Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

L’espoir perdu des Palestiniens

 

L’Organisation de la coopération islamique (OCI) a appelé le monde à reconnaître Jérusalem-Est comme capitale d’un État palestinien, en réponse à la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.

Dans les Territoires occupés, les Palestiniens croient de moins en moins à la solution à deux États. En Jordanie, où les réfugiés palestiniens sont les plus nombreux, le droit au retour ne mobilise plus.

L’espoir perdu des Palestiniens
« Descendre dans la rue pour lancer des pierres aux Israéliens ? Je n’en vois pas l’intérêt. Depuis la première Intifada rien n’a changé, ce n’est pas maintenant que cela va commencer. » Sa tasse de café brûlante entre les mains, Nicolas hausse les épaules, soupire. Dans son petit appartement au cœur de la vieille ville de Bethléem, le jeune homme commente les affrontements devenus pratiquement quotidiens depuis l’annonce de Donald Trump reconnaissant unilatéralement Jérusalem comme capitale d’Israël. Sur Hebron Road, un des grands axes de la ville, les chebab (jeunes en arabe, NDLR) et leurs frondes font face aux soldats israéliens et à leur puissant arsenal. Pierres contre balles en caoutchouc, quand celles-ci ne sont pas réelles, les blessés sont nombreux. Mais, si les deux parties s’affrontent avec la plus grande violence, une majorité de Palestiniens partagent les vues de Nicolas : entre désenchantement et perte d’espoir, la « rue » semble avoir du mal à se mobiliser pour une cause qu’elle considère de plus en plus comme perdue d’avance. Selon un sondage réalisé du 7 au 10 décembre par le Palestinian Center for Policy and Survey Research (PSR), un laboratoire d’idées palestinien, 90 % des personnes interrogées envisagent l’annonce de Donald Trump comme une menace pour leurs intérêts, tandis que moins de 50 % d’entre eux voient dans la résistance armée le meilleur moyen de parvenir à la création d’un État palestinien. À en croire les résultats de cette enquête, la pauvreté et le chômage dans les Territoires occupés inqiètent tout autant que les questions d’occupation et de colonisation.

Interrogée par des journalistes lors d’un dîner officiel planifié par l’Organisation de libération de la Palestine vendredi 15 décembre, Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif, s’est pourtant montrée plus dure : « Les manifestations et les actions de rue vont continuer, le mouvement va prendre de l’ampleur. » En réponse à l’annonce de Donald Trump, elle estime que « Jérusalem n’est pas une simple ville, elle reste un corpus separatum (sous gestion internationale). Pour pouvoir négocier une solution de paix, c’est toute la ville de Jérusalem qui devrait être l’enjeu des négociations ».

Au sein de la population palestinienne, la solution à deux États ne semble même plus être une évidence. Dans sa boutique de souvenirs à quelques minutes de la basilique de la Nativité à Bethléem, Moussa, 20 ans, est sceptique. « Deux États, je n’y crois pas car les Israéliens ne voudront jamais enlever les colonies qui sont sur nos terres. Le plus simple, ce serait d’avoir un seul État, avec Jérusalem comme capitale. Les Palestiniens sont prêts à accepter ça pour avoir la paix. »

Dans son appartement de la Vieille Ville, Nicolas semble partager les vues de Moussa. « Avant la création de l’État d’Israël (en 1948, NDLR), tout le monde vivait côte à côte ! Je suis pour la solution à un État. Deux États dans un si petit espace, il faudrait des lunettes pour voir les frontières », rigole le jeune homme qui poursuit, sans doute un brin utopiste : « On pourrait même faire de cet endroit un lieu international, où tout le monde pourrait venir. »

Une seule entité à Jérusalem, sans mur de séparation et sans check-point, l’idée en séduit plus d’un. Considérés comme « résidents étrangers » d’une ville qu’ils habitent souvent depuis toujours, les Palestiniens de la ville ont en effet la vie dure. Avec 75 % de la population sous le seuil de pauvreté, pour une densité huit fois plus importante qu’à Jérusalem-Ouest, le quotidien n’est pas toujours facile. Selon l’Institut européen de recherche sur la coopération méditerranéenne et euro-arabe (Medea), en trente ans, près de 15 000 Arabes y auraient perdu leur droit de résidence. Palestiniens mais séparés de la Cisjordanie par un mur, les habitants de Jérusalem-Est se sentent souvent les laissés-pour-compte d’une administration palestinienne peut intéressée par leur situation. Près de la porte de Damas, le ressentiment contre Mahmoud Abbas est très fort. Mais il est aussi répandu au-delà de Jérusalem-Est, si l’on en croit le rapport de PSR. En Cisjordanie, 70 % des personnes interrogées souhaitent voir Mahmoud Abbas démissionner, un pourcentage qui monte à 80 % dans la bande de Gaza.

Comme Ahmed Sobhi, de nombreux Palestiniens aspirent désormais à un renouvellement profond de la classe politique dirigeante. « Il faut faire disparaître l’Autorité palestinienne. Elle n’agit que dans l’intérêt d’Israël. C’est le seul moyen de faire avancer nos droits », juge ce professeur d’informatique à l’université de Bir Zeit.

Mais, si Mahmoud Abbas devait quitter le pouvoir, qui le remplacerait ? Moussa, le jeune vendeur de Bethléem, se gratte la tête. « C’est vrai que je ne vois pas trop qui pourrait prendre sa place… » Selon PSR, si une élection présidentielle devait opposer le président Abbas à Ismaïl Haniyeh, le chef du Hamas, et à Marwan Barghouti, le leader palestinien en prison depuis quinze ans, ce dernier l’emporterait avec près de 40 % des suffrages, au coude-à-coude avec Ismaïl Haniyeh. Face à eux, l’actuel président de l’Autorité palestinienne ne récolterait que 18 % des voix.

À en croire Hanan Ashrawi, du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), cette réalité est bien connue des hautes sphères : « Il faut faire des réformes, c’est vital ! Nous avons besoin de réfléchir à des évolutions qui soient pérennes. » Au sein de la population tout comme chez les principaux groupes politiques palestiniens, la volonté d’organiser de nouvelles élections avant la fin de l’année 2018 commence à se faire de plus en plus audible.

Mais, alors que la « rue » semble avoir du mal à croire à une paix prochaine sans une refondation politique nationale, beaucoup considèrent que la communauté internationale doit aussi prendre ses responsabilités. « La solution ne viendra pas des Palestiniens. Nous, nous voulons la paix. C’est désormais à la communauté internationale et non plus aux Américains d’agir ! », s’exclame Nabila Kilani, qui vit à Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza.

Un avis que partage Hanan Ashra­wi, de l’OLP. « La communauté internationale a permis la création de l’État d’Israël, c’est donc à elle de prendre ses responsabilités désormais. » Vingt-quatre ans après la signature des accords d’Oslo, la population semble vouloir d’abord réformer l’Autorité palestinienne pour laisser la place à une nouvelle classe politique capable, ensuite, de négocier plus solidement avec Israël et la communauté internationale.

Salomé Parent
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