Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

La cause palestinienne n’a jamais dans le passé subi une telle trahison

Les négociations dites « secrètes » entre Palestiniens et Israéliens ont commencé dans une atmosphère de fête à Washington, alors que les deux délégations se rencontraient autour d’une table de petits fours. Sous l’œil vigilant du secrétaire d’État américain John Kerry, qui a convoqué la réunion, les participants ont échangé des sourires et des compliments - en particulier le Dr Saeb Erekat et Mme Tzipi Livni, qui reviennent tous les deux de loin.
Malheureusement, la délégation palestinienne s’est rendue à ces négociations sans voir une seule de ses conditions préalables remplies, que ce soit l’acceptation par Israël des frontières de 1967 ou la suspension de la construction de colonies dans les territoires occupés de la Cisjordanie.
Le seul os jeté à la délégation était la libération échelonnée dans le temps de 104 prisonniers palestiniens, dont certains ont passé trente ans derrière les barreaux et qui - selon des responsables de la sécurité israélienne - ne représentent plus une menace pour les Israéliens à cause de leur âge très avancé.
L’Autorité palestinienne (AP) à Ramallah a sauté au plafond, présentant cette grande « concession » israélienne comme une grande réussite, mais les responsables de l’AP oublient que le mouvement Hamas, leur rival politique traditionnel, a réussi à faire libérer 1000 prisonniers palestiniens en échange de Gilad Shalit, avec le même succès qu’Ahmed Jibril dans le fameux accord d’échange de prisonniers « mouette » au Liban en 1979.
L’affaire Shalit était claire : 1000 prisonniers libérés en échange d’un soldat israélien prisonnier de guerre. Mais la récente affaire de la libération des prisonniers mise en exergue par l’Autorité palestinienne survient en échange de concessions politiques gigantesques qui pourraient - à la lumière de l’effondrement palestinien et arabe actuel - aller jusqu’à remettre en cause les fondamentaux [de la cause palestinienne] si un accord était conclu.
Après une vingtaine d’années de négociations et de réunions, Israël a systématiquement omis de faire le moindre compromis tangible ou de s’engager à appliquer un seul des termes des accords. En échange, il a reçu la pleine soumission du côté palestinien, dont la fameuse coordination en matière de sécurité. Les négociateurs palestiniens vont même revenir à la case départ - négocier les frontières de 1967 comme frontières d’un État palestinien imaginaire.
Alors que Erekat s’assoit avec son homologue Livni dans les salles bouclées à double tour de Washington, en examinant les cartes et en discutant de l’ampleur des sacrifices liés à ces frontières, le gouvernement israélien poursuit ses projets de colonisation sans le moindre répit. Les sacrifices sont bien sûr à faire du côté palestinien, et surtout pas du côté israélien.
La question qui donne sérieusement à réfléchir ici est : d’où vient cette insistance soudaine américaine à obtenir des deux parties qu’elles viennent autour de la table des négociations, et pourquoi à ce moment précis ?
Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, a offert une réponse intéressante à ces questions quand il a dit que le lancement du processus de paix serviraient les intérêts stratégiques d’Israël, sans fournir cependant aucune explication de ce que sont ces intérêts, et sans même mentionner la paix avec son voisin palestinien.
Je tente donc d’expliquer et d’analyser ces intérêts stratégiques d’Israël, qui peuvent se résumer en deux points majeurs :
- Le premier point est de détruire les installations nucléaires iraniennes, la cible prioritaire du gouvernement de Netanyahu. Il ne peut pas être exclu que celui-ci ait accepté d’engager des négociations dans le cadre d’un accord avec l’Amérique contenant une promesse que Washington soutiendrait Israël dans une guerre contre l’Iran dans un avenir proche.
- La deuxième, c’est la peur de l’État bi-national, l’alternative de fait à la solution à deux États qui est en pleine décomposition. Cela signifierait absorber plus de trois millions de Palestiniens dans l’actuel Israël, ce qui pourrait détruire le rêve de Netanyahu d’une supériorité démographique, de voir s’imposer Israël comme un « État purement juif » [« racialement pur », selon les vieux concepts nauséabonds si bien connus ...N.d.T].
Le président palestinien Mahmoud Abbas est devenu le prisonnier de l’aide financière américaine. Il ne peut pas rejeter toutes les propositions ou les ordres qu’il reçoit, parce qu’il se rend compte que retarder les salaires des 160 000 Palestiniens employés de l’AP juste pendant de deux mois se traduirait par une Intifada (soulèvement), non seulement contre Israël et son occupation, mais aussi contre l’AP dont la survie est nécessaire à ses intérêts privés.
Abbas a répété à plusieurs reprises qu’il ne permettrait pas un tel soulèvement, ce qui explique la réaction violente et brutale de ses forces de sécurité contre des dizaines de manifestants qui ont protesté à Ramallah contre la reprise des négociations, la plupart appartenant au Front Populaire pour la Libération de la Palestine . Abbas s’est comporté exactement comme les dictateurs arabes l’ont toujours fait et continuent à le faire, parce que la liberté de manifester pacifiquement n’existe pas dans son dictionnaire.
Les prises de position de l’ex-président Abbas ont fait et continuent à faire de dramatiques dommages au peuple palestinien et à sa juste cause. Elles poussent les Arabes et les musulmans à s’en éloigner, et aggravent la division parmi les Palestiniens.
Le mouvement Hamas a commis plusieurs erreurs quand il a mis tous ses œufs dans le panier des Frères musulmans, abandonnant ses alliés et sympathisants à une époque de polarisation croissante dans le monde arabe.
Mais l’ex-président Abbas, qui a reproché vivement au Hamas ses orientations, fait la même erreur quand il met tous ses œufs dans le panier du coup d’État militaire égyptien et dans le panier américain, essayant de vendre une illusion de paix et des négociations humiliantes .
J’ai travaillé dans le journalisme pendant quarante ans, et jamais de ma vie je n’ai vu l’intérêt arabe pour la cause palestinienne se détériorer à un tel niveau. La responsabilité de cette triste situation réside dans les deux côtés de l’équation politique palestinienne : le Fatah et le Hamas. Ils travaillent tous les deux sur une illusion, au détriment de la cause palestinienne, et tombent dans les pièges tendus par les forces de polarisation arabes et internationales. Par conséquent, la cause palestinienne dispose de moins en moins de poids et le pouvoir palestinien de décision a été laminé.

Abdel Bari Atwan

* Abdel Bari Atwan est palestinien et rédacteur en chef du quotidien al-Quds al-Arabi, grand quotidien en langue arabe édité à Londres. Abdel Bari Atwan est considéré comme l’un des analystes les plus pertinents de toute la presse arabe.

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