Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

"Les accords d'Oslo avaient pour fonctionnalité de gérer la nouvelle phase de l’occupation "

Voir aussi: http://www.enfantsdepalestine.org/article/oslo-20-ans-apres-il-n-y-a-jamais-eu-de-processus-de-paix par Julien Saligue

Par Nahla Chahal, professeure de sociologie politique, et membre de la coordination nationale de la CCIPPP (les « missions civiles » en Palestine)

Il n’est plus intéressant de continuer à disséquer la supercherie qui a accompagné les accords d’Oslo. C’est désormais une tâche qui incombe aux historiens. Il existe un assez large consensus autour de l’idée que ces accords n’ont pas été formatés pour créer un « compromis historique » qui résoudrait durablement et à la fois la question de la spoliation des Palestiniens, et celle de l’existence effective d’Israël. Oslo a certes fait bouger les lignes de la perception réciproque (du moins telles que déclaréespubliquement !) des deux parties, en établissant un échange de reconnaissance de leur existence mutuelle. Mais cette lucidité réaliste elle-même s’inscrit dans la fonction principale de ces accords : comment gérer la nouvelle phase de l’occupation ? Celle d’après 1967 et de l’existence d’une masse palestinienne conséquente, qu’il était impossible à Israël d’intégrer et impossible d’expulser. La politique israélienne a toutefois continué à œuvrer à la périphérie de ces deux directions, mais là n’était point son objectif majeur. Oslo a repris en quelque sorte les plans de Yigal Allon (1968), et ceux du projet de l’autogestion de Ariel Sharon (1982).
L’OLP avait accepté Oslo, et délaissé un autre processus en cours, celui de Madrid, encadré de façon internationale, publique et officielle. Il serait peu pertinent de raconter l’histoire secrète des négociations d’Oslo. Il est par contre important de se souvenir du « moment », tournant qui a consacré l’effondrement de l’Union soviétique et la première guerre impérialiste contre l’Iraq, supposée être le prélude à ce fameux Nouveau Moyen-Orient.
L’OLP était déjà exténuée par la guerre civile au Liban soldée par son expulsion de ce pays qui lui a servi de base entre 1970 et 1982, et portait en quelque sorte devant sa population le poids de l' avoir laissée à la merci de la vengeance et de la barbarie (massacre des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, septembre 1982, quelques jours après son évacuation). Ses leaders et ses troupes étaient dispersés dans des régions lointaines du monde arabe et souvent isolées, ses vivres et revenus coupés par un véritable étranglement drastique et méthodique de la part des pays du Golfe. Ce ne sont pas là des justifications, mais une tentative d’expliquer pourquoi l’OLP a été si disposée à accepter n’importe quelle sortie d’un délitement certain. Ayant très peu d’assises solides, son leitmotiv a toujours été de privilégier le mouvement, qui a fini par devenir un passage permanent entre les «points du possible», d’interminables pas tactiques, et une vision qui mise sur la sauvegarde de l’existence et non sur la réalisation.
La réaction des opposants à Oslo, qui criaient à « la trahison », était aussi a - historique que celle de ses partisans qui lui accolaient une portée, un sens, et donc des vertus imaginaires. Il aurait été important à ce moment, et jusqu’à aujourd’hui, non pas de démontrer qu’Oslo extirpait les droits majeurs des Palestiniens (évidemment), et les faisait céder sur des principes constituants de leur existence (évidemment), mais d’établir sa fonctionnalité: oui, indéniablement, l’existence du peuple palestinien a été reconnue par Israël, mais toute l’architecture israélienne concernant Oslo, et sa conduite par la suite, sont dirigées vers la bonne gestion de l’occupation : le mur, la colonisation accrue en Cisjordanie, la judaïsation de Al Qods – Jérusalem, le retrait de Gaza, la destruction systématique des villages palestiniens du Néguev et les lois concernant les Palestiniens de 1948 etc… la gestion de la corruption aussi. Non que ce soit un « complot » israélo-américain, immuable et prêt à se dérouler inlassablement, mais c’est de l’exercice politique, du vrai, celui d’une force coloniale très particulière.
Discuter et déterminer l’issue de cet état des choses, autant de « l’impossibilité historique » du projet sioniste-israélien qui après la phase de la création et celle de l’expansion, se heurte à ses limites et à ses contradictions, et donne tous les jours les preuves de la nécessité de son dépassement (d’où la nécessité et le réalisme de la discussion autour d’un État, ses conditions et le processus qui mène à cette issue)que des solutions et des dispositions possibles, n’est pas un luxe théorique, mais fait partie de ce long mûrissement d’une vision, par définition globale, de la question nationale palestinienne.
 Les forces palestiniennes en place, et la conscience générale en place, butent sur un faux débat, celui des « pour » et des « contre » Oslo. C’est dépassé. Mais il est commode de le continuer, sorte de cache-misère. Car le reconnaître implique d’élaborer toute cette fameuse vision globale, et une stratégie et ses applications. Là réside la crise actuelle et majeure de la question nationale palestinienne, qui passe douloureusement et lentement d’une phase à une autre, ce qui peut durer, comme l’a prouvée l’expérience historique de cette question. Il s’agirait de revoir tous les choix et d’en faire d’autres, dans une totale historicité, réaliste et utopique à la fois, qui s’élaborerait à la lumière de ce monde, international et arabe, changeant et (se ) mouvant, à la lumière de défaites et des illusions palestiniennes comme de celles des autres, mais aussi des dynamiques vivantes et des noyaux durs pérennes et renouvelés, qui ont montré leur insolvabilité dans la médiocrité. Il n’y a pas d’autres voies, et ceci se fera.

Nahla Chahal

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Par Denis Sieffert, directeur et éditorialiste de l'hebdomadaire Politis. Auteur de plusieurs ouvrages sur le conflit israélo-palestinien.

Pouvoir écrire chaque semaine sur les événements du monde est un privilège. Ce peut être aussi une épreuve quand il faut se relire à la lumière de l’histoire. D’où cette interrogation inquiète : il y a vingt ans, qu’ai-je dit des « Accords d’Oslo » ? N’avais-je pas été trop optimiste ? Un optimisme auquel invitait l’ambiance de l’époque. En septembre 1993, nous n’étions sans doute pas complètement débarrassés de cette propension à chercher un sens à l’Histoire. Trois ans plus tôt, le mur de Berlin s’était effondré. Deux ans plus tôt, l’apartheid avait été aboli en Afrique du sud, et en 1994, Nelson Mandela allait devenir président. Cinq ans plus tôt, la jeunesse palestinienne s’était soulevée dans un mouvement de révolte qui avait fini par gagner la sympathie du monde.
En septembre 1988, Yasser Arafat, déployant toute la séduction dont il était capable, avait souhaité un théâtral « Chana tova » à l’occasion du nouvel an juif. En novembre, à Alger, il avait proclamé symboliquement « l’établissement de l’Etat arabe de Palestine sur les terres palestiniennes ». Au mois de mai 1989, il avait été reçu à Paris comme un chef d’Etat. Si bien que, malgré la guerre du Golfe de janvier et février 1991, une logique positive semblait se dérouler inexorablement, confirmée par la prometteuse conférence de Madrid.
Pourtant, ce que j’écrivais dans Politis le 2 septembre 1993 était tout sauf enthousiaste. Il y est question de « bantoustans » et de territoires « sillonnés par des colonies de peuplement dont la protection justifiera l’omniprésence militaire », et d’un accord « lourd de toutes les crises futures ». Il est question de « l’irrédentisme du Hamas renforcé par l’intransigeance israélienne ». « Il n’y a pas d’Etat (palestinien), et il n’y en aura pas de sitôt », écrivions nous, avant de conclure que « les raisons de désespérer ne manquent pas ». Mais, paradoxalement, cette analyse ne conduisait pas à une prise de position négative. J’approuvai, sinon les Accords d’Oslo, du moins leur approbation par Arafat.
Et cela au nom d’un argument à minima : « Imagine-t-on se qui se serait dit si les Palestiniens (comprendre la direction de l’OLP) avaient refusé ? ». Une sorte de pari pascalien. Hélas, ce sont bien les craintes qui se sont vérifiées. Et au centuple. En trois circonstances au moins Israël aurait pourtant eu l’occasion de faire basculer les événements du bon côté. D’abord, en février 1994, après le massacre du tombeau des Patriarches commis contre des musulmans en prière par l’extrémiste juif Baruch Goldstein. Israël aurait pu démanteler la plus symbolique, et la plus belliqueuse des colonies, au cœur d’Hébron.
Au lieu de cela, ce sont les Palestiniens qui ont été réprimés. Puis, début 1996, au lendemain de l’assassinat d’Itzhak Rabin. Shimon Peres avait alors derrière lui une opinion majoritairement favorable pour hâter le processus de paix et ouvrir la négociation sur le statut final. Au lieu de cela, il a préféré ordonner l’assassinat d’un dirigeant du Hamas, provoquant la plus sanglante des campagnes d’attentats anti-israéliens. Puis il a choisi de se lancer dans une nouvelle aventure militaire désastreuse au Sud-Liban.
Au cours de l’été 2000 enfin, à Camp David. Le premier ministre travailliste Ehud Barak aurait pu mener une vraie négociation. Au lieu de cela, il a préféré sommer Arafat de signer une carte qu’il savait inacceptable parce qu’elle entérinait un quasi doublement du nombre des colons depuis la signature d’Oslo. S’ensuivit une campagne de dénigrement dont les mots résonnent encore à nos oreilles : « Nous n’avons plus de partenaire pour la paix ». A cet instant sans doute, le fragile espoir qui avait pu naître des Accords de 1993 s’est-il définitivement envolé, emportant avec lui à la fois le chef historique du mouvement palestinien et la gauche israélienne. On connaît la suite : Ariel Sharon, l’opération Remparts, le mur, deux offensives militaires contre Gaza, encore une guerre au Liban, et un face à face mortifère entre une droite israélienne de plus en plus radicale et un Hamas survalorisé.
Mais, au-delà de ce que l’on pourrait appeler, avec une certaine naïveté, les « occasions manquées », il y a la réalité d’une extension coloniale qui n’a jamais cessé. C’est cette colonisation qui donne peut-être la clé d’interprétation des Accords d’Oslo. Comme si tout, finalement, n’avait été conçu que pour se donner le temps de construire les colonies qui ont fini par rendre sans objet toute négociation future. Au point, que la solution « à deux Etats » paraît aujourd’hui bien compromise, sinon déjà impossible. Bien sûr, il faut se garder de trop rationaliser l’histoire. On ne connaîtra jamais les intentions véritables de Rabin. Et, à partir de juin 1996, Israël a été dirigé par des adversaires d’Oslo — le travailliste Ehud Barak compris. Pour se résumer, on peut dire que les Accords d’Oslo portaient en eux les ferments de leur échec. On peut dire aussi que l’Histoire n’est jamais écrite.
Même avec de mauvais accords, elle aurait peut-être pu prendre une autre direction. Si par exemple, les Etats-Unis et l’Union européenne n’avaient pas manifesté autant de partialité et de lâcheté. Aujourd’hui, le conflit est en cours de reconfiguration. La suite dépend en partie des révolutions arabes. Et il se poursuivra dans tout l’espace qui va de la Méditerranée au Jourdain. Oublions donc les Accords d’Oslo.

Denis Sieffert

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Par Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et enseignant à l'Institut d'Etudes européennes de l'Université de Paris 8.

La signature des Accords d’Oslo fut un formidable moment d’euphorie collective. La paix tant attendue entre Israéliens et Palestiniens semblait enfin possible. Elle paraissait même irréversible.
Aujourd’hui, malgré la reprise des négociations les perspectives d’un accord semblent très lointaines, voire irréalisables. On peut même se demander si la solution des deux États est encore possible matériellement du fait de l’émiettement des Territoires palestiniens et de la poursuite de la colonisation israélienne. Il y avait en 1993 250 000 colons israéliens sur les territoires palestiniens, ils sont aujourd’hui 500 000. Les plus pessimistes – ou les plus réalistes – concluent que le gouvernement israélien négocie dans la seule perspective de gagner du temps, de jouer sur la situation du fait accompli et de faire baisser une pression pourtant déjà minime de la communauté internationale.
 D’ailleurs, aucun accord de paix acceptable par les Palestiniens ne le serait par l’extrême droite dont dépend le gouvernement Netanyahou. Il faudrait une recomposition complète du paysage politique israélien pour parvenir à une véritable paix. Or les élections de janvier 2013 ont encore marqué une poussée à droite et la montée en puissance du poids des colons dans la vie politique israélienne.
Le terrorisme a pour une fois payé. Généralement, il frappe les opinions mais ne fait pas avancer la cause qu’il prétend servir, bien au contraire. Celui qui a assassiné Yitzhak Rabin en 1995 a atteint son objectif : faire dérailler le processus de paix.
Pourquoi la paix était envisageable à l’époque et ne l’est plus aujourd’hui ? Les sondages montrent de façon paradoxale qu’en 1993 une majorité des Israéliens refusait la perspective d’un État palestinien, alors que la majorité des Palestiniens s’opposait à la reconnaissance d’Israël. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, sur le principe du moins. Mais il n’y a plus un leadership capable de conduire le peuple vers cette direction. Les Palestiniens sont profondément divisés entre l’Autorité palestinienne et le Hamas, initialement soutenu par les Israéliens et les Américains, pour contrer le Fatah, mais avec lequel ils ne veulent plus officiellement avoir de contacts aujourd’hui. Mais c’est du côté israélien que vient le blocage principal. Pour parvenir à une paix véritable, c’est l’occupant qui doit faire des concessions, pas l’occupé.
À l’époque, Arafat et Rabin ont fait preuve de réalisme et de leadership. Il en fallait pour qu’Arafat annonce que la charte de l’OLP était caduque et accepte de ne créer un État palestinien que sur 22 % de la Palestine mandataire, reconnaissant les gains territoriaux d’Israël de la guerre de 1948. Il en fallait à Rabin pour aller à contre-courant de son opinion et de parler à celui qui était depuis toujours présenté comme terroriste en Israël. Mais si Rabin s’est lancé dans cette direction ce n’est pas par mansuétude à l’égard des Palestiniens. C’est qu’il avait compris qu’il en allait de l’intérêt national d’Israël, notamment parce qu’il risquait en cas contraire d’avoir de grandes divergences avec les Américains. George Bush père avait menacé en 1992 le gouvernement d’Ytzhak Shamir de ne plus garantir les prêts à Israël si ce dernier poursuivait la colonisation. Les électeurs israéliens avaient eu peur d’un lâchage américain et Shamir avait perdu les élections. En poussant à une négociation avec les Palestiniens, Bush père honorait un engagement qu’il avait pris à l’égard des pays arabes lorsque Saddam Hussein avait envahi le Koweït en août 90. Afin que la guerre contre l’Irak ne soit pas présentée comme une guerre occidentale contre un pays arabes, il avait demandé le soutien et la participation des pays arabes. Ces derniers lui avaient rétorqué qu’il leur était difficile de s’engager contre l’Irak même s’ils n’avaient pas de sympathie pour Saddam, même s’il y avait une grave violation du droit international, alors que le conflit israélo-palestinien restait sans solution. George Bush leur avait répondu que l’urgence était de s’occuper de Saddam et qu’ensuite les États-Unis pèseraient pour obtenir un règlement définitif de la question palestinienne.
Il sera battu aux élections de 1992 mettant sa défaite sur le compte l’affrontement qu’il avait eu avec Israël.
Bien d’autres raisons (notamment la situation économique) expliquent sa défaite, mais cela est devenu une croyance collective dans l’esprit des américains qui a été jusqu’à influencer Obama.
 Aujourd’hui, il n’y a plus de pressions de la part des États-Unis sur le gouvernement israélien. Celui-ci a un sentiment d’impunité qui le conduit à ne faire aucune concession. C’est la différence entre la situation actuelle et celle de 1993.
A court terme, Israël ne risque rien. Il n’y a plus d’attentats. On ne parle plus des Palestiniens, il n’y a aucune sanction internationale de cette violation répétée du droit international et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. A long terme, c’est une véritable bombe à retardement pour la région et le monde.

Pascal Boniface

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Par Michel Warchawski, militant anti-colonialiste israélien. Co-fondateur du Centre d’Information Alternative (Jerusalem/Béthlehem) Journaliste et auteur de nombreux livres sur Israel et le conflit israélo-arabe

 Oslo est mort, tout le monde le reconnaît, alors pourquoi consacrer, vingt ans après, du temps et de l’énergie pour étudier son cadavre pourri? C’est qu’en fait le débat public et les initiatives diplomatiques régionales continuent à se servir de ses paramètres, y compris chez la plupart de ceux qui jurent dur comme fer qu’ils n’ont plus aucune pertinence.
Ce texte sera une espèce d’auto-critique combinée à une lecture du tournant global qu’a connu le monde au moment même où devaient être mises en œuvre les différentes clauses de ce qu’on a appelé « les accords d’Oslo ».
 Au moment où le Premier Ministre norvégien annonçait, en Septembre 1993, la signature par les représentants de l’OLP et de l’État d’Israël d’une « Déclaration de Principes » dans la capitale de son pays, rare ont été les indifférents : si la grande majorité du public, y compris palestinien, vivait ce moment comme une grande fête, ou en tout cas, comme le début de la fin d’un conflit centenaire, une minorité se déclarait dès le départ hostile à ce qu’elle considérait comme une trahison, à la fois chez les Palestiniens et chez les Israéliens.
 Le Centre d’Information Alternative, organisation palestino-israélienne dont j’étais alors le directeur, a connu à ce moment là une de ses crises les plus aigues, frisant même la scission entre « pro-Oslo » et « anti-Oslo ». Pro-Oslo – le mot est exagéré, car nous étions tous conscients qu’il s’agissait d’un mauvais compromis dans lequel les Palestiniens perdaient beaucoup. Mais que fallait-il faire, alors que le mouvement national palestinien se déclarait prêt à un compromis historique avec le mouvement colonial qui l’avait spolié de ses droits et de sa patrie?
 Pour les anti-Oslo,l’accord était un diktat que l’impérialisme américain pouvait imposer aux Palestiniens qui « avaient misé sur le mauvais cheval » (George W Bush) en s’alliant à Sadam Hussein, diktat qui les obligeait à renoncer à une grande partie de leurs droits (entre autre le droit au retour des refugiés) et de leur terre (plus de 70% de la Palestine mandataire où se trouve l’Etat d’Israël reconnu, et donc accepté par l’OLP). Pour les dits pro-Oslo, au contraire, la « reconnaissance mutuelle » était un acquis pour les Palestiniens, et l’engagement pris par Israël de se retirer des territoires occupés en Juin 1967, le résultat de la lutte héroïque des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza au cours de l’Intifada (1987-1990).
 En arrière-fond de ce debat, un moment historique très particulier, celui du basculement de l’ère de la décolonisation à celle de la guerre (globale permanente et préventive) de recolonisation du monde menée par les Etats-Unis et leurs alliés. L’ouverture du processus d’Oslo se fait dans le cadre global de la décolonisation, mais il échoue sous les coups de boutoir de l’offensive recolonisatrice des USA et de leurs alliés dont le Moyen Orient est à la fois le laboratoire et la ligne de front.
 Qu’attendaient la direction de l’OLP et ceux, dans le mouvement de solidarité qui se sont alignés sur sa position, de la Déclaration de Principes d’Oslo? A la fois peu et beaucoup : la reconnaissance du fait national palestinien d’une part, et, de l’autre, l’ouverture d’un processus de retrait israélien des territoires occupés en 1967 qui, à terme, mènerait à la constitution d’un État palestinien indépendant sur 22% de la Palestine mandataire.
La reconnaissance a été obtenue, c’est incontestable. Quant à la décolonisation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, elle a effectivement débuté avec le retrait de Gaza et de Jéricho ainsi que le transfert progressif de l’administration des territoirtes occupés à une Autorité Nationale Palestinienne. Une force armée palestinienne s’est également mise en place avec le retrait des forces d’occupation israéliennes des villes de Cisjordanie et de la grande majorité de la Bande de Gaza.
 Pourtant, dès le début, il y avait lieu de s’inquiéter des vraies intentions israéliennes : le calendrier n’a pas été respecté (Rabin : « il n’y a pas de dates sacrées ») et le passage garanti entre Gaza et las Cisjordanie n’a jamais vu le jour. En outre, et c’est un cas unique dans des négociations de paix, des milliers de détenus politiques n’ont pas été libérés, et les organisations palestiniennes – y compris celles avec lesquelles Israël menait les négociations – sont restées illégales.
 Le pire est l’absence de contrôle de l’Autorité Palestinienne sur ses frontières. Or, il ne saurait y avoir de souveraineté sans contrôle de ses propre frontières.
Si on ne peut pas parler de souveraineté, on est alors obligé de reconnaître que l’issue du processus d’Oslo a été la mise en place d’un protectorat auto-administré mais pas indépendant, même si, depuis un an, l’immense majorité des pays du monde le reconnaissent comme État.
 L’an 2000, est celui de la recolonisation, et de la reconquête par Barak et Sharon des maigres acquis matériels, territoriaux et symboliques d’Oslo. Le sort de Yasser Arafat en est le symbole, et ce n’est que grâce àJacques Chirac qu’il n’a pas ete assassiné dans son quartier général de Ramallah. En ce sens, si, en 1993, Oslo a été le dernier avatar de la décolonisation, la reconquête de 2000 est à la fois le symbole de la recolonisation du monde et sa ligne de front. Les accords d’Oslo n’ont pas mis fin au processus de colonisation sioniste mais permis, au contraire, de l’accélerer, sans plus avoir à gérer le quotidien de près de quatre millions de Palestiniens et en délégant une partie de la politique sécuritaire à des milices indigènes. La « lecture pessimiste » des Accords d’Oslo s’est avérée être la juste. En ce sens, vingt ans après, Oslo, comme avancée vers une indépendance palestinienne est bel et bien mort.
 Le centre de gravité de la subversion au Moyen Orient n’est plus en Palestine, mais au Caire et à Damas. A présent, c’est l’avenir de la Révolution Arabe, prise comme processus long, avec ses avancées et ses reculs, ses périodes de démocratisation et ses restaurations, qui déterminera non seulement le destin du Peuple Palestinien mais la pérennité du projet colonial israélien.

Michel Warchawski

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