Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Lettre à un ami, blessé et en prison

A « Crazy Bird », Rami mon ami. Par "Marc Prunier"

On a bien ri Rami, dans la pénombre de cette maison en Palestine Occupée.

Toute la bande de tes amis et puis moi en ce mois d'avril 2004, le thé et les sodas sur la table improvisée, l'odeur du narghilé fumant envahissant la pièce. Toi tu ne pouvais faire tournoyer la boîte de conserve trouée servant à la combustion du charbon de bois.

Je me souviens de ces point rouges entraperçues dans les orifices, ces flammèches jaillissantes comme mille étoiles, ais-je pensé ce jour la qu'elle étaient comme vous ? Fugitives d'une immense prison, luttant pour connaître les délices de la liberté et de la dignité, je ne me souviens pas !

Oui on a beaucoup ri à tes dépens, moi le vieux au milieu de ces jeunes (les Shébab), quelques mots d'anglais, un mot ou deux d'arabes, notre ami avec ces quelques mots de français et bien sur papier et crayon servant à nous comprendre, on a échangé partagé et rigoler de tes déboires.

Ton bras brisé enfermé par un plâtre réparateur, « …qu'est-il arrivé Rami ?… », je ne sais lequel à lancer cette idée « …Rami s'est pris pour un oiseau… » et de poursuivre « … Mais lui il ne sait pas volé.. » et voilà c'était parti ta chute d'un arbre devenait prétexte à l'échafaudage d'histoires te mettant en scène, imagination collective : Rami perché et cherchant à imiter un oiseau. On a bien ri !

Je t'avoue que les traits de ton visage c'étaient estompés, je n'étais pas sur à l'évocation de ton prénom te reconnaître, bien sur aucun des visages rencontrés dans chacune des villes et des villages que j'ai parcouru ne se sont effacés, mais remettre les prénoms sur une photo serait un exercice difficile.

Jusqu'à ce jour de septembre, « … Tu sais pour Rami ? … Il l'ont « shooter » trois balles dans le corps et maintenant il est en prison… » ….« répète s'il te plait,…il est arrivé quoi à Rami ??.. » J'ai bien compris ces mots terribles , de ma mémoire jaillis ton visage, oui Rami instantanément j'ai su te reconnaître, j'ai reconnu « Crazy Bird », je t'ai vu assis dans la maison, je t'ai vu sourire, complice de nos plaisanteries.

A présent tes bourreaux te tourmentent, Rami c'est dur, de te savoir blessé, souffrant parmi la meute de ces assassins impunis parce qu'ils ont la force de la lâcheté de la communauté internationale, face à un Etat voyou conduit par des criminels.

C'est douloureux d'imaginer ces barbares entourant la maison ou tu étais réfugié. Je ne peux qu'imaginer l'horreur de l'assaut, ta douleur lorsque les balles cognent et pénètrent ton corps, l'hystérie des soldats triomphants traînant ton corps comme des charognards..

J'imagine ce que tu endures.

Chaque jour, pour celles et ceux qui veulent le savoir les dépêches apportent leur lot de drame, de misère de cruauté de torture envers ton peuple, mais cette nouvelle est différente pour moi.

Elle me frappe, me blesse, me révolte un tourbillon d'idée chahute ma pensée.

Ce n'est pas juste, tes compagnes et compagnons de combat méritent la même compassion, la même solidarité, mais je ne suis qu'un être humain et notre rencontre pendant ces quelques jours différencie ma douleur, ma révolte.

Lorsque notre ami au téléphone m'a annoncé ton martyre, il m'a fallu rester digne, ne pas pleurer, mais vois tu Rami au delà des chiffres froids et désincarnés des crimes commis par Israël, tu es un homme, un résistant avec qui j'ai partagé un instant de bonheur.

Tel un oasis au milieu du désert de souffrance et d'humiliation, cette soirée la, l'occupation impitoyable de ton pays c'était estompé, l'inquiétude d'une énième exaction israélienne était couverte par nos rires.

Peut être auras-tu un jour cette lettre (Inch'allah). Nos amis communs, j'en suis sur, feront tout leur possible pour qu'elle te parvienne.


- Je veux que tu saches que je penses à toi, que ton visage est à présent gravé avec ton prénom dans ma mémoire.


- Je veux que tu saches, qu'avec des milliers de femmes et d'hommes habitants en France, nous faisons notre possible pour que le monde stop la main criminel, depuis plus de cinquante années, des gouvernements israéliens.


- Je veux que tu saches, qu'au delà de ma tristesse, surgit la fierté d'avoir rencontré, un trop court instant, un combattant, un résistant, un homme qui n'abdique pas face à la barbarie.


- Je veux que tu saches s'il en était besoin, que le drame qui te frappe renforce ma détermination à lutter pour ton droit, le droit de tout le peuple palestinien, ou qu'il se trouve à posséder ses droits inaliénables, de vivre chez lui comme il l'entend, décide souverainement de son destin.


- Je veux que tu saches, que quelque part des femmes et des hommes pensent à toi avec une profonde amitié.

Ma'a salame Rami,

Marco le French boy.