Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Le bout de la botte brillait

Témoignage d'une Israèlienne

par Batya Gour*

Les trois soldates de la police des frontières qui détenaient un vieux Palestinien sur la rue principale de la German Colony (nom du quartier, ndt) a Jérusalem Ouest, ne le frappaient pas, ne lui crachaient pas dessus, ne lui donnaient pas de coups de pied, et ne le plaquaient pas au mur avec le canon d'un fusil, mais quelque chose dans le comportement de ces trois jeunes filles en uniforme, qui détenaient un vieux Palestinien sur une partie étroite d'une rue principale de Jérusalem, a fait que je me suis arrêtée, je les ai regardées un moment, puis j'ai continue mon chemin, et puis je suis retournée sur mes pas. Il y avait quelque chose que je ne pouvais pas évacuer et continuer a vaquer a mes affaires comme si de rien n'était.

Qu'est-ce qui m'a fait y retourner? C'était quelque chose d'indéfinissable et de terrible a la fois. Une sorte de mal, dont les ondes m'ont forcée a revenir, et a regarder mieux, plus intensément, ce qui se passait. Le vieil homme, un grand Arabe d'environ 70 ans, portait un keffieh blanc traditionnel, et avait sur le visage une expression de désorientation et de douce acceptation. Il était debout sur le trottoir, le dos a la porte de pierre toujours fermée du vieux cimetière allemand, et les trois soldates étaient appuyées sur la rampe qui sépare le trottoir de la rue. L'une d'elles avait a la main les papiers que le Palestinien lui avait remis il venait de Hébron et n'avait pas de permis de séjourner a l'intérieur de la Ligne verte et parlait de choses personnelles sur son portable, les deux autres bavardaient et riaient.

Cela dura assez longtemps. Je les avais vues avec lui une demi-heure avant, en allant chez l'épicier. Les soldates passaient un bon moment. Et le vieil homme restait la, désempare, sachant qu'il devrait attendre jusqu'a ce qu'elles décident a s'occuper de lui.

Je leur ai parle de respect et de politesse. Je leur ai dit que j'aurais pu être leur grand mère. Je leur ai demande de décliner leur identité. Elles ont refuse.

Ce n'était pas un de ces maux bien plus grands et plus visibles qui ont cours quotidiennement autour de nous, ce n'était pas non plus une catastrophe, juste un mal insidieux et dévorant, de ceux sur lesquels il est difficile de mette le doigt, et qu'il est difficile de définir par des mots. Je ne vois pas les horreurs qui ont lieu tous les jours aux check points. Je sais très bien qu'un tel acte, commis par une femme comme moi, qui évite toute action politique ou tout militantisme pour les droits de l'homme, est en fait un acte sentimental. Un acte de protestation comme celui-ci, si banal, c'est un peu comme balayer le chemin de mon jardin prive, mais ce que reflétaient les mots et les yeux de cette soldate, avec une queue de cheval blonde et un piercing a la langue, n'était pas facile a balayer. C'était le petit bout, brillant et acéré, d'une force naturelle : la puissance destructrice contenue dans l'autorité toute-puissante de jeunes gens de 18 et 19 ans. Cette puissance que nous, citoyens juifs de l'Etat d'Israël, avons remise entre les mains de nos enfants, les deuxième et troisième générations d'une très longue occupation.

Du moment ou les soldates m'ont parle ("Pourquoi? Et qui êtes-vous d'abord?", a dit celle au piercing, qui ne portait pas de badge comme l'exige la loi, quand je lui ai demande de s'identifier), l'intrigue souterraine de nos vies, une intrigue gravée en nous, s'est soudain révèlée dans sa totale banalité et dans sa vérité : je me suis trouvée en train de dire que je refusais me sentir comme une Allemande en Allemagne nazie qui passait devant un Juif maltraite et qui continuait son chemin, par indifférence ou par peur.

"Vous nous traitez de Nazis!", ont hurle les soldates, et en un instant, ce mot leur est devenu un précieux atout. Elles se réjouissaient de leur juste cause, et je pouvais imaginer tous les gens, surs de leur bon droit, jubiler de l'usage de ce mot. En même temps, je ne pouvais m'empêcher de voir cet incident avec ce vieux Palestinien a travers ce prisme. C'est a travers ce prisme que j'ai vu une jeune femme, qui aurait pu être ma fille (par son age, son allure), agir avec la totale certitude d'avoir raison. De la ou elle était, il n'existait aucune fissure qui lui aurait permis de voir que la personne qu'elle détenait était un vieil homme sans défense de 70 ans, qui aurait pu être son père, son oncle ou son grand père. Elle ne pouvait même pas voir que j'aurais pu être sa mère.

J'ai alors été arrêtée pour avoir gené une femme policier dans l'exercice de ses fonctions : "Allez, madame, on monte dans la voiture", a crie la fille au piercing avec l'allégresse de la victoire. Ce clou minuscule, cette perle de métal brillant, qui dans un autre contexte aurait été de la coquetterie espiègle, était devenue le petit bout étincelant d'une totale corruption.

Parce que cette femme n'a pas compris que son uniforme est le symbole d'une société et d'une nation, une responsabilité et un devoir. La perle brillante au bout de sa langue, combinée a son uniforme, attestait du contraire : pour elle, l'uniforme était un permis de faire ce qu'elle voulait. Le bout étincelant de sa langue agressive est le bout de ce que nous sommes devenus.

Tous les jours, encore et encore, nous voyons comment nous avons transforme nos enfants en soldats a bottes cloutées. Il ne s'agit pas la de positions politiques, ni de Shalom; Arshav, ni de pourparlers de paix, mais de l'image et de la dignité de l'homme.

Post-Scriptum : * Batya Gour est écrivain