Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Quelles conséquences aurait un transfert à Jérusalem de l’ambassade américaine ?

 

Après s’être engagé en 2016 à reconnaître Jérusalem « comme la capitale indivisible de l’État d’Israël », Donald Trump doit faire connaître sa décision de transférer ou pas l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Les pays arabes et les Palestiniens ont mis en garde le président américain contre le potentiel explosif d’une telle décision, soutenue par le gouvernement et une grande partie de la classe politique en Israël.

La question de Jérusalem, c’est de la dynamite

Alain Dieckhoff, directeur du Centre de recherches internationales (CERI)

Depuis 1995, le président américain doit décider tous les six mois s’il renouvelle une clause dérogatoire à une loi votée par le Congrès sous la présidence de Bill Clinton, imposant le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Comme tous ses prédécesseurs, démocrates et républicains, Donald Trump l’a fait une première fois en juin. Le président pourrait, cette fois, déclarer Jérusalem capitale d’Israël, mais sans aller jusqu’à déménager la mission diplomatique américaine. Une telle décision symbolique lui permettrait d’honorer une promesse de campagne électorale, à un moment où il a peu de chose à mettre à son actif au bout d’un an de présidence. Cela ne lui épargnera pas les critiques, en particulier de la part des États qui ont déjà signé un accord de paix avec Israël, l’Égypte et la Jordanie.

La communauté internationale n’a jamais reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, ni l’annexion de sa partie orientale conquise en 1967. Donald Trump menace de modifier ce consensus en infléchissant la position américaine. S’ils le faisaient, les États-Unis anticiperaient sur un des points devant faire l’objet de la négociation, la question du statut de Jérusalem. La solution envisagée jusque-là consisterait dans un partage de souveraineté sauvegardant l’unité géographique tout en instaurant une séparation politico-administrative, la ville étant le siège de deux gouvernements et de deux Parlements.

Le contexte régional pourrait, théoriquement, favoriser la reprise de négociations, du fait de la convergence d’intérêts entre Israël et les États sunnites contre l’Iran. Cela ne peut toutefois devenir crédible qu’avec un engagement israélien significatif dans des négociations avec les Palestiniens. Dans la configuration politique israélienne, cela semble difficile, avec une base nationaliste qui interdit tout mouvement à Benyamin Netanyahou. Donald Trump a promis de « donner sa chance à la paix » mais sa position reste floue et une déclaration tonitruante sur Jérusalem n’arrangerait rien.

Jérusalem constitue le point de fixation majeur du conflit israélo-palestinien, la question la plus difficile à régler de façon satisfaisante. Tracer une frontière entre Israël et un État palestinien n’est pas facile mais on peut trouver un accord et cela ne concerne que les parties en présence, les Israéliens et les Palestiniens. La question de Jérusalem est plus compliquée, du fait de la construction de nouveaux quartiers mais aussi parce qu’elle dépasse les acteurs locaux. L’ensemble du monde musulman y est sensible. La diaspora juive est également concernée, de même que les chrétiens et le Saint-Siège. Cela rend cette question extrêmement inflammable. Jérusalem, c’est de la dynamite.

Recueilli par François d’Alançon

 

Ce serait un acte énorme pour les Palestiniens

Sari Hanafi, professeur de sociologie à l’université américaine de Beyrouth, spécialiste des réfugiés palestiniens

Par rapport à Barack Obama, Donald Trump apporte un soutien inconditionnel au projet colonial israélien dans les territoires reconnus par les Nations unies comme occupés. Depuis qu’il est au pouvoir, il n’a pas même critiqué l’accélération du processus de colonisation. La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël s’inscrirait dans la continuité de ce mouvement consistant à aller à l’encontre du droit international.

Ce serait un acte symboliquement énorme pour les Palestiniens parce que selon la résolution 242 des Nations unies, Jérusalem dans son ensemble, et pas uniquement sa partie Est, doit faire l’objet d’un statut négocié avec les deux parties. Cet acte consisterait donc à transformer une situation de facto, à savoir que Jérusalem est une ville israélienne, non pas par la population mais par la présence coloniale et militaire israélienne, en une situation de jure.

Malheureusement, le camp arabo-palestinien se trouve dans une situation très fragile pour réagir. En Égypte, le président Sissi, en quête de légitimité, est prêt à de nombreuses faveurs pour obtenir une reconnaissance des États-Unis. Il en va de même pour le prince héritier en Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, qui vient d’arriver au pouvoir. La Jordanie, dans une situation économique très difficile, a elle aussi besoin des États-Unis. La Syrie, quant à elle, n’existe presque plus politiquement.

De son côté, la position européenne est très faible, y compris celle de la France, où le président Macron se montre très ambigu sur le projet colonial israélien et très opportuniste, comme l’a montré son attitude lorsqu’il a reçu le président égyptien, refusant de critiquer la situation des droits de l’homme dans son pays. D’une certaine manière, c’est pour Trump le moment ou jamais pour mettre en œuvre ce que souhaite Israël.

Bien sûr, il y aurait de la résistance du côté palestinien, la résistance de ceux qui ne trouvent pas dans la politique le moyen de faire entendre leur voix. Lorsque la politique n’est plus possible, il y a la violence. Des responsables palestiniens ont fait des déclarations très véhémentes contre le projet. Aussi le Hamas disposerait là d’un alibi pour refuser le désarmement, qui constitue un sujet fort dans le processus de réconciliation palestinien.

Cet acte aurait beau être très fort symboliquement, il n’en reste pas moins qu’il a été mis fin de longue date au projet palestinien. La continuité territoriale palestinienne, indispensable pour qu’un État souverain voie le jour à l’avenir, est désormais impossible du fait de la colonisation.

Recueilli par Marianne Meunier