Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

La Nakba continue : nettoyage ethnique du quartier Ajami à Jaffa

Par Isabelle Humphries

Washington Report - juillet 2008 . 60 ans d'Al-Nakba

L'expulsion, en 1948, de 90% des Palestiniens de Jaffa [limitrophe à Tel Aviv] a anéanti l'une des sociétés urbaines les plus prospères économiquement et les plus développées. Soixante ans plus tard, Israël continue d'expulser les Palestiniens qui sont restés à Jaffa, mais cette fois, il vise l'un des quartiers arabes les plus frappés par la pauvreté du pays.

En mars 2008, le Comité populaire contre les démolitions de maisons de Jaffa a appelé la population à commémorer la Journée de la Terre dans le centre de Jaffa. La Journée de la Terre rappelle le meurtre de 6 Palestiniens en Galilée pendant les manifestations de 1976 contre la confiscation de la terre. Chaque année depuis, les Palestiniens se rassemblent à la fin du mois de mars, pour manifester contre la confiscation de leur terre qui se poursuit par Israël. Aujourd'hui, environ 500 familles - pour la plus grande partie, des familles arabes - vivant dans le quartier Ajami, à Jaffa, sont menacées d'expulsion ou de la démolition partielle de leurs maisons qui ne sont que le stade ultime d'une politique de nettoyage ethnique qui se poursuit depuis des décennies.

Les villes « mixtes » d'Israël : ségrégation et dépossession

La ville côtière de Jaffa, avec son port et sa proximité de Jérusalem, a toujours accueillie une communauté importante depuis l'Age de bronze. En 1948, cette ville mondialement connue pour ses exportations d'oranges était habitée par environ 70 000 Palestiniens. Mais depuis la Nakba de 1948, et avec des décennies de démolitions et de paupérisation, cette ville, parmi les plus importantes de la Palestine historique, est devenue méconnaissable, sombrant dans l'ombre de Tel Aviv.

Alors que la grande majorité des Palestiniens de la ville a dû s'exiler à l'extérieur du nouvel Etat d'Israël - à la suite de l'occupation de Jaffa en mai 1948 et à l'instar de ce qui s'est passé dans les autres villes telles que Haïfa, Lydda et Acre -, le petit nombre de Palestiniens qui est resté a été massé dans un seul quartier. De par le règlement militaire d'Israël relatif à sa population arabe (1948-1966), de tels quartiers sont en fait des ghettos.

A Jaffa, 4 000 Palestiniens - un mélange d'habitants originaires de la ville et de réfugiés des villages des environs - se sont rassemblés dans la partie sud du quartier Ajami alors que leurs maisons, dans les autres quartiers de Jaffa ou dans les villages alentour, étaient réoccupées ou détruites. En juin 1948, le Premier ministre israélien, David Ben-Gurion, écrit dans son journal : « Jaffa sera une ville juive. La guerre est la guerre. » Moins d'un an plus tard, il informait le parlement israélien que 45 000 nouveaux immigrants juifs avaient été installés dans les maisons « abandonnées » de la ville.

En 2008, le plus d'un million de citoyens arabes d'Israël vit pour une grande part à l'écart des Israéliens juifs, dans des villages et des quartiers surpeuplés avec infiniment moins de financements et de services municipaux et de possibilités d'emplois que dans les zones juives. Jaffa est l'une de ces villes qu'on appelle villes « mixtes », mais une simple balade dans ses quartiers nous montre qu'il n'y a pas de « mixité » : les rues, pleines de monde et décrépites, contrastent avec celles de Tel Aviv. Ajami est aujourd'hui le plus miséreux des 60 quartiers de Jaffa/Tel Aviv.

Comment le gouvernement israélien a-t-il réussi, en restant dans le cadre de son propre système juridique, à concentrer tant d'ordres de démolition sur ce seul quartier ? Sami Shehadah, membre du Comit populaire de Jaffa, nous l'explique : « Entre les années 60 et la fin des années 80, les autorités municipales ont mis un veto absolu à toute demande de permis de constructions ou de rénovations, avec l'intention d'empêcher toute revalorisation de l'ensemble du secteur. Malheureusement pour les résidents arabes entassés dans le quartier Ajami, 80% de ces maisons ont été construites avant 1948 et, sans rénovation, les plafonds risquent carrément de leur tomber sur la tête. Avec le gel des allocations pour les permis de rénovation, ils n'ont eu d'autres choix, pour la sécurité de leurs familles, que de rénover sans l'autorisation des autorités israéliennes. »

De cette façon, les autorités israéliennes peuvent affirmer que ces familles ont contrevenu à la loi et publier un ordre de démolition. N'ayant pas les ressources nécessaires pour louer ou acheter de nouveaux logements, les gens se trouvent d'abord obligés d'aménager dans des maisons surpeuplées chez des parents, mais en plus, ils sont priés de payer la facture de la démolition de leur maison. L'espace ainsi libéré est alors utilisé pour de nouveaux projets immobiliers dont les gammes de prix sont bien trop élevées pour les résidents d'Ajami. Proches du centre de Tel Aviv, la capitale israélienne, et loin du bruit et de l'agitation de la ville, avec vue sur la mer, les nouveaux immeubles sont considérés comme un site de premier choix et vendus aux prix les plus élevés de l'immobilier israélien.

Un coup d'œil sur la judaïsation de la vieille ville de Jaffa illustre ce que les décideurs israéliens ont à l'esprit pour le quartier Ajami. Le coeur de la vieille ville a été totalement rénové et les Palestiniens en sont partis depuis longtemps. Des allées piétonnières impeccables se faufilent entre les bâtiments qui, autrefois, étaient des maisons, des boutiques et des entreprises palestiniennes qui ont été transformées en restaurants coûteux, galeries et boutiques de souvenirs pour touristes étrangers et israéliens. Le simple fait que le prix demandé aille au-delà des prix accessibles au Palestinien moyen de Jaffa suffit à l'empêcher de venir habiter dans le secteur.

Tout en marchant dans Jaffa, notre guide palestinien local nous fait observer que les immeubles neufs de standing sont construits à la place de maisons et d'immeubles récemment démolis. Les ordres d'expulsion sont émis par Amidar, une société immobilière propriété du gouvernement israélien qui en assure l'exploitation. Amidar prétend qu'elle propose des logements subventionnés avec des loyers contrôlés en Israël, mais il se trouve que ses principaux actionnaires sont l'Agence juive et le Fonds national juif - deux institutions ouvertement mandatées pour n'aider que la population juive -, cela montre bien que les autorités ne font pas que rechercher un gain financier. En effet, depuis 1948, les représentants palestiniens sont exclus, à tous les stades du processus de planification en matière d'urbanisme. Le vœu de Ben-Gurion, que « Jaffa sera une ville juive », reste le principe directeur.

Résistance populaire

Toute organisation de la communauté qui veut contester une telle politique se trouve inévitablement confrontée à une tâche ardue, mais le Comité populaire contre les démolitions de maisons a un programme clair. Son premier travail, explique Shehadah, consiste à sensibiliser les familles elles-mêmes sur le fait que leur problème est un problème collectif. Beaucoup croient à tort qu'elles sont seules face à leurs problèmes juridiques avec les autorités, dit-il. Comme beaucoup de familles n'ont pas les moyens même de consulter un avocat, le comité essaie de proposer une aide judiciaire gratuite. « Nous espérons qu'à l'avenir, nous serons en mesure de proposer réellement un soutien concret aux personnes pour la rénovation de leurs maisons » indique le militant de Jaffa.

Au-delà des familles elles-mêmes, à l'occasion d'évènements comme la manifestation de la Journée de la Terre, le Comité essaie de faire prendre conscience de cette question à une opinion publique plus large, aux élus et responsables politiques, ainsi qu'à la communauté israélienne et internationale. Plusieurs militants de la communauté juive de Tel Aviv se sont engagés activement dans la tâche du Comité, note Shehadah.

On ne peut considérer la situation de Jaffa isolément d'une politique plus vaste envers les Palestiniens d'Israël (pas de Cisjordanie ni de la bande de Gaza). Israël poursuit ouvertement des projets de développements des villes juives dans les zones très peuplées de citoyens palestiniens, comme en Galilée et dans le Néguev - où, à nouveau, les Arabes sont notablement absents des comités d'urbanisme. Les destructions et les transferts à l'intérieur des quartiers arabes des villes « mixtes » doivent être examinés dans un contexte plus large. Ce qui se passe dans le quartier Ajami de Jaffa n'est pas simplement une affaire de promoteurs immobiliers à la recherche de profit, c'est représentatif d'une politique de dépossession mise en œuvre dans toute la Palestine historique.

Isabelle Humphries termine une thèse sur les réfugiés palestiniens, déplacés internes. Elle peut être contactée à l'adresse : isabellebh2004@yahoo.co.uk

Souces: http://www.protection-palestine.org...

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