Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Prochaine « Révolution de palais » à Ramallah ?

Brusquement, sans aucun préliminaire, la nouvelle a été annoncée au monde entier qu’il existait un « quartet arabe » sur la Palestine et qu’il avait un projet.

Cet ensemble, qui regroupe l’Arabie saoudite, la Jordanie, l’Egypte et les Emirats arabes unis, se propose de raviver et de faire avancer la cause palestinienne en négociant deux réconciliations. La première, à l’intérieur du Fatah, permettrait la réadmission de Muhammad Dahlan, ancien chef de la sécurité dans la bande de Gaza, expulsé en 2011 en même temps que certains de ses sympathisants, et qui, depuis, vit aux Emirats arabes unis. La seconde se ferait entre le Fatah de Cisjordanie et le Hamas de la bande de Gaza, ce qui permettrait de faire revivre les institutions quelque peu moribondes de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine).

Pressions sur Abbas

Selon des fuites venues des entretiens qu’ils ont eus, les initiateurs de ce projet ont laissé planer la menace d’une intervention de la Ligue arabe si aucun accord n’était conclu, en d’autres termes si le Président de l’Autorité palestinienne et Mahmoud Abbas, leader du Fatah, refusaient de réintégrer Dahlan et ses sympatisants. La Ligue arabe prendrait des mesures qu’elle estime être dans l’intérêt du peuple palestinien et certains pays arabes pourraient chacun envisager d’adopter d’autres attitudes envers les Palestiniens et le conflit avec Israël.

La nature de ces nouvelles attitudes n’a pas été précisée mais il est facile de le deviner. Cela pourrait aller de la suspension de l’aide financière à l’Autorité palestinienne, au retrait de la reconnaissance diplomatique et même aller jusqu’à la liquidation physique.

Dans un récent discours télévisé au public de Cisjordanie, Mahmoud Abbas a déclaré: « Personne ne nous dictera notre position. Ceux qui ont des liens ici ou là feraient bien de les rompre ou nous serons obligés de le faire à leur place. Nous rejetons absolument tout chantage financier et politique. »

Il n’a pas nommé Dahlan ni les sources de l’aide financière et les bénéficiaires qu’il mettait en garde. Il n’a pas non plus dit quoi que ce soit sur le Quartet arabe ou ses membres. La majorité des figures de proue du Fatah, que ce soit des vétérans du Comité central ou de jeunes leaders aux dents longues, sont de même restés muets sur le groupe et ses tentatives. La station de TV libanaise al-Mayadeen n’a trouvé aucune personnalité du Fatah souhaitant s’exprimer sur le sujet en public.

Échec électoral en vue

Cela a eu pour résultat d’éveiller des soupçons et de laisser penser que nombreux sont ceux qui veulent garder un pied dans chaque camp, dans celui de Mahmoud Abbas comme dans celui de Dahlan, en attendant de voir comment va se dérouler leur lutte de pouvoir. D’autres forces politiques palestiniennes, dont le Hamas, ont fait de même et ont adopté une position de neutralité sur la dispute au sein du Fatah.

Le Quartet arabe n’aurait pas de lui-même agi de façon aussi musclée, sauf s’il avait senti qu’un vrai danger planait, non sur les Palestiniens et leur cause, mais sur les intérêts de ses propres membres et sur leur programme politique.

Tous les membres du Quartet sont farouchement opposés au Hamas et au Mouvement des Frères musulmans auquel celui-ci est affilié. Ils étaient très inquiets à l’idée que le Hamas puisse gagner les élections municipales prévues début octobre en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Or, à présent, il est probable qu’elles seront repoussées, voire annulées. Une grande partis des sondages non publiés effectués dans les Territoires occupés montraient que le Fatah n’obtiendrait pas plus de 17% des voix en Cisjordanie si les élections avaient lieu, la plus grande partie des voix se reportant sur le Hamas et les listes indépendantes. Changer les leaders du Fatah semblait être le moyen d’empêcher cela.

Il y a cependant de plus gros enjeux derrière la tentative de ces pays arabes qui veulent s’assurer que le leadership du Fatah et des Palestiniens reste entre des mains qu’eux-mêmes et les Israéliens estiment fiables.

Les leaders actuels sont âgés et de plus en plus inefficaces et impopulaires. Avec l’augmentation de la colère des gens et de la frustration, de jeunes personnalités ont émergé au sein du Fatah qui veulent rediriger le mouvement vers sa raison d’être à l’origine : la lutte contre l’occupation. De nouveaux leaders et des forces politiques indépendantes ont également émergé en dehors du Fatah.

L’abandon de la résistance à l’occupation a aussi permis à des groupes de djihadistes d’infiltrer la société palestinienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Les Israéliens et les agences de sécurité palestiniennes surveillent de près ces infiltrations. Aussi bien Israël que les pays arabes redoutent leurs conséquences néfastes s’ils n’y mettent pas un terme.

Abbas, contesté et impopulaire, ne fait plus l’affaire…

Pendant ce temps, Mahmoud Abbas, s’accrochant au pouvoir jusqu’à son dernier souffle, a poursuivi la politique du « ne rien faire », ne prenant aucune initiative ni dans un sens ni dans l’autre. D’ailleurs ses précédentes initiatives s’étaient révélées bien rétrogrades. Il veut éviter d’aborder des problèmes politiques sensibles dont personne ne veut entendre parler, du moins pas tant qu’il est vivant.

Vouloir imposer un nouveau leadership au Fatah, et par extension à l’Autorité palestinienne, représente un risque énorme. Cela pourrait bien avoir l’effet inverse que prévu et conduire à des troubles comme cela s’est produit quand des membres du Quartet arabe sont intervenus, soit à titre individuel soit de concert, en Libye, au Yémen, en Syrie et en Irak.

Mais en cinq ans les choses ont changé. La Ligue arabe, habituée à donner le feu vert aux changements de régime en Libye, en Syrie, au Yémen et dans une moindre mesure en Égypte, n’est plus ce qu’elle était. Son statut et son autorité ont beaucoup baissé. Il en est de même pour l’impact et l’efficacité des télévisions satellitaires et autres médias contrôlés par des membres du Quartet arabe qui se retrouvent de plus en plus dépassés par les réseaux sociaux.

Les États arabes ont pourtant bien obtenu une fois le changement des leaders palestiniens. Après la défaite face à Israël en 1967, ils ont manigancé le remplacement du leader de l’OLP, Ahmad ash-Shuqairias par Yahya Hammouda pour une période intérimaire. Celui-ci fut remplacé en temps utile, en 1969, par Yasser Arafat, à l’époque porte-parole officiel du Fatah qui avait commencé la lutte armée en 1965.

Mais il y a un abîme de différences entre cette époque et aujourd’hui.

Ce changement de leadership s’était fait à travers les institutions palestiniennes légitimes, telles que le Conseil national palestinien (CNP). Celui-ci avait le soutien des Arabes et des Palestiniens pour deux raisons essentielles : les leaders arabes impliqués tels Gamal Abdel Nasser en Égypte et Houari Boumediene en Algérie jouissaient d’un véritable soutien et d’une grande crédibilité. Et le nouveau leadership palestinien pouvait se targuer d’avoir pratiqué la lutte armée et de s’être engagé à la poursuivre. Ce changement prépara le terrain pour qu’Arabes et Palestiniens prennent un nouveau chemin après une défaite cinglante.

Abbas et Dahlan, c’est « blanc bonnet » et « bonnet blanc »

Abbas versus Dahlan

 

Après avoir été complices dans la liquidation (politique, mais aussi physique ?) de Yasser Arafat, Abbas (à d.) et Dahlan sont à couteaux tirés et se disputent les faveurs de l'occupant israélien.

 

Dans le cas actuel, il n’y a pas une différence politique très nette entre Abbas et Dahlan. Tous deux restent fidèles aux accords d’Oslo de 1993 et à l’interminable processus des négociations.

Tous deux sont opposés à l’idée de résistance, armée ou non, en tant que moyen de mettre un terme à l’occupation. Tous deux pensent que le droit des Palestiniens à revenir chez eux est obsolète. Et tous deux se sont engagés avec Israël à coordonner leurs efforts pour assurer la sécurité et ils ont des contacts étroits avec l’occupant. Ils ont été, à l’occasion, alliés contre Yasser Arafat. Dahlan se glorifiait d’être celui qui avait propulsé Abbas à la tête du Fatah et de l’Autorité palestinienne après l’assassinat de Yasser Arafat. Le désaccord entre les deux hommes n’a jamais porté sur des questions nationales, mais sur des problèmes personnels et financiers.

Abbas tentera de s’accrocher au pouvoir et présentera toute tentative pour le pousser à se retirer comme une ingérence étrangère dans les affaires palestiniennes. On peut compter sur lui pour faire appel au soutien du Fatah et du peuple palestinien pour ça. Mais il n’a qu’un crédit limité auprès des deux partis. Et cela n’a guère été à son avantage quand on a su qu’il était revenu sur ses positions après des déclarations d’une hardiesse apparemment fracassante.

Mais rien de tout ceci ne signifie que son futur Némésis, Dahlan, a plus de chance d’être soutenu par le Fatah ou par les Palestiniens.

Israël tire les ficelles

Il est peu vraisemblable que le Quartet arabe ait agi sans une coordination avec Israël. Avigdor Lieberman, ministre israélien de la Défense, n’a cessé d’évoquer la nécessité d’un changement du leadership palestinien. Les Israéliens ont assassiné Yasser Arafat après avoir fait le siège de son quartier général à Ramallah pendant des années. Peut-on écarter l’idée qu’ils envisagent à nouveau ce genre de « solution », pensant qu’ils pourraient exploiter les conditions de vie actuellement misérables des Palestiniens pour tenter de liquider leur cause une fois pour toutes ?

Tout aussi inquiétante est la perspective que la pression exercée par le Quartet arabe ne conduise Abbas à faire des concessions encore plus grandes aux Israéliens dans le seul but de garder sa place.

En fait, la compétition entre lui et Dahlan se résume à qui sera le plus accommodant envers Israël. Deux des membres du Quartet arabe, l’Égypte et la Jordanie, ont des relations diplomatiques au grand jour avec Israël avec qui ils coordonnent régulièrement leurs initiatives. Les deux autres, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ont avec Israël des contacts secrets et pourraient bien chercher une couverture palestinienne en vue d’une pleine normalisation de leurs relations. Leur activité soudaine sur le front palestinien devrait être interprétée dans ce sens. L’identité de la personne qui fournit la couverture, Abbas ou Dahlan, est sans importance.

La cause palestinienne n’a pas besoin de changer de chef de file. Elle a besoin de changer de direction et d’un renouveau politique sur de nouvelles bases, avec en priorité la résistance à l’occupation.

 * Abdel Bari Atwan est le rédacteur en chef du journal numérique Rai Alyoum. Il est l’auteur de L’histoire secrète d’al-Qaïda, de ses mémoires, A Country of Words, et d’Al-Qaida : la nouvelle génération. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @abdelbariatwan