Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Les absents/présents

 

Aucun autre peuple n’a été acculé à un choix pareil : annulez votre identité et vous serez reconnus en tant que réfugiés ; oubliez la couleur de vos yeux et de votre teint ; oubliez vos pères et vos ancêtres ; oubliez votre terre que vous évoquez comme votre Patrie et vous serez gratifiés d’une carte de réfugié et d’un peu de riz, de sucre, de farine.

Les juifs, qui nous ont remplacé dans notre patrie, portaient l’identité des pays où ils vivaient et mouraient, et lorsqu’ils ont décidé – avec le soutien du monde entier – d’envahir notre patrie et de nous en chasser pour construire leur Etat sur notre terre, le monde a rayé notre identité qui avait notre terre comme origine et ont forgé à cette terre une fausse identité qu’elle n’avait jamais possédé, pour nous en chasser, pour nous gommer en tant que peuple. Celui qui n’a pas de patrie n’a pas d’identité.

Aujourd’hui, les Palestiniens vivent avec cent identités fortuites qui n’annulent pas leur état de réfugiés ni leur droit à avoir un Etat. Ils ne sont pas des étrangers dans leur patrie. Ils ne sont personne. Israël les considère comme des éphémères, des absents, dont la présence demeure indéfinie et provisoire. Ils ne portent pas l’identité de l’Etat, ni celle d’un autre Etat. S’il leur arrive de porter cette identité, ils ont le sentiment de poignarder leur pays. Présents, ils sont quand même absents, ils sont occultés s’ils se disent Palestiniens.

Aujourd’hui, ils ressemblent à des hordes de tribus en transhumance : les uns, à l’intérieur, sont inexistants, les autres en Jordanie sont les invités du roi, d’autres en Syrie ont le statut de frères et jouissent de tous les droits que possèdent leurs hôtes, sauf l’identité. Au Liban, ils sont des passagers occasionnels, ils troublent l’équilibre fragile de l’Etat qui continue à se référer au recensement de la population de 1932 et où les mères fécondes sont considérées comme des « ravageuses » et des « opposées au système ».

Leur nombre dépasserait les cinq millions. Jusqu’aux accords d’Oslo en 1993, ils étaient des Palestiniens, ils ont ensuite été gommés de tous les recensements.

Auparavant, ils étaient des feddayin en devenir, sur le chemin du retour.

Après Oslo, les routes leur ont été barrées, leur identité leur a été retirée de nouveau. Présents, ils sont devenus quand même absents. Ils sont présents même dans l’absence, ils appartiennent à ces « nations diverses » qui vivent leur patrie dans leurs rêves. Ils sont contraints à la garder dans leur cœur et dans leur mémoire de peur que sa trop flagrante présence ne vienne à menacer leur propre existence.

Vous devez vivre en tant que réfugiés sans identité spécifique, sinon vous perdez la Palestine. Vous existez en n’existant pas !

Traduction : Rania SAMARA

Supplément mensuel au quotidien Assafir :  « Palestine », avril 2011