Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

PROPALESTINIEN DONC ANTISIONISTE

Un mouvement « gangrené par l'antisémitisme » ?

Tout en se refusant à mener le débat sur le fond, divers responsables ont identifié le coupable des difficultés rencontrées : le danger qui guette le mouvement de solidarité, c'est l'antisémitisme ! Le 21 octobre 2004 Politis publie une tribune libre de Robert Kissous, ancien de la CAPJPO et présentement membre de la direction de l'AFPS. Par delà le règlement de compte avec son ancienne organisation l'article vise plus particulièrement Europalestine accusé de dérive, de vouloir " affaiblir la crédibilité politique du mouvement de solidarité " et de manquer de vigilance dans ses rapports avec des " personnages douteux " antisémites et négationnistes.

Trois semaines plus tard c'est à Michel Warschawski en personne qu'incombait la tâche de donner la mesure et le sens exact de l'attaque. Pour lui, ce qui est en cause c'est " l'instrumentalisation de la solidarité avec les Palestiniens ". Des " petits groupes racistes et négationnistes menacent de parasiter le mouvement de solidarité " écrit-il dans Politis et il en appelle à la mobilisation " jusqu'à l' éradication totale des abcès antisémites qui, si on les ignore, risquent, à terme, de gangrener le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien "

Dès lors l'affaire est entendue. Ce qui n'était encore que " propos dangereux " pour l'UJFP (" vigilance SVP ", communiqué du 14 mars 2004) devient la ligne de démarcation au sein du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien : chacun va désormais devoir décliner des garanties de non-antisémitisme s'il veut se mêler de la cause palestinienne et le tri sera fait par des professeurs experts en morale et éthique entre " les vrais " et " les faux " amis du peuple palestinien.

Et si l'exigence vaut pour tout le monde, elle vaut encore plus pour certains. Car de Ravenel qui dénonce " certaines personnes issues de l'immigration maghrébine dont le discours assimile Israël et nazisme "(1) à Warschawski qui parle de " certains jeunes Français des banlieues et cité populaires …victimes de manipulations de groupes néo-nazis ou de prédicateurs intégristes " (2 ) en passant par Naha Chahal qui condamne ceux qui " jouent sur les frustrations d'une partie des Français d'origine arabe qui se sentent solidaires des Palestiniens et des Irakiens " (3) tous s'accordent pour dénoncer le danger du " ressort communautariste " qui, selon eux, guide la solidarité des arabes de France avec les Palestiniens.

Cette offensive récente éclaire utilement la violente polémique menée contre Europalestine lors des élections européennes.

Les vraies raisons de l'attaque contre Europalestine.

Antérieurement à l'apparition d'Europalestine, la Capjpo ne dérangeait certains qu'en raison de la concurrence ainsi ouverte par une nouvelle association dans le champ de la solidarité avec le Peuple palestinien. La Capjpo, particulièrement active et militante, bousculait un mouvement de solidarité traditionnel incarné par l'AFPS, pas très jeune, plutôt élitiste dans son recrutement et convaincu de son incontestable légitimité fondée notamment sur ses relations privilégiées avec quelques ONG palestiniennes et un statut d'interlocuteur plus ou moins officiel de l'Autorité palestinienne. Certes, l'Association France Palestine ayant tardé à prendre des initiatives nouvelles dans les mois suivant le déclenchement de la deuxième Intifada, une nouvelle structure avait vu le jour, portée par des " non-spécialistes " de la question palestinienne. Ceux-ci prirent l'initiative de délégations qui devaient devenir les " missions civiles de protection du Peuple palestinien ". Mais un accord de partage fut rapidement trouvé par les responsables des deux associations : à l'une l'organisation des missions en Palestine, à l'autre l'organisation permanente des militants qui veulent agir ici en France. Depuis les " campagnes civiles " continuent d'organiser des missions et sont par ailleurs devenues une référence utile à la promotion de certain(e)s au sein du mouvement alter mondialiste et des rencontres du FSE. La Capjpo était un projet d'une autre nature, visant à organiser réellement des militants pour agir sur le terrain en France, organisant des campagnes d'agitation, des réunions publiques et notamment en 2003 un " concert pour la Paix " qui devait rassembler 15000 personnes. La critique à l'encontre de la Capjpo relevait alors principalement de la défense d'un pré-carré ( " la solidarité avec les Palestiniens, c'est nous ") et, subsidiairement, de son " manque de volonté unitaire ". Mais les bases politiques du discours et des initiatives n'étaient guère différentes entre les organisations en concurrence : la Paix par la reprise de négociations, la fin de l'occupation de 67, un État pour les Palestiniens et, en tout état de cause, aucune remise en cause de la légitimité de l'Etat d'Israël. En choisissant de présenter une liste concurrente et non d'interpeller les candidats des organisations politiques traditionnelles la Capjpo marquait une rupture avec la stratégie de pression du mouvement de solidarité sur les institutions européennes et sur les forces politiques françaises. Les réactions à l'annonce de la liste Europalestine ne se firent pas attendre et on chercherait en vain dans les déclarations alors produites une quelconque critique du contenu politique des revendications avancées dans la profession de foi ou une quelconque allusion à " une dérive antisémite ". Les prises de position défavorables se concentrèrent alors sur le risque pour certains parlementaires " amis du Peuple palestinien " de ne pas être réélu, chaque voix comptant et la liste Europalestine étant susceptible de prendre des voix à ces apôtres de la Paix au sein de l'institution européenne sortante. Et quand Leila Shahid elle-même monta au créneau pour demander à Europalestine de retirer sa liste, c'est ce risque qui fut mentionné dans son communiqué et non pas le reproche d'une ligne politique spécifique qui serait développée par les militants de la Capjpo. Mais la " vraie crise " viendra de la dynamique de la campagne attestée par les résultats électoraux de la liste. Les scores atteints dans certaines communes de banlieue ne laissent aucun doute : dans ces endroits la question de la Palestine a polarisé une partie non négligeable des votes de familles immigrées spontanément favorables à la cause des Palestiniens. D'ailleurs, précédant le vote, des affiches et des autocollants avaient fleuri dans ces quartiers, témoignant d'une implication dans la campagne d'individus bien au-delà des capacités militantes de la seule Capjpo. Dès lors c'est le branle bas de combat. Un sociologue donne la caution académique à l'ouverture de la chasse en parlant de " dérive identitaire " et de " polarisation communautaire " et, d'insinuations en calomnies, on en arrive aujourd'hui au développement orchestré des attaques qui ne visent plus seulement Europalestine. Il faut s'interroger sur les raisons profondes de cette réaction. Contrairement aux affirmations alarmistes la liste Europalestine ne porte aucune responsabilité dans la non élection de certains des candidats -Verts, Communistes et LCR-LO - la démonstration en sera faite et refaite par des militants blessés par la mauvaise foi des accusateurs. Mais ce sera en vain car, avec les résultats, le problème s'est déplacé : le danger n'est plus du côté des candidats mais du côté des électeurs ! Ceux qui prétendent au monopole de la représentation politique ne pardonnent pas aux dirigeants de la Capjpo d'avoir, consciemment ou pas, pris un " risque " : que ces forces jeunes et populaires issues de l'immigration maghrébine, spontanément propalestiniennes et sans nuances contre l'état d'Israël qui assassine leurs frères en Palestine, déjà bien visibles lors des manifestations contre la guerre en Irak, cherchent et trouvent un cadre d'organisation politique permanent. Déjà lors des manifestations contre la guerre ce public avait suscité remarques et mises en garde des gardiens du discours " pro palestinien politiquement correct ", c'est à dire muet sur le sionisme et respectueux à l'égard d'un état dont le gouvernement peut être critiqué mais dont le drapeau ne doit pas être brûlé. Dès lors tout discours un peu radical, voire toute action un peu " spectaculaire " est jugé susceptible de servir de réceptacle à la volonté d'en découdre de populations d'autant plus disposées à s'exprimer en dehors des règles fixées qu'elles se sentent exclues des lieux de décision et également frustrées par l'engagement bien timide des responsables politiques qui prétendent incarner " la revendication du droit des Palestiniens ". Là-aussi c'est l'argument du « danger d'antisémitisme » qui va servir d'alibi à la destruction de la dynamique engagée. Bernard Ravenel déclare au Monde (01/12/04) " il faut éviter que des jeunes soient tentés de lire dans le conflit israélo-palestinien des explications à leur propre frustration sociale » Quant à M W il vante l'action qu'il mène avec Dominique Vidal et Leila Shahid, " parcourant la France d'en bas et dialoguant avec des jeunes des quartiers dits sensibles avec pour but d'empêcher l'instrumentalisation de leur solidarité généreuse avec les Palestiniens pour des causes qui font du tort à la Palestine et à leurs propres intérêts ". Les populations discriminées et humiliées par l'arrogance coloniale au sein des forteresses dépositaires de " la civilisation " et des " droits de l'Homme ", en France comme en Israël, voilà le danger sinon l'ennemi ! Passe encore qu'on doive leur permettre de temps en temps d'exprimer leur frustration et leur colère, mais les voir s'organiser pour peser dans les mobilisations populaires et dans les élections, là c'est la grosse artillerie de l'antisémitisme et du " choc des civilisations " qui est la cause commune d'une étrange coalition contre les nouveaux barbares.

Post-Scriptum :

Pierre-Yves Salingue 30/01/2005

pysalingue31@hotmail.com

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