Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Les « présents–absents » ou les déplacés internes : à la recherche d’une protection internationale

L’État sioniste les considère présents et absents à la fois, présents dans le pays mais absents quant à leurs droits de revenir à leurs terres et de récupérer leurs propriétés et leurs biens, confisqués par l’État colonial. Ce sont les réfugiés ou les déplacés internes, ces Palestiniens qui sont à la fois réfugiés et qui vivent dans leur pays, où a été construite la colonie sioniste, Israël.

Un nouveau livre vient de leur être consacré par le Palestinian Return Centre, basé à Londres, qui est un organisme palestinien chargé de promouvoir le droit au retour des réfugiés palestiniens, sous le titre "Internally Displaced Palestinians 'The Present Absentees'", rédigé par le chercheur tunisien Arafet Boujemaa.

Les « présents–absents » ou les déplacés internes : à la recherche d’une protection internationale

Peu de livres ou d’études sont consacrés à la question des "déplacés internes", qui se trouvent à la charnière de deux problématiques de la cause palestinienne. La première est celle des réfugiés, dont la revendication essentielle reste l’application de leur droit au retour au pays, dans laquelle les déplacés internes ont leur place, puisque ce sont des réfugiés dont les terres et les biens furent volés par l’Etat sioniste, au lendemain de la guerre de 48. Leurs terres comme celles des réfugiés furent livrées à la colonisation et à l’armée et leurs biens soit livrés aux colons, soit détruits. Comme les réfugiés, ils sont interdits de revenir à leurs terres et de se les réapproprier, comme l’exige la résolution 194 du conseil de sécurité de l’ONU. La seconde problématique est celle des Palestiniens de 48, appelés également les Palestiniens de l’intérieur, ceux qui vivent dans leur pays, colonisé, et qui ont résisté à l’épuration ethnico-religieuse menée par les bandes armées sionistes en 1948, en s’accrochant à leurs terres et leur pays et qui continuent à vivre dans l’entité sioniste, sous l’appellation "minorité arabe". Les déplacés internes représentent environ 25% des Palestiniens de 48. Réfugiés ou déplacés internes, ils vivent dans leur pays colonisé mais ne peuvent accéder à leurs terres et villages qui sont soit colonisés, soit boisés soit placés sous contrôle de l’armée.

Le point intéressant soulevé par ce livre concerne la protection internationale devant être assurée à cette catégorie doublement opprimée par l’ennemi sioniste. Jusqu’en 1952, les déplacés internes dépendaient de l’UNRWA, organisme de l’ONU chargé d’aider les réfugiés palestiniens et de leur assurer les besoins fondamentaux, notamment en soins médicaux et éducatifs, mais également leur permettre de travailler. Mais cet organisme a abandonné les déplacés internes, parce qu’ils n’avaient pas franchi à l’époque « les frontières internationales », les livrant aux bons soins de l’entité coloniale nouvellement établie. L’État sioniste a vite fait de les nier, car comme les réfugiés dans leur ensemble, leur présence est en soi un témoignage direct et vivant des crimes commis en 1948 et des fondements instables de sa propre création.

Les déplacés internes sont absents dans les statistiques sionistes. Ils font partie de "la minorité arabe", sur le plan théorique, cependant. Car dans la pratique et dans la vie quotidienne, les déplacés internes empoisonnent la vie de l’institution coloniale, qui est contrainte de s’assurer qu’aucun d’entre eux ne travaille, comme ouvrier agricole, sur sa propre terre, et de mener une campagne de destruction des maisons qu’ils construisent aux alentours de leur village rasé ou de la colonie qui s’est emparée de leurs terres. La lutte exemplaire menée par les habitants déplacés des villages de Bir’im et Ikrit pour revenir à leurs terres a duré plus de trois décennies, avant d’être finalement close par le gouvernement sioniste, sur un refus catégorique de permettre aux villageois et à leurs descendants de revenir à leurs terres et à leurs villages, par simple crainte que leur succès ne permette à d’autres déplacés internes de suivre le même chemin, celui de la lutte juridique.
 

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Le village bédouin "non reconnu" d'al-Araqib, dans le Naqab, détruit des dizaines de fois, reconstruit systématiquement par ses habitants (Photo: Rina Castelnuovo, The New York Times)

 

La question des déplacés internes est à l’origine de la majorité des villages non-reconnus, notamment dans la région d'al-Jalil. Empêchés de retourner à leurs villages, de vivre dans leurs maisons et de cultiver leurs terres, les déplacés internes furent installés par l’occupant soit dans des quartiers dans certaines villes palestiniennes (Haïfa, Nasra), soit dans des maisons appartenant à des réfugiés expulsés du pays ou des villages éloignés du village d’origine. Néanmoins, beaucoup de déplacés internes ont refusé ces installations, qu’ils ont considéré provisoires, lors du pouvoir militaire qui fut instauré contre les Palestiniens de 48, entre 1950 et 1966.  C’est pourquoi ils reviennent et construisent leurs maisons aux abords des villages détruits ou colonisés. C’est Ayn Hod, le village palestinien non-reconnu dont les terres et les maisons d’origine furent transformées en une colonie pour artistes sionistes.

Alors que les Palestiniens de 48 représentent le bas de l’échelle dans l’entité sioniste, quant au niveau de vie et des facilités d’instruction et de soins médicaux, et que les municipalités arabes privées de financement parviennent à peine à assurer quelques services, largement offerts dans les colonies, les déplacés internes vivent des conditions encore plus dures, car avec les biens et les terres confisqués par l’État sioniste, ce sont les potentialités de survie qu’ils ont perdues, en comparaison avec les villageois ayant gardé leurs biens et leurs terres, du moins jusqu’à la fin des années 60.  

Niés en tant que tels par l’État sioniste, les déplacés internes mènent cependant une lutte sur plusieurs fronts afin de se faire reconnaître, d’une part, et de revenir à leurs villages et maisons, d’autre part. C’est le sens de la constitution de l’Association pour la Défense des droits des déplacés internes en "Israël" (Association for the Defense of the Rights of Internally Displaced persons in Israël, ADRID, membre de Ittijah), organisme palestinien représentatif des déplacés internes qui a réussi, au fil de ses congrès à partir des années 90, à rassembler les comités locaux des déplacés internes pour revendiquer le retour à leurs villages et à leurs terres. Dans une interview, M. Wakim Wakim, responsable de l’Association explique : "Notre position consiste à affirmer que notre droit au retour à nos villages n’est pas seulement basé sur la légalité internationale et le droit naturel de tout individu à posséder une propriété, mais également sur les lois 'israéliennes', qui garantissent le droit de chacun à vivre là où il souhaite. Supposons que je veuille vivre à al-Bassa, d’où est originaire ma famille et où nous possédons une terre. Pourquoi pas ? Pourquoi ne puis-je pas ouvrir un bureau ou construire une maison à al-Bassa ?" (Nord d'al-Jalil, village dont les terres furent confisquées pour faire partie d’une colonie construite sur les lieux, mais où l’église et la mosquée témoignent de la présence palestinienne).

La bataille juridique ne servant à rien, puisque l’armée peut remettre en cause tout jugement de la Cour suprême sioniste, lorsque celle-ci prend position en faveur des Palestiniens, la nouvelle bataille est plutôt populaire et médiatique, et vise à sensibiliser l’opinion publique internationale, ainsi que les instances internationales, en vue de faire appliquer le droit au retour des déplacés internes et la compensation pour les biens détruits.

Mais, comme le constate la récente étude sur les déplacés internes, ces derniers ne sont couverts par aucune protection internationale. Si les réfugiés palestiniens, de 1948 ou de 1967, le sont plus ou moins, par l’UNRWA, les déplacés internes ne peuvent compter sur aucun organisme international pour faire valoir leurs droits et revendiquer une protection. La question des déplacés internes dans plusieurs pays du monde ayant été discutée, puisque les guerres raciales et coloniales ont entraîné le déplacement forcé de millions d’individus dans le monde, sans "franchir les frontières internationales" pour pouvoir revendiquer le statut de réfugiés, "des principes directeurs relatifs aux déplacés internes" ont été établis par l’ONU. Bien qu’ils ne constituent aucunement une protection, ces "principes directeurs" ne s’appliquent pas aux déplacés internes palestiniens, puisque l’État sioniste refuse de les distinguer des autres Palestiniens de 48. Ce n’est donc que par leur lutte et par la solidarité internationale qu’ils peuvent accéder à ce statut, mais aussi qu’ils peuvent retourner dans leurs villages d’origine et recouvrer leurs terres et leurs biens.

Les sionistes les jugent absents, mais les déplacés internes palestiniens prouvent tous les ans, et à la même date, qu’ils sont bien présents. Ils sont à l’origine des marches du retour, à l’occasion de la Nakba et chaque année, c’est une marche populaire vers un des villages "disparus" qu’ils se dirigent, portant les pancartes sur lesquelles sont inscrits les noms de leurs villages. Ces marches sont devenues un des moments forts de la lutte des Palestiniens de 48 qui, réfugiés déplacés ou non, y participent massivement, conscients que par leur persévérance, ils contribuent à la promotion à la fois de leurs droits en tant que Palestiniens vivant dans leur pays occupé depuis 1948 et des droits des réfugiés palestiniens à retourner dans leur pays.

Fadwa Nassar