Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Interview de Roger Cukierman par Pierre Weill

Voici un interview de Roger Cukierman, président du CRIF, le Conseil représentatif des institutions juives de France, par Pierre Weill, journaliste à France-Inter. Remarquez l'agressivité de Pierre Weill contre Roger Cukierman à qui il reproche violemment un discours plein de vérités que ce dernier avait osé adresser à Jacques Chirac en février 2005 [ http://www.voxdei.org/afficher_info.php?id=12969.5] et notez l'incapacité de Roger Cukierman à donner des exemples précis sur la position pro-palestinienne de la France. Pas un mot sur l'affaire Mohammed al Dura, sur la couverture médiatique déséquilibrée du conflit, sur l'accueil réservé à Leila Shahid, petite-fille de l'infameux mufti de Jérusalem, sur le refus d'instruire une plainte contre Yasser Arafat portée par des victimes d'attentats terroristes clairement commandités par ce dernier, etc.. La liste est longue. Mais Roger Cukierman n'a trouvé à citer que le soutien français au Hezbollah et les turpitudes françaises en Syrie.

Cukierman : « Le retrait de Gaza : une phase cruciale dans l’évolution vers la paix »

Roger Cukierman est intervenu au micro de Pierre Weill, dans son émission « Questions directes et questions des auditeurs » sur France Inter, le mardi 26 juillet 2005 pour parler de la situation au Proche-Orient et des relations franco-israéliennes au moment de la venue du premier ministre israélien Ariel Sharon à Paris. Vous trouverez ci-dessous la totalité de son interview.

QUESTIONS DIRECTES

Pierre Weill : La visite était prévue depuis un moment mais les rapports entre Paris et Jérusalem sont difficiles. Finalement ça y est, après de multiples reports, Ariel Sharon, le premier ministre israélien arrivera à Paris ce soir, pour une visite de 48 heures. Il va rencontrer Jacques Chirac et Dominique de Villepin. Dans l’entourage d’Ariel Sharon, on estime qu'un vent nouveau souffle de l’Elysée. Invité de « Questions directes », Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, le CRIF. Bonjour.

Roger Cukierman : Bonjour

PW : Vous avez souvent été très critique à l'égard de la politique française au Moyen-Orient. Lors du dîner annuel du CRIF, en février dernier, vous aviez relevé, je vous cite, « une incompatibilité entre la politique étrangère de la France et sa politique intérieur de lutte contre l’antisémitisme en France. Des propos qui avaient faits scandale. Alors cette rencontre Chirac-Sharon demain, est-ce que ça vous fait regretter vos propos à l’époque qui faisait vraiment figure de règlement de compte avec la France ?

RC : J'avais dit aussi qu'il y avait récemment une inflexion dans la politique étrangère de la France qui avait été marquée notamment par une attitude nouvelle de la France vis-à-vis de la Syrie qui avait contribué aussi à ce que la Syrie quitte le Liban. J’avais noté également la visite annoncée par l’ancien premier ministre M. Raffarin en Israël, les visites de M. Barnier. Je suis très heureux de voir que cette inflexion se poursuit et qu’aujourd’hui on en est à un dialogue à une période particulièrement importante puisque le retrait de Gaza est un événement très important et c'est une phase cruciale dans l’évolution, on l’espère tous, vers la paix. Cette rencontre vient à point nommé.

PW : Vous ne m’avez pas répondu. Vous regrettez ce que vous avez dit ? C'est quand même très grave d’avoir dit ça, une incompatibilité entre la politique étrangère de la France et sa politique de lutte contre l’antisémitisme. Ce sont des accusations graves.

RC : Ce que j'avais dit, c'est que finalement lorsque on diabolise l’une des parties au conflit, notamment l’Etat d'Israël, dans ses relations, quand il n'y a pas un équilibre parfait

PW : Qui diabolise ?

RC : Quand on a un déséquilibre vis-à-vis d’une des parties - et il y avait un déséquilibre - dans la politique étrangère de la France, ceci donne des arguments à ceux qui cherchent à dire que le sionisme est quelque chose de critiquable et ça donne des arguments à ceux qui souhaitent trouver des justifications à l’antisémitisme.

PW : Mais Roger Cukierman, vous estimez que la France est systématiquement pro-palestinienne ? Donnez-moi des exemples.

RC : Ecoutez, le Hezbollah est reconnu par la quasi totalité des pays du monde comme un groupe terroriste. Il n’est pas reconnu

PW : Le Hezbollah, c'est un mouvement libanais. Je parle de la position française dans le conflit israélo-palestinien.

RC : Les Etats-Unis ont condamné le Hezbollah comme un groupe terroriste. L'Europe ne l'a pas fait parce que la France a empêché l'Europe de considérer que le Hezbollah était un groupe terroriste. Ça joue un rôle tout à fait important dans les relations. De même, dans les votes à l'ONU, dans les instances internationales, il y a eu souvent des votes qui ont été en faveur des positions palestiniennes et opposées aux positions israéliennes, alors que l'Angleterre et l'Allemagne étaient plus favorables au point de vue israélien.

PW : En quoi la France est-elle plus pro-arabe, plus pro-palestinienne que les Américains par exemple ? Georges Bush souhaite, comme la France, la création d’un Etat palestinien viable ; il condamne, comme la France, les attentats palestiniens visant des Israéliens ; George Bush, comme la France, dénonce la colonisation israélienne dans les territoires occupés…

RC : Nous sommes tous d'accord là-dessus. Et le CRIF est également d’accord là-dessus. La solution du conflit israélo-palestinien passe incontestablement par la création d’un Etat palestinien, et cet Etat palestinien doit résulter d’un dialogue et d’une négociation. Tout le monde est d’accord là-dessus.

PW : Mais pourquoi accusez-vous la France d'avoir une politique déséquilibrée ?

RC : Je crois vraiment que c’est de notoriété publique que la France depuis 1967 était plus proche des thèses arabes que des thèses israéliennes. Je crois que personne ne le conteste. Tous les observateurs sont d’accord. Aujourd'hui, il y a une inflexion, il faut s’en féliciter. Il faut voir le bon côté des choses : aujourd’hui le dialogue est rétabli, tout le monde veut la paix. Il y a des chemins divers en direction de la paix. Aujourd’hui, ces chemins se rencontrent entre la France et Israël, et j’en suis très heureux. Je crois que tout le monde en est très heureux.

PW : Vous n’avez pas l’impression que la France défend, comme la communauté internationale, la thèse des deux Etats qui doivent vivre côte à côte : un Etat israélien dans la sécurité et un Etat palestinien. C’est une position équilibrée.

RC : Tout à fait. Tout le monde est d'accord là-dessus.

PW : Vous donnez pas l’impression, vous, d'être d'accord là-dessus.

RC : Je crois que vous vous trompez. Depuis toujours le CRIF a dit qu’il fallait qu’à côté de l’Etat d’Israël il y ait un Etat palestinien. C’est très simple d’ailleurs entre le Jourdain et la Méditerranée, il y a dix millions d’habitants moitié juifs, moitié arabes. Il est donc normal qu'il y ait deux Etats qui vivent en paix

PW : Donc vous êtes d’accord avec la position française défendue depuis des années par François Mitterrand ou Jacques Chirac ?

RC : Sur le principe même de deux Etats dans cette région, il n'y a aucun doute là-dessus.

PW : Alors à l'occasion de cette visite d'Ariel Sharon à Paris, des manifestations de protestation seront organisées notamment par le Parti communiste, les Verts, le MRAP. Tous ces mouvements veulent dénoncer la politique d’Ariel Sharon à l'égard des Palestiniens. Votre réaction ?

RC : Je trouve que le moment est particulièrement mal venu. Au moment même où on est en train de voir que Sharon qui était considéré comme un homme de guerre évolue, et pour la première fois, alors qu'on était dans une situation bloquée, a voulu débloquer la situation et annoncer unilatéralement le retrait de la zone de Gaza des Israéliens, je trouve que c’est dommage de ne pas encourager cette thèse. D’ailleurs certains, je pense au rédacteur en chef, Denis Jeambar, de l'Express, a salué cette évolution de Sharon en disant que ça lui rappelait De Gaulle, qui lui aussi avait évolué sur l'Algérie. Je crois que ce n’est pas le moment. On est en train d'assister à une évolution qui va dans le sens de la paix. Je crois qu'il est dans l'intérêt de tous de l'encourager.

PW : Vous trouvez normal que des manifestations soient organisées pour dénoncer, par exemple, ce mur, cette séparation qui est actuellement construite par les responsables israéliens pour séparer Israéliens et Palestiniens ?

RC : Je crois que le rêve serait qu'il n'y ait pas de mur et que l’entente entre Palestiniens et Israéliens permette d'éviter ça. Le problème c'est que ce mur est destiné uniquement à éviter les attentats terroristes. Quand on voit les résultats des attentats terroristes qu'on a connus récemment, on peut comprendre qu'une population ait le souci de sa sécurité. Si cette sécurité passe par la création d'une barrière de sécurité ou d’un mur, on peut comprendre que les gens aient envie de se protéger contre ces attentats terroristes.

PW : Vous avez souvent souligné que le fait de critiquer Ariel Sharon et la politique israélienne, ça pouvait entraîner un développement de l'antisémitisme en France. Est-ce qu'on peut critiquer la politique d'Ariel Sharon, après tout c'est un droit, sans être accusé d'être antisémite ?

RC : Bien entendu. D'ailleurs, les Israéliens ne s'en privent pas, les Juifs ne s'en privent pas. C'est parfaitement légitime. Israël est en plus un modèle de démocratie. C’est un pays où l'opposition est tout à fait importante et même virulente. Je crois qu'il est tout à fait légitime de discuter et d'argumenter contre cette politique quand on estime qu'elle n'est pas justifiée.

PW : Vous savez, je vous trouve très modéré ce matin, Roger Cukierman. Vous aviez vraiment prononcé un véritable réquisitoire devant plusieurs membres du gouvernement lors de ce dîner du CRIF en février. Qu’est-ce qui s'est passé depuis ce fameux dîner qui avait choqué de nombreuses personnes, notamment tous les ministres qui étaient là et qui n’ont pas bougé, qui n’ont pas applaudi votre discours ?

RC : Je suis président du CRIF depuis quatre ans. Si vous examinez mes discours à chacun de ces quatre dîners du CRIF avec le Premier ministre, j'ai toujours dit que la politique de la France était déséquilibrée. Et elle est déséquilibrée. Il reste encore des choses à améliorer. Je crois qu'on est en train de constater une amélioration des relations bilatérales entre la France et Israël. On a vu l’évolution vis-à-vis de la Syrie qui est un événement très important. Mais, je crois qu'il reste encore des choses à accomplir pour que cette politique soit équilibrée et que l’on puisse se déclarer satisfait. En tant que citoyen français, on a chacun le droit de critiquer tel ou tel aspect de la politique française.

PW : En juillet 2004, Ariel Sharon encourageait les Juifs de France à émigrer en urgence vers Israël. Il avait dénoncé un antisémitisme déchaîné en France. Colère de Paris à l'époque qui avait fait savoir que Sharon n'était plus le bienvenu à Paris. Et puis aujourd’hui il dit, il y a quelques jours dans le Figaro que l'action de la France contre l’'ntisémitisme est un modèle. Qu'est-ce qui a changé ?

RC : Vous cherchez des évolutions là où il n'y en peut-être pas. Quand Sharon avait appelé les Français juifs à quitter la France pour aller en Israël, j'avais moi-même critiqué cette position. L'inconditionnalité dont vous parlez n'est pas tout à fait le cas. Chaque citoyen français a le droit de choisir l'endroit où il veut vivre. Les Juifs français vivent en France depuis 2000 ans, ils sont très heureux. Et le mouvement de l'alya, du mouvement vers Israël, c'est un mouvement aujourd'hui qui est très limité en chiffre puisqu'en 2004 il y a eu 2400 personnes c'est-à-dire moins d'un demi pourcent de la population juive française.

PW : Mais ça a changé. Des centaines de juifs français sont arrivés hier à Tel-Aviv et cette année le nombre de juifs français qui vont émigrer en Israël sera de 3300. C'est un record pour ces 35 dernières années. Alors, vous qui représentez les Juifs de France, c'est une catastrophe pour vous de voir que les juifs français s'en vont ?

RC : 3000 personnes qui s'en vont, c'est 0,5 % de la population juive. Donc, il ne faut pas exagérer le phénomène. Alors c'est vrai que des gens qui estiment qu'ils peuvent mieux exercer leur judaïsme en Israël, vont vers Israël. C'est une décision personnelle que je respecte parfaitement. Mais je crois qu’il ne faut pas exagérer le problème. Les Français juifs vivent en France depuis fort longtemps. Nous avons célébré cette année le 900e anniversaire de la mort de Rachi, qui vivait dans la bonne ville de Troyes. Il était non seulement talmudiste mais aussi viticulteur.. Je crois que le fait qu'il y ait quelques centaines de juifs qui partent en Israël ne trouble pas la vie des Juifs en France.

PW : L'antisémitisme n'est plus un phénomène qui vous inquiète en France ?

RC : Je constate une amélioration. Les statistiques du premier semestre sont bonnes puisque elles marquent une diminution de 48 % du nombre d'actes antisémites enregistrés. Ceci dit, les statistiques sont ce qu'elles sont. On sait très bien que les actes enregistrés ne sont que un reflet de la réalité parce que tout le monde ne va pas porter plainte dès qu'il subit un acte antisémite. En revanche, on peut quand même être inquiet parce que les racines du mal demeurent. On a vu il y a trois jours, un jeune de 15 ans jeter des bouteilles contenant des produits dangereux dans une école alors qu'il y avait des enfants dans cette école. Si un gosse de 15 ans a tellement de haine vis-à-vis des Juifs et qu'il en est arrivé là, on peut se demander ce qu'il fera à l'âge de 20 ans et s'il ne va pas se mettre à jeter des bombes.

PW : Roger Cukierman, président du CRIF. Vous restez avec nous.

QUESTIONS DES AUDITEURS

Pierre Weill : Pour vous répondre ce matin, Roger Cukierman, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, le CRIF. Il était notre invité dans « Questions directes » à 8h20. Nous avons, bien sûr, évoqué la visite qu’effectue Ariel Sharon en France à partir de ce soir pour 48 heures. On prend un premier appel au standard, c'est Salem, qui est en Seine St-Denis. Bonjour.

Salem : Bonjour. Je voudrais savoir qu'elle est la fonction du CRIF en France, M. Roger Cukierman ?

Roger Cukierman : Le CRIF fédère 63 associations juives qui regroupent la quasi totalité des institutions religieuses ou non religieuses. Elle est son porte-parole sur le plan politique à côté du Consistoire qui représente la partie religieuse. A côté, le Fonds social juif unifié qui s'occupe de l'action sociale de la communauté juive.

PW : Lorsque vous prenez des positions politiques, parfois très dures , vous ne vous êtes pas gêné lors de ce fameux dîner du CRIF , vous consultez ? Il y a toutes les tendances politiques au sein de votre mouvement, de droite de gauche, comme en Israël, la droite la gauche ?

RC : Il y a au sein du CRIF des gens de droite, de gauche, des communistes, des gens beaucoup plus à droite. Toutes les tendances son représentées. J'ai été largement élu. Je pense refléter une bonne partie de l'opinion des Français juifs. Evidemment pas la totalité, je ne me prétends pas à ça. Je ne représente d'ailleurs que les institutions juives. Je ne représente pas les gens qui ne font pas partie des institutions. Je ne prétends pas représenter les Juifs directement mais je représente 63 institutions et donc pour les pouvoirs publics, le CRIF est un interlocuteur qui permet d'avoir un dialogue. Les statistiques du ministère de l'Intérieur sur les actes antisémites sont coordonnées avec les institutions juives. De la même manière que nous avons un dialogue avec le ministère de l'Education nationale ou avec le ministère de la Justice particulièrement sur les actes antisémites.

PW : Au standard, Jean-Claude qui est en région parisienne.

Jean-Claude : Pourquoi le CRIF, qui est une institution d'aspiration religieuse, prend toujours des positions dans la vie politique française ? On a également ce phénomène avec les ambassadeurs d'Israël. On avait M. Avi Pazner il y a quelques années, on avait M. Ovadia Sofer, on a l'ambassadeur actuel Est-ce que vous êtes une institution d'inspiration religieuse ? Alors vous restez à votre place comme les institutions catholiques, protestantes, musulmanes et autres. Ou alors je comprends mal ce mélange des genres.

RC : Le CRIF n'est absolument pas une institution religieuse, c'est même une institution laïque. Nous avons au sein de notre institution des représentants d'institutions qui au contraire n'ont rien à voir avec la religion. Nous sommes une fédération qui regroupe la quasi totalité des institutions juives. Sur le problème de la laïcité, par exemple, nous nous sommes déclarés contre le port des signes extérieurs de religion parce que nous pensons qu'être juif en France et être citoyen français en France, ça signifie que comme tous les citoyens français nous devons nous soumettre aux règles et aux usages de la société française. Donc, nous ne sommes pas une institution religieuse à la différence du Consistoire, qui lui a été créé en 1807 par Napoléon.

PW : Bernard est à Paris. Bienvenue.

Bernard : C'est surtout à propos de la question du journaliste tout à l'heure concernant le mur construit par l'Etat d'Israël. Ce qui choque ce n'est pas tant qu'on se protège par un mur. On en a bien le droit. Mais c'est que l'on construise le mur dans le jardin du voisin, c'est-à-dire dans les territoires palestiniens tels que définis par les conventions internationales. Sauf à considérer que l'on dise à ce moment là aux Palestiniens : « Là où vous êtes vous n'êtes pas chez vous. Là où vous êtes, vous êtes chez moi. » Mais sinon, ce n'est pas la partie construite dans Israël qui choque, c'est la partie construite dans la Palestine même si les Israéliens se sont installés suite à la conquête par les armes de ce territoire. Il n'empêche qu'il n'est pas considéré comme faisant partie de l'Etat d'Israël. Le problème n'est pas tout à fait clarifié.

PW : Cela fera partie des sujets qui seront évoqués par Jacques Chirac et Ariel Sharon. Il est vrai qu'aujourd'hui le climat semble meilleur entre Paris et Jérusalem mais sur ce dossier du mur, Israël est très isolé diplomatiquement parce que c'est vrai ce mur empiète très nettement sur les territoires palestiniens.

RC : Le principe du mur est justifié par la sécurité. Sur le tracé, il est vrai qu'il est contestable, et beaucoup d'Israéliens l'ont contesté allant même jusqu'à la cour suprême. Et le tracé a été revu sur un certain nombre de points. Et c'est vrai que le tracé pose problème. Mais de toute façon, ce qu'il faut dire c'est que ce mur n'est pas définitif. Il a été placé de manière unilatérale. Il est clair que si un accord pouvait être trouvé enfin entre Israéliens et Palestiniens, il y aurait un tracé de frontières entre les deux pays et si le mur devait être maintenu, il serait modifié. Tout ce qu'on peut espérer c'est que ce mur disparaîtra parce qu'on est pas obligé d'avoir un mur entre deux voisins.

PW : Roger Cukierman, quelle est votre opinion à propos de la colonisation israélienne en Cisjordanie. Elle continue. Des quartiers nouveaux sont construits dans les colonies israéliennes. En même temps, il est vrai, on va évacuer la bande de Gaza. Est-ce que vous estimez que cette colonisation, qui se poursuit, est un obstacle terrible sur le chemin de la paix, la stratégie, certains disent, du fait accomplie ?

RC : Oui c'est un vrai problème. Moi je vois dans la sortie de Gaza une évolution très importante parce qu'on était dans une situation complètement bloquée, et de manière unilatérale, le gouvernement israélien décide de sortir des territoires qui étaient occupés et le fait volontairement sans dialogue avec l'autre partie. Il est vrai aussi que les circonstances aujourd'hui ont complètement changé puisque Arafat était très clairement, à mon avis, un obstacle à la paix. Il y a maintenant, avec Mahmoud Abbas, un homme qui souhaite, comme Sharon aujourd'hui, arriver à une solution pacifique. Et je crois que le dialogue peut s'instaurer, qu'il doit s'établir et que ce dialogue impliquera nécessairement, pour aboutir à la paix, un retrait des territoires de Cisjordanie.

Alors sur le tracé définitif, on peut imaginer des solutions qui permettent de réduire l'ampleur du problème que représentent les implantations. On peut par exemple imaginer des échanges de territoires. D'ailleurs je crois que ça fait partie des choses qui sont sous considération. En tout cas, c'est un des problèmes qui se posent entre Israéliens et Palestiniens aujourd'hui.

PW : Mais la construction actuelle de milliers de logements pour les Israéliens en Cisjordanie. Donc, l'extension des colonies est, selon vous, une erreur de Sharon, un obstacle à la paix ?

RC : Ca peut compliquer les choses et ça peut effectivement renforcer l'ampleur des problèmes. Ça implique la recherche de solutions intelligentes et probablement que ça impliquera probablement des échanges de territoires.

PW : Un autre appel. Jean-Marie qui se trouve au Mans.

Jean-Marie : Pourquoi lorsque nous critiquons Israël nous sommes systématiquement taxés d'antisémitisme ? Est-ce que le CRIF a une mission de la part de l'Etat d'Israël ou est-ce une anti-chambre de l'Etat d'Israël en France ?

RC : Ni l'un, ni l'autre cher monsieur. Je ne suis que le représentant des 63 institutions juives qui en tout cas expriment le sentiment de la plupart des gens qui adhèrent à ces institutions, et qui est un sentiment de solidarité avec l'Etat d'Israël, dont je rappelle que c'est un petit Etat qui représente l'équivalent de trois départements français dans lequel habitent six millions d'habitants et qui est entouré de 300 millions de gens qui ne leur sont pas particulièrement favorables

PW : C'est la première puissance militaire du Moyen-Orient.

RC : Oui, mais s'il n'avait pas été la première puissance militaire du Moyen-Orient, ils auraient disparu depuis longtemps puisqu'ils ont subi six guerres sauf erreur et que les voisins annonçaient, et certains d'entre eux continuent d'annoncer, leur volonté de voir disparaître l'Etat d'Israël ainsi que les six millions d'habitants qui y vivent. Je rappelle qu'un pays comme l'Iran annonce encore aujourd'hui avec la volonté de créer

PW : Ce n'est pas un voisin direct.

RC : Non, c'est un voisin indirect qui annonce la volonté de voir l'Etat d'Israël détruit

PW : La Syrie est en état de guerre avec Israël mais ne demande pas la destruction de l'Etat d'Israël, ni le Liban.

RC : Vous entendez mal les discours de M. Assad

PW : Je ne l'ai jamais entendu dire que l'Etat d'Israël disparaisse. Il exige la restitution du plateau du Golan qui a été pris en 1967

RC : Non seulement M. Assad est contre l'existence de l'Etat d'Israël mais il se permet même y compris devant le pape Jean-Paul II, en 2002, de tenir des propos violemment antisémites. Donc, il va bien au-delà de l'antisionisme.

PW : Vous ne pouvez pas nier qu'il y a eu des négociations un moment donné entre Israéliens et Syriens, entre Farouk El-Shareh et Ehoud Barak. Ça a existé, ça.

RC : Mais bien sûr, parce que la situation de guerre posait problème des deux côtés évidemment.

PW : Au standard, nous avons Robert.

Robert : Je voulais d'abord donner un témoignage. Je suis un Juif français ou un Français juif, je ne sais pas comment il faut dire mais de toute façon c'est pareil. J'ai vécu la guerre, donc je sais ce que c'est l'antisémitisme. Je l'ai senti dans ma chair. Je voulais témoigner qu'aujourd'hui, je ne ressens absolument pas l'antisémitisme autour de moi, de mes amis, autour des gens qui savent pertinemment que je suis juif. Très récemment, j'ai peut-être eu quelques remarques. Je l'attribue plus à une antipathie personnelle qu'une question d'antisémitisme. Je voulais simplement témoigner de ceci.

RC : Heureusement, nous sommes suffisamment nombreux en France pour pouvoir estimer que la France n'est pas un pays antisémite, mais on ne peut pas nier non plus qu'il y ait eu des actes antisémites. Je rappelle qu'en 2004, les actes antisémites enregistrés s'établissaient à près de 1000 contre 60 il y a cinq ans. Il y a eu donc une progression qui, d'ailleurs, est le reflet pâle de la réalité puisque tous les actes antisémites ne sont pas déclarés à la police.

PW : Marguerite se trouve dans la région Provence Alpes-Côtes d'Azur.

Marguerite : Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples précis de la politique déséquilibrée de la France vis-à-vis du Moyen-Orient comme vous en avez parlé tout à l'heure sans citer d'exemple ? Je voulais quand même souligner : je m'étonne de l'agressivité de M. Pierre Weil à votre égard, lui qui a été si longtemps envoyé spécial de France Inter en Israël.

PW : Je ne suis pas agressif du tout. M. Cukierman, je suis agressif avec vous ?

RC : Je vous ai trouvé un peu agressif.

PW : Mais pas du tout, je vous pose des questions pour que vous me répondiez précisément sans détour.

RC : Mais vous êtes dans votre rôle. Je vous ai trouvé tout à l'heure, un peu agressif. Mais ce n'est pas grave, ce n'est pas grave.

PW : Non non absolument pas. Seulement, je reviens. Je vous ai posé cette question sur cette politique pro-arabe de la France. Vous ne m'avez pas répondu.

RC : Je vous ai cité un premier exemple. D'abord, il y a eu l'attitude française vis-à-vis de la Syrie, qui pendant très longtemps a été complaisante et qui a évolué seulement récemment. Mais pendant très longtemps, la France acceptait de la Syrie des choses qui n'étaient pas acceptables. Par exemple que la Syrie impose au Liban de s'opposer à l'entrée d'Israël dans la francophonie. Or, il y a entre 500 000 et 1 million d'Israéliens qui sont francophones. Le Vanuatu et quelques autres pays figurent parmi les 50 pays qui font partie de la francophonie ; Israël en est exclu. La seule volonté du Liban manipulée par la Syrie. La France, qui est le pays qui paye l'Organisation mondiale de la francophonie aurait pu tenir compte de l'existence en Israël d'une importante population francophone. Deuxième exemple, la quasi totalité des pays considèrent que le Hezbollah est un groupe terroriste, qui fait des attentats, qui a probablement des responsabilités importantes dans la mort d'un certain nombre de citoyens français au Liban et ailleurs. Et en Israël. La France a refusé de considérer que le Hezbollah était un groupe terroriste. Dans les votes, dans les instances internationales, la France se range le plus souvent du côté du vote des pays arabes et fait une différence. Il y a de nombreux votes dans ce sens là, par rapport à l'Allemagne, à l'Angleterre et l'Italie qui ont des votes beaucoup plus équilibrés.

PW : Mais dans le conflit israélo-palestinien, je me souviens puisque j'étais correspondant, c'est vrai que les Israéliens ont toujours en tête cette image de la France pro-palestinienne alors qu'en fait la France ne fait que s'aligner sur toutes les positions de la communauté internationale. C'est ça qui est assez étonnant, cette espèce d'image. Alors ça remonte peut-être avec la guerre des Six jours, 1967, de Gaulle qui décrète l'embargo sur les ventes d'armes à l'Etat d'Israël

RC : Il y avait une relation quasiment d'amants entre la France et Israël dans les années 1950 qui s'est transformée à partir de 1967 et les déclarations de De Gaulle et depuis 1967, la politique française du quai d'Orsay a été très nettement favorable aux thèses arabes et défavorables aux thèses israéliennes. Je crois que cet un fait que tous les observateurs reconnaissent.

PW : Mais les thèses israéliennes, vous-mêmes à l'instant, vous avez condamné l'occupation de la Cisjordanie, le développement de la colonisation. C'est ce que fait la France tous les jours.

RC : Heureusement que ce n'est pas un alignement totale sur les thèses d'un des participants au conflit. Ce n'est pas un alignement total. Mais je dis qu'il y a un certain déséquilibre.

PW : Il n'y a pas un côté un peu fantasque où on voit la France systématiquement du côté des Palestiniens. C'est plus compliqué quand même.

RC : Tout est relatif. Il est clair qu'il y a toutes les nuances dans le soutien à telle ou telle partie au conflit. Mais je constate simplement que - et le vote dans les instances internationales est tout à fait significatif , il est arrivé à plusieurs reprises, et encore tout récemment dans un vote à Genève, que l'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre se rangent dans des positions neutres, et la France se range du côté des thèses arabes.

PW : Vous aviez dénoncé dans des termes très violents lors de ce fameux dîner du CRIF, Je me souviens des termes employés, « les obsèques grandioses faites à Yasser Arafat lorsqu'il est venu en France»

RC : Ca je maintiens

PW : Yasser Arafat a été élu par le peuple palestinien. Ça c'est passé démocratiquement en 1996 sous observations internationales. Vous ne pouvez pas le nier. C'était l'élu du peuple palestinien.

RC : Du jour où Arafat a disparu de la scène politique internationale on a constaté que la paix était redevenue possible. Arafat était très clairement un obstacle à la paix. Il n'a jamais voulu la paix, ça a été très clair et je crois que tout le monde le reconnaît aujourd'hui. Depuis l'arrivée de Mahmoud Abbas, on pense, on parle et on va vers la paix. Ça n'était pas possible du temps d'Arafat. Je crois que les cérémonies qui ont été faites pour Arafat étaient inconvenantes à mes yeux.

PW : Selon vous, que doit dire Jacques Chirac à Ariel Sharon lorsqu'il va le rencontrer demain à la mi-journée ?

RC : Ecoutez, je ne suis pas dans le secret des dieux. Mais je suis très heureux que ce dialogue ait lieu aujourd'hui parce que nous sommes à un tournant de la politique au Moyen-Orient. Je crois que divers chemins étaient possibles en direction de la paix. Je crois que si le chemin tel que l'envisage la France et que le chemin tel que l'envisage Israël se retrouvent, on est dans la bonne direction et que la France et l'Europe peuvent contribuer au processus de paix. C'est très important et je crois qu'il faut s'en déclarer très heureux.

PW : Roger Cukierman, merci d'être venu nous voir ce matin à France Inter. Je rappelle que vous êtes le président du CRIF.

Rubriques: