Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Leïla Shahid : "A travers JCall il y a un interlocuteur pour les Palestiniens"

La déléguée de la Palestine auprès de l'Union européenne se félicite de l'initiative de juifs de la diaspora européenne de remettre sur le devant de la scène le nécessaire règlement du conflit israélo-palestinien sur la base de deux États pour deux peuples.

En suite une réponse : Un appel à la raison bien déraisonnablePar Rudolf BKOUCHE (UJFP)

Vous étiez présente lundi soir au Parlement européen pour le lancement de JCall. Qu'en avez-vous pensé? Sur le même sujet

- Cette initiative qui a commencé par la publication de l'appel à la raison, est une initiative importante car, depuis 2001, depuis l'échec de Camp David, Ehoud Barack avait en quelque sorte assassiné le camp de la paix israélien en déclarant qu'il n'y avait pas de volonté de faire la paix du côté palestinien, ce qui était une contre-vérité totale. Malheureusement, cette attitude du Premier ministre israélien a entraîné la disparition du camp de la paix israélien. Et cette nouvelle prise de position reflète un changement très profond de position dans la société israélienne ou en tout cas dans la diaspora qui vit, quand même, au rythme de la société israélienne. Pour la patrie palestinienne que je représente, il est essentiel d'avoir dans la diaspora juive des interlocuteurs avec lesquels nous partageons la vision d'une solution car nous voulons vraiment avancer.

La solution au conflit doit être évidemment négociée au plan officiel par les représentants israéliens, palestiniens, arabes, européens, américains, mais elle doit se faire aussi sur le plan non officiel dans les courants de pensée israéliens, palestiniens, arabes, européens, américains et dans la diaspora juive. Il est important d'avoir une diversité d'opinion qui reflète les réalités. Et la réalité reflétée par JCall est restée inaudible durant au moins les sept dernières années. Or c'était un grand manque pour les Palestiniens. Cette position est différente des autres voix de la diaspora qui ont décidé d'adhérer sans sens critique au gouvernement de Benjamin Netanyahou, comme le CRIF en France.

C'est très important que des acteurs communautaires comme La Paix Maintenant ou le CCLJ en Belgique puissent reprendre leur fonction de structure favorisant la reconnaissance mutuelle. A travers JCall il y a un interlocuteur pour les Palestiniens.

Cet accord peut selon vous être entendu par les Israéliens?
- Dans la gauche israélienne, des voix s'expriment depuis longtemps et notamment dans l'extrême gauche qui milite tous les jours sur le terrain, avec les Palestiniens, contre les occupations.

Je crois que cet appel doit plutôt être entendu par la majorité silencieuse qui a été déboussolée après 2001, très influencée par la déclaration d'Ehoud Barack qui est pour moi le premier à avoir délégitimé le camp de la paix en Israël. Je pense qu'il a été responsable de la régression du camp de la paix qui est aujourd'hui réduit à peau de chagrin.

On est passé d'une majorité qui appartenait au camp de la paix à une majorité, pas à droite, mais silencieuse, dans une profonde détresse et qui joue à la politique de l'autruche.

Avec ce courant qui a commencé aux Etats-Unis avec JStreet et se poursuit maintenant en Europe avec JCall, on a une manifestation que la société israélienne est encore en bonne santé!

Pour moi, Palestinienne, on ne peut construire la paix qu'à deux, on ne peut pas construire la paix contre Israël. Mais aujourd'hui nous n'avons pas de partenaires avec le gouvernement israélien actuel, même s'il est évident qu'on va essayer avec la communauté internationale à en trouver un. Et parce qu'il est difficile de trouver un partenaire dans le gouvernement israélien, JCall nous apparaît d'autant plus comme une manifestation d'un renouveau des partenaires.

L'historien Zeev Sternhell affirmait lundi soir au Parlement européen que les Israéliens doivent renoncer aux territoires d'après 1967 tandis que les Palestiniens doivent renoncer au droit au retour. Qu'en pensez-vous?
- C'est là où nous divergeons. Ce n'est pas surprenant. Nous n'avons pas la même position sur cette question du droit au retour mais diverger sur ce point ce n'est pas ne pas se parler. Sur la majorité des points nous pouvons nous retrouver et en particulier sur la solution de deux Etats. Mais je ne partage pas la position de Zeev Sternhell sur la question du droit de retour parce qu'elle est fondatrice de la question palestinienne. Nous pouvons négocier sur l'application du droit au retour mais nous ne pouvons pas renoncer au droit au retour car il fait partie des droits inaliénables.

Il y a des solutions pragmatiques auxquelles nous étions parvenus à Taba sur cette question du droit au retour qui a été instrumentalisée par la droite et l'extrême-droite israélienne pour délégitimer les négociations d'Oslo.

Vous parlez librement de toutes ces questions, les membres de JCall aussi. Cela signifie-t-il que le vent tourne, que des négociations officielles vont pouvoir réellement s'ouvrir?
- Il y a parler au niveau officiel et parler au niveau non officiel. Nous nous pouvons parler sur les deux niveaux. Mais il existe aujourd'hui un gouvernement Netanyahou dont nous sommes tributaires. Il a démontré par la politique qu'il mène qu'il n'est pas intéressé par discuter avec nous. Mais nous avons une nouvelle donne internationale. Il y a un président aux Etats-Unis qui est bien plus intéressé par faire avancer la paix dans le monde, et en particulier au Proche-Orient, que ne l'a été son prédécesseur Georges W. Bush. Ce n'est plus sur le plan bilatéral entre Israéliens et Palestiniens que se passent les négociations, il y a une troisième partie avec le Quartet dirigé par les Américains et il faut voir s'il y a assez de motivation sur le plan international pour faire avancer des pourparlers. Ce qui donne encore plus d'importance à l'initiative de JCall.

Interview de Leila Shahid, déléguée générale de l'Autorité palestinienne auprès de l'Union européenne, par Céline Lussato


Un appel à la raison bien déraisonnable

Un appel doit être publié sous le titre JCall qui se veut un appel à la raison sur la question Israël-Palestine. Cet appel lancé par des Juifs d'Europe veut être l'analogue du JStreet des Etats-Unis. Mais si JStreet se présente comme un autre lobby juif (il faut entendre le terme lobby au sens anglo-saxon, un groupe de pression) pour contrer le pro-israélisme d'AIPAC, JCall apparaît essentiellement comme un appel à sauver Israël d'une politique israélienne qui le conduit, selon les auteurs du texte, au naufrage. Mais JCall oublie que la politique israélienne du gouvernement actuel à l'encontre des Palestiniens s'inscrit dans la continuité et que cette politique, avant que d'être la politique de tel ou tel parti est inspirée par une idéologie, le sionisme, C'est le sionisme qui est en cause et les geignardises de "partisans de la paix" n'y peuvent rien. Se contenter de condamner la politique israélienne actuelle n'est qu'un leurre. Que les auteurs de ce texte soient sincères ou non importe peu.

Plutôt que de reprendre point par point les quatre principes de l'appel, nous nous proposons démontrer en quoi ce texte n'ouvre aucune perspective, se contentant de ressasser le discours du sionisme de gauche.

Le point essentiel de l'appel est le renvoi à l'Etat juif et démocratique, leit-motiv du discours sioniste de gauche. Quand bien même la solution : "deux peuples, deux Etats" serait encore possible, on ne peut que rappeler que 20% de la population de l'Etat d'Israël dans ses frontières de 1949 définies par ce que l'on appelle la ligne verte est palestinienne et n'a aucune raison de devenir juive si on donne à ce terme la définition nationale de la doctrine sioniste. Dans ces conditions, demander que l'Etat d'Israël soit un Etat juif et démocratique revient à refuser la citoyenneté à une partie de sa population conduisant à une politique de discrimination, sauf à réaliser l'expulsion de la partie non juive de la population, ce que certains appelle pudiquement le transfert. En soutenant le principe d'un Etat juif et démocratique l'appel se situe dans un sionisme intransigeant oubliant que l'Etat d'Israël s'est construit au détriment des habitants de la terre sur laquelle il s'est constitué.

Il est vrai que l'appel répond à ce qu'il considère comme un danger, la démographie. Des lorsqu'il a décidé de construire l'Etat juif en Palestine, le sionisme a rencontré le problème démographique. Il s'est alors donné pour objectif de renverser la démographie de la Palestine en renforçant l'immigration juive, politique facilitée par le refus des Etats européens de recevoir les Juifs qui fuyaient les persécutions nazies. Après la décision de partage par l'ONU et la guerre de 1948, l'Etat d'Israël se retrouvait avec 78% du territoire palestinien, situation qu'il acceptait en attendant mieux. Le mieux est arrivé en 1967 avec l'achèvement de la conquête de la Palestine. Mais le gouvernement israélien de l'époque ne pouvait annexer les territoires conquis, ce qui lui aurait apporté un surplus de population indésirable. Si, pour des raisons d'ordre symbolique l'Etat d'Israël annexait Jérusalem promis à devenir la "capitale éternelle" de l'Etat d'Israël, les gouvernements israéliens, à commencer par les gouvernements de gauche au pouvoir en 1967, ont pratiqué une politique d'annexion rampante sous la forme d'implantations, appelés communément en français "colonies". Ces annexions de fait rendent impossible la mise en place d'un Etat palestinien viable. Au mieux un tel Etat ne serait qu'une dépendance de l'Etat d'Israël.

Tout cela l'appel ne le dit pas en laissant entendre que la solution réside dans le principe "deux peuples, deux Etats". Rappelons que cette solution a été proposée par Yasser Arafat en 1988 et renouvelé en 1993 avant la signature des Accords d'Oslo, proposition que l'Etat d'Israël n'a jamais voulu entendre. Et pourtant la proposition d'Arafat acceptait que l'Etat d'Israël occupe 78% de la Palestine, l'Etat de Palestine se contentant des 22% restant ; "la paix contre les territoires" pourrait-on dire.

Alors que signifie aujourd'hui cet appel au principe "deux peuples, deux Etats". Pour le comprendre il faut revenir à une fiction entretenue par les sionistes de gauche. On dénonce la guerre de 1967 et les implantations dans les territoires occupées mais on oublie 1948. Ainsi on se dispense de parler du sionisme et de la conquête de la Palestine. On peut alors attaquer les gouvernements de droite en oubliant que les gouvernements de gauche ont pratiqué la même politique et dénoncer les "méchants colons" qui dénaturent le sionisme et mettent l'Etat d'Israël en danger. Effectivement il y a, pour les sionistes de gauche, un double danger, le danger démographique dont nous avons parlé ci-dessus, la dégradation de la belle image d'Israël, ce petit pays entouré d'ennemis qui a su reconstituer l'antique nation d'Israël et faire fleurir le désert. Aujourd'hui l'Etat d'Israël apparaît comme un pays guerrier, celui de l'agression contre Gaza, agression qui comprend à la fois les bombardements contre les civils de l'hiver 2008-2009 et le blocus qui empêche la population de Gaza de vivre normalement, celui aussi de l'occupation de la Cisjordanie dont on prend conscience de la brutalité, celui enfin de la discrimination à l'encontre de la population non juive de l'Etat d'Israël.

C'est cela qui fait la trame de JCall : sauver Israël.

Cet appel à la raison qui se veut un appel pour la paix n'est en fait qu'un appel à venir au secours d'Israël. Les Palestiniens ne comptent pas, sauf pour dire qu'ils représentent un danger démographique pour Israël. Il faut donc organiser un divorce à l'amiable pour permette à Israël de trouver la paix en tant qu'Etat juif et démocratique.

Il suffit de lire les commentaires de certains signataires pour comprendre combien ils sont contradictoires entre eux mais aussi contradictoires à l'appel. Apparaissant comme un appel à la paix, JCall a été entendu comme tel par nombre de signataires ; on comprend alors qu'ils l'aient signé même s'ils émettent des réserves sur les termes de cet appel. Cela s'appelle, de la part des auteurs du texte, de la manipulation. On se présente à peu de frais comme des partisans de la paix, et en ce qui concerne la France comme une autre voix juive qui s'oppose à un CRIF qui apparaît de plus en plus comme la voix du gouvernement israélien.

En cela JCall relève de la malhonnêteté intellectuelle.

Rudolf bkouche
- ujfp (Union Juive Française pour la Paix)
- ijan (International Jewish AntiZionist Network)

 Source: http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...