Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

La reconnaissance internationale (1970-1982)

Un peuple qui ne connaît pas son histoire ne peut construire son avenir.

troisième partie

SEPTEMBRE NOIR. 1970.

« Systématiquement, patiemment, Hussein prépara son opinion et surtout son armée à la confrontation qu'il appelait de ses vœux. Il entretenait les tensions, suscitait des crises. Les divisions au sein de la résistance servirent les desseins du roi. »[7]

Le Fatah essaie jusqu'au bout d'éviter l'affrontement, mais Arafat, pris entre plusieurs forces, ne peut éviter la crise. L'acceptation par Nasser et Hussein de Jordanie des propositions américaines - plan Rogers, juin 1970 - d'une solution négociée et basée sur la résolution 242 dans le cadre d'une paix reconnaissant l'existence de l'Etat d'Israël, place les objectifs de la guérilla en contradiction avec les gouvernements égyptiens et jordaniens. De plus, les autorités de Jordanie s'estiment menacées par une sorte « d'Etat dans l'Etat » qu'installent peu à peu les organisations palestiniennes.

Ainsi, dès le début de l'année 1970, la situation est très tendue entre le roi et la résistance. Le paroxysme de la crise est atteint le 7 septembre 1970 avec le détournement de 3 avions civils, leur destruction sur le sol jordanien et la prise en otage de leurs passagers par le FPLP, en réaction à l'acceptation du plan Rogers par l'Egypte et la Jordanie. Ce mouvement est ouvertement hostile à l'autoritarisme du régime politique du roi Hussein. Or les opérations du FPLP vont servir au roi de prétexte pour lancer une offensive générale contre l'ensemble de la résistance basée sur son territoire. Une situation de guerre s'installe entre les forces royales et les organisations palestiniennes. Un gouvernement militaire est constitué le 16 septembre. Des combats très violents ont lieu dans le gigantesque camp de réfugiés de Djebel-Wahadate. Le 27 septembre, un cessez-le-feu est conclu au Caire sous les auspices de Nasser. Les pertes palestiniennes sont énormes.

Selon le Croissant-Rouge palestinien, le conflit a fait 3 440 morts et 10 840 blessés parmi la population civile du 17 septembre au 6 octobre 1970. Les combats s'achèvent après des mois d'affrontements, de trêves précaires, par le regroupement de près de 5000 fedayin, dirigés par Abou Ali Iyad, dans les forêts de 'Ajloun et leur massacre par l'armée royale jordanienne en juillet 1971.

LA TRAVERSEE DU DESERT. 1970-1973.

La perte de la Jordanie

La résistance est expulsée de Jordanie, où elle était entièrement basée, et s'installe au Liban. Des centaines de milliers de Palestiniens rejoignent le sud de ce pays. Le Liban devient alors le centre politique et militaire de l'OLP, ce qui n'est pas sans avoir des répercussions graves sur l'équilibre politique du pays[8].

« Septembre noir »

C'est dans ce contexte que naît « Septembre noir », organisation dont les membres, rescapés des forêts de 'Ajloun, entendent, dans un premier temps, venger la mort d'Abou Ali Iyad puis frapper tous les « ennemis » de la révolution palestinienne dans le monde. « Faute de pouvoir reprendre la guérilla classique à travers les frontières israéliennes, les fedayin tenaient à se livrer à une violence révolutionnaire d'un autre genre : ils voulaient s'en prendre non seulement à Israël mais aux traîtres arabes. Pour éviter que la violence ne prit une forme individuelle et anarchisante, il n'y avait aucun autre moyen que de canaliser la vague de colère, de la structurer et de lui donner un contenu politique. »[9] Ses membres, qui agissent dans la clandestinité, n'entretiennent aucune relation organique avec l'OLP.

Une telle organisation n'a qu'un seul objectif : convaincre le monde que la résistance palestinienne est bien vivante. Les pays occidentaux doivent prendre conscience que la paix ne pourra se faire au Moyen-Orient sans les Palestiniens. A Israël, il faut faire comprendre que ses intérêts peuvent être attaqués partout dans le monde. Aux pays arabes, qui n'ont rien fait pour empêcher le massacre des fedayin en Jordanie, il faut donner un « avertissement à tous ceux qui seraient tentés de sacrifier les droits ou les intérêts du peuple palestinien. »[10] Ainsi, Wasfi Tall, 1er ministre jordanien, symbole de la trahison à la cause palestinienne, est assassiné le 28 novembre 1971.

Après plusieurs mois d'hésitations, l'OLP sort de sa réserve en mars 1973 : « Il faut comprendre les actions de Septembre noir. Toutefois, cette organisation ne peut en aucun cas remplacer la révolution et la lutte armée populaire de longue haleine, seule voie pour la libération. La révolution et le peuple palestinien refusent de voir en Septembre noir un substitut [11] ». Puis l'OLP passe à la condamnation sans appel des opérations de l'organisation, dès juillet 1973.

Une guerre sans pitié

La guerre de l'ombre fait rage entre Palestiniens et Israéliens. Attentats, assassinats, arrestations se succèdent. Cette période voit l'assassinat de nombreux dirigeants politiques palestiniens par les services secrets israéliens, tels Ghassan Kanafani, porte-parole du FPLP, le 8 juillet 1972 ; le 16 octobre 1972, c'est le tour de Abdel Wael Zouaiter, représentant de l'OLP à Rome ; et le 8 décembre 1972, celui de Mahmud Hamchari, délégué de l'OLP à Paris. Cette guerre de l'ombre culmine, dans la nuit du 9 au 10 avril 1973, avec l'élimination de 3 dirigeants du Fatah : Kamal Adwan, Yusuf al-Najjar et Kamal Nasser.

La résistance dans les territoires occupés

Depuis la guerre de 1967, la bande de Gaza est en état d'insurrection permanente. Le FPLP, et dans une moindre mesure le Fatah, y sont tout puissants. Pour contenir la colère de la population, les Israéliens ont installé des réseaux de barbelés, muré des rues, dynamité des maisons. Pendant l'été 1971, en deux mois, 1800 maisons sont détruites et 17 000 réfugiés sont évacués des camps.

DE LA GUERRE DU RAMADAN A LA RECONNAISSANCE INTERNATIONALE

La guerre du Ramadan

Le 6 octobre 1973, les forces égyptiennes passent le canal de Suez et les Syriens pénètrent dans le Golan. Israël subit de lourdes pertes et voit nombre de ses positions enfoncées, avant de reprendre l'initiative et de reconquérir le terrain perdu, grâce au soutien américain. La guerre se termine le 24 octobre par un accord de cessez-le-feu[12].

Lorsque, en 1973, Sadate lance les hostilités contre Israël, son but n'est pas de remporter une victoire totale mais d'amener Israël à la table des négociations.

La Cisjordanie se soulève

Après la guerre d'octobre 1973, la résistance se lance dans une action politique d'envergure au sein de la population de Cisjordanie. Les Israéliens n'ont plus à faire la chasse à quelques hommes, mais à affronter des centaines, voire des milliers de manifestants. Dès la fin de l'année 1973, une agitation permanente s'installe dans les territoires occupés. Pour la première fois depuis 1967, l'espoir règne chez les Palestiniens de Cisjordanie, qui sont de plus en plus nombreux à se reconnaître dans l'OLP.

Vers la reconnaissance internationale

Lors de la guerre d'octobre 1973, les mouvements palestiniens prennent conscience de la nécessité de se tourner vers des solutions diplomatiques. La résistance est placée devant l'alternative suivante : refuser d'admettre les nouvelles réalités du Moyen-Orient et risquer d'être absente à l'heure de la paix ; ou au contraire, entrer dans le jeu diplomatique pour permettre la reconnaissance de l'OLP et empêcher que la Cisjordanie et Gaza soient mises sous contrôle jordanien. C'est la seconde attitude qui va l'emporter. Il va alors falloir que le mouvement palestinien adapte ses objectifs politiques à la réalité, même si celle-ci lui paraît injuste. La lutte armée, si elle n'est pas formellement abandonnée, est dorénavant reléguée au second plan.

Tous les efforts palestiniens de ces années-là tendent vers la reconnaissance de l'OLP comme seul et légitime représentant du peuple palestinien.

Le soutien de la Chine et de Moscou

Dès 1964, puis en 1969, Arafat se rend en Chine. A partir de 1968, plusieurs groupes de fedayin reçoivent une formation militaire dans des camps d'entraînement en Chine. Les Palestiniens trouvent également un soutien auprès de l'Union Soviétique. Arafat s'y rend à plusieurs reprises, mais aussi Georges Habache, en juin 1972, peu après que le FPLP ait renoncé aux détournements d'avions. A l'issue de la visite d'une délégation de l'OLP, en juillet 1972, un communiqué final affirme : « Le peuple soviétique continuera à aider le mouvement de résistance palestinienne dans sa juste lutte contre l'impérialisme, la réaction et l'agression israélienne, et pour la récupération des droits légitimes des Arabes palestiniens. »

Evolution politique au sein de l'OLP

Dès le mois d'août 1973, Nayef Hawatmeh, secrétaire général du FDLP, s'interroge : « Alors qu'Israël refuse d'appliquer la résolution 242 qui lui demande de se retirer des territoires occupés en 1967, comment peut-on croire qu'il acceptera de se retirer sur les frontières prévues par le partage de 1947 ? » Considérant le rapport de forces favorable à Israël, il estime qu'il faut abandonner la politique du tout ou rien pour définir des objectifs intermédiaires qu'il est possible d'atteindre. L'objectif est désormais « d'établir la souveraineté nationale palestinienne dans les territoires occupés en 1967, après en avoir expulsé l'occupant et banni toute présence jordanienne. » Le FDLP défend publiquement ce programme, en décembre 1973 à Beyrouth, devant les principaux dirigeants palestiniens. Certains responsables politiques dénoncent cette idée car il s'agirait d'un îlot politique, privé de possibilités de développement économique et servant de réservoir de main-d'œuvre pour Israël. Dès la fin de l'année 1973, se forme un « Front du refus » [13], autour du FPLP : refus d'une solution négociée, refus d'une modification quelconque de la stratégie palestinienne.

Le « camp du réalisme » (Fatah, FDLP, Saïka), encouragé par l'Union Soviétique, prend le dessus et le débat est tranché en juin 1974. Le 12e Conseil national palestinien adopte la « déclaration des dix points », prévoyant l'établissement d'un pouvoir national indépendant sur toute parcelle de la terre palestinienne, libérée ou évacuée, tout en réaffirmant que l'objectif stratégique de l'OLP est d'établir un Etat démocratique sur l'ensemble de la Palestine [14].

La position israélienne

Dès la fin de la guerre de 1967, les Israéliens commencent à s'installer dans les territoires conquis, encouragés par le général Dayan, alors ministre de la défense, qui influence la politique israélienne de 1967 à 1973. Il expose sa politique des « faits accomplis », politique qui consiste, en un premier temps, à peupler la Cisjordanie et Gaza par l'implantation du plus grand nombre de colonies possible, puis à intégrer économiquement les territoires occupés. Son objectif est clair : s'implanter, affaiblir les liens de la population des territoires occupés avec les Etats arabes, et renforcer leurs liens avec Israël. Cette politique s'accompagne du recours aux représailles (punitions collectives, dynamitage de maisons, emprisonnements massifs, expulsion vers la Transjordanie) et du refus de reconnaître l'existence des Palestiniens : les dirigeants israéliens ne reconnaissent pas l'existence d'un peuple palestinien, mais celle « d'un problème de réfugiés créé à 100% par les Etats arabes ». [15] « Ce n'est pas comme s'il y avait eu un peuple palestinien en Palestine […] que nous aurions expulsé après notre arrivée et dont nous aurions pris le pays. Ils n'existaient pas. » [16]

L'OLP, unique représentant du peuple palestinien

Jusqu'en 1973, aucun projet de résolution du problème palestinien n'a pu progresser : l'OLP et Israël ne se reconnaissaient pas, et la communauté internationale se tenait, en toutes circonstances, aux côtés de l'Etat juif. Or la guerre d'octobre donne un nouvel élan à l'OLP. Sa légitimité s'affirme dans le monde. Les Etats sont de plus en plus nombreux à la reconnaître. Les « Palestiniens » ont définitivement remplacé les « réfugiés ». La communauté internationale doit se rendre à l'évidence : nulle solution ne peut exister au conflit si on ne prend pas en compte les aspirations et les droits des Palestiniens.

La représentativité de l'OLP est reconnue au sommet des pays arabes de 1974 à Rabat, et à la tribune de l'ONU la même année :
- *Juillet 1974 : l'URSS, présidant, avec les Etats-Unis et le secrétaire général de l'ONU, la Conférence de paix de Genève sur le Proche-Orient, réclame la participation de l'OLP sur le même pied que les autres participants.
- *En octobre 1974, l'Assemblée générale des Nations unies reconnaît par 105 voix, dont celle de la France, l'OLP comme représentant du peuple palestinien, ce qui signifie à la fois reconnaître l'existence du peuple palestinien et la représentativité de l'OLP [17].
- *Le 13 novembre, Arafat s'adresse à l'ONU : « Le fondement du problème palestinien, c'est la cause d'un peuple expulsé de sa patrie, chassé de sa terre, et dont la grande majorité vit en exil et sous les tentes. […] Lorsque nous parlons de nos espoirs communs pour la Palestine de demain, nos perspectives englobent tous les juifs vivant actuellement en Palestine et qui acceptent de coexister avec nous dans la paix et sans discrimination. » Il termine ainsi : « Je suis venu porteur d'un rameau d'olivier et d'un fusil de révolutionnaire. Ne laissez pas tomber le rameau de ma main. » La réponse israélienne à Yasser Arafat ne se fait pas attendre. L'après-midi, Yosef Tekoah, représentant de l'Etat juif, s'emploie, dans son discours, à nier l'existence du peuple palestinien et affirme : « Israël ne permettra pas l'établissement de l'autorité de l'OLP sur la moindre parcelle de la Palestine. »
- *Le 22 novembre, la résolution 3236 reconnaît le droit des Palestiniens à l'autodétermination, la souveraineté et l'indépendance nationale. L'OLP est admise en qualité d'observateur.

LA GUERRE DU LIBAN

A partir de 1975, le Liban est déchiré par une impitoyable guerre civile dont la question palestinienne est l'un des éléments essentiels.

Les causes de la guerre

La guerre au Liban est, en partie, le fruit du problème arabo-israélien, où des acteurs arabes, israéliens, et des grandes puissances mondiales, s'affrontent, soit directement, soit par l'intermédiaire d'éléments libanais (partis, milices, responsables de l'Etat...). Elle trouve ses racines dans les relations islamo-chrétiennes et maronito-druzes, et dans le déséquilibre politique, démographique [18], social, économique et culturel entre les composants de la société libanaise. Elle est née d'une divergence capitale qui a divisé les Libanais face à certains débats majeurs, tels l'identité libanaise, la répartition des responsabilités dans l'Etat, la présence palestinienne, le nationalisme arabe.

Les acteurs du drame

- • Les forces progressistes

Dès le début de la guerre, la résistance palestinienne se trouve pleinement engagée dans la crise libanaise, soit parce qu'elle est directement visée, soit par solidarité avec les forces progressistes, qui l'ont accueillie en 1970, et dont elle se sent proche idéologiquement. L'alliance palestino-progressiste [19] est soutenue par la masse des déshérités, en majorité chiite, qui se sent solidaire des réfugiés palestiniens dont elle partage les conditions d'existence [20].

- • Les forces conservatrices

Pour les Phalanges et leurs alliés, la résistance palestinienne est devenue un « Etat dans l'Etat » qui attire les représailles israéliennes et favorise l'organisation d'une lutte populaire armée qui risque, tôt ou tard, de remettre en cause les intérêts de la bourgeoisie et le système politique libanais. A cela vient s'ajouter une lutte confessionnelle pour le pouvoir : les musulmans n'acceptent plus le « pacte national [21]» de 1943, qui accorde l'essentiel du pouvoir aux maronites, bien qu'ils ne soient plus majoritaires.

- • L'Etat libanais

La faiblesse de l'Etat libanais, et son absence devant les problèmes, a contribué à faciliter l'éclatement de la crise. « Par faiblesse, par déphasage culturel, par aveuglement géopolitique, les dirigeants de l'Etat n'osent s'opposer ni aux factions armées palestiniennes qui défient son autorité, ni aux actions de l'Etat hébreu. » [22] Quant à l'armée, elle ne joue qu'un rôle mineur. Jugée trop chrétienne, elle n'est engagée que dans des opérations limitées et, au début de 1976, elle se désagrège.

- • Israël

L'accord du Caire de 1969 accorde à la résistance le droit de mener des opérations de guérilla contre Israël à partir du territoire libanais. Peu à peu, le Liban, devient un champ de bataille, où Israël réagit en une série d'actes meurtriers (raids, mesures préventives, attentats) contre les camps palestiniens, les positions de la résistance, et les localités libanaises qui font cause commune avec les Palestiniens. A la demande du Liban, les Nations unies instaurent un cessez-le-feu à la frontière en avril 1972. Trouvant devant lui un Etat libanais faible, Menahem Begin, ancien chef de l'Irgoun, qui accède à la tête du gouvernement israélien en 1977, entreprend un vaste plan qui a pour objet de détruire militairement et moralement la résistance palestinienne.

- • La Syrie

La politique syrienne dans cette région de I'Orient est fondée sur trois principes : maintien du Liban dans la mouvance syrienne, contrôle des Palestiniens, et enfin opposition au partage du Liban ; un tel partage conduirait à la création, sur une partie du territoire, d'un Etat chrétien qui deviendrait inévitablement un satellite d'Israël, et d'autre part, il apporterait une confirmation à la théorie israélienne d'après laquelle la création d'un Etat pluriconfessionnel en Palestine est impossible.

- • Les Etats-Unis

L'élection à la présidence des Etats-Unis de Jimmy Carter marque une évolution dans la politique américaine au Proche-Orient : l'un de ses grands desseins est en effet de parvenir à un règlement global du conflit israélo-arabe. L'accession au pouvoir de Ronald Reagan, en janvier 1981, marque un retour à la position traditionnelle américaine : le nouveau président fonde sa politique au Proche-Orient sur le fait qu'Israël est « l'allié stratégique des Etats-Unis » dans cette région.

La guerre

La guerre éclate à la suite d'un accrochage meurtrier entre phalangistes et fedayin, le 13 avril 1975, dans la banlieue de Beyrouth.

- • La « guerre des deux ans » (1975-1976)

Craignant qu'un processus révolutionnaire ne se développe à ses frontières, la Syrie décide de freiner la combativité des forces palestino-progressistes, qui, dès la fin 1975, ont l'initiative sur le terrain. Ainsi, le président Assad décide de répondre favorablement à l'appel des forces conservatrices en déroute. Pour lui, il s'agit d'une occasion historique d'intégrer les chrétiens du Liban dans le monde arabe. Ainsi, il ordonne l'entrée de troupes et de blindés au Liban, discrètement à partir d'avril et massivement à dater du 1er juin 1976.

- • Ni guerre ni paix (1977-1981)

En 1977, la perspective, désormais envisageable, d'une paix israélo-égyptienne [23], donne à penser à la Syrie qu'un Liban réunifié sous la conduite d'un président maronite pourrait à son tour conclure la paix avec Israël. Le président Assad, qui escomptait que son intervention de juin 1976 serait « une occasion unique d'orienter les maronites vers la Syrie », se rend compte qu'il s'est trompé. Les premiers affrontements entre Syriens et chrétiens ont lieu en février 1978. Un cessez-le-feu intervient le 7 octobre après une intervention du Conseil de sécurité, mais les combats se poursuivent jusqu'en mars 1979. Le nouveau retournement syrien a pour conséquence une brisure au sein de la communauté maronite entre les partisans de la Syrie et ceux d'Israël.

- • L'invasion israélienne de 1982

En mars 1978, une opération israélienne, terrestre et aérienne, provoque l'exode de 200 000 Libanais du Sud du pays vers Saïda et Beyrouth. En se retirant en juillet, l'armée israélienne fait obstacle au déploiement jusqu'à la frontière, de la Force Intérimaire des Nations Unies du Liban (FINUL) et confie le contrôle d'une « ceinture de sécurité » d'une dizaine de kilomètres de profondeur, à l'« armée du Liban libre » commandée par le colonel dissident Saad Haddad. Avec 1500 miliciens, environ 1000 soldats et surtout le soutien de l'armée israélienne, celui-ci empêche l'avancée de l'armée régulière dans l'extrême sud du pays et proclame, le 18 avril 1979, l'État du Liban libre, depuis lequel ses forces bombardent les zones palestino-progressistes.

La création de ce front, dit « de sécurité », par Israël, débouche sur une véritable campagne de conquête. L'objectif est double : détruire une fois pour toutes les infrastructures militaires et politiques de l'OLP [24], mais également instaurer un nouvel ordre dans un Liban favorable aux chrétiens de Béchir Gemayel. Ainsi, le 6 juin 1982, Israël lance l'opération « Paix en Galilée », dirigée par le ministre de la Défense Ariel Sharon, envahit le Liban, encercle Beyrouth et y exerce un blocus [25]. Malgré les résolutions 508 et 509 du Conseil de sécurité de l'ONU., l'armée israélienne encercle les quartiers ouest de Beyrouth où sont retranchés le commandement et les combattants de l'OLP. Le siège est appuyé, du 1er au 12 août, par d'intensifs bombardements aériens de la ville, où demeurent plus de 200 000 civils. Le 20, les États-Unis obtiennent un accord de cessez-le-feu comportant l'évacuation de l'OLP sous la protection d'une force multinationale [26] (France, Italie, Etats-Unis). Ainsi, après une résistance aussi acharnée que solitaire, plus de 10 000 fedayin prennent la mer, du 21 août au 1er septembre 1982.

• Sabra et Chatila

Plusieurs centaines de milliers de civils palestiniens, restés sur place, se trouvent brutalement privés de protection et d'encadrement, après le départ de la force multinationale le 13 septembre. L'élection de Béchir Gemayel à la présidence de la République, le 23 août, confirme l'influence décisive d'Israël. Le lendemain de l'assassinat du président élu, le 16 septembre, l'armée israélienne investit Beyrouth et laisse perpétrer par des unités des Forces libanaises et sous sa protection, un massacre de la population palestinienne des camps de Sabra et de Chatila [27].

Dès le 18 septembre, le président Reagan rejette implicitement sur l'Etat juif une large part de la responsabilité de ce massacre et « somme » le gouvernement israélien de retirer « immédiatement » ses forces de Beyrouth-Ouest. Le nouveau gouvernement libanais, avec à sa tête Amine Gemayel, demande le retour d'une force multinationale onusienne [28].

Post-Scriptum :

[7] E. ROULEAU, Abou Iyad, Palestinien sans patrie, pages 124-125. [8] Accord libano-palestinien signé au Caire en 1969 qui consacre le droit de la résistance palestinienne d'exister au Liban. [9] E. ROULEAU, Abou Iyad, Palestinien sans patrie, page 153. [10] E. ROULEAU, Abou Iyad, Palestinien sans patrie, page 155. [11] Extrait de Falastine al-Saoura, hebdomadaire officiel de l'OLP. [12] Pour la première fois dans l'histoire, le pétrole devient une arme. Six pays du Golfe, réunis à Koweït-City, décident d'augmenter de 17 % le prix du baril de pétrole et de réduire chaque mois de 5 % leur production de brut. [13] FPLP, FPLP- Commandement général, Front de libération Arabe, Front de lutte populaire pour la Palestine. [14] A la suite de ce vote, le FPLP suspend sa participation au CEOLP (Comité exécutif de l'OLP). Au cours des mois suivants, le FPLP-CG et le FLA feront de même. [15] Golda Meir, Time, 23 mai 1969. [16] Golda Meir, Sunday Times, 15 juin 1969. [17] Les seuls pays à voter contre cette résolution : Etats-Unis, Israël, Bolivie et République dominicaine. [18] Sur presque 3 millions de Libanais en 1970, on compte 60.000 Kurdes, 250.000 Palestiniens (réfugiés de 1948) et 280.000 Syriens. Ces nombres augmentent dans les années qui suivent avec l'arrivée de 400.000 Palestiniens qui ont fui la Jordanie après les combats avec l'armée jordanienne, et l'arrivée en 1975 de 600.000 Syriens, dont la majorité est constituée d'ouvriers. [19] Ce premier camp groupe les Palestiniens, et les partis regroupés dans le Mouvement National, dirigé par Kamal Joumblat, président du Parti socialiste progressiste, dont la motivation principale est de mettre fin au confessionnalisme qui barre la route de la présidence de la République à un non-maronite. [20] En raison des attaques israéliennes contre les villages frontaliers, les populations du Sud-Liban, en majorité chiites, se voient contraintes de s'exiler vers l'intérieur du pays et viennent former une ceinture de misère autour de Beyrouth. [21] En fait le conflit couvait sous la cendre du « pacte national » créant l'Etat indépendant du Liban : en se retirant de son protectorat la France, qui ne voulait pas perdre l'influence qu'elle avait depuis des siècles dans la région, a voulu passer la main à une communauté qui lui était favorable, la communauté chrétienne libanaise. La France organisa donc un recensement qui montra que les Chrétiens étaient majoritaires, et qu'en conséquence, le président de la République serait chrétien et que son rôle politique serait prépondérant. [22] Georges Corm, Le Proche-Orient éclaté, 1956-1991. [23] Voir plus loin, signature de l'accord de paix israélo-égyptien. [24] A ce moment de la guerre, le Mouvement National est miné par ses divergences. De plus, la résistance est de moins en moins soutenue par le peuple libanais, en raison notamment de la grande lassitude de ce dernier face à la guerre, mais également en raison des excès et du manque de discipline de certains combattants palestiniens. [25] Accompagnée du bombardement de tout le sud du pays, l'offensive fait, selon les sources, entre 10.000 et 30.000 morts. [26] Cette force s'était également engagée à assurer la protection de la population civile palestinienne. Pourtant, elle se retire précipitamment dès le 13 septembre. [27] Le nombre de victimes varie selon les sources de 1500 à 3000. Aucune enquête internationale n'a été mise en oeuvre pour déterminer les responsabilités des massacres, il en résulte qu'aucune accusation n'a pu être prononcée. C'est d'une véritable démission de la communauté internationale dont il est question. L'enquête établie par le juge israélien Kahane (et dont les conclusions ont été publiées en 1983) ontt abouti à la mise en cause personnelle de l'actuel Premier ministre israélien Ariel Sharon, alors ministre de la Défense et à sa responsabilité indirecte dans les tueries. En conséquence, Ariel Sharon a été contraint à la démission mais en réalité, il n'a jamais cessé d'exercer des responsabilités politiques au sein du gouvernement israélien. [28] Les nombreuses difficultés et pertes en vies humaines les obligent à quitter Beyrouth en 1984 après 19 mois de présence.

Sources: GUPS, visiter leur site, voir annuaire, association

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