Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Prix Mahmoud Darwich pour la Liberté et la Création

Aujourd’hui, 13 Mars, 2012, la ville de Ramallah, en Palestine occupée, était au rendez-vous avec  un évènement culturel, mais aussi politique, important, c’est le  jour national de la culture palestinienne qui correspond au jour de la naissance du poète emblématique de la Palestine Mahmoud Darwiche .
Décidé, par le ministère palestinien de la culture, il y a trois ans ,  ce jour est l’occasion de décerner un prix  intitulé « Prix de Mahmoud Darwich pour la Liberté et la Création »  chaque année à un écrivain, ou artiste , ou toute personne créateur .
La particularité de cette année est l’inauguration , dans une belle journée ensoleillé , le jardin d’AL Barwa , au  nom du village de Mahmoud Darwiche , en Palestine 1948 , rasé par l’Etat d’Israël ,  du Musée de Mahmoud Darwich ,  et aussi du mausolée de Mahmod Darwich dont l’architecte est Jaafar Touquan , le même qui a fait le mausolée de Yasser Arafat , à son quartier général Al Moqataa, toujours à Ramallah , Touqan est aussi , par le paradoxe  de l’histoire contemporaine palestinienne, est le fils d’Ibrahim Touqan , grand poète palestinien de Naplouse , très célèbre dans les années cinquante, qui  est aussi  l’auteur d’un chant patriote palestinien national arabe MAWTINI ( ma patrie ) qui est aujourd’hui l’hymne national de l’Irak .
Ibrahim Touquan est enfin un des fondateurs de la radio Al Qouds  , à Jérusalem , deuxième radio dans le monde arabe au milieu des années tarentes , après celle du Caire .   
Le publique  découvre dans le musée, les manuscrits du poète ; ses stylos, sa  tasse de café, ses photos, son bureau  et aussi plein d’objets   …
La cérémonie de remise de prix par le premier –ministre palestinien Salam Fayyad  et le président de la Fondation « Mahmoud Darwich » Yasser Abderabo , organisée au palais de la culture, tout près du Musé Darwich , était l’occasion d’apprécier la poésie de  Darwich interprété par des orchestres de jeunes palestiniens de la Fondation d’Edward Saied , mais aussi de Jérusalem et de Bethléem.
Mais Gaza , dont le sang coule depuis plusieurs jours par les raids meurtriers de l’aviation israélienne , était aussi présente au cœur de cette cérémonie avec un appel alarmant de cesser le crime de guerre perpétué par l’occupation israélienne ( à cette occasion vous trouvez en complèement un poème qu’a écrit Darwiche sur Gaza , déjà en 1974 ) .
Les prix de cette années ont été donc décernés à l’actrice tunisienne Jalila Bakar et au poète palestinien Zuhier Abu Shayeb .
En décernant le prix «  Mahmoud Darwich pour la la Liberté et la Création » à Jalial Bakar , les palestiniens , ne rendent pas  seulement hommage à une grande actrice connue pour son engagement en faveur des causes de la liberté et de la justice , mais aussi ils adressent une salutation à la Tunisie , pays de la révolution des jasmins , qui inaugure de ce qui est devenu appelé « Printemps Arabe » mais aussi le pays qui accueilli l’OLP après son départ du Liban 1982 , jusqu’au retour à la Palestine en juillet 1994 ( vous trouvez en complément un extrait  en vidéo de Darwich , intitulé «  comment peut-on  guérir  de  l’amour de la Tunisie » )
Empêchée de se rendre en Palestine pour recevoir son prix ( qui a été remis au représentant de la Tunisie auprès de l’Autorité Palestinienne ) , elle a adressé une courte intervention télévisée au public palestinien  dans laquelle elle dit

J’ai rêvé de cette visite
Comme une musulmane qui rêve de se rendre à la Mecque
Mais , ils m’ont empêché …
Peu importe les raisons
Peu importes ceux qui m’ont empêché
Ils m’ont interdit ..
Ils pensaient que la Palestine est un pays ordinaire..
Avec de frontières qui se ferment  
Et que son peuple , est un peuple qu’on peut emprisonner
Ils pensaient que   ce pays a un gardien qui a de clés dans la main
Et ce gardien décide qui le droit de visiter ou  non la Palestine
Mais ils se trompent ; ils sont même idiots et ne comprennent rien
La Palestine n’est pas seulement une terre..
C’est un pays qui n’a pas de frontière comme notre idée sur l’inconnu peut être  étroite comme large..
Et la Palestine ce n’est pas uniquement un peuple ..
C’est aussi de millions de femmes et d’hommes du monde entiers qui ont gardé la Palestine dans leur cœur depuis génération..
Ils l’ont aimée et son amour est une maladie héréditaire ..

Avant la fin de la cérémonie le président de haut conseil de la culture de l’OLP , Yahia yakhlef ( un romancier connu) a annoncé que le président Mahmoud Abbas a décide en ce jour national de la culture palestinienne de  décerner le signe du Mérite à Tamam Al Akhal Shamout, peintre femme , Ibrahime Hazima , peintre syrien vivant en Allemagne et Ahmad Dahbour , écrivain , poète palestinien , vivant en ce moment en Syrie .
Et ce même jour le président palestinien a décidé aussi d’octroyer le passeport palestinien au célèbre chanteur libanais   Fadel Shaker .
La cérémonie s’est termine par le chant Matini alors qu’elle a commencé avec l’hymne national palestinien Fidday  

Hassan Balawi Ramallah le 13 mars 2012  

Chant de Mawteni : http://www.youtube.com/watch?v=z3YBz7aWR5k&feature=related

Poésie de Mahmoud Darwiche  : http://www.youtube.com/watch?v=RkdEv3z7jMk

Silence pour Gaza

Extrait de la « Chronique de la tristesse ordiniaire », publié à Beyrouth en 1974.

Elle s’est ceinte d’explosifs et elle éclate ! Va-t-elle mourir ? S’est-elle suicidée ? Non, non. C’est la manière de Gaza d’annoncer son imprescriptible droit à la Vie.
Voilà quatre ans que la chair de Gaza vole en éclats. Sorcellerie, magie ? Non, non. C’est l’arme avec laquelle Gaza s’acharne à défendre à l’usure son existence !
Voilà quatre ans que l’ennemi, épaté dans ses rêves, béat dans sa passion d’amoureux, fait sa cour au temps… Seulement, à Gaza, impossible ! Elle lui est si peu apparantée, et elle colle à ses adversaires ! Elle est une île, cette Gaza ! A chaque explosion – et elles n’arrêtent pas- le visage d l’ennemi est lacéré, ses rêves se fissurent, et le voici inquiet du temps qui passe, car à Gaza le temps est un autre temps. Le temps de Gaza n’est pas neutre, il n’envoûte pas le monde de froide impassibilité, mais contre le réel il se heurte et il explose ! Le temps là-bas ne transporte  pas les enfants de l’enfance à la vieillesse, mais d’un bond, dès leur premier choc avec l’ennemi, il en fait des hommes.
A Gaza, voyez-vous, le Temps n’est pas à la détente, mais à l’affrontement. En plein midi on y brûle. Car à Gaza les valeurs sont tout autres, tout autres, tout à fait autres que les nôtres. Au fait, la seule valeur de l’homme réduit par une conquête, n’est-elle pas sa force de résistance à l’occupation ? Or c’est à cela seul que l’on s’exerce, là-bas à Gaza !  Elle s’est accoutumée à cette seule et grande et dure valeur, point apprise dans des livres ou dans des cours accélérés ni aux trompettes et aux grosses caisses des propagandes ni au son des hymnes patriotiques ! Toute seule, par sa propre expérience et par son labeur,  pas pour la « montre », pas pour la parade ! Non, Gaza n’a pas de quoi se vanter de ses Armées, ou de sa Révolution, ou de son Budget. Elle n’a pas à exposer ses chaires puantes et volontairement elle répand son sang. Gaza, savez-vous, n’est pas douée pour les discours, son pharynx ne vaut rien, c’est par les pores de la peau qu’elle crie sang, et eau et feu !
Aussi, l’ennemi la hait-il, tant et tant d’elle il a peut qu’il ira bien jusqu’au meurtre, jusqu’au crime par noyades sous la mer, et sous les sables e dans les baquets de sang !
Aussi ses proches et ses amis l’aiment-ils, avec jalousie, avec effroi ! Car Gaza c’est la leçon sauvage, c’est l’étentard levé devant tous, indistinctement, ennemis ou amis !
Elle n’est point, Gaza, la plus belle des cités…
Elles ne sont point, ses plages, les plus riantes des plages arabes.
Elles ne sont point meilleures, ses oranges, que toutes celles du Bassin méditerranéen.
Elle n’est pas la plus cossue d’entre les villes, Gaza ! (Du poisson, des oranges, du sable, des tentes frémissantes sous le vent, des denrées de contrebande, et des bras, des bras à vendre à qui veut en acheter !).
Elle n’est pas non plus la plus délicate ni la plus imposante, mais elle vaut le poids d’or de l’histoire d’une nation entière – parce que c’est elle la plus laide aux yeux  de l’ennemi, et la plus miséreuse, la plus loqueteuse, et la plus méchante ! Et parce qu’elle est parmi nous, celle qui a su troubler toute euphorie et toute quiétude ! et parce qu’elle est un cauchemar et que ses oranges sont piégées, ses enfants sans enfance, ses vieillards sans vieillissement, ses femmes sans plaisirs ! Telle est Gaza, la plus belle, la plus sereine, la plus cossue, la plus digne, parmi nous, d’être aimée à la folie !
Comme nous serions méchants si nous cherchions chez elle des poèmes ! Gaza de grande beauté, ne la déparons pas, elle qui n’a point eu de poètes à l’heure où nous, nous croyions, fichtre, et avec quelle joie quand l’ennemi nous permettait de chanter contre lui comme des vainqueurs !...puis les poèmes ont séché sur nos babines tandis que sous nos yeux l’ennemi achevait de construire ses villes, ses fortifications, ses routes !...
Comme nous serions méchants pour Gaza si nous en faisions une ville mythique ! Nous la haïrions trop quand nous la verrions, si petite ville et si pauvre ! (Et si résistante, non ?)
Furieux contre toute la fabrique des mythes, nous briserions nos derniers miroirs dan un long gémissement monté de notre ultime réserve de fierté ! C’est alors elle que nous maudirions, refusant d nous révulser contre notre propre image !
Comme nous serions méchants pour Gaza si nous la portions aux nues. Nous nous prendrions pour elle d’une passion et passionnément nous serions à l’attendre. Or Gaza ne viendra pas à nous… Gaza ne nous sauvera pas, elle n’a ni cavalerie, ni avions, ni baguette magique, ni bureaux dans les capitales. Elle se libère elle-même tout à la fois de nos beaux langages… et de ses conquérants. Et si, au coin d’un rêve, un instant nous la rencontrons, peut-être ne nous reconnait-elle pas, puisqu’elle est née du Feu, et nous d’Attente et de Pleurs.
Pas d’énigme dans le secret de la résistance. Elle est populaire, voilà tout. (Ce qu’elle veut, c’est expulser l’ennemi hors de ses propres habits.) Et la résistance adhère à la population comme la peau aux os. Nul n’y est l’élève et l’autre le maître.
La résistance ne s’est pas,  à Gaza, institutionnalisée !
La résistance, à Gaza, n’a pas pris pignon sur rue.
Elle n’est parrainée par personne, ni ne lie son destin à des listes de signatures ou des empreintes digitales.
Que lui importent son nom, ses traits, sa voix ?  Elle ne se prend pas pour l’inévitable sujet des bulletins d’information. Elle n’est pas photogénique, elle ne se farde pas pour les photographes, elle n’a pas en travers de sa figure le sourire « Colgate ».
Elle n’en veut pas. Nous non plus.
Les plaies de Gaza ne serviront pas de chaires de prédication ! Sa beauté veut que nous parlions pas trop d’elle, que nous ne jetions pas dans la fumée de ses rêves l’encens d nos chansons de femmes !
Donc, quelle mauvaise affaire pour nos courtiers et nos croupiers, mais quel trésor de l’esprit, quelle inestimable farce morale pour tous les Arabes !
Et nos exclamations sur la splendeur de Gaza ne l’effleurent même pas, rien ne la distrait, rien ne détourne son poing de boxer l’ennemi en plein visage !
Comment sera le gouvernement de l’Etat palestinien que, tout prochainement, nous établirons sur la côte orientale de … la planète Mars (aussitôt terminée son exploration !), comment on répartira les sièges du Conseil national palestinien,  rien de tout ça ne la préoccupe, mais de toutes ses forces elle s’arc-boute dans son refus. Affamée, elle refuse, dispersée, elle refuse, embarbelée,  elle refuse, mise à mort, elle refuse.
Peut-être – une mer tumultueuse peut bien engloutir une ile minuscule – l’ennemi vaincra-t-il Gaza. Peut-être la décapiteront-ils de tous ses arbres…
Peut-être sèmeront-ils de leurs roquettes les ventres des enfants et des femmes, à Gaza. Et peut-être l’asphyxieront-ils sous la mer et sous le sables et dans les baquets de sang !
Pourtant :
Jamais elle ne se gargarisera de mensonges.
Ni ne dira aux conquérants : Oui !
Ni ne cessera d’exploser.
Va-t-elle mourir ?
S’est-elle suicidée ? Non, non. C’est la manière de Gaza d’annoncer son imprescriptible droit à la vie…

Mahmoud Darwish parle dans ce poème de la résistance de la population de Gaza, dans les premières années de l’occupation (1967-1974).
Extrait de la « Chronique de la tristesse ordiniaire », publié à Beyrouth en 1974.
Les éditions du Cerf, 2009.

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