Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Le martyr vivant, une visite à la famille Bakr à Gaza

La semaine dernière, l'armée israélienne s'est absous de tout acte répréhensible dans l'assassinat des quatre garçons de la famille Bakr pendant l'attaque de Gaza l'été dernier. Peter Lerner, porte-parole de l'armée israélienne, a posté sur sa page Facebook une histoire pleine de trous, que Peter Beaumont, correspondant du Guardian et témoin du massacre, a habilement relevé. Paul Mason, qui était sur les lieux du massacre dix jours plus tard, est intervenu lui aussi, entraînant une réponse de Peter Lerner.

J'ai récemment rendu visite à la famille Bakr, à son domicile dans le camp de réfugiés Shati, à Gaza. Sharifa Mustafa Bakr, 48 ans, est la mère de Zachariah, 9 ans, et la grand-mère de Ahed, deux des quatre enfants tués. "Zachariah était mon préféré parce qu'il était le plus jeune," dit-elle en montrant le poster, au-dessus d'elle, qui commémore sa courte vie. "Il était le plus gentil - si innocent et joueur," et les larmes coulent sur ses joues.

Sharifa Bakr souffre de problèmes cardiaques et elle venait juste de rentrer de l'hôpital, ce jour funeste. "Zachariah m'a demandé un shekel pour aller sur internet, et je lui ai promis de le lui donner à son retour," m'a-t-elle raconté. Ce fut la dernière fois que Sharifa Bakr a vu son petit-fils chéri. "Quand il est parti, j'ai eu l'impression que mon âme partait avec lui," balbutia-t-elle avant de fondre en larmes.

Ce jour-là, près s'être allongée pour regarder les informations à la télévision, Sharifa Bakr a lu sur le texte défilant en bas de l'écran que quatre enfants avaient été tués sur la plage voisine. Elle savait que ses enfants avaient l'habitude de jouer au football sur la plage parce qu'il n'y a ni parc ni espace dans le camp de réfugiés. Dès qu'elle a vu l'information, elle a couru à l'hôpital al-Shifa où elle a rencontré un ami qui lui a appris que les enfants morts appartenaient à la famille Bakr.

Muntasir Bakr, 12 ans, est un des quatre garçons qui a survécu de justesse aux frappes aériennes. "Nous l'appelons le martyr vivant," m'a dit Sharifa Bakr.

Muntasir a été touché par un éclat qui est toujours dans sa tête et lui provoque des migraines. Il souffre d'un traumatisme grave qui demeure non diagnostiqué et non traité, et au cours d'épisodes violents, il a tenté de se suicider et d'attaquer ses frères et sœurs. Je me suis assis avec Muntasir dans la maison de sa famille. Il a été poli et de bonne humeur, mais le traumatisme de l'été dernier est visible sur son jeune visage et audible dans sa voix. Il parle comme un homme qui a vécu de nombreuses vies - pas comme un enfant qui approche de l'adolescence.

"Tous les jours quelqu'un meurt. Hier je suis allé sur la plage pour jouer, mais je n'ai pas pu, j'étais submergé par la peur. C'est une vie pleine de tristesse," m'a t-il dit. "Netanyahu a détruit la vie."

Sans que je le sache, son père lui a demandé de me raconter le massacre de la plage. "Nous avions à peine commencé à jouer que le premier missile a explosé juste à côté de mon cousin Ismaël," a-t-il dit. "On s'est mis à courir, puis je leur ai dit, 'revenons chercher Ismaël, et nous nous enfuirons ensuite.' C'est quand nous sommes revenus qu'un autre missile a explosé juste à côté de nous. Mon frère et mon neveu sont morts parce qu'ils ont lâché ma main. Deux missiles ont explosé autour de moi. Il y avait de la fumée lorsque nous courions. Je me suis retourné et j'ai vu mon neveu et mon frère étendus par terre."

"Avant la guerre, je voulais être pêcheur comme mon père," m'a dit Muntasir. "Maintenant, je veux être un combattant pour pouvoir venger mon frère, mon neveu et mes cousins. Imagine que tu sois un enfant et qu'un missile explose juste à côté de toi. Que ferais-tu ?"

Muntasir se tait et baisse les yeux, l'air déprimé. Son père, Fares Subhei Bakr, 55 ans, m'a dit que Muntasir n'a pas dormi depuis 24 heures. Il a tenté de lui donner un médicament mais Muntasir ne réagissait pas et la pilule est tombée de sa bouche. Subhei Bakr a appelé un cousin pour l'aider à lui mettre la pilule dans la gorge, mais Muntasir a été pris de tremblements violents. Le cousin l'a empêché de se blesser et finalement, Muntasir s'est évanoui. Le cousin a soulevé le corps inerte de Muntasir, a descendu l'escalier en courant et est sorti dans les ruelles poussiéreuses du camp de Shati. J'ai couru derrière lui et ils ont hélé un taxi. Nous nous sommes entassés à l'intérieur du véhicule qui a parcouru à toute vitesse les rues de Gaza-ville. "Poussez-vous," criait aux voitures un autre cousin assis sur le siège de devant.

Nous sommes arrivés à un centre médical où Muntasir a été allongé sur une table d'examen. Un médecin lui a fait sentir des sels et Muntasir s'est réveillé immédiatement. Encore étourdi, son cousin l'a aidé à marcher vers un lavabo où il s'est lavé le visage. Muntasir était faible et son cousin l'a à nouveau porté pour sortir.

"Il n'y a ni médicament ni traitement pour lui ici. Il faut que nous l'emmenions à l'extérieur de Gaza," m'a dit le cousin de Muntasir tandis qu'il le portait dehors. Nous avons hélé un autre taxi et nous sommes repartis chez les Bakr dans le camp Shati.

"Cette fois ce fut moins grave que d'habitude," m'a dit Subhei Bakr.

La violence israélienne a consumé tous les aspects de la vie de la famille Bakr. Ils sont réfugiés, ils ont été expulsés vers Gaza pendant la Nakba et ils vivent dans le camp de réfugiés Shati depuis des générations. La famille déplacée s'est transformée en fiers pêcheurs aux activités florissantes, mais le blocus naval israélien a détruit l'industrie de la pêche à Gaza, plongeant le clan dans la misère et obligeant les pêcheurs à passer le temps assis dans les ruelles poussiéreuses du camp. Huit autres membres de la famille Bakr ont tenté de fuir en bateaux, mais ils sont morts dans la mer dans laquelle ils avaient l'habitude de pêcher.

Comme si cela ne suffisait pas, la violence aveugle de "l'opération bordure protectrice" a condamné à mort Ismail, Zacharie, Ahed et Mohammed Bakr. Aussi prévisible que perturbant, les militaires israéliens se sont, de façon éhontée, déchargés de toute responsabilité, qualifiant le bombardement de "tragique".

Mais devons-nous croire qu'étant donné la technologie militaire de pointe d'Israël, équipée de caméras à haute résolution, ils n'ont pas pu faire la différence entre des hommes armés et de jeunes enfants jouant au football sur une plage ? Surtout si l'on considère qu'Israël a tué au moins 536 autres enfants palestiniens l'été dernier - dont les morts n'ont pas été qualifiées de "tragique". Ce n'est donc que très normal qu'Ayelet Shaked, qui a exigé le génocide l'été dernier lorsqu'elle a posté un texte appelant les enfants palestiniens "petits serpents", soit la nouvelle ministre de la Justice d'Israël. Tout ceci dans le contexte plus large de la diabolisation des enfants palestiniens comme formes variées de "menace démographique" (l'euphémisme le plus récent de Jodi Rudoren, chef du Bureau du New York Times à Jérsalem, est "arrêt de mort démographique".

Bien que nous ne saurons jamais pourquoi exactement Israël a décidé de bombarder les enfants Bakr pendant qu'ils jouaient au football l'été dernier, il est extrêmement clair que ni le gouvernement israélien ni ses partisans n'ont la moindre sympathie véritable pour Ahed, Zacharie, Ismail et Mohammed, ou pour les quatre survivants. Si Peter Lerner ou n'importe quel fonctionnaire israélien qui a versé des larmes de crocodiles en avaient, ils permettraient au minimum à Muntasir Bakr de recevoir le traitement dont il a désespérément besoin. Malheureusement, la franchise brutale de Muntasir est probablement exacte lorsqu'il m'a dit, "Il n'y aura jamais de paix avec les Israéliens."

 Dan Cohen

Mondoweiss

Traduction : MR pour ISM