Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

"Ne vous appropriez pas les oiseaux de Palestine"

Par Samah Jabr

La Palestine est en train de vivre une crise entre une élite de Palestiniens soutenue par l'Occident et les Palestiniens ordinaires de plus en plus fatigués de leurs difficultés à gagner leur vie.

Pour la commémoration du 60ème anniversaire d'Israël, l'an prochain, Israël veut choisir un oiseau national comme emblème. Selon les officiels israéliens, « cela rentre dans la culture des nations respectueuses de la nature et c'est un moyen pour identifier un pays. C'est aussi une façon de mettre en avant les questions de l'environnement et de la protection des animaux. »

Le directeur de l'observatoire ornithologique de Jérusalem a proposé que l'opinion israélienne soit partie prenante dans le choix de l'oiseau et qu'elle s'identifie en union avec le pays. Le bulbul, un joyeux oiseau chanteur, commun dans [les réserves naturelles] de Wadi El Bazan, Wadi Al Qilt et Ein Qeenia, et le sunbird de Palestine, un petit oiseau noir pailleté de couleurs chatoyantes répandu dans les régions désertiques, étaient pressentis mais son nom anglais a fait écarter ce dernier, d'après Haaretz.

Tandis que cette discussion sur les oiseaux se lançait chez les Israéliens, certains Palestiniens déclanchaient une révolution ici à propos d'un autre oiseau : celui du titre « Parle oiseau, parle encore », un recueil de contes traditionnels palestiniens. L'ordre a été donné de retirer le livre des bibliothèques scolaires par un fonctionnaire du ministère de l'Enseignement palestinien, au motif qu'il contient des insinuations sexuelles et des « expressions honteuses » qui ne doivent pas, selon le décret, être exposées devant des élèves.

Bien que le ministre de l'Enseignement, Naser-Al Deen Al Shaer, ait précisé que le livre pouvait rester entre les mains des enseignants, mais pas des écoliers, une polémique a suscité quelques protestations et des manifestations dans la rue palestinienne et on en a profité pour qualifier le gouvernement de « gouvernement militant radical du Hamas », « hommes des ténèbres », « Talibans de la Palestine ».

Naturellement, ces réactions ont été reprises à grand bruit par les médias dominants occidentaux. Alors que cette presse parle si peu des atrocités quotidiennes commises par Israël contre les Palestiniens, soudain, elle s'est alarmée pour des « intellectuels palestiniens en colère, opprimés » et elle s'est s'inquiété de ce que « le Hamas (se servirait) de sa victoire électorale de l'an dernier pour remodeler les territoires palestiniens selon une interprétation radicale de l'Islam. »

Les médias occidentaux n'ont pas été jusqu'à dire cependant que ce n'était pas le premier livre interdit en Palestine. Les livres du défunt Edward Saïd ont été interdits en Palestine par ces mêmes Palestiniens qui s'agitent tant aujourd'hui, et les intellectuels maison étaient restés alors bien silencieux. Ils n'ont pas dit non plus qu'il n'y a qu'en Palestine que les censeurs d'un ministère de l'Enseignement ont à charge la pratique et l'esprit des élèves, des controverses similaires survenant aussi en France et aux Etats-Unis.

Avec toute cette propagande fétide, aucun média international, aucun de ces « intellectuels palestiniens », ni même le gouvernement sur la défensive, n'a prêté la moindre attention aux pauvres bulbul et sunbird, récupérés par Israël pour son usage personnel.

Entre autres choses, la Palestine est en train de vivre une crise entre une élite de Palestiniens soutenue par l'Occident et qui a ses propres associations et institutions, se considère comme représentant la culture de Palestine, et les Palestiniens ordinaires, dont ces nombreux fonctionnaires du gouvernement, qui sont de plus en plus fatigués de leurs difficultés à gagner leur vie. La voix de ces derniers n'est entendue ni localement ni internationalement. Même si beaucoup ne s'en rendent pas compte, le fossé entre ces deux classes se creuse et le morcellement de la société palestinienne qui en résulte continue de s'étendre comme la peste parmi notre peuple.

Selon une étude du Bureau central palestinien de Statistiques sur le statut démographique et socioéconomique du peuple palestinien, réalisée fin 2006, la classe des élites palestiniennes s'est enrichie malgré l'embargo et la pauvreté étendue qu'il a provoquée. La répartition des revenus en 2006 s'est modifiée en faveur des familles riches et aux dépens de la classe moyenne. En fait, la part des revenus obtenus par les 10% des familles les plus riches a augmenté de 24% durant l'année 2006 (de 25,1% en 2005 à 30,6% à la fin du second trimestre 2006). Par contre, les revenus de la classe moyenne ont baissé de 12%, et la part des revenus gagnés par les 20% des familles les plus pauvres n'a pas changé.

Alors que Washington avec son embargo punitif prend d'une main, de l'autre néanmoins il donne à ceux qui lui sont favorables. Le département d'Etat US a mis de côté un énorme budget pour « protéger et promouvoir les modérés et les alternatives démocratiques au Hamas », et il verse de l'argent aux ONG et à d'autres groupes liés à des partis politiques palestiniens « non étiquetés comme groupes terroristes. » L'argent est employé pour entraîner des partis politiciens et laïcs opposés au Hamas, pour créer des alternatives démocratiques aux options autoritaires ou islamiques radicales, ainsi qu'aux journalistes qui vilipendent le gouvernement et manipulent l'opinion publique.

D'après des rapports, les écoles privées palestiniennes ont reçu 5 millions de dollars pour proposer une alternative au système éducatif public assuré par le gouvernement, ce qui signifie que le bourrage de crâne va commencer dès l'enfance.

L'argent de l'Occident sert à créer les élites de la société politique et civile, fabriquant des idoles dont l'âme est asservie par la peur et l'avidité. Ces Palestiniens domestiqués règlent leur langage sur les exigences de leurs maîtres. Agissant à l'opposé de nos valeurs et de notre réalité, ils nous mettent à l'écart car ils se croient autorisés à parler en notre nom. Tant qu'ils seront prêts à se vendre et à détourner les orientations nationales palestiniennes, la communauté internationale est prête, elle, à leur donner tous les droits et le droit à tout.

Je rencontre chaque jour de ces gens-là. J'entends leurs fanfaronnades et je les observe parlant de leur hauteur à nous autres, comme si on ne connaissait rien et si eux savaient tout. Pourtant, ils partagent le même dogme que les gens qu'ils critiquent ; la même mentalité fractionnelle, ethnique et régionale ; ils fonctionnent dans le même centralisme, avec une personne à la tête en position de pouvoir qui ne tient compte ni de l'érudition ni du niveau de professionnalisme des autres. Ils ont le monopole du marché du travail et le pouvoir d'engager des hommes de main. Ceux qu'ils engagent viennent du même milieu politique et idéologique. Et, pourtant, contrairement à la plupart d'entre nous, certains de ces Palestiniens travaillent dans des ONG avec des cartes spéciales et empruntent certains chemins que nous ne sommes pas autorisés à prendre.

Ils se voient dans une mission où il leur revient de civiliser les habitants de la jungle, qu'on appelle les Palestiniens, et de nous inculquer des idéaux qui se vendent très bien à l'étranger : l'enseignement de la paix et de la démocratie (en théorie seulement), des questions liées au genre et aux droits des femmes (comme si les autres Palestiniens pouvaient profiter de leurs droits humains), du dialogue et du partenariat (un sujet « de rigueur » ces temps-ci).

Ce n'est pas sur les donateurs occidentaux qu'il faut compter pour financer une ONG palestinienne basée à Jérusalem, ou qui travaille pour les prisonniers palestiniens ou pour les droits des réfugiés.

Quand je participe à des ateliers et des conférences sur la santé mentale en Palestine, j'entends trop souvent des remarques sur l'inceste alors que c'est extrêmement rare en Palestine, et si cela arrive, c'est la conséquence d'une situation pathologique psychologique, et beaucoup moins sur les problèmes de retards mentaux qui sont si tragiquement fréquents et pour lesquels nous n'avons aucun établissement décent. Mais diaboliser les hommes et condamner le patriarcat palestinien est une bonne cause pour ceux qui recherchent des fonds et pour les donateurs qui cherchent à renforcer nos stéréotypes.

Oui, il y un patriarcat en Palestine, un patriarcat qui protège les femmes et apporte une résolution aux conflits dans une absence totale d'Etat. Si ma voiture a un pneu à plat, 10 hommes que je ne connais pas vont venir m'aider à le changer. A Paris par contre, une femme a été violée dans le métro et personne n'est intervenu. Ces choses répugnantes peuvent se produire en tout lieu. Soyons juste à l'égard de notre communauté et concentrons-nous plus sur la norme que sur l'exception, et apprenons à nous donner des priorités au lieu de toujours rivaliser pour récupérer l'argent étranger. Entre les donateurs étrangers et leurs organisations bénéficiaires préférées, beaucoup d'oiseaux d'ici ne trouvent rien pour faire leur nid en Palestine.

Samah Jabr est psychiatre en Palestine occupée.

Post-Scriptum : Souces: The Washington Report on Middle East Affairs - Juin 2007 - traduction : JPP pour "Les Amis de Jayyous" protection-palestine.org