Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

La fin d'un état palestinien viable

par Jeff Halper, animateur de l'ICAHD *

"Le principal défaut de la plupart des analyses sur le conflit israélo-palestinien est l'affirmation que si les Palestiniens pouvaient avoir leur propre Etat, tout serait parfait. Un Etat sur tous les Territoires Occupés (résolution de l'ONU 242), sur la plupart des Territoires Ocuppés (d'Oslo à l'initiative de Genève, en passant par la Feulle de Route), ou même sur la moitié des Territoires Occupés (concept de Sharon), peu importe. Une fois que l'on aurait obtenu un Etat Palestinien, tout serait réglé, le conflit résolu, et on pourrait passer à un autre sujet.

Faux. Un Etat palestinien peut être une prison aussi facilement qu'il peut être un Etat légitime répondant aux aspirations nationales de son peuple. La question cruciale est celle de sa viabilité. Israël est un petit pays, mais il est trois fois plus grand que les territoires palestiniens. Même si l'on prend en compte la Cisjordanie, la Bande de Gaza et Jérusalem, on ne totalise que 22 % d'Israël/Palestine. Ce qui veut dire que même si la totalité des territoires occupés par Israël en 1967 étaient rendus, cela laisserait 78 % à Israël; Est-ce que cela laisserait aux Palestiniens un Etat viable ? Difficilement. Juste la taille d'un Etat américain comme le Delaware, mais avec une population trois fois plus nombreuse (sans compter les réfugiés, qui reviendraient). Mais il aurait au moins un territoire cohérent, des frontières avec Israël, la Jordanie, la Syrie et l'Egypte, une capitale à Jérusalem, un port sur la Méditerrannée, un aéroport à Gaza, une économie viable (basée sur le tourisme en Terre sainte, l'agriculture et l'industrie Hi-Tech), ainsi que l'accès à l'eau du Jourdain. Nous aurions là un membre de la communauté internationale, bénéficiant de relations commerciales avec ses voisins -et jouissant du soutien d'une dispora aisée et d'un haut niveau d'éducation - bref, un petit Etat palestinien ayant tout de même une chance d'être viable.

C'est ce qu'Israël cherche à empêcher à tout prix. Depuis le moment où il est devenu le responsable du Comité ministériel des colonies dans le gouvernement Begin en 1977, Ariel Sharon a été clair sur son intention d'assurer la totalité de la Terre d'Israël pour le peuple juif. Et la "Sécurité" n'a rien à voir avec la politique expansionniste d'Israël. Les gouvernements israéliens qui se sont succédés n'ont pas créé 200 colonies pour des raisons de sécurité. Ce n'est pas non plus avec des visées sécuritairtes qu'ils ont construit une infrastructure massive d'autoroutes reliant les blocs de colonies à Israël. Pas plus que l'on ne peut expliquer le tracé de la Barrière de Séparation et la politique d'expropriation de terres palestiniennes et de destruction systématique de maisons palestiniennes par un souci de "sécurité". Tout cela vient d'un objectif central : la revendication de tout la pays pour Israël. Point.

Toutefois, Israël est incapable de "digérer" les 3,6 millions de Palestiniens vivant dans les territoires occupés. Leur donner la citoyenneté israélienne abolirait la notion d'Etat juif pour Israël. Et les garder sous occupation ad vitam constituerait un apartheid top visible. Que faire ? La réponse est claire : établir un miniscule Etat palestinien de, disons 5 ou 6 cantons (c'est le terme utilisé par Sharon), sur 40 à 70 % des territoires occupés, complètement encerclés et contrôlés par Israël. Un tel Etat Palestinien couvrirait entre 10 et 15 % du pays et n'aurait aucune souveraineté ni viabilité significatives, pas de continuité territoriale cohérente, pas de liberté de mouvement, pas de contrôle sur les frontières, pas de capitale à Jérusalem, pas d'économie viable, pas de contrôle sur l'eau, pas de contrôle sur l'espace aérien et les communications, pas d'armée -- et pas même le droit de conclure des allaiances en tant qu'Etat souverain, sans la persission d'Israël.

Et dans la mesure où les Palestiniens n'accepteront jamais cela, Israël doit "créer des faits accomplis sur le terrain" qui nuisent aux négociations avant même qu'elles soient initiées. L'annonce de la semaine dernière de la construction de 3500 logements dans E-1, un corridor reliant Jérusalem à la colonie de Ma'aleh Adoumim en Cisjordanie, cèle le sort d'un Etat palestinien. En tant qu'élément clé du "Grand Jérusalem", le plan E-1 ôte toute viabilité à un Etat palestinien. Il coupe la Cisjordanie en deux, et permet à Israël de contrôler les mouvements des Palestiniens d'une moitié à l'autre, tout en isolant Jérusalem Est du reste du territoire palestinien. Etant donné que 40 % de l'économie palestinienne tourne autour de Jérusalem et de ses ressources liées au tourisme, le plan E-1 détruit le coeur de tout Etat palestinien, le ramenant à rien d'autre qu'une série de réserves indiennes sans aucune viabilité.

Le seul intérêt de ce plan E-1, c'est qu'il a fait éclater au grand jour la complicité américaine dans le plan d'expansion des colonies israéliennes. L'administration Bush, tout en qualifiant ce plan de "peu utile" (littéralement "unhelpful" = "qui n'aide pas", ndlr), reconnait néanmoins formellement le bloc de colonies de Ma'aleh Adumim, ainsi que le plan E-1, dans l'accord passé entre Bush et Sharon il y a un an --un changement fondamental de la politique américaine qui fut ratifié à la quasi unanimité par le Congrès américain. Ce qui met les Etats-Unis dans la position inconfortable de torpiller sa propre Feuille de Route, issue de la "vision de Bush" d'une paix Israélo-palestinienne. Cela réduit également à néant tout rôle d honnête courtier de la part des Etats-Unis et le met en porte à faux par rapport aux trois autres memebres du Quartet, l'Europe, la Russie et les Nations Unies - qui déplorent le changement d'attitude des USA. De manière plus tragique, le soutien américain au projet colonial de Sharon annihile pour toujours la possibilité d'un Etat palestinien viable, vouant les deux peuples, Israélien et palestinien, à un éternel conflit. Savoir si cela correspond aux intérêts américains d'un Moyen-Orient stable est une autre paire de manches."

*Jeff Halper, Coordinator of the Israeli Committee Against House Demolitions (ICAHD)

Traduit par la rédaction de CAPJPO/Euro-Palestine

 

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