous définissons par une idéologie, cela va faire exclure tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans celle-ci.

Al Mobadara ne se définit pas non plus comme un mouvement religieux, et c'est un point très important pour nous. C'est un mouvement qui n'a pas d'idéologie spécifique mais qui se positionne comme une troisième voie entre le Fateh, le parti de l'Autorité palestinienne et les mouvements islamistes, comme une alternative au vide du processus d'Oslo et à la stérilité du courant religieux.

Sur un autre plan, le mouvement n'est pas perçu comme une finalité en soi mais comme un tremplin, un moyen et une étape pour la construction d'un courant démocratique plus large. A travers ce nouveau concept, nous avons réussi à amener des gens qui n'ont jamais fait de la politique à adhérer au mouvement.

N. Le mouvement comme tremplin et non comme finalité, c'est une démarche très intéressante. Quels en sont les premiers résultats?

L. S. A travers les élections, nous avons voulu affirmer notre inscription dans un mouvement démocratique plus large. C'est la raison pour laquelle, Moustafa Barghouti ne s'est pas présenté au nom de l'Initiative Nationale Palestinienne mais comme candidat du courant démocratique. Ce courant démocratique regroupe actuellement d'autres composantes.

Nous espérons que ce courant va s'élargir dans le futur. Actuellement, il regroupe Al Mobadara et le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP). Il y a aussi d'autres formations comme les Comités indépendants des travailleurs de Gaza, et un certain nombre de personnalités.

N. Donne nous quelques noms.

L. S. On peut citer Haydar Abdel Chafi qui est un des fondateurs du mouvement et aussi une des figures de lutte du peuple palestinien. C'est un homme respecté et apprécié par tous, y compris par le Hamas et le Jihad Islamique. Il a été à la tête de la délégation palestinienne aux négociations de Madrid, puis il a démissionné avec le démarrage des négociations d'Oslo car elles étaient secrètes et parallèles.

Ibrahim Addaqaq est un autre fondateur du mouvement et une des figures palestiniennes de Jérusalem. Dans les années 70, il était un des leaders du Front National Palestinien qui a regroupé les formations palestiniennes de gauche à une époque où Israël interdisait les activités de l'OLP.

On peut citer d'autres personnalités comme Wahid El Hamadallah, de Anabta au nord de Tolkarem, qui a également fait partie du Front National Palestinien.

N. De quand date la constitution du courant démocratique ?

L. S Le courant démocratique est en phase de constitution depuis les élections. Et il y a actuellement l'idée de créer des listes communes pour les futures élections législatives. C'est une question d'une grande importance. C'est un courant qui a besoin de soutien, notamment par le mouvement de solidarité internationale?

Entretien réalisé par Nazem

Paris le 14 février 2005

 

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