Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

La vie de l'autre côté de la Palestine

" Au-delà de la rangée de montagnes arides de Judée, à l'est de Jérusalem, se trouve la Vallée du Jourdain, un lieu dont les médias parlent peu bien que 52 000 Palestiniens y ont leur maison et qu'il représente 30 % du territoire de la Cisjordanie."

Crime dans la Vallée

Je suis venu ici avec la campagne Stop the wall, dans un minibus cabossé dont la radio nous beuglait de la musique égyptienne et sous une chaleur qui nous brûlait la peau à travers les fenêtres. Alors que nous descendions des montagnes, des palmeraies, des vergers d'agrumes et des vignes, immenses, s'étendaient à perte de vue. Chaque plantation était entourée d'une barrière électrifiée, en barbelé, avec des panneaux « Danger » ; ceci parce que ces oasis de productions intensives avaient été plantées sur une terre volée, elles se développaient dans un gaspillage de l'eau, elles étaient cultivées par des colons qui se les étaient appropriées illégalement.

Le manque d'intérêt international montre que le vol de la terre dans la Vallée reste inaperçu ; bien que celle-ci se situe du côté jordanien de la Palestine, Israël y a investi de fortes sommes d'argent pour faire de ce territoire une terre intégrée à l'Etat et un obstacle permanent à l'apparition de la Palestine.

Les produits exportés vers l'Europe seront présentés dans les grands magasins comme des produits "d'Israël"

Un million de palmiers ont été plantés ici et on en prévoit encore plus d'un million pour les 5 prochaines années, alors que le nombre de colons doublera dans les deux ans. Israël a investi 58 millions de dollars pour leur implantation dans la Vallée depuis 2004, et à ce prix, il est peu vraisemblable qu'il envisage de l'abandonner avant longtemps. Le Premier ministre israélien Olmert a reconnu en février, lors d'une interview à la télévision, qu'il annexait la Vallée du Jourdain à Israël, découpant l'Etat palestinien qui resterait à discuter en plusieurs enclaves et l'isolant complètement de ses voisins.

Cette ampleur dans la production a eu d'énormes implications dans l'approvisionnement en eau. Tous les secteurs environnants, traditionnellement, dépendent du fleuve du Jourdain pour l'eau, mais les ressources du fleuve ont été drainées par deux énormes réservoirs qui pompent l'eau de toute la Vallée. En passant, nous voyons que l'un des réservoirs est une donation d'une organisation sioniste de Femmes d'Amérique, une organisation qui n'est pas sanctionnée alors que ses projets violent clairement la loi internationale. Pour les Palestiniens, en attendant, le vol de leur eau les pénalise lourdement.

Nous continuons à descendre vers la Vallée, par la route de Ghandi, ainsi baptisée non en mémoire du nom du leader de la résistance indienne, mais du surnom ironique de Rehavam Zeevi, l'ancien ministre du Tourisme d'extrême droite de Sharon qui, ouvertement, soutenait le nettoyage ethnique des Palestiniens et qui notoirement les comparait à des « poux » et à des « cancers ». Les publicités Pepsi invitent les conducteurs à « vivre la grande vie », une chose que les colons prennent apparemment à coeur. Les entreprises d'emballages Carmel-Agrexco qui dépendent la plupart du temps de l'Etat, préparent les fruits, les herbes, les fleurs, l'huile de palmier et le vin, pour l'exportation, beaucoup iront vers l'Europe où ils seront présentés sur les gondoles des grands magasins comme « Produits d'Israël », alors qu'ils auront été cultivés en Palestine occupée militairement. En fait, le business est en pleine expansion pour Agrexco qui traite 60 à 70 % des produits des colonies illégales et qui a accru son secteur exportation de 72 % dans les 3 dernières années. Les produits alimentaires qui ne sont pas exportés sont liquidés sur les marchés palestiniens, enlevant de force le pain de la bouche aux producteurs locaux incapables de rivaliser avec ces marchandises subventionnées, et produites à leurs dépens.

La limitation de leurs ressources en terre et en eau montre aux Palestiniens de la Vallée du Jourdain qu'ils ont perdu tout ce qu'Israël a gagné et ils sont maintenant parqués dans des villages entourés par des zones militaires fermées, privés de terre et d'eau. Même leurs emplois comme agriculteurs salariés sur les plantations de leur occupant sont menacés. Les colons commencent à importer des ouvriers d'Extrême-Orient pour travailler dans leurs colonies, bien que ce soit peu raisonnable sur le plan économique. Un paysan palestinien nous a dit « Ils les paieront plus chers, juste pour se débarrasser de nous. »

"L'eau qui arrose leurs plantes vient de ma terre, et je ne peux l'utiliser"

Nous rencontrons Hasan Jermy, le maire de l'un de ces villages palestiniens, qui s'appelle Zubadat. Hassan est enseignant et il nous dit comment il particulièrement humilié quand il essaie de passer aux check-points sur la route Ghandi. Il nous explique comment les Palestiniens avaient l'habitude d'exporter leurs produits vers la Jordanie et Israël, mais maintenant c'est impensable, en partie à cause du manque de terre et d'eau et en partie parce qu'il faut plusieurs jours aux marchandises palestiniennes pour passer tous les check-points de la Vallée, ce qui coûte de l'argent et leurs produits arrivent avariés.

Beaucoup de Palestiniens dans la région parviennent à répondre collectivement à leurs besoins essentiels avec les quelques moutons qu'ils possèdent ou leurs lopins de terre minuscules. Mais même les moutons sont en danger s'ils s'égarent dans la zone militaire, ils risquent d'être emmenés dans ce que notre guide appelle « une prison pour animaux », et le fermier devra payer cinq dinars jordaniens pour récupérer son animal. Bien peu ont perdu autant que la famille de Faisal, une famille de propriétaires fonciers de la région lesquels n'ont plus qu'une petite maison dans un oasis, d'où ils peuvent contempler sans pouvoir s'y rendre la terre qu'ils possédaient. Faisal cultive des aubergines dans son champ, mais elles sont sèches et ratatinées comparées à celles bien arrosées qui poussent sur les plantations qui lui ont été volées. « L'eau qui arrose ces plantes vient de ma terre » nous dit-il, « et pourtant, je ne peux l'utiliser ».

Et puis, il y a le manque de logements. Les accords d'Oslo avaient limité à 0,5 % de la Vallée la surface constructible pour les Palestiniens. Ils n'ont jamais pu obtenir de permis de construire pour de nouvelles maisons, aussi toutes les constructions nouvelles palestiniennes sont considérées comme illégales par l'armée israélienne et peuvent être démolies à tout moment. Ceux qui refusent de partir peuvent être logés dans des cabanes, sous des toits en plastique et en tôle ondulée, ou même sur des plateaux de camions. Il y a peu de mots pour décrire 52 000 personnes vivant sans moyen d'existence, entourées de riches plantations dont les produits sont exportés en Occident. Ou pour faire la comparaison avec le style de vie des colons - illégaux - qui bénéficient d'une éducation libre, d'une eau sans limite, de verdures et même de ristournes pour leur abonnement de portable, alors que les Palestiniens sont agglutinés dans des villages, sans droits ni services, puisant l'eau dans des étangs sales et assurant leur propre éducation sous des tentes dans le désert. Un terme, de plus en plus, est employé pour décrire cette situation dans toute la Palestine, et même en Israël, c'est celui d'Apartheid.

Alors que nous repartons, notre minibus est bloqué à un check-point pendant que nous sommes questionnés sur ce que nous faisons ici. Les voitures rutilantes avec les plaques d'immatriculation israélienne passent sur un seul signe de tête des soldats.

Pour Hasan Jermy, le message est simple : « à Bush, à Blair, à Poutine et à Kofi Annan :‘Ne fermez pas la porte. Nous, les Palestiniens, nous voulons une chance de travailler sur notre propre terre et de vivre nos existences en paix. » Mais l'action d'Israël et de la communauté internationale laissent à nos jeunes que bien peu d'options : la famine, le crime ou la violence. Alors que l'Occident semble vouloir supprimer les derniers rayons de lumière qui laissaient un espoir aux Palestiniens, des organisations comme « Stop the wall » continuent à mobiliser pour une résistance pacifique contre les injustices auxquels les Palestiniens doivent faire face. Pour les gens de la Vallée du Jourdain, leur combat n’est pas seulement pour l'égalité et la justice, c'est un combat pour empêcher l'éradication de leur identité et de leur existence mêmes.

Post-Scriptum : Source : Counterpunch "Life on the Other Side of Palestine Crime in the Valley" http://www.counterpunch.org/dearden...