Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Nouvelles exactions de l'armée israélienne à Nilin : 2 militants de Génération Palestine blessés

Bonjour a tous,

A l'heure ou nos dirigeants persistent a soutenir la politique israélienne au nom de la "sécurité de ses citoyens", voici en quelques mots notre témoignage sur la situation dramatique que subit le village de Ni'lin, et ce depuis prés de trois mois.

En Juin dernier, une énième décision injuste et illégale du gouvernement israélien s abattait sur le village de Ni'lin. Ni'lin est un village de Cisjordanie a quelques kilomètres au nord ouest de ramallah dont la seule source de subsistance pour les plus de 5000 habitants reste l agriculture. Cependant, aux dires de l'armée israélienne, ce village a le tort de se trouver au centre d un vaste réseau de colonies (la plupart récemment construites) faisant de sa position un endroit stratégique a quelques kilomètres du centre de la Cisjordanie. Fidèle a sa politique du fait accompli territorial, l'armée israélienne a mis en place un vaste plan visant a assurer une continuité territoriale et routière entre les différentes colonies de la région en projetant de construire routes de contournement, tunnels, bases et tours de garde de l'armée israélienne sur les terres appartenant au village. Enfin, le nouveau trace du Mur de l apartheid achèvera définitivement la vie économique et sociale de ce village déjà si précaire.

Selon les rapports diffuses par les acteurs locaux palestiniens et notamment a Ni'lin, le taux de chômage dans le village atteindra les 90 pour cent de la population une fois les différentes installations finalisées.

Face a cette situation, les villageois de Ni'lin ont décide de s organiser et d agir. Un comité de résistance contre le Mur s est mis en place, multipliant les liens avec les autres villages décimés par le Mur de l'apartheid ainsi qu'avec les mouvements de solidarité locaux et internationaux. En effet la lutte encore jeune de Ni'lin s inscrit dans la continuité des modes d'action non violents débutés a Bil'in en 2004 et repris un peu partout en Cisjordanie de Nezlet Issa a Tulkarem en passant par Ma'sara a Bethléem.

Cependant il est important a noter que les enjeux présents a Ni'lin en font un combat stratégique qui marquera un tournant dans l histoire de la résistance contre le mur et qui nécessitent de fait une solidarité active. Si les israéliens parviennent a faire aboutir leur plan, c est l'un des plus gros blocs de colonies de Cisjordanie (en plein centre) qui se verra constitue. Un grand pas de plus sera franchi par Israël dans sa stratégie de partition territoriale et quasi irréversible de la Cisjordanie anéantissant les espoirs de liberté, de justice et donc de paix. Ni'lin est aujourd'hui hui assiégée avec au sud les colonies de Hashmona Him, Shilat, Lapid, Kfar Rut, Menora, Mattiyahu Modin Illit formant un bloc de plusieurs milliers de kilomètres carres ; au nord les colonies de Nili et Nahaleh et enfin le Mur a l'est et a l'ouest. A terme les blocs de villages palestiniens comprenant Ni'lin, Budrus, Qybia et Al Midia se trouveront en position de "trou dans le gruyère" déconnectés physiquement et territorialement de leurs terres agricoles ainsi que du reste de la Cisjordanie.

C est ainsi qu'en Juillet dernier, lorsqu'arrive la première équipe de Génération Palestine chargée d'organiser le camp d'été, nous apprenons que le village de Ni'lin se trouve sous couvre-feu complet depuis plusieurs jours et qu'une bataille aux enjeux importants est en train de s'y jouer. Le poids stratégique du lieu pour Israël n'aura d'égale que la violence de l'armée a l'égard des villageois et des internationaux solidaires. Nous apprenons également que la population s'est entièrement mobilisée, que différentes initiatives sont en cours et qu'ils ont besoin de notre solidarité. Nous projetons donc de nous rendre a la manifestation non violente qui aura lieu le 25 Juillet.

Nous retrouvons l'ensemble des groupes ce matin la a 10 heures a la Mairie de Ni'lin. Nous sommes chaleureusement accueillis par le comité contre le mur qui nous expose la situation et les enjeux en cours. D'autres internationaux sont la ainsi que les anarchistes israéliens contre le Mur. Très rapidement nos amis et frères palestiniens nous mettent en garde concernant l'usage excessif de la violence de la part des soldats dont la plupart sont membres de la police des frontières, les fameux "Magav" tristement connue pour leur usage répété de la violence a l'égard de tous les civils sans distinction. Rappelons juste que cette fameuse unité a pour habitude d'être mise à l'honneur dans de grandes salles parisiennes à l'initiative d'organisations françaises pro-israéliennes.

La manifestation s'organise et nous voila partis en direction du Mur. Nous commençons a entendre les bruits des bulldozers arrachant les oliviers a leur terre et leurs terres aux paysans. Le terrain est difficilement praticable : une colline en pente, des cailloux et des oliviers nous empêchant de voir ou se trouvent les soldats. Pour couronner le tout, une colonie nous fait face a quelques centaines de mettre. La manifestation est non violente. les seules armes utilisées sont les slogans ayant pour contenu les mots de droit et justice. Nous ne sommes même pas arrives a proximité du mur que les explosions commencent. Une pluie de grenades a sons et bombes lacrymogènes s abat sur nous. le gaz israélien a ceci de particulier qu'il vous bloque les poumons rendant la respiration impossible. Ailleurs en Cisjordanie, notamment dans le zones urbaines, les personnes les plus fragiles sont souvent décédées après leur inhalation.. La manifestation se disloque. Puis arrivent les balles en caoutchouc-plomb. Nous arrivons quelques uns a nous frayer un chemin entre les projectiles et les oliviers et nous retrouvons face aux soldats. Ceux-ci rigolent, ils s'amusent a voir des êtres humains paniqués, ne pouvant plus respirer par une chaleur terrible. Les soldats nous aperçoivent et nous visent. Nous tentons de nous échapper. Les grenades lacrymogènes sont maintenant envoyés dans notre direction en tir tendu. Nous devons notre salut a nos chers oliviers ayant souvent bloque la trajectoire des balles et grenades. Nous retrouvons le reste du groupe. Après avoir repris notre souffle nous tentons d'apercevoir les soldats qui se sont approches. Nous sommes a plusieurs centaines de mètres et ne représentons aucun danger pour les soldats. Ceux ci nous observent, plaisantent entre eux. Un membre du projet se trouve prés de moi. Son seul "tort" est de tenir une camera. Il est heurte de plein fouet par une balle caoutchouc plomb. Une belle blessure au menton et plein de sang.. deux centimètres plus haut et il fallait l'emmener chez le prothésiste dentaire. 10 centimètres et c'était la morgue. Nous repartons. De retour au village nous essayons d'analyser les raisons de cette violence sauvage.

Première hypothèse : Les israéliens craignent que l'épisode Bil'in ne se propage partout en Cisjordanie et tentent donc de briser les initiatives naissantes par une extrême violence. Nous pensons donc qu'il est important d'assurer la présence d'un maximum d'internationaux durant les manifestations non violentes au moins pendant la période transitoire. Nous envisageons donc de revenir en aout avec le deuxième groupe.

Quelques jours plus tard, nous apprenons le décès du jeune Ahmad Moussa, tué d une balle réelle en pleine tête pendant une manifestation non violente des villageois. Tiré à moins de dix mètres, le projectile lui traversera le tête. Nous décidons avec une dizaine de personnes de nous rendre a l'enterrement. Nous revoilà sur la route de Ni'lin. A l'entrée du village une dizaine de blindés israéliens ainsi que des soldats postés sur les collines nous attendent. Nous retrouvons les habitants du village. Tout le monde attend le retour du corps qui vient de quitter Ramallah. L'atmosphère est très lourde. L'accueil du martyr s'organise a l'entrée du village sous les yeux indifférents des soldats. Certains baillent, d autres rient, l'un d entre eux nous fait un bras d honneur (Cf video sur blog 3TA). Puis le convoi arrive. Nous partons a leur rencontre. Le cortège funéraire pénètre dans le village. La tristesse et la rage se fait sentir. Un enfant de l'age du martyr jette une bouteille vide en direction d un soldat. La "riposte" ne se fait pas attendre : 9 grosses grenades lacrymogènes sont tirées dans le cortège. les gens suffoquent, courent, ambiance panique générale. Nous voila loin des soldats. le cortège reprend son cours. Ahmad Moussa allait avoir onze ans. Il n'a jamais jeté de pierres ni tiré de roquettes sur Sderot.. Le soir même, nous apprenons le décès d un autre jeune de 19 ans, mort des suites de ses blessures (balles en caoutchouc-plomb tirées en pleine tête ).

Lundi 11 Aout, a l'initiative du comité contre le Mur et de Génération Palestine, une nouvelle manifestation est organisée. Grâce a notre expérience passée, nous arrivons a mieux nous organiser. Comme la première fois, les explosions commencent avant même notre arrivée sur la tranchée annonçant la prochaine construction du Mur. Nous continuons à avancer et nous voila enfin sur cette fameuse route face à face avec les soldats. Keffiehs, drapeaux sont brandis devant eux. Nous sommes environ une vingtaine.. Les gaz s'abattent sur le groupe a l'arrière qui se voit obligé de reculer. Un Magav tire en l'air et à terre à balles réelles a quelques mètres de nos jambes. Nous reculons de manière nonchalante et revenons. Leur cirque se poursuit. Ils nous visent et tirent. Grenades à son, lacrymogènes et balles en caoutchouc s'abattent sur nous. Nous nous écartons pour finir par revenir. Les soldats comprennent que nous ne bougerons pas.. leurs renforts arrivent de la colline. Nous avons le tort de ne pas leur prêter une trop grande attention. Les tirs de grenades commencent à se faire en tir tendu dans notre direction frôlant nos têtes. Les soldats visent particulièrement ceux qui portent le drapeau palestiniens dont Noam, hayt et moi. Une lacrymogène brulante tirée en tir tendu par un lance grenade me passe a 10 centimètres du crane, la deuxième me pète sur le bras. étouffé par le gaz et allongé par terre je ne peux qu'observer une personne également à terre que plusieurs palestiniens peinent à soulever. Je mets plusieurs secondes a reconnaitre Noam, le front ouvert et la visage couvert de sang. Les ambulanciers le prennent en charge. Nous nous retrouverons plus tard à l'hopital.

Nous décidons de quitter les lieux : les soldats ne s'arretent plus de tirer en notre direction. La situation devient incontrôlable et beaucoup trop dangereuse. malgré tout nous nous en sortons plutôt bien. le résultat aurait pu être bien pire.

A ce jour 3 personnes ont été tuées a Ni'lin, 15 blesses a balles réelles, plus de 200 atteints par balles caoutchouc-plomb et des centaines de blesses et traumatises. Tout cela en a peine 3 mois.

Contrairement à ce que l'on pensait, la violence extrême a Ni'lin ne vise pas à tester la détermination des habitants ou la durabilité de leur résistance. Cette violence vise a la briser physiquement. Les enjeux a Ni'lin sont bien trop stratégiques pour Israël. Mais le combat qui s'y joue peut déterminer l'avenir de la lutte contre l'apartheid, la confiscation des terres, la colonisation, pour le droit et la justice.

Les habitants de Ni'lin comptent poursuivre leur lutte et ont besoin de notre soutien a tous. Tachons d être à la hauteur..

Salamet et a bientot

Yaz