Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

La Nakba ne s'est pas terminée en 1948.

The Washington Report on Middle East Affairs

Par Samah Jabr

Les récentes destructions dans le camp de Rafah ne sont, ni plus, ni moins qu'un des maillons de la chaîne israélienne de pillages sur la Palestine. Les assassinats ciblés de leaders politiques palestiniens de haut rang qui se poursuivent sans retenue, la destruction du camp de Jenin en 2002, la construction du mur de séparation des deux cotés desquels les Israéliens continueront à vivre et la spoliation quotidienne de la terre palestinienne, la vie et les biens sous occupation depuis 56ans, n'en sont que les quelques exemples. Cependant, contrairement aux affirmations israéliennes, toutes les actions qui ont abouti à la Nakba de 1948 n'étaient, ni réactives, ni spontanées, ni involontaires. Au lieu de cela, le meurtre, la destruction, la terreur et les expulsions ont été soigneusement planifiés afin d'infliger le maximum d'horreur et d'effroi dans les cœurs palestiniens et pour voler encore plus de terre avec le moins de Palestiniens vivant encore dessus

Toutefois, la Nakba de 48, avec son lot de massacres et d'expulsions, de destruction et de confiscation de maisons, villes et villages, était juste le début de la catastrophe. Les Palestiniens revivent la Nakba quotidiennement, sous l'oeil passif de l'opinion internationale et les conséquences ne font que s'amplifier et s'aggraver jour après jour, à mesure que l'occupation israélienne de la Palestine se poursuit.

Si imposer une occupation peut seulement s'accomplir en commettant des crimes contre les occupés, la conclusion qui s'impose est que des crimes persistants comme ceux qu'Israël a perpétré à Rafah sont essentiels pour maintenir l'occupation. La mort en mai 2004 à Rafah de deux jeunes frères qui étaient en train de nourrir des colombes dans leur maison et qui ont été/furent tués par des soldats israéliens tirant des obus à l'aveuglette sur des manifestants pacifistes qui protestaient contre la démolition des maisons, s'inscrit dans la continuité des massacres de 1948 et des noyades de Derviches (adeptes du soufisme) dans le puits de leur propre village à al-Dawaymeh, banlieue d'Hebron, alors qu'ils cherchaient refuge dans leur lieu de culte pour échapper aux groupes terroristes juifs Hagana et Stern. Les deux exemples illustrent ce qui se pratique pour assurer l'existence de l'état d'Israël. Ceux qui sont bien informés sur l'histoire palestinienne et qui ont conscience de notre situation actuelle s'accordent pour penser que nous sommes arrivés à un point probablement pire que celui du début.

Il est poignant et atroce que la Nakba a eu lieu, bien sûr. Cependant, il est bien plus inquiétant que son esprit pernicieux agisse encore librement dans notre région et qu'il en sera ainsi jusqu'à ce que l'ensemble des complicités de la Nakba soient complètement analysées et élucidées. Les Israéliens n'ont jamais reconnu les préjudices qu'ils ont commis contre les Palestiniens. Il n'y a eu aucun " tribunal de Nuremberg " palestinien, aucune commission de vérité et réconciliation. Au contraire, l'histoire de la Nakba est soit ignorée, soit niée par la plupart des Israéliens.

Comparé aux efforts américains de " réformer " les programmes d'études des écoles palestiniennes afin d'enlever les notions de jihad et de martyre de leur éducation, aucune initiative n'a été prise pour enseigner aux étudiants israéliens la Nakba. Ceux qui se sont battus pour que la diffusion de " la liste de Schindler " soit obligatoire dans les écoles allemandes et qui ont implanté des musées de l'Holocauste sur le sentier de la tragédie européenne, ont compris manifestement les valeurs morales, psychologiques et éducatrices de ce travail de mémoire pour les nouvelles générations. Toutefois, à cette date, il n'y a pas un seul musée dédié à la Nakba, ici ou à l'étranger, afin de leur apprendre la leçon d'un autre exemple d'une " inhumanité de l'homme envers l'homme ".

Au contraire, des politiciens israéliens débattent officiellement de " transfert " des Palestiniens, tandis que " des stratégies de gestion démographique "en réponse au " danger représenté par la fertilité palestinienne " sont de notoriété publique. Les politiques israéliennes sont la preuve d'un manque total de sentiment de bien et de mal …et de honte. Et le camp de la paix israélien reproduit les mêmes défauts lorsque il est question de la Nakba et la Palestine de 1948. S'il commence avec la prémisse qu'un état exclusivement juif a le droit d'exister sur la terre d'un autre peuple, cela signifie un accord tacite sur la Nakba initiale et un blanc seing pour sa continuation.

En effet, celle-ci est toujours d'actualité. La communauté internationale n'a ni dénoncé, ni réparé le nettoyage ethnique de 1948 -75% de Palestiniens expulsés- à l'encontre d'une population largement impuissante. Une leçon d'histoire qui reste encore à écrire sur la conscience du monde. Des accords de Sykes-Picot, de la Déclaration Balfour , aux Accords d'Oslo jusqu'aux dernières promesses et le soutien indéfectible américain à la politique du premier ministre israélien Ariel Sharon, tout ceci a jeté les bases d'une oppression continuelle et d'une injustice si facilement infligées aux Palestiniens.

Plus inquiétant encore, si cela est possible, est l'attitude du monde, empreinte de courtoisie et de considération en faveur du camp possédant la plus grande puissance de feu, ce qui, dans ce cas, ne sont certainement pas les Palestiniens ! Washington condamne en des termes les plus sévères les meurtres de soldats d'occupation à Gaza tout en exprimant de vagues préoccupations quand un hélicoptère US piloté par un Israélien tire des missiles sur une population exposée et désarmée. De telles réactions démontrent une absence totale de discernement ou de compassion de la part des officiels US. On peut juste arguer du fait qu'ils militent pour un Moyen Orient remodelé dans lequel les Palestiniens vivraient dans des camps pareils aux réserves où vivent les Indiens d'Amérique. Le black out médiatique international de cette catastrophe contemporaine, des tranches de vie de ce peuple, la perspective, les faits et chiffres est plus qu'une preuve que les paramètres de complicité sont bien plus grands qu'une simple occupation de terre.

Egalement déplorables furent les réponses des gouvernements arabes aux crises palestiniennes. Nous avons entendu de nos grands pères comment l'armée arabe ota les armes de leurs mains et les empêchèrent de se battre en 1948. " Vous serez de retour chez vous dans quelques jours ", leur ont ils assuré -une promesse qui a été confirmée par plus d'une résolution aux Nations Unies, à ce jour, aucune n'a été appliquée. Aujourd'hui, alors que la Nakba continue à Rafah et dans d'autres régions en Palestine :

nous remarquons l'aversion de nos grands frères égyptiens à s'impliquer davantage auprès des Palestiniens, étant plus prompts, récemment, à faciliter et servir de médiateur pour le retour des restes de soldats israéliens.

Nous entendons le roi de Jordanie, faisant écho aux aboiements des Israéliens et des Américains, recommandant à Yasser Arafat de se regarder longuement dans un miroir et décider si oui ou non, sa présence au sein du gouvernement est salutaire à la cause palestinienne.

Nous, Palestiniens, avons subi de profondes blessures durant ces quatre dernières années, pourtant, pas un seul état arabe n'a rompu ses liens diplomatiques et économiques avec Israël. Excepté quelques réprimandes verbales des plus modérées et des donations financières occasionnelles sous conditions, ils ne lèvent pas le petit doigt pour stopper notre horreur.

Le courage et la résistance morale leur manque particulièrement en ce moment crucial de notre histoire.

Même nous, jouons une partition de notre oppression. Nous devons endosser nos responsabilités et nous questionner sur nos erreurs en réponse aux Nakbas précédente et actuelle. Je me réfère, tout spécialement, à ces officiels palestiniens qui ont abandonné le droit de résister et, de fait, accepté un cadeau géographique rabougri qui n'a aucun rapport avec notre patrie historique. Il y a aussi l'engagement palestinien dans un processus de normaliser les relations avec ceux qui n'admettent même pas ou ne font rien pour s'excuser de la Nakba. Et, pour finir, l'initiative de quelques pointures politiques palestiniennes qui sont tous, si désireux de renoncer au droit du retour des réfugiés juste pour être reconnus comme des leaders modérés, pragmatiques et réalistes. N'oublions pas le rôle passif de ceux qui observent de loin, à distance respectable, vivant dans le luxe tandis qu'ils ne font rien, ou si peu, pour s'opposer aux intentions des occupants d'éliminer les nôtres. Ils ne manifestent aucune volonté pour soutenir la détermination des Palestiniens devant le rouleau compresseur israélien.

Le scénario est toujours le même : Des hélicoptères et des tanks apparaissent soudainement et lancent l'artillerie lourde US afin d'anéantir leurs cibles, puis disparaissent aussi brusquement qu'ils sont venus laissant derrière eux destruction, terreur et douleur. Sous le choc, les foules palestiniennes marchent dans les rues, écoeurées et embrasées, avant, une fois encore, de plonger dans le désespoir. Puis viennent les sempiternelles faibles réactions, pâles, inadéquates devant l'ampleur de l'horreur : condamnation verbale officielle arabe, perplexité ou silence européen et subtile ou franche approbation américaine. Une fois encore, les Palestiniens se retrouvent seuls, sans protection, ni condoléances, en colère contre le monde, essayant de surmonter leur perte et leur misère et de continuer simplement, contre toute attente, leurs vies difficiles, exténués, désemparés et terrifiés tout en anticipant les quand et où des prochains crimes haineux d'Israël. L'intifada palestinienne est un appel à l'humanité pour rejeter les idéologies et les pratiques d'occupation et d'extermination, pour reconnaître notre droit légitime et insister sur la justice , la reconnaissance des préjudices et l'application des droits de l'homme. Quels que soient les résultats de la révolution palestinienne pour empêcher une prochaine Nakba, elle sera notre contribution à l'avenir de notre pays et de l'humanité elle même.

Samah Jabr Traduit de l'anglais par E.Colonna.

Post-Scriptum : Samah Jabr est palestinienne, médecin et résidente à Jérusalem occupée et depuis un an, suit une formation en psychiatrie dans la région parisienne. Fille d'un professeur d'université et d'une directrice de collège, elle est chroniqueuse pour le Palestine Report en 1999-2000, sa rubrique s'intitulait " Fingerprints " ("Empreintes digitales"). Depuis le début de l'Intifada, elle contribue régulièrement au Washington Report on Middle East Affairs et au Palestine Times of London. Lauréate du Media Monitor's Network pour sa contribution sur l'Intifada, un certain nombre de ses articles ont été publiés dans le International Herald Tribune, le Philadelphia Inquirer, Haaretz, Australian Options, The New Internationalists et autres publications internationales. Elle a donné plusieurs séries de conférences à l'étranger pour faire partager la vision palestinienne de ce conflit dont l'Université Fordham et au St. Peter's College à New York, à Helsinki et dans plusieurs universités, mosquées et églises en Afrique du Sud.

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