Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Le «Grand Jérusalem» de Netanyahou est prêt PAR RENÉ BACKMANN

L’adoption de la loi qui créerait le « Grand Jérusalem » en annexant les colonies périphériques de la Ville sainte a été retardée fin octobre 2017, mais pas abandonnée. Plusieurs initiatives et décisions politiques récentes montrent que Benjamin Netanyahou n’a pas renoncé à ce projet qui couperait la Cisjordanie en deux et confisquerait près de 200 km²
de son territoire.
L’année 2018, qui voit ce jeudi 19 avril l’État d’Israël fêter ses 70 ans, sera-t-elle celle de la création du « Grand Jérusalem » ? Plusieurs initiatives ou décisions politiques qui se sont succédé à bas bruit au cours des derniers mois semblent indiquer que le gouvernement Netanyahou pourrait réaliser, en cette année historique, le rêve caressé depuis des lustres par une grande partie de son électorat : annexer à l’actuelle municipalité de Jérusalem les trois «blocs» de colonies qui la cernent, au nord, à l’est et au sud. Et constituer une énorme métropole, qui s’étendrait sur plus de 300 km² depuis les faubourgs de Ramallah, au nord, jusqu’au-delà de Bethléem, au sud, et prolongerait son emprise, à l’est, jusqu’aux portes
de Jéricho, coupant définitivement la Cisjordanie en deux.

• Depuis l’occupation de la Cisjordanie, en 1967, Israël n’a cessé d’étendre la superficie de Jérusalem et d’assurer une forte majorité juive dans la population. En cinq cartes superposables, notre infographie montre, entre 1947 et 2018, l’évolution du contrôle de l’espace et du développement de la colonisation dans la ville et sa périphérie, le tracé du mur et l’étendue que pourrait occuper le futur « Grand Jérusalem », au détriment du territoire palestinien de Cisjordanie.
De fait, cette annexion est déjà largement réalisée : ces trois « blocs » de colonies sont déjà coupés de la Cisjordanie par le mur de séparation et reliés au coeur de Jérusalem par des voies réservées en priorité aux véhicules israéliens. Mais du point de vue du droit israélien, des limites administratives et du statut de leurs habitants, ces ensembles urbains interconnectés, où la population juive est largement majoritaire, ne constituent pas – encore – la puissante et majestueuse entité unique qui hante les rêves de nombre d’Israéliens, au-delà même de la droite nationaliste.
En 2007, l’idée de rendre formel ce fait accompli, construit depuis 40 ans par l’entreprise de colonisation, et de l’inscrire dans la loi, avait été avancée par un député du Likoud, aujourd’hui membre du gouvernement. Ancien para, connu pour son obsession expansionniste, Yisrael Katz avait proposé d’annexer purement et simplement ces blocs de colonies à Jérusalem pour « affaiblir le contrôle arabe » sur la ville.
Les réactions, chez les Palestiniens mais surtout dans la communauté internationale, avaient été si hostiles que, pour éviter une coûteuse bataille diplomatique, son texte avait été enterré. Mais le rêve d’un «Grand Jérusalem » n’avait pas disparu pour autant de l’horizon politique de la droite israélienne.
Baptisé « Jérusalem 5800 », selon le calendrier hébreu (2040 pour le calendrier grégorien), le plan directeur, clairement mégalomane, d’une « métropole de Jérusalem », plus annexionniste encore que la proposition de Katz, a commencé à circuler fin 2016. Financé par le milliardaire australien Kevin Bermeister, proche de l’extrême droite israélienne et mécène de la colonie de Nof Zion, dans le quartier palestinien de Jabal Moukaber, à Jérusalem-Est, ce projet, fruit de quatre mois de travail d’une équipe d’experts dirigée par un architecte et urbaniste israélien, a coûté plus d’un million d’euros.
  Il prévoit une ville gigantesque de 5 millions d’habitants s’étendant sur près de 60 km, d’ouest en est, de la Ligne verte, qui délimite la « frontière » de la Cisjordanie à la vallée du Jourdain, et du nord au sud sur plus de 40 km. Ses limites municipales, qui s’approchent jusqu’à 20 km de Tel-Aviv, englobent les villes palestiniennes de Ramallah, Jéricho et Bethléem
et frôlent la frontière jordanienne.
 
Selon la luxueuse brochure distribuée aux décideurs politiques et économiques, le projet de Kevin Bermeister et de ses urbanistes repose essentiellement sur le caractère juif de Jérusalem. Ils rappellent que Jérusalem est sacrée pour « les trois religions », mais ne s’attardent ni sur le christianisme ni sur l’islam.
Et ils avancent six principes sur lesquels ils disent se fonder. Le premier affirme qu’Israël « est l’âme de la nation juive et Jérusalem l’âme d’Israël et de la nation juive ». Le sixième indique que « le plan souhaite instaurer une situation dans laquelle le ratio actuel entre la population juive et la population minoritaire – 65 % / 35 % – doit être préservé ».
Le document n’identifie pas cette « population minoritaire » et ne mentionne nulle part l’existence d’un problème politique avec elle. Il n’évoque pas davantage les besoins des résidents palestiniens ou le développement des quartiers arabes de la mégamétropole.
Le mot Palestinien ne figure d’ailleurs pas dans les 108 pages de la brochure. Quant au mot musulman, il apparaît à 11 reprises, dont 8 sont concentrées dans le chapitre qui traite de la « menace démographique ».
L’hypothèse selon laquelle un autre État pourrait être créé, dont Jérusalem serait la capitale, ne fait même pas l’objet d’une allusion. « Nous partons du principe qu’en vertu de considérations qui ne sont pas politiques, écrivent les promoteurs du projet, la métropole de Jérusalem ne sera pas divisible. Nous la voyons comme une continuité territoriale permettant
une libre circulation des personnes et des biens. »
Ce plan directeur littéralement hors sol, qui prévoit la création d’une multitude d’attractions touristiques et d’un aéroport international dans la vallée du Jourdain, ne serait-il que le projet quasi messianique d’un investisseur fortuné, enrichi en Australie par l’immobilier et les jeux vidéo, indifférent aux réalités du lieu et du moment et prêt à transformer Jérusalem en parc d’attractions biblique ? Le coup de pub chimérique d’un juif de la diaspora enrôlé aux côtés des nationalistes religieux ?
Ce n’est l’avis ni de Yariv Levin, ministre israélien du tourisme, ni de Ze’ev Elkin, ministre chargé des affaires de Jérusalem, tous deux membres du Likoud, le parti du premier ministre Benjamin Netanyahou, qui ont accepté de signer les textes de présentation flatteurs de la brochure. « J’espère vivement, écrit notamment Elkin, que les conversations vont se poursuivre et progresser parmi les membres du gouvernement israélien, sur ce projet et l’avenir de Jérusalem comme capitale d’Israël. »
Maintenir une majorité juive dans Jérusalem Interrogés par le quotidien Haaretz, les responsables de la municipalité de Jérusalem affirment que ce document n’a aucun caractère officiel. Mais ils ne nient pas que les auteurs du projet aient présenté plusieurs de leurs propositions au conseil municipal et à certains ministères. L’un d’entre eux a même admis que « des éléments importants de la politique proposée par la brochure [étaie]nt appliqués par le gouvernement », mais que celui-ci « n’arrêt[ait] pas sa politique sur la base de telle ou telle brochure ».
Quels « éléments importants » ? Moins d’un an plus tard, les premiers indices de ce que le gouvernement entendait emprunter à l’utopie de Kevin Bermeister ont commencé à émerger.
Il ne s’agissait plus de spéculations aventureuses sur le visage de Jérusalem dans 20 ans, mais d’une décision politique concrète, à soumettre dès que possible au vote des députés, lorsque six membres de la Knesset ont présenté, fin octobre 2017, le projet de loi sur « Jérusalem et ses satellites » qu’ils entendaient  proposer à leurs collègues. Approuvé depuis juillet
par Netanyahou et son ministre des transports et du renseignement, l’annexionniste Yisrael Katz, le projet de loi était soutenu par trois députés du Likoud, deux du parti de centre droit Kolano et un membre de l’Union sioniste, qui rassemble les anciens travaillistes et leurs alliés.
Que proposait-il ? L’annexion à la municipalité de Jérusalem des « colonies des environs ». La liste jointe comportait cinq noms de colonies ou blocs de colonies : Givat Ze’ev au nord, Ma’ale Adumim à l’est, Beitar Illit, Efrat et le bloc d’Etzion au sud. En tout, une vingtaine de colonies et 120 000 à 150 000 personnes.
  « Jérusalem a été la capitale d’Israël et du peuple juif pendant plus de 3 000 ans et voilà 50 ans qu’elle a été réunifiée, écrivaient les six députés dans l’exposé des motifs de leur projet. Pourtant, ces dernières années, en contradiction avec le contexte général de développement démographique, culturel, social et politique, la situation de Jérusalem comme principale
ville du pays s’est affaiblie et nous avons assisté à un exode de la population la plus dynamique et la plus influente vers les villes de la côte. Le concept de Jérusalem capitale éternelle d’Israël s’est estompé,
tout comme son caractère symbolique, face à la détermination palestinienne à contrôler la ville et ses lieux saints. La loi nous permettra de renverser cette tendance et de restaurer le statut de Jérusalem comme coeur du peuple juif. »
« Ainsi, poursuivaient les défenseurs du projet, la population qui sera ajoutée à Jérusalem permettra de maintenir l’équilibre démographique. »
Difficile d’être plus clair. Le texte devait être débattu et voté par la commission de la législation du gouvernement lors du conseil des ministres du dimanche 29 octobre, pour accélérer son parcours à la Knesset, où l’adoption était prévue dès la première lecture. Peu d’objectifs sont aujourd’hui plus consensuels dans la société israélienne et parmi les députés qui la représentent que l’engagement de poursuivre la colonisation et de préserver la majorité juive à Jérusalem. Mais les défenseurs du projet avaient compté sans les réactions de la communauté internationale, et surtout de Washington, à la révélation par la presse israélienne, dès le mercredi précédent, de l’existence de ce projet de loi.
Confortés par les protestations d’amitié et de solidarité éternelles de Donald Trump, les députés israéliens n’avaient pas mesuré la complexité et le caractère parfois contradictoire de la nouvelle politique étrangère des États-Unis.
Indifférents aux protestations des Palestiniens, sourds aux réticences européennes, ils n’imaginaient pas que Trump pourrait faire obstacle à leur projet. Le président américain, qui s’apprêtait à reconnaître, deux mois plus tard, Jérusalem comme capitale d’Israël, n’avait rien contre l’annexion des colonies de la périphérie – tout au contraire ! – mais ses conseillers
estimaient que le moment était mal choisi.
  Alors que Jared Kushner, gendre et homme de confiance de Trump, et Jason Greenblatt, l’émissaire de la Maison Blanche pour le Proche-Orient, poursuivaient leurs discussions en Arabie saoudite, en Égypte et en Israël pour achever la mise au point du plan de paix « historique » qu’annonçait le président américain depuis son élection, il était impossible de permettre la validation par le gouvernement israélien de ce projet de loi, inacceptable pour les Palestiniens et provocateur pour l’opinion arabe.
« Il y a une pression des Américains, admettait en effet à la radio de l’armée David Bitan, président du groupe parlementaire du Likoud. Ils disent que la loi pourrait gêner leur processus de paix. Nous allons tirer tout cela au clair. Où est le problème si la loi est adoptée dans une semaine ou dans un mois ? » Douze heures avant le conseil des ministres, Benjamin Netanyahou a donc dû expliquer à sa coalition que Washington « voulait comprendre l’essence de la loi ».
« Comme nous avons jusqu’à présent coordonné nos décisions avec les États-Unis, a-t-il ajouté, nous allons continuer. Nous travaillons à développer l’entreprise de colonisation, sans prendre en compte d’autres considérations. » « La loi a besoin d’une préparation diplomatique, expliquait au même moment un de ses collaborateurs. Elle sera donc reportée pour le
moment. »
« Reportée », mais pas abandonnée, comme le confirmait 24 heures plus tard la proposition surprenante de Ze’ev Elkin. Manifestement décidé à redessiner les limites municipales de la ville, le ministre chargé des affaires de Jérusalem annonçait son intention de « déconnecter » de la municipalité huit quartiers palestiniens de Jérusalem-Est et de les transférer sous l’autorité d’une entité régionale à créer.
Pourquoi ? Parce que, pour des raisons démographiques, ces huit faubourgs palestiniens de Jérusalem ont été délibérément coupés de la ville par le mur. Ce qui oblige leurs habitants à franchir un checkpoint chaque fois qu’ils veulent venir à Jérusalem.

Netanyahou n’a jamais eu une telle marge de liberté pour agir

Alors que sur toute la périphérie de la ville, les concepteurs du mur ont dessiné de larges méandres à l’intérieur du territoire de la Cisjordanie pour annexer un maximum de terres, ils ont au contraire dessiné quelques boucles à l’intérieur du territoire municipal actuel de Jérusalem pour rejeter à l’extérieur du mur huit secteurs où la population palestinienne est très dense.

Les auteurs du projet de loi sur « Jérusalem et ses satellites » avaient d’ailleurs prévu de soustraire à la municipalité de Jérusalem et de décréter « entités séparées » trois de ces zones – les localités de Kafr Aqab et Anata, et le camp de réfugiés de Shufat – où vivent 100 000 à 140 000 Palestiniens. Ce qui aurait accentué de manière substantielle la domination démographique de la population juive dans les limites municipales de Jérusalem.
Deux mois après la reculade de Netanyahou, sous la pression de Trump, la proposition de Ze’ev Elkin, reprise par le parti nationaliste religieux Foyer juif du ministre de l’éducation Naftali Bennett, était adoptée, le 2 janvier 2018, par 64 voix contre 51. Pour en faciliter l’adoption, ses promoteurs avaient choisi de l’insérer dans un texte destiné à proscrire toute cession aux Palestiniens de territoires appartenant à la municipalité de Jérusalem. Entre-temps, Donald Trump avait reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, cadeau politique majeur pour Netanyahou et sa coalition, et le comité central du Likoud s’était prononcé, à une forte majorité, pour l’annexion pure et simple de la Cisjordanie.
« La carte des pressions internationales a changé de façon spectaculaire, constatait alors Menahem Klein,  professeur de sciences politiques et artisan de l’accord israélo-palestinien de Genève, en 2003. Obama a été remplacé par Trump, l’Union européenne est divisée, les Britanniques sont mobilisés par le Brexit, les Allemands par leurs problèmes de coalition. En Europe, il n’y a aucun consensus sur une politique commune de pressions à exercer sur Israël : le gouvernement n’a jamais eu une telle marge de liberté pour agir. »
« Il ne faut pas s’y tromper, dit aujourd’hui Khalil Toufakji, ancien cartographe de la délégation palestinienne, observateur attentif de la colonisation et de l’expansion territoriale israélienne. Par petites touches, parfois d’apparence trompeuse, l’annexion de la Cisjordanie et la construction du “Grand Jérusalem” progressent. Avec la liberté d’action dont ils disposent, les Israéliens n’ont aucune raison de ne pas pousser leur avantage. Voilà un demi-siècle que l’urbanisme stratégique israélien, à Jérusalem, s’efforce de détruire le tissu urbain du secteur
arabe de la ville en insérant des colonies entre les quartiers palestiniens ou au coeur même de ces quartiers, en multipliant les règles bureaucratiques et les démo litions pour entraver, voire empêcher leur développement, en coupant Jérusalem-Est de la Cisjordanie par le mur et un chapelet de colonies. Qui les empêchera, quand ils l’auront décidé, d’annexer les colonies satellites et de proclamer le “GrandJérusalem” ? »
C’est un fait : depuis l’occupation de la Cisjordanie, en juin 1967, les gouvernements israéliens successifs, de gauche comme de droite ou d’extrême droite, n’ont cessé d’accroître la population juive et la superficie de la ville. Quelques jours seulement après la prise de la vieille ville et de Jérusalem-Est par l’armée israélienne, la superficie de la municipalité de Jérusalem, qui était de 21 km² lors de la proclamation de l’État juif en mai 1948, était portée à plus de 100 km² par l’annexion illégale des quartiers Est et des terres de 28 villages palestiniens de la périphérie.
Treize ans plus tard, en juillet 1980, la Knesset adoptait une loi fondamentale proclamant « Jérusalem entière et réunifiée capitale de l’État d’Israël ».
Proclamation immédiatement condamnée par l’ONU.
Et récusée par la communauté internationale : aucun pays – jusqu’à l’annonce de Trump, en décembre 2017 – n’avait accepté de reconnaître la Ville sainte comme capitale et de transférer son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem.
Le nouveau tracé des limites municipales, issu de l’annexion, répondait à la préoccupation majeure des dirigeants israéliens : annexer à la ville un maximum de terres de Cisjordanie tout en laissant hors des limites municipales les zones à forte densité de population palestinienne. L’objectif était alors – comme il l’est encore aujourd’hui – démographique.
Il s’agissait « d’assurer une solide majorité juive dans la ville ».
« Sur ces terres, constate Khalil Toufakji, la municipalité a construit, en quelques années, une dizaine d’ensembles résidentiels, des colonies au regard du droit international, où vivent aujourd’hui près de 200 000 Israéliens. » Les dirigeants israéliens estimaient qu’il fallait atteindre un ratio de 70 % de Juifs et 30 % d’Arabes. Chiffres jugés ensuite hors d’atteinte et ramenés à 60 % / 40 %. En 2015, selon l’Office central israélien des statistiques, les Palestiniens représentaient 37 % de la population de Jérusalem.
Cette stratégie a été complétée, au début des années 2000, par l’érection du mur. Présenté à l’origine par ses promoteurs, travaillistes ou conservateurs, comme un dispositif de sécurité destiné à protéger la population israélienne des terroristes kamikazes, du Hamas ou du Djihad islamique, en provenance de Cisjordanie, il a été construit en territoire palestinien et ne suit la Ligne verte que sur 15 % de son parcours.
Des pans du mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie Long de 712 km, alors que la Ligne verte n’en mesure que 320, il annexe de fait au territoire israélien, dans les méandres qu’il dessine en Cisjordanie, près de 12 % de territoire palestinien occupé. Et enferme dans ses boucles sécurisées près de la moitié des colonies, mais 85 % des colons, c’est-à-dire la totalité
des agglomérations israéliennes de Cisjordanie. Il pourra être complété, si besoin est, par un « mur souterrain » électronique, destiné à détecter les tunnels d’infiltration creusés par les terroristes. La technologie, encore secrète, est actuellement utilisée par l’armée à la périphérie de la bande de Gaza, à la satisfaction de l’état-major.

Il reste à choisir le jour et l’heure

Dans la région de Jérusalem, son rôle de mur d’annexion est plus clair que jamais depuis que le projet du « Grand Jérusalem » est dans l’air. Car le réseau de sinuosités, long de plus de 200 km, que le mur ou la clôture électronique dessinent autour des blocs de colonies limitrophes de la Ville sainte réunit désormais dans la même enceinte Jérusalem et ses extensions en territoire palestinien, créées pour étendre l’emprise de la ville.
En clair, le mur, ici, a été conçu, dès le début des années 2000, pour devenir, le moment venu, le contour sécurisé du « Grand Jérusalem » de plus d’un million d’habitants voulu par les dirigeants israéliens.
Du point de vue du « tri ethnique » qui a guidé ses concepteurs, cette stratégie s’est avérée payante : entre l’été 2003 et l’été 2016, la population des colonies périphériques a progressé de plus de 100 000 habitants. L’incorporation de ces colonies au « Grand Jérusalem » fera gagner à la future métropole près de 150 000 nouveaux habitants israéliens et rejettera à
l’est du mur au moins 140 000 Palestiniens. Et elle réduira à néant les ultimes décombres du plan de paix, fondé sur la coexistence de deux États.
Car en s’étendant vers l’est, jusqu’à 15 km de la Ligne verte, pour intégrer le bloc de Ma’ale Adoumim, le « Grand Jérusalem » coupera littéralement en deux la Cisjordanie. Laquelle a déjà été transformée en archipel de zones palestiniennes éparses par la multiplication des colonies, de leurs réserves foncières et de leur réseau routier, qui couvrent 60 % du territoire
affecté en principe à l’État palestinien.
Tout est prêt, en d’autres termes, pour que le « Grand Jérusalem » de fait, qui existe aujourd’hui sur le terrain, devienne demain une entité administrative et territoriale inscrite dans le droit israélien. Le projet de loi qui décrète l’annexion de colonies satellites a été « reporté », mais pas écarté. Il n’attend que l’approbation du conseil des ministres. Son adoption
par la Knesset telle qu’elle est composée aujourd’hui ne fera aucun problème.
La loi qui sépare de Jérusalem les trois zones palestiniennes indésirables a déjà été votée discrètement il y a quatre mois. La brigade Binyamin de l’armée israélienne, actuellement chargée de la région de Ramallah, serait prête à prendre le contrôle, si la situation l’exige, des localités palestiniennes turbulentes de Kafr Aqab et Shufat. Les grands axes de circulation sécurisés reliant le centre-ville aux quartiers périphériques existent déjà. Les lignes de bus fonctionnent. La limite de la nouvelle agglomération n’a pas à être débattue : elle existe également. C’est, à un court méandre près, à l’ouest de Bethléem, le tracé exact du mur, dessiné et construit manifestement dans ce but depuis près de 15 ans. Il ne reste plus aux dirigeants israéliens qu’à attendre un signe favorable de Trump et à choisir le jour et l’heure.

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