Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Nos organes sont-ils des pièces de rechange pour eux ?

Par Rashad Abi Shawar (écrivain palestinien, auteur de plusieurs romans)

Au cours de la grande Intifada, les soldats de l'occupation se lançaient des défis pour savoir lequel était meilleur pour tuer des Palestiniens, par une seule balle dans la tête. En quelques secondes, quatre jeunes Palestiniens tombèrent, touchés à la tête. Deux furent tués sur le coup, l'âme de l'autre rejoignit le Seigneur deux jours après, et le quatrième resta accroché à la vie malgré la mort cérébrale clinique.

Les quatre ciblés par les soldats de l'occupation étaient de Nablus, et ce jour-là fut déclaré vendredi noir. La vie de trois d'entre eux fut arrêtée net. Quant au quatrième, son histoire fut racontée par la presse arabe, et certains journaux internationaux, dont le Herald Tribune, à cause de l'excitation qu'elle avait suscitée. Après avoir été touché, le quatrième fut emmené à l'hôpital Rafidia à Nablus, et deux jours après, à l'hôpital al-Maqased dnas la ville d'al-Quds.

Le jeune homme considéré comme mort cliniquement est Naser al-Hawwash. Selon les valeurs religieuses, humaine et morales, ce jeune homme fut abandonné, luttant contre la mort, comme s'il devait reprendre vie, par miracle. Parce que d'autres, ayant atteint le seuil du désespoir, ont pu retourner à la vie, avant et après (Chevènement, le premier ministre, en fait partie!).

Au cours de cette période, un Israélien a été atteint d'une maladie au coeur, celui-ci s'étant arrêté de fonctionner. Cet individu se nommait Yisrael, et c'était un riche commerçant. Ses proches ont recherché celui lui ferait don de son coeur, mais n'ont trouvé personne. Ils ont fait le tour des hôpitaux, y compris les hôpitaux palestiniens. Et malgré leur racisme envers les Arabes, et surtout envers les Palestiniens, ils voulaient ardemment obtenir un coeur, même si c'était un coeur arabe (la vie est plus importante que l'idéologie, et même plus importante que les déclarations de rabbins extrémistes).

Après les délibérations, il s'est avéré que le coeur de Naser al-Hawwash convenait à Yisrael, et commença alors la négociation...

Un journaliste palestinien était à la recherche d'un fait médiatique qui ferait sa gloire, qui lui permettrait d'assurer sa place en tant qu'intermédiaire, je ne citerai pas son nom. Il contacta la famille de Naser, essaya de les amadouer par tous les moyens, les incitant à faire don de son coeur pour sauver Ysrael, avançant qu'un tel geste ferait un tapage médiatique favorable au peuple palestinien!...

Remarquez : ce journaliste voulait convaincre les parents de Naser de demander aux médecins de l'hôpital al-Maqased de retirer les tuyaux qui alimentaient son corps, d'arracher son coeur, de le faire mourir effectivement et de donner la vie à Ysrael !

La direction nationale à Nablus s'était réunie, discutant la question - et c'était cet esprit national qui dominait à l'époque de l'Intifada... avant Oslo - et a décidé, à l'unanimité, de refuser le marché.

Des directions des mouvements, islamiques, nationaux, nationalistes, des personnalités indépendantes ... ont décidé d'une seule voix : nous refusons de tuer un Palestinien pour sauver la vie de Ysrael, nous ne récompensons pas les criminels par des organes, le sang ou la chair de la victime...

J'avais suivi à l'époque cette affaire tragique, dont le dernier épisode fut : Ysrael, pour qui aucun individu de sa religion n'a voulu faire un don, est mort, et Naser a continué à lutter contre la mort jusqu'à la veille du jour de Noël... Les cloches des églises d'al-Quds, de l'Eglise de la Résurrection, l'Eglise de la Nativité de Bethlehem ont sonné, remplissant la triste nuit palesitnienne de l'appel à la vie, rappelant le Christ crucifié se sacrifiant pour l'humanité... A cet instant, l'âme de Naser al Hawwash s'est élevée !

Un isntant de naissance et de mort, telle est la vie, elle était ainsi et elle l'est encore. Au moment de l'élévation de l'âme de Naser, une femme palestinienne donnait naissance à un nouveau bébé palestinien, qui fut appelé Naser...

Non, ce n'est pas une légende, mais c'est une histoire palestinienne, bien réelle, qui se poursuit.

Je me suis préoccupé de cette histoire, et l'ai écrite sous forme de roman, paru en 1994, à Dar al-Adab. Lorsque je visitai Nablus, j'ai cherché la tombe de Naser al Hawwash et j'ai récité la Fatiha pour la paix de son âme...

De nouveau, cette histoire :

Un soldat de l'occupation cible la tête d'un enfant du camp de Jénine, et le tue.

Le jeune garçon s'appelle Ahmad Isma'il al-Khatib ! Ahmad est un garçon palestinien du camp de Jénine - camp de l'héroïsme, du martyre et de la catastrophe -, son père fait don de ses organes afin qu'ils soient des pièces de rechange aux Israéliens.

Il est remercié par le président de la Knesset (israélien), qui loue sa générosité d'avoir fait don des organes de son fils...

Ainsi les Palestiniens prouvent qu'ils aiment la paix!!!

Le père déclare qu'il est prêt à rencontrer Sharon pour la cause de la paix !!

Arafat s'est rendu chez Rabin, Barak, Pérès, Sharon et... il eut pour fin un poison mortel.

N'est-ce pas Sharon qui a détruit le camp de Jénine sur la tête de ses habitants ? C'est sa paix, à lui. Par quel argument ce père affligé va-t-il convaincre Sharon ?

Réalisez-vous la différence entre le discours de la grande Intifada (la première, trahie) et le discours après Oslo ?!

Deux jours après les remerciements de la Knesset, plusieurs jeunes furent assassinés, probablement par reconnaissance, confirmation des remerciements, ou peut-être y a t-il chez ceux-là - je signifie les partenaires de la paix!! - un besoin de pièces de rechange en provenance de jeunes corps palestiniens ...

Les cinq enfants israéliens qui se sont partagés les organes du jeune palestinien Ahmad Isma'il al-Khatib, le fils du camp de Jénine, qui tomba martyr le jour de la fête, et dont la vie a été arrachée par des soldats qui se sont habitués à tuer les Palestiniens, auront-ils de la miséricorde envers les enfants palestiniens, lorsqu'ils seront plus grands, en reconnaissance de dette envers celui qui leur a sauvé la vie après que leurs pères aient volé la sienne ?

La femme de 54 ans va-t-elle se diriger contre l'occupation, dénoncer Sharon, Mofaz, Netanyahu, Pérès, Barak, et le broyeur des os Rabin, pour leurs crimes contre les généreux et bons Palestiniens ?

Et puis, de quel droit ce père fait-il don des organes de son fils ?

N'a-t-il a été tué parce qu'il est palestinien ?

Il était normal qu'il consulte les gens du camp de Jénine, les fils et filles des martyrs qui furent enterrés vivants sous les chaînes des bulldozers. Il devait consulter les directions nationales de la région de Jénine, comme l'a fait auparavant la famille de Naser al-Hawwash, et non qu'il agisse comme l'ayant-droit des organes d'un jeune palestinien martyr, et faisant des déclarations dignes des dirigeants d'Oslo...

Ceux qui suivent les informations en Palestine ne doivent pas surpris par le nombre de jeunes Palestiniens, garçons et filles, assassinés de sang-froid après que ce père ait fait don des organes de son fils palestinien !!

J'ai contemplé la photo de ce jeune assassiné par les balles d'un sniper criminel qui s'est abreuvé de haine et de racisme, mêlés au lait de sa mère, ce jeune qui porte sa guitare. Autour de son poster, ses jeunes amis sont là, certains seront assassinés pour servir de pièces de rechange ?! et d'autres porteront le fusil à la place de leur jouet...

Ceux-là, ils préservent la mémoire de Ahmad, le Palestinien, eux refuseront le geste de ce père. Eux, du fait de leur expérience avec ces soldats, du fait de leur vécu, de leurs souffrances, savent que la paix ne se réalise pas par le don de nos organes, ni par des campagnes de propagande humiliantes et usées. Elle se réalise par ce que ces jeunes vont porter, lorsque leurs corps grandiront de quelques pouces, pour arracher la liberté de leur terre, pour préserver les organes de leurs corps, avec lesquels ils sont nés et avec lesquels ils seront enterrés dans la terre pure de la Palestine.

Post-Scriptum : Souces: Al Quds al-Arabi du 16 novembre 2005