Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Réorganisons le 20ème siècle : Allegro, non troppo

par Gilad Atzmon

Gilad Atzmon explique comment et pourquoi Auschwitz est devenu la religion occidentale du XXième siècle et suggère des pistes de réflexion pour en finir avec cette religion.

"Je dis ceci en tant que fils d'un Allemand né juif qui a pu fuir à temps. Sa mère n'en a pas eu le temps. Je dis donc ceci en tant qu'enfant allemand à demi juif, poursuivi dans une cour de récréation, durant la seconde guerre mondiale, de lazzi : "Non seulement il est boche, mais en plus, il est juif !". Double insulte. Mais je le dis, aussi, en tant que prêtre qui partage la culpabilité historique de toutes les Églises : tous les chrétiens ont en partage un héritage sanglant." Paul Oestreicher, in The Guardian, 20 février 2006 (Paul Oestreicher est aumônier à l'Université du Sussex - Angleterre)

"Quelle liberté d'expression, dès lors qu'il s'agit d'antisémitisme? Il ne s'agit pas, dès lors, de liberté d'expression. L'antisémitisme est un crime.

Et pourtant, quand l'Islam est insulté, certains gouvernement soulèvent la question de la liberté d'expression." Amr Moussa, Secrétaire général de la Ligue arabe.

"Un mythe a cours, selon lequel nous, nous aimerions la liberté, et les autres ne l'aimeraient pas ; notre attachement à la liberté serait un des fruits de notre culture; la liberté, la démocratie, les droits de l'homme, l'état de droit seraient des valeurs américaines, ou occidentales.. Non, nos valeurs ne sont pas « occidentales » : ce sont les valeurs universelles de l'esprit humain." Tony Blair, discours lors d'une session conjointe du Congrès des USA, été 2003.

Tony Blair, pour une fois, a peut-être raison, il est bien possible que la liberté, la démocratie et les droits de l'homme soient les "valeurs universelles" de l'esprit humain. Toutefois, ces valeurs ont bien peu à voir avec la philosophie et les pratiques qui président aux gouvernements anglo-américains et plus généralement occidentaux.

A Guantanamo, des gens sont retenus prisonniers depuis plus de trois ans, sans être accusés d'un quelconque crime. S'il ne tenait qu'au Premier ministre Blair et à son infâme loi anti-terreur, le fait de passer trois mois derrière des barreaux sans avoir été inculpé serait étendu aux prétendus ennemis du peuple britannique, tout aussi bien. Si la liberté est bien, en effet, une haute valeur « universelle » de l'esprit humain, Blair et Bush ne doivent disposer que d'une connaissance extrêmement limitée de ce que signifie ce concept, dans son esprit.

Peu importe, cet article n'est pas consacré à Blair, ni à Bush ; il porte sur ce discours occidental éminemment trompeur. Il parle de ces gens qui affirment tout savoir sur l'esprit humain et sur l'universalisme. Il s'agit d'une vision du monde qui consiste à intimer le silence à autrui, pour ne pas dire à liquider autrui, et cela, au nom de la « liberté », de l' «universalisme » et de l' « humanisme ». Il consistera en une recherche effectuée dans la genèse du pompeux discours « judéo-chrétien » libéral émergent. C'est une déconstruction tant de l'idéologie politique occidentale que de la représentation erronée qu'elle veut donner à voir du passé.

Ce qui est personnel est nécessairement politique

De manière outrancière, l'argumentation politique anglo-américaine a de plus en plus tendance à prendre la forme d'un appel pornographique à l'empathie des gens. Elle est basée sur le principe de la distribution, de temps à autre, de récits de douleur personnelle. Quand Blair ou Bush ressentent le besoin impérieux d'écrabouiller un pays arabe, tout ce qu'ils ont à faire au préalable, c'est fournir à leurs médias aux ordres certains récits personnels douloureux d'un dissident exilé, prêt à partager sans barguigner et même avec un enthousiasme non dissimulé des détails croustillants sur les problèmes rencontrés dans son pays. Dans la plupart des cas, nous devenons immédiatement prédisposés à une intervention militaire et nous nous tenons derrière nos gouvernants élus démocratiquement, en leur donnant collectivement le mandat de tuer, en notre nom, et au nom des sacro-saintes liberté et démocratie.

Il semble que la narration d'un témoignage donné à voir, sans avoir été au préalable ni vérifié ni validé, peut aisément se transformer en mise en examen judiciaire d'un pays, de son leadership, d'une culture, d'un peuple, voire même du genre humain tout entier. Apparemment, la phrase « ce qui est personnel est politique » joue le rôle d'un appareil argumentatif et politique. Alors que les politiciens occidentaux d'avant-guerre avaient tendance à vouloir nous faire croire que les politiques doivent transcender le personnel et que ce qui peut sembler contingent, dans le discours politique occidental d'après-guerre, tant qu'il continuera à être au service de l'hégémonie occidentale, le personnel n'est rien, sinon politique.

Comme nous le savons, ce sont divers réseaux de féministes américaines qui furent les premiers à prôner une guerre contre les Talibans, en diffusant les témoignages personnels de femmes afghanes violées. Consciemment ou non, ces féministes posaient les bases de la guerre contre l'Islam de Clinton et de Bush. De même, ce sont les récits personnels de Kurdes gazés à Halabja qui ont préparé la « communauté internationale » à la guerre contre Saddam Husseïn. De même, ce sont des récits personnels de survivants juifs, relatés après la Seconde guerre mondiale qui, rétrospectivement, ont servi à justifier les atroces bombardements en tapis anglo-américains des villes allemandes, tout juste avant à la fin de cette guerre.

Par le passé, j'ai suggéré une prise en compte philosophiquement sceptique de la notion de narratif personnel, à la lumière de la critique de la phénoménologie husserlienne par Heidegger, dans son Herméneutique [1]. Toutefois, dans le présent article, je m'attellerai à des questions qui ont trait aux modalités politiques de ce glissement même, du personnel au politique.

De manière courante, notre engagement politique est dans une très large mesure déterminé par notre réaction à des narratifs personnels. Qu'il s' agisse du récit personnel fait par une femme victime d'un viol ou du récit poignant fait du massacre de Halabja par un habitant de cette localité, le sujet occidental est actuellement ni plus ni moins conditionné à réagir politiquement et de manière conforme à tout récit personnel donné. En termes métaphysiques, l'être occidental a réussi à s'élever au-dessus du (et soi-disant à résoudre le) vieux problème de l'induction ; il est désormais apte à déduire aisément une loi politique générale d'un récit tout à fait singulier. Ce n'est pas là une grosse surprise, finalement, les êtres humains ayant une tendance naturelle à la généralisation. En termes métaphysiques, nous avons appris à écarter les doutes générés par nos tendances générales.

Mais les choses, de fait, sont un peu plus profondes que cela : le glissement du personnel vers le politique permet au sujet occidental de se voir comme partie intégrante d'un ordre cosmique à la fois « universel », « libéral » et « humaniste » : collectivement, il réagit « humainement », d'une manière « univoque ». De fait, la sensation empathique que nous détectons en nous-mêmes quand nous sommes confrontés à un récit personnel traumatique est un outil de manipulation très efficace qu'utilisent extrêmement fréquemment nos dirigeants démocratiquement élus.

Auschwitz en tant que message

Historiquement, tout au moins, c'est au sein du discours juif post-seconde guerre mondiale, tant sioniste qu'antisioniste, qu'une tendance claire à présenter le personnel comme du politique pourrait être facilement repérée.

Aussi bizarre que cela puisse sembler, le discours juif, tant de droite que de gauche, donne substance à son argumentation en politisant le témoignage personnel sur Auschwitz [2].

Après tout, cela n'est pas tellement surprenant. Auschwitz est bien, de fait, l'histoire de nombreux êtres humains on ne peut plus singuliers, exploités et réduits à l'état de bétail en raison de leurs prédilections sexuelles, de leurs opinions politiques et bien sûr de leur origine ethnique ou raciale. Néanmoins, ce sont les témoignages personnels racontés par les prisonniers libérés des camps qui ont transformé la Seconde guerre mondiale, du chapitre historique et de la vision idéologique qu'elle était, en un simple « narratif politique », pour ne pas dire en un argument politique particulièrement convaincant.

Tout du moins politiquement, c'est « Auschwitz - le message » qui fournit au gouvernement israélien la (pseudo) légitimité de lâcher ses bombes sur des zones résidentielles palestiniennes surpeuplées. A la fin des fins, après Auschwitz, les juifs ont désormais « motif à se défendre eux-mêmes ». C'est Auschwitz le message, tout autant, qui fonde Norman Finkelstein, enfant de parents rescapés de l'Holocauste nazi, à dire ce qu'il a à dire, et à recevoir des réactions basées sur ce fait. Très souvent, Finkelstein a tendance à utiliser son propre cas personnel pour en faire le noyau dur de sa légitimité. Mais alors, si l'on y réfléchit un peu, si Finkelstein est bien un chercheur universitaire, exposant une argumentation solide - ce dont je suis personnellement entièrement convaincu - alors nous devons être capables de répondre à ses arguments sans faire la moindre référence à son contexte familial. Du point de vue académique, nous devrions être capables d'étudier ses idées, sans référence aucune à son autobiographie personnelle, absolument unique. De la même manière, le terrain moral utilisé afin de tuer des innocents au nom d'Auschwitz est plus que suspect. Comme nous le savons, ce ne sont pas les Palestiniens qui ont envoyé des juifs européens dans les camps de concentration de Pologne. Derrière le lourd rideau de fumée provoqué par le trauma personnel, rares sont ceux qui suggèrent aux juifs de se racheter de leur propre discours, ou de leur propre justification traumatique personnelle. Une telle suggestion est souvent considérée comme une forme de négationnisme holocaustique, aux très graves implications juridiques.

Mais en réalité, les juifs ne sont pas les seuls à capitaliser sur « Auschwitz en tant que message ». C'est dans l'ombre de ce message, très précisément, que les Américains s'autorisent à tuer des millions de civils innocents, au nom de la démocratie et de la liberté ! Comme nous le verrons plus avant, « Auschwitz le message » est aujourd'hui profondément ancré au cour de la notion anglo-américaine de démocratie et de pensée libérale.

Regardons les choses en face : c'est un peu comme si le sujet libéral occidental était formé à penser que c'est la leçon d'Auschwitz qui nous autoriserait tous à fonder le politique sur le narratif personnel. Ainsi, il ne relève pas réellement de la coïncidence que le récit officiel holocaustique soit devenu la carte d'accès au discours anglo-américain, voire même au discours occidental. Par conséquent, ce n'est pas non plus vraiment une coïncidence si les mausolées de l'Holocauste sont en train de pousser comme champignons après l'ondée dans toutes les capitales européennes de quelque importance. Ainsi, au Royaume-Uni, une exposition permanente consacrée à l'Holocauste occupe une grande partie du Ministère des Guerre de l'Empire. A l'évidence, l'Holocauste juif a très peu en commun avec la perception générale de l'histoire de l'Empire britannique. De fait, l'Empire abonde en autres types de Shoas, non-juives, à raconter. Néanmoins, l'absurdité est encore plus grande, car il est fondamental de mentionner que c'est l'Empire britannique qui était si réticent à ce que les juifs européens échappent à leur sort fatal. C'est le Papier blanc de Lord Bevin qui, en 1939, a arrêté l'immigration juive en Palestine, alors que le danger qui pesait sur leur vie était imminent. C'est la RAF qui a décliné à de multiples reprises la nécessité de bombarder Auschwitz. Nous avons de très bonnes raisons de penser que la décision britannique de capitaliser sur Auschwitz et le récit de l'Holocauste juif est une manoeuvre politique hautement calculée.

Voici quelques années, un mémorial de l'Holocauste a ouvert ses portes à Washington, et pourtant il est bien difficile de dissimuler le fait avéré que Roosevelt a fait extraordinairement peu de choses pour aider les juifs européens pendant la guerre. L'administration américaine n'a pas modifié ses lois d'immigration entre 1933 et 1945, afin d'empêcher une immigration massive de juifs européens aux Etats-Unis. Là encore, nous avons de bonnes raisons de présumer que la décision américaine de capitaliser sur Auschwitz et sur le narratif juif de l'Holocauste n'a été prise qu'à seule fin de servir une cause bien spécifique. Permettez-moi de le dire, cette cause n'est pas historique en soi, de fait, elle sert à saper la pensée historique et à dissimuler certains faits historiques cruciaux.

Auschwitz est véritablement une histoire horrible d'abus total des droits de l'homme par un État souverain. Il s'agit à n'en pas douter du récit désastreux de la violation de la liberté humaine. Auschwitz est le summum du récit de la violation des droits les plus fondamentaux ; c'est à n'en pas douter une histoire de terrorisme d'État et en considérant le fait que les Anglo-américains se targuent d'être les gardiens de la liberté humaine, il n'est pas étonnant qu'Auschwitz se soit confortablement installé au coeur de la pensée culturelle et politique de langue anglaise. Ceci pourrait expliquer, également, pourquoi, d'événement historique, Auschwitz est devenu un argument politique fondé sur une collection de récits personnels, biographiques, particulièrement frappants. Dans certains pays européens, Auschwitz est désormais devenu une liste légalement définie d'interdictions et de lois qui visent à en empêcher tout examen historique. Malheureusement, l'Holocauste et la Seconde guerre mondiale sont aujourd'hui recouverts par un épais nuage de fumée pseudo-morale qui empêche tout traitement un tant soit peu sérieux de l'événement, tant du point de vue universitaire que du point de vue artistique.

Auschwitz et l'Holocauste ne trouvent principalement leur réalisation, aujourd'hui, qu'en termes politiques. Auschwitz donne forme à la vision occidentale de l'histoire, ainsi que de tout futur envisageable. Plus grave,: « Auschwitz le message » joue le rôle de médiateur et de gardien sensoriel de toute idéologie politique occidentale envisageable. Tant que vous ne reconnaissez ni n'approuvez la manière dont Auschwitz est pris en compte, vous n'êtes pas admis au club. Au cas où vous ne sauriez pas de quoi je suis en train de parler, vous pouvez poser la question au président iranien : il vous en dira sans doute plus, sur cette question.

Inutile de dire que la vision d'Auschwitz en tant qu' « événement historique » est totalement formatée par « Auschwitz en tant que message ».

Autrement dit, tout accès universitaire aux aspects judéocides de la Seconde guerre mondiale est désormais totalement interdit. De plus, à moins que vous n'approuviez et que vous ne vous contentiez de répéter le narratif officiel sur l'Holocauste, vous pouvez vous retrouver très facilement derrière des barreaux. C'est ce qui est arrivé, dernièrement, à trois historiens révisionnistes de droite, qui avaient osé douter du narratif officiel sur Auschwitz. Sans égard pour ce qu'ils ont à dire, que l'on accepte ou non leur point de vue, l'idée d'enfermer des gens pour la simple raison qu'ils ont tenté de modeler notre vision du passé, voilà qui est plutôt alarmant.

De fait, ceci signifie que nous avons totalement échoué à intégrer la leçon la plus cruciale de la guerre contre le nazisme. Recourir à la police de la pensée, c'est exactement le fait du totalitarisme. Embastiller un historien révisionniste, cela équivaut à être devenu nazi, et ce, pour une raison très simple : si Auschwitz est véritablement un récit d'abus personnel, alors le déni de la liberté d'expression revient à rien moins que s'abandonner aux méthodes nazies de torture personnelle [3].

Apparemment, Auschwitz est désormais devenu l'essence même de l'argumentation libérale-démocratique. C'est un événement intemporel, un aperçu brutal et banal sur le mal. Ce récit prend souvent de nouveaux aspects, de nouveaux visages. Néanmoins, certains paramètres demeurent les mêmes. A l'intérieur de l'appareil idéologique d'Auschwitz, il y a toujours une opposition binaire en jeu. Auschwitz suggère une claire dichotomie entre le « bien » et le « mal », entre la « société ouverte » et ses « ennemis », entre « l'Occident » et « tous les autres », entre l' « homme démocratique » et le « sauvage », entre Israël et l'Iran, entre ce qui est «judéo-chrétien » et ce qui est « musulman » et, plus important, entre le «libérateur universel humaniste » et le « sombre oppresseur » [4].

D'une certaine façon, c'est toujours l'Occident qui s'auto-gratifie, lui et lui seul, de sa capacité légale à imposer la morale d'Auschwitz. D'une certaine façon, la plupart des Occidentaux ne voient pas qu'à l'intérieur du soi-disant « clash entre les civilisations », ce sont les Palestiniens qui sont incarcérés dans un camp de concentration nommé Gaza, et que ce sont eux qui sont de toute évidence cernés par la Wehrmacht israélienne, et qui subissent les blitz de bombes de fabrication américaine larguées par des avions américains pilotés par les as de la Luftwaffe israélienne. La plupart des Occidentaux ne comprennent pas que c'est l'Occident qui est en train de se livrer à une guerre expansionniste active pour son Lebensraum dans les déserts du Moyen-Orient. Pourquoi ne le voyons-nous pas ? Parce que nous sommes submergés par un jargon moral douteux qui n'est là qu'afin de nous imposer une forme sévère de cécité politique. Plutôt que de penser de manière morale et en termes de catégories, nous nous abandonnons au flot d'une rhétorique superficielle personnelle, « à la (mode) Blair-Bush ». Quand ces deux sinistres personnages se retrouvèrent démunis de preuves flagrantes qui leur auraient permis de justifier leur guerre illégale contre l'Irak, ils se sont contentés de changer de rhétorique de raisonnement, adoptant l'assimilation de Saddam Husseïn à Hitler. L'invasion des réserves pétrolières de l'Irak a été justifiée, rétrospectivement, par la nécessité de chasser du pouvoir un tyran meurtrier. Aussi étrange cela paraisse, personne ne nous a jamais apporté la moindre preuve matérielle solide qui aurait permis d' étayer cette allégation d'atteintes colossales aux droits de l'homme en elle-même. De fait, nous avons vu occasionnellement quelques fosses communes dévastatrices, en plein désert. Mais, quelques jours après, nous apprenions de la bouche d'un expert que ces tombes étaient en réalité le legs de la sanglante guerre entre l'Irak et l'Iran. Nous n'avons jamais non plus exigé de preuves réelles des crimes de Saddam, et c'est en soi préoccupant. Nous semblons nous satisfaire de quelques récits télévisés personnels. Apparemment, nous aimons regarder des images de souffrance à la télé. Comme je l'ai déjà indiqué, nous sommes enthousiastes lorsqu'il s'agit de réagir collectivement à un appel moralisateur.

Dans l'univers libéral démocratique, le dirigeant élu est condamné à justifier ses guerre, à les étayer d'arguments moraux très solides, ou au minimum convaincants. Or il se trouve que Tony Blair a dû venir justifier sa dernière guerre illégale en date devant le Parlement. A l'époque où elle s'est produite, le gouvernement britannique a dû justifier l'éradication de la ville de Dresde. De la même manière, l'administration américaine a dû fournir une explication plausible au recours scandaleux à des bombes atomiques contre des civils.

Les gouvernements occidentaux sont véritablement enclins à nous servir des arguments politiques et moraux superficiels et choisis pour les besoins de leur cause, arguments qui ont tendance à mûrir pour donner des narratifs historiques. Pourtant, nous ne sommes pas tenus à y adhérer. Nous sommes tout à fait fondés à réviser ces « argumentations officielles » et ces narratifs historiques. Comprendre la rhétorique politique contemporaine, c'est être à même de l'étudier et d'en faire la critique. Mais, dès lors, réviser le présent, cela revient à revisiter le passé. Tout au moins du point de vue catégoriel, il n'y a pas grande différence entre la destruction de Dresde, celle d'Hiroshima, celle de Caen, de Falloujah ou encore de Najaf.

Permettez-moi de préciser, à ce sujet, que je suis entièrement convaincu que le fait de dénier Auschwitz n'aurait jamais dû devenir un point de droit. La question de savoir s'il y a eu un homicide massif au moyen de gaz mortels ou « simplement » un taux de mortalité énorme dû à une maltraitance extrême dans des conditions horrifiantes, voilà qui est, sans nul doute, une question qui relève de l'histoire. Le fait qu'un chapitre historique fondamental tel que celui-là, qui concerne une période qui ne date pas plus de soixante-dix années, soit inaccessible à la recherche universitaire ne fait que saper l'entreprise de la recherche historique dans son ensemble. Si nous ne sommes pas autorisés à parler de la génération de nos grands-parents, comment oserions-nous dire quoi que ce soit au sujet de Napoléon, voire même au sujet des Romains ? Personnellement, je reconnais volontiers que cette question ne me passionne pas vraiment. Je ne suis pas historien, et je ne suis donc pas qualifié pour en parler. Ayant reçu une formation en philosophie, j'ai plutôt tendance à me poser la question « à quoi peut donc bien servir l'Histoire » ? « Que sommes-nous en mesure de dire, à propos du passé ? »

Pour moi, la question est purement éthique : remettre en question la moralité douteuse de l'intérêt occidental pour Auschwitz est essentiel, si l'on veut remettre en question ceux qui tuent quotidiennement au nom d' «Auschwitz en tant que message ». Bien entendu, je fais allusion ici à Israël, à l'Amérique et à la Grande-Bretagne. Manifestement, ceux qui prônent « Auschwitz - le message » causent beaucoup plus de douleur que ceux qui osent douter de la validité historique de son narratif officiel.

Le Personnel est-il politique ?

Bien qu'il existe une tendance manifeste, au sein d'institutions occidentales vénérables, à imposer le personnel en tant que message politique, le tout au nom de la liberté et de l'humanisme, il est absolument crucial de rappeler que c'est précisément ce même appareil politique qui agit exactement dans le sens opposé. Politiquement, cet appareil politique intime le silence à ce qu'il y a de plus personnel en nous.

Le personnel étant devenu politique, l'expression singulière perd son importance, et l'authenticité disparaît. Une fois qu'une société fait sien, volontairement, un discours basé sur une empathie collective « correcte », primo, cette soi-disant « empathie » est réduite à un simple « appel », et n'est plus une sensation vive et vivante. Mais, plus grave, la voix de l'authentique souffrant se perd dans le vide.

Autrement dit, dans l'appareil occidental libéral, la voix singulière se perd souvent dans le désert. Si l'humanisme est véritablement une valeur universelle, alors le particulier et le singulier deviennent un atout public, la victime joue un rôle instrumental, celui de faire passer un message universel. Dès lors que le personnel devient politique, la moralité devient une sorte de discours de droiture, du type privé. Plutôt qu'une loi éthique abstraite, générale, basée sur une authentique réflexion, nous commençons à entendre des arguments moraux ad hoc, autocentrés et peu réfléchis [5]. Ceci explique sans doute pourquoi assez souvent, les victimes d'hier deviennent les oppresseurs d'aujourd'hui. Par exemple, cela peut expliquer pourquoi il n'a pas fallu à l'État juif plus de trois ans, après la libération d'Auschwitz, pour procéder au nettoyage ethnique de 85 % de la population palestinienne indigène. Apparemment, l'État juif n'a jamais suffisamment mûri pour être capable d'assumer de manière éthique la leçon morale de l'Holocauste. La raison est simple : en ce qui concerne Israël, l'Holocauste n'y a jamais été considéré autrement que sous la forme d'une vision éthique générale et abstraite. En lieu et place, il a été abordé exclusivement dans une perspective collective judéocentrée. La douleur personnelle a été politisée dans les règles de l'art. Un humaniste s'attendrait à ce que de jeunes lycéens israéliens qui visitent Auschwitz et sont confrontés aux souffrances de leurs ancêtres essaient d'entrer en empathie avec le calvaire des opprimés, et qu'ils s'identifient aux Palestiniens enfermés entre des murs et affamés par un régime raciste nationaliste en quête de Lebensraum. Oui. La vérité est terrible : moins d'un an après leur visite à Auschwitz, ces mêmes jeunes israéliens entrent dans l'armée israélienne. Vu de l'extérieur, on peut en déduire qu'ils ont appris leur leçon politique à Auschwitz. Au lieu de prendre le parti des opprimés, c'est-à-dire des Palestiniens, ils font leurs, volontiers selon toutes les apparences, les tactiques de quelque SS Einsatzgruppen.

Mais les Palestiniens ne sont pas les seuls à souffrir de la politisation et de l'industrialisation du narratif personnel sur l'Holocauste. Dès lors que l'Holocauste était devenu « la nouvelle religion juive », c'est la victime réelle, authentique, qui était dépouillée de sa propre biographie personnelle, intime. Ce narratif personnel désastreux lui-même est devenu, désormais, une propriété juive collective. Le véritable individu survivant de l'Holocauste, celui qui a vécu l'horreur, s'est vu dépouillé de sa propre expérience personnelle, de sa propre vie, elle-même. De la même manière, du point de vue féministe militant, qui plaque l'identité de violeur à l'ensemble du genre masculin, la victime féminine d'un viol perd son expression. Elle se noie dans la masse. Dans le discours féministe radical, la victime de viol n'est pas aussi spéciale que ça, elle n'a rien de personnel : dès lors que tous les hommes sont des violeurs, toutes les femmes sont des victimes.

L' « Industrie de l'Holocauste », de Norman Finkelstein, nous enseigne qu'une fois que la juiverie a adopté l'Holocauste en guise de nouveau lien communautaire institutionnalisé, l'Holocauste a été rapidement transformé en affaire industrielle. Les véritables victimes sont oubliées. Les fonds des réparations qui ont été consacrés à leur convalescence et à la restauration de leur humanité même ont fini, d'une manière ou d'une autre, par trouver leur chemin vers quelque organisation sioniste et juive. D'une certaine façon, c'est parfaitement logique. Le narratif personnel sur l'Holocauste étant devenu une sorte de foi politique collective, presque tout le monde est fondé à en devenir un disciple ordinaire, sinon un prêtre. Par conséquent, nous sommes désormais fondés à déduire qu'étant donné la politisation ambiante du narratif personnel, plus personne n'a plus le droitde posséder une biographie. Nous nous retrouvons aux prises avec une mentalité d'extase collective, qui tire son pouvoir d'un certain nombre de récits personnels erratiques, mis en commun et partagés de manière communautaire.

En reprenant la ligne de pensée herméneutique, nous pouvons conclure que le personnel, dès lors, devient politique.

« Le Politique est Personnel » : du rôle crucial de la névrose juive

La bizarre émergence de ce qu'on a appelé la « troisième génération » israélienne, c'est-à-dire celle des jeunes Israéliens post-trauma-holocaustique, illustre parfaitement ce phénomène. C'est une forme de nouvelle adoration religieuse collective. Être une troisième génération, cela revient à adhérer à un système de croyance. C'est être personnellement traumatisé par un passé que l'on n'a jamais connu. C'est s'assimiler à un précepte politique lourdement orchestré. De fait, les Israéliens de la troisième génération sont prisonniers d'un piège vicieux qui les mène tout droit à l'aliénation totale : plus ces jeunes Israéliens, pourtant nés plusieurs dizaines d'années après la fin de la dernière guerre, se prétendent traumatisés par les nazis, moins le reste de l'humanité peut les prendre au sérieux. Et moins ces jeunes Israéliens sont pris au sérieux, plus ils se sentent privés du minimum de dignité et de respect humain. Plus ils sont frustrés, plus ils font une fixation sur leur nouvelle notion de trauma, qui leur est politiquement imposée.

D'une certaine manière, c'est là le chemin idéal vers l'isolement religieux.

La soi-disant « troisième génération » est prisonnières d'un narratif qui conduit vers une forme d'aliénation totale, de détachement évident de tout environnement et de toute réalité humaine et culturelle reconnue. C'est le zèle religieux - c'est-à-dire : le trauma - qui forme cette réalité. On s' attendrait à ce que cette forme de névrose collective évolue et aboutisse à un mur de séparation culturelle entre les juifs et les autres. Etonnamment, non seulement cela n'est pas arrivé. Bien au contraire : le processus est inverse. Le discours juif est intégré comme fondement central de la conscience occidentale. Alors que certains juifs auraient tendance à insister sur leur désir de se libérer du fardeau holocaustique qui a imposé une évidente tache d'impuissance désespérée à leur identité collective, le système politique occidental a besoinde l'Holocauste et des juifs, dont il fait les vecteurs de son narratif. Plus : l'Occident a besoin de la névrose juive. C'est ce narratif à forme mythologique qui facilite l'hégémonie politique et commerciale dans un monde qui perd tout contact avec une quelconque pensée catégorique éthique authentique et abstraite. L'Holocauste est en train de prendre la forme d'un système de pensée, dont les juifs traumatisés sont les enfants de choeur s'affairant autour de son autel.

Vu d'une perspective occidentale, les juifs jouent un rôle instrumental dans la perpétuation des fondamentaux libéraux, en les enrichissant d'une sorte d'expressionnisme poétique haut en couleurs et dévastateur. Ceci explique peut-être pourquoi des lois contre le déni de l'Holocauste sont imposées dans plusieurs pays, en particulier dans des pays où l'influence des lobbies juif et sioniste est relativement mineure. L'universitaire israélien Yeshayahu Leibovitch, lui-même juif observant, a remarqué, il y a déjà bien des années, que la religion juive est morte, et que l'Holocauste est la nouvelle religion qui réunit les juifs, dans le monde entier. Je suis assez d'accord avec cette idée que l'Holocauste est désormais une forme de religion. Il a pour fonction de se substituer à une pensée éthique anthropocentrique. La religion de l'Holocauste n'existe qu'à seule fin de dépouiller l'être occidental de toute pensée éthique humaniste, le tout, au nom même de l'humanisme.

L'émergence et l'évolution du système de croyance holocaustique est le sujet que je vais tenter d'explorer ci-après.

Le Scientifique, le Technologique et la Religion

Je voudrais examiner maintenant l'évolution des trois principaux discours de l'Occident au vingtième siècle : le discours scientifique, le discours technologique et le discours religieux.

Le discours scientifique peut être défini comme une forme hautement structurée de la « recherche de la connaissance ». Dans la vision scientifique du monde, l'homme est confronté à la nature, et il s'efforce de la percer à jour. Le discours technologique, en revanche, est beaucoup moins préoccupé d'acquisition de connaissances ; il est plutôt orienté vers la transformation de la connaissance en pouvoir. Le technologue aurait tendance à dire : « Peu m'importe que vous appliquiez la mécanique newtonienne ou la théorie de la relativité d'Einstein, ce que je vous demande, c'est que vous m'emmeniez sur la Lune (vous pourriez, par la même occasion, veiller à ce que cela ne me coûte pas trop cher.). Apparemment, tant le discours scientifique que le discours technologique séparent l'homme de la nature. L'un comme l'autre impliquent le détachement de l'homme, par rapport à la nature. La raison est très simple : si l'homme est capable d'aller jusqu'au bout des secrets de la nature, il doit être, d'une certaine façon, d'une qualité supérieure, ou tout au moins différente, à la nature. D'un point de vue technologique, si la nature et la connaissance de la nature sont au service de l'homme, alors l'homme doit, d'une certaine manière, lui être supérieur.

Apparemment, ce sont ces deux discours qui ont présidé au discours intellectuel anglo-américain, au vingtième siècle. Et dès lors que ce sont les Anglo-américains qui dominent notre univers, au minimum depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, nous sommes fondés à affirmer que ces deux modes de pensée ont dominé la totalité du discours occidental, et cela depuis pas mal de temps. Autrement dit, être occidental, au vingtième siècle, cela signifiait à la fois penser scientifiquement et agir technologiquement. Par conséquent, grandir, en Occident, cela signifiait avoir tendance à admirer les scientifiques et adorer la science, puis, graduellement, à applaudir aux innovations technologiques et à les consommer.

Du point de vue académique, c'est l'école positiviste qui insista pour que nous devenions plus scientifiques et nettement moins philosophes. Historiquement, tout au moins, c'est le Cercle de Vienne, un groupe de philosophes et de scientifiques qui voulaient éradiquer toute trace de métaphysique du corpus des connaissances scientifiques. Pour ces positivistes, très logiques, « les lois logiques et les données empiriques sont les seules sources de connaissance. » Inutile de dire que le positivisme logique fut une tentative pour asséner un coup magistral à la diversité de la réalité humaine. Comme certains lecteurs de cet article le reconnaîtront, j'espère, les émotions, les sentiments et le plaisir esthétique peuvent être tout aussi importants, en tant que sources de connaissance et même de prise de conscience scientifique, pour ne pas parler de la clairvoyance. Néanmoins, les positivistes logiques n'étaient pas d'accord ; ils n'en démordaient pas : ils étaient pleins de mépris pour la connaissance quasi scientifique. Quand on leur parlait de psychanalyse, par exemple, c'est comme si on avait agité un chiffon rouge devant un taureau ; c'était quelque chose de totalement inacceptable. Le positivisme logique n'était pas seulement une charge contre toute expression émotionnelle et spirituelle, c'était aussi une offensive évidente contre la philosophie allemande. C'était un assaut non ambigu contre la métaphysique, l'idéalisme, et les premiers romantiques allemands.

En 1936, après l'invasion de l'Autriche par l'Allemagne, il n'y avait plus de positivistes à Vienne, car ils avaient dû s'enfuir en raison de leur origine ethnique. La plupart d'entre eux trouvèrent refuge dans des universités anglo-américaines. Je suis convaincu que l'écrasante tendance positiviste du monde académique anglophone, après-guerre, doit beaucoup à l'immigration forcée de ces positivistes juifs allemands. Et pourtant, l' Amérique n'a jamais été une nation aux orientations scientistes. Rares sont les révolutions scientifiques à avoir eu pour cadre l'autre rive de l'Atlantique. En revanche, l'Amérique est le pays des opportunités ouvertes, et la science, à n'en pas douter, était une grande opportunité.

Plutôt que de s'assimiler l'esprit scientifique, l'Amérique fut très efficace à transformer la science en pouvoir politique et économique. Elle a très rapidement permis à des scientifiques européens exilés, pour la plupart des juifs allemands (ainsi qu'un Italien marié à une femme juive), de produire ses premières bombes atomiques. Elle a été très rapide, dans sa façon de recruter les savants allemands en matière de balistique et de fusées, qui étaient assez enthousiastes pour faire exploser des singes dans la stratosphère. Le monde intellectuel américain n'a jamais été tellement enthousiaste, en revanche, pour les questions théoriques abstraites. Quant aux questions philosophiques, n'en parlons même pas. La question typiquement allemande « Was ist ? » n'a jamais connu un succès fantastique dans le monde universitaire anglo-américain. En revanche, l'Amérique s'est toujours passionnée pour les défis technologiques. Autrement dit, l'Amérique est enthousiasmée par les différents modes de transformation de la connaissance en puissance et en pouvoir. L'Amérique est toute entière adonnée aux technologies, c'est un pays fondamentalement pragmatique. Même dans le domaine de l'art, l'Amérique se trouvant contribuer à l'art moderne et à la musique par des créations majeures, il n'a pas fallu très longtemps pour que, pragmatiquement, on songeât à y attacher une étiquette portant un prix. Finalement, peu importe ce que vous pouvez bien penser au sujet de l'origine de la pensée, dès lors que vous buvez du Coca-Cola, que vous bouffez des McDonalds, que vous achetiez les albums de Charlie Parker et que vous rêviez de posséder un Kandinsky original.

C'est précisément cette approche extrêmement pragmatique qui a conduit à l'émergence d'une nouvelle forme de discours religieux unique contemporain.

Alors que les approches scientifique et technique avaient séparé l'homme de la nature, la nouvelle religion occidentale replace l'homme, profondément, dans la nature. Le nouveau sujet occidental, très semblable en cela au rocher et à l'arbre, est dépourvu de tout sentiment substantiel de conscience de soi, et de toutes tendances critiques. De son plein gré, et même avec enthousiasme, le nouveau type d'être occidental tend à faire siennes des perceptions de la réalité préfabriquées. Dans le cadre de cette foi mythologique émergeante, la démocratie est un Dieu, l'Holocauste en est un autre. Ces deux Dieux se soutiennent mutuellement. La démocratie est l'adoration aveugle de la liberté, à la Natan Sharansky, que citent si souvent George W. Bush et Condoleezza Rice. D'un autre côté, l'Holocauste est l'histoire du summum de la persécution et d'une revanche inextinguible, à la Simon Wiesenthal. La démocratie, seule, importe, c'est la gloire notable et manifestée par les maisons blanches et les gratte-ciel d'acier et de verre. L'Holocauste est l'esprit, l'Arche Sainte, cette chose qui vous suit partout dans le désert, mais que vous ne pourrez jamais pénétrer, questionner, ni a fortiori défier. Le Dieu de l'Holocauste siège au coeur même de la défense et illustration de la démocratie qui permet aux Anglo-américains d'insister sur la « libération » des très rares pays qui détiennent encore des ressources énergétiques ou qui ont la malchance d'être stratégiquement localisés à proximité immédiate de ces ressources.

Nous le voyons : les deux divinités - l'Holocauste et la Démocratie - sont très intelligemment placés dans une relation de complémentarité. Le message est clair : à moins que la Démocratie ne règne, un Holocauste est inévitable. Il semble bien que les Anglo-américains se servent de la démocratie en guise d'argument politique pour étendre leur hégémonie économique mondiale. Moins nous sommes convaincus par la Déesse Démocratie, moins nous croyons nos politiciens élus et moins nous soutenons leurs guerres illégales, et plus nous dépendons d'un paradigme extérieur surnaturel. Auschwitz est précisément ce paradigme. C'est le narratif surnaturel ultime, dans lequel des êtres humains ordinaires se transforment en machines à tuer. C'est le narratif d'Auschwitz, dans lequel la nation la plus avancée culturellement devient un bourreau zélé à la Daniel Goldhagen.

Le Dieu de l'Holocauste a pour fonction de tracer la réalité alternative condamnée. Mais, aussi bizarre cela paraisse, c'est la démocratique Amérique qui a utilisé la science, avec des conséquences mortelles, sur des civils innocents, depuis soixante ans. Que ce soit à Hambourg, à Dresde, à Hiroshima, au Vietnam ou en Irak, parmi une liste interminable de pays et de villes, c'est la même histoire qui se répète : les Anglo-américains tuent en masse, au nom de la démocratie. Il y a toujours une bonne raison, recevable, à leurs tueries. Dernièrement, ils ont soi-disant libéré le peuple irakien de la tyrannie d'un Saddam meurtrier de masse, véritable émule d'Hitler. Et pourtant, il est crucial d'indiquer que bien que les Américains et leurs marionnettes du pouvoir irakien aient disposé de suffisamment de temps pour collecter un nombre de pièces à conviction plus que suffisant pour incriminer M. Saddam Hussein, ils ne l'ont pas fait, sans doute parce qu'ils n'en ont pas été capables. Regardons les choses en face :les charges pesant sur M. Hussein au tribunal sont négligeables, par rapport à celles, d'ores et déjà établies, qui pèsent sur Bush ou Blair. A l'évidence, ce qui vaut pour Saddam peut être appliqué à cet autre « émule d'Hitler » que serait Milosevic. Comme nous le savons, pour l'instant, très peu de preuves ont été réunies afin d'inculper l'ancien dirigeant serbe, un homme qu'on n'a cessé de nous présenter comme un criminel de guerre. Encore une fois, je ne porte pas de jugement, en la matière, je ne fais que m'en référer aux procédures judiciaires en cours à l'encontre de ces deux ex-tyrans « émules d'Hitler ».

C'est là où nous rencontrons la beauté et la puissance de la croyance religieuse. Elle fleurit toujours dans les régions de cécité. Vous pouvez certes aimer Dieu, dès lors que vous ne pouvez pas le voir. Vous pouvez vous joindre à la meute et haïr Saddam dès lors que vous savez extrêmement peu de choses sur lui ou sur l'Irak. La haine et la foi ont ceci en commun qu'il s'agit de tendances aveugles. De même, la force d'Auschwitz tient à sa nature incompréhensible. Auschwitz est faisable, aussi longtemps qu'il est infaisable. Auschwitz, c'est le buisson ardent des temps modernes, c'est quelque chose d'anti-factuel. Vous pouvez y croire dès lors que vous ne le comprenez pas, aussi longtemps que cela vous semble insensé, aussi longtemps que cela se situe au-delà de toute imagination. Comme une Arche Sainte, vous le suivriez dans le désert, tout simplement parce que vous n'avez jamais été autorisé à y pénétrer. Auschwitz est le secret sacré et scellé de la religion anglo-américaine en émergence. C'est la face inconnue de Dieu, sous la forme de récits personnels. Dès lors que vous le remettez en question, vous remettez en question, aussi, l'avenir de l'existence anglo-américaine sur notre planète. Dès lors que vous doutez d'Auschwitz, vous devenez un antéchrist des temps modernes. En lieu et place, il vous est hautement recommandé de vous agenouiller et d'approuver la toute nouvelle mythologie émergeant du buisson ardent.

Un peu d'histoire

Au sein de l'appareil juif orthodoxe, l'histoire en général et l'histoire juive en particulier sont totalement redondantes. Simplement, il n'existe pas de nécessité pour une telle entreprise intellectuelle. En effet, la Bible est là, qui définit les paramètres cognitifs juifs. Judaïquement parlant, Saddam, Chmelnisky, Hitler et même Arafat ne sont rien d'autre que la simple répétition de l'horrible Amalec biblique. La Bible étant là, et bien là, il n'est nul besoin d'interroger la validité empirique et probatoire des divers buissons ardents et saintes arches. La croyance juive est basée sur une acceptation aveugle. Aimer Dieu, c'est obéir à ses lois.

Être juif, c'est ne jamais remettre en cause les fondamentaux.

Apparemment, il n'existe pas de théologie juive. En lieu et place, les juifs ont leur Talmud : une collection de lois et de règlements. Cette perception est loin d'être stupide. Elle est plutôt logique et étayée. Si Dieu est vraiment une entité suprême transcendantale qui surpasse toute notion d'espace et de temps, alors l'homme est condamné à ne pas le comprendre, quels que soient ses efforts. Ainsi, plutôt que philosopher sur des fondements, les rabbins sont principalement occupés par des réglementations. Ils sont là pour dire ce qui est casher et qui est un pêcheur. De la même manière, dans la nouvelle religion anglo-américaine émergente, personne ne doit soulever de questions à propos de l'Holocauste de la Seconde guerre mondiale. De plus, personne n'est supposé demander ce que signifient réellement les mots liberté, droits de l'homme et démocratie. La question de savoir si oui ou non nous sommes des êtres libres est bien trop philosophique. Plutôt que suggérer une réponse, nous sommes confrontés aux icônes rabbiniques Blair et Bush, qui restreignent nos libertés, le tout au nom de la liberté.

Laissons là les Irakiens, un moment. Sommes-nous, nous le soi-disant Occident, libérés ? Dans la nouvelle religion occidentale israélite, la cécité est ce qui permet d'aller de l'avant. Voyons les choses en face : la complexité du narratif de la Seconde guerre mondiale, avec ses contradictions et ses incohérences ne fait que contribuer à ses qualités magiques, fantastiques et surnaturelles. Nous avons intérêt à adopter l' approche hollywoodienne de la Seconde guerre mondiale, plutôt que faire notre quelque approche bêtement sceptique. De fait, ce sont les distorsions et les incohérences qui font de l'Holocauste une histoire humaine vivante, mise sous forme de religion. Ce sont les incohérences qui font de l'Holocauste un récit humain très vivant, et architecturé comme une cathédrale. Ce sont des incohérences qui font de l'Holocauste un buisson hardent des temps modernes. Soyons clairs : vous ne pouvez pas voir Dieu,mais vous entendez en revanche fort bien la voix de la démocratie et de la liberté, comme un écho provenant d'un nuage de fumée. De fait, le politique est tout ce qui demeure, parmi ce qui fut un jour personnel.

Annexe 1 Avec leur froc abaissé sur leurs mollets, je vois ces trois hors-la-loi que sont Irving, Zundel et Germar, les trois historiens révisionnistes de droite qui se retrouvent derrière les barreaux. Ils assiègent notre précieux autel, et ils pissent sans pudeur aucune sur notre miracle démocratique émergent. Vulgairement, ils remettent en question la validité du narratif personnel ; follement, ils veulent établir une dynamique nationale, un narratif lucide, empiriquement fondé sur des pièces à conviction. Ces trois criminels appliquent des méthodes logico-positivistes. Pathétiquement, ils suivent la tradition d'un Carnap, d'un Popper et du Cercle de Vienne. Je me demande s'ils ont conscience de suivre une tradition universitaire initialisée par l'école allemande juive laïque. Ces affreux révisionnistes aspirent à des valeurs vraies, à des lois de correspondances, à l'empirisme. Honte à eux ; qu'ils pourrissent en Enfer ! Ils ne voient pas que l'Occident est allé de l'avant. Ecoutez, vous, les révisionnistes, vous avez manqué le train. Nous ne sommes plus scientifiques, nous ne sommes même plus techniciens. Nous sommes aujourd'hui profondément religieux, mais nous ne sommes pas théologiques pour autant. Nous sommes évangéliques, nous prenons les choses pour leur valeur faciale, et n'allez pas me demander de la face de qui il s'agit ? Nous voulons croire. Nous sommes religieux désormais, et nous ferons tout pour que vous ne vous en mêliez pas.

Annexe 2 Plutôt que suggérer un narratif historique préférable, je m'efforce de comprendre ce qu'est en réalité l'histoire. Quelles sont les conditions pour que les possibilités d'acquérir une quelconque connaissance du passé soient réunies ? Je ne suis pas historien, et je n'ai nulle intention de le devenir; je m'intéresse aux conditions qui modèlent le narratif historique. En ce qui concerne l'histoire du vingtième siècle, nous sommes enfermés dans un récit strict, qui nous a été imposé par les vainqueurs. Certes, l'histoire est le récit des vainqueurs, et jusqu'à preuve du contraire les vainqueurs, c'étaient, et ce sont encore : les capitalistes, les colonialistes et les impérialistes. La question qu'il convient de poser est donc celle de savoir comment il se fait que la gauche européenne, qui est traditionnellement opposée à ceux qu'on vient de citer, a tendu à acheter aveuglément le récit déformé de ces vainqueurs « colonialistes » et « capitalistes » ? Je suppose que le fait que Staline se soit trouvé parmi les vainqueurs a quelque chose à voir là-dedans. Le fait que la gauche était elle-même pourchassée par Hitler est probablement une autre raison. Et pourtant, l'URSS elle-même appartient désormais au passé, Staline n'est plus là, et les gens de gauche ne sont plus pourchassés par Hitler, de nos jours. Dès lors, il est permis, aujourd'hui, à la gauche européenne de penser librement. Nous sommes supposés avoir la liberté, aujourd'hui, de réviser notre connaissance du passé, nous sommes fondés à reposer des questions et à tenter de résoudre certaines des incohérences majeures relatives à la Seconde guerre mondiale.

Je ne parle pas ici d'un récit historique fidèle, car, à la différence de David Irving et de son opposant universitaire acharné Richard J. Evans, je ne sais pas, personnellement, ce que peut bien être la vérité historique. Mais je comprends bien, en revanche, ce qu'est un narratif, et je sais même ce que le mot cohérence signifie. J'affirme que non seulement, nous avons le droit de réviser l'histoire, mais que nous devons le faire, et je mentionnerai deux raisons à cela : A) Si la gauche ou ce qu'il en reste ne se jette pas dans ce marais bouillonnant, l'histoire de la Seconde guerre mondiale et les études holocaustiques seront entièrement abandonnées aux mains de la droite radicale (politiquement et universitairement). J'ai tendance à penser que, dans une grande mesure, c'est déjà le cas. Alors que les universitaires de gauche sont principalement préoccupés par la dénonciation de négationnistes de l'Holocauste et à nous dire ce qui est correct et ce qui ne l'est pas, ce sont les révisionnistes qui s'engagent dans un travail d'étude d'archives détaillé, ainsi que de pièces à conviction, sur le terrain. B) Ceux qui ont lâché des bombes sur Dresde et Hiroshima n'ont jamais cessé de tuer, au nom de la démocratie. Actuellement, ils sont engagés dans une occupation criminelle de l'Irak, et ils envisagent même d'étendre cette occupation à la Syrie et à l'Iran. Si nous voulons les arrêter, nous devons revisiter notre passé et réviser notre image de démocratie anglo-américaine. Nous devons ré-arranger le vingtième siècle. En vue d'un futur meilleur, nous devons réviser le passé.

Appendice Il est évident que d'un point de vue anglo-américain, tout au moins, l' ennemi n'était pas Hitler. Staline, le tyran communiste était leur véritable adversaire. Hitler avait un rôle très précis à jouer. Sa tâche consistait à brutaliser les communistes de l'Est, au nom de l'Occident ; il était là pour écrabouiller les Rouges, et c'est d'ailleurs ce à quoi il s'est employé, un temps. Ceci peut expliquer pourquoi personne, en Occident, n'a réellement tenté d'arrêter Hitler, dans les années 1930. D'un point de vue anglo-américain, l'homme à moustaches convenait parfaitement à ce qu'on attendait de lui. Cela peut expliquer pourquoi Hitler lui-même n'a pas éradiqué un tiers de l'armée britannique, à Dunkerque. Pourquoi l'aurait-il fait ? Ces soldats britanniques allaient être ses futurs alliés. Puis-je suggérer que le fait qu'Hitler ait été en réalité au service d'intérêts occidentaux explique pour quelle raison les Américains, qui sont entrés en guerre en 1942, n'ont pas engagé de bataille terrestre contre Hitler avant juin 1944 ? Plutôt qu'affronter Hitler directement, sur le principal champ de bataille, ils ont lancé des offensives en Afrique du Nord et en Italie du Sud. La raison est simple : ils voulaient qu'Hitler épuise Staline. Ils ne voulaient pas mettre en danger sa sainte mission. Hitler ayant perdu sa sixième armée à Stalingrad, la perception occidentale du rôle dévolu à Hitler changea du tout au tout.

Quand il fut établi qu'Hitler reculait devant Staline, il y eut la nécessité absolue de stopper les Rouges aussi loin que possible de la Manche. Bien que les Alliés se présentent eux-mêmes en libérateurs de la France, ils n'ont en réalité envahi les plages de Normandie qu'à seule fin d'arrêter l'avancée de Staline en Europe centrale. Ceci explique sans doute la dévastation laissée derrière eux, en Normandie, par les Alliés. Généralement, des libérateurs ne massacrent pas les gens qu'ils viennent sauver. Apparemment, il en va différemment avec les Anglo-Américains. A partir de la mi-1943, les Alliés eurent la supériorité aérienne sur l'Allemagne, et pourtant, plutôt que démanteler l'armée allemande et ses objectifs stratégiques, ils concentrèrent toute leur énergie sur les bombardements en tapis sur les villes allemandes, tuant des centaines de milliers de civils innocents avec des bombes au phosphore. Après la guerre, Albert Speer a dit qu'étant donnée la supériorité aérienne des Alliés, un bombardement des infrastructures industrielles allemandes et d'autres objectifs stratégiques aurait entraîné l'effondrement militaire de l'Allemagne en moins de deux mois. Je présume que les raisons militaires des bombardements en tapis des Alliés sont terriblement simples. Les Alliés ne voulaient pas déranger l'armée allemande, qui se battait contre Staline. Par ailleurs, les Alliés avaient beaucoup de bombes ; il fallait bien qu'il les larguent quelque part. Ce sont près de 850 000 civils allemands qui ont perdu la vie dans ces opérations militaires assassines.

S'il y a une tactique en laquelle croient dur comme fer les Anglo-américains, c'est celle qui consiste à attaquer le ventre mou de l' ennemi. C'est la raison pour laquelle les Britanniques et les Américains se sont lancés dans la guerre avec des bombardiers tactiques (Lancaster, B-17 et B-24). Dans la philosophie tactique anglo-américaine, une pression énorme sur la population civile bénéficierait à l'attaquant. Ceci explique sans doute pourquoi ce fut Churchill qui fut le premier à recourir à la tactique du Blitz, en lançant un bombardement massif sur Berlin, en août 1940. Ce fut, de fait, cette initiative qui amena Hitler à frapper en représailles et à détourner une partie des efforts de la Luftwaffe, qui pilonnaient les aéroports du sud de la Grande-Bretagne, sur Londres et d'autres villes britanniques très peuplées (7 septembre 1940). De fait, c'est la décision froide de Churchill qui épargna à la Grande-Bretagne une occupation nazie (Opération Lion de Mer). Pourtant, nous ne devrions jamais oublier que c'est Churchill qui a amené les représailles allemandes dans les rues britanniques. C'est là un fait qui trouve très difficilement son chemin jusque dans les manuels d'histoire, en Grande-Bretagne.

Dans le narratif du vainqueur, le recours à des bombes atomiques était « nécessaire, afin de raccourcir la durée du conflit. » Dans le narratif anglo-américain, nucléariser Hiroshima et Nagasaki est présenté presque à l'égal d'une action humanitaire. Apparemment, il y a une donnée qui ne trouve pas place dans les chronologies de langue anglaise. Deux jours après l'explosion de la bombe d'Hiroshima (6 août 1945), les Soviétiques déclaraient la guerre au Japon. Ce fut cet événement qui amena les Américains à vitrifier Nagasaki, dès le lendemain. A l'évidence, la liquidation industrielle de milliers de civils japonais à servi à garantir une reddition rapide et inconditionnelle du Japon aux Américains, et à eux seuls.

J'ai tendance à penser que le narratif holocaustique qui nous est imposé de force, à nous tous, ne sert qu'à une chose : réduire au silence des interprétations alternatives des événements de la Seconde guerre mondiale. Je suis persuadé que si nous voulons réellement empêcher les Anglo-américains de tuer au nom de la démocratie, nous devons urgemment rouvrir un débat historique authentique.

Arrêter Bush et Blair en Irak, empêcher ces formenteurs de guerre de poursuivre leur agression en Syrie et en Iran est impératif. Si l'histoire donne forme au futur, nous devons libérer les perspectives que nous avons du passé. Plutôt qu'arrêter des révisionnistes, nous avons tout simplement besoin d'eux, encore plus nombreux. Nous devons nous libérer ; nous devons réaménager le vingtième siècle.

Post-Scriptum :

Notes : [1] Voir Sionisme et autres pensées marginales,http://www.gilad.co.uk/html%20files... . Husserl suggère l'idée qu'on peut se référer à l' « Evidenz », qui est une forme de conscience non médiate. Par conséquent, il est possible de faire l'expérience d'une pure conscience de soi-même. Husserl insiste sur le fait que la conscience qu'un individu a de lui-même peut être le vecteur d'une forme authentique de connaissance.

Martin Heidegger a refusé de valider la perception d'Husserl ; il a, de fait, dénoncé une faille majeure dans la pensée husserlienne. D'après lui, la conscience non médiate est en réalité difficile à concevoir. Les êtres humains, a-t-il dit à juste titre, opèrent dans le cadre d'une langue donnée. Le langage est déjà là, autour de nous, avant même que nous ne venions au monde. Une fois l'individu entré dans le règne du langage, un mur de séparation, fait de briques linguistiques symboliques et d'un mortier culturel, empêche l'accès de l'individu à toute « conscience non médiate » possible. Pouvons-nous penser sans mettre en jeu le langage ? Pouvons-nous faire une seule expérience, sans la médiation du langage ? Dès lors que nous nommons, ou plutôt, que nous disons - c'est-à-dire dès que nous sommes dans le langage - nous ne pouvons plus jamais être authentiques. Il semble qu'une conscience globale et authentique soit impossible. Par conséquent, le narratif personnel, bien que plausible, ne peut jamais véhiculer une «réalité authentique » ; il est toujours formaté par un langage antérieur, et même par des conditions culturelles antérieures.

[2] Un homme de gauche peut bien dire, « en tant qu'enfant de survivant, je suis plus que légitime à critiquer l'État d'Israël, le sionisme, voire même l'exploitation de l'Holocauste par les organisations juives. A l'autre extrémité, le faucon juif maintiendra que c'est précisément le récit que ses parents lui ont fait d'Auschwitz qui donne un sens au projet sioniste, qui n'existe qu'à seule fin de rendre un nouvel Auschwitz impossible.

[3] A première vue, il était très encourageant d'apprendre que Deborah Lipstadt, la guerrière en chef de la guerre contre le révisionisme de l' Holocauste, appelait les autorités autrichiennes à redonner sa liberté à l'historien révisionniste David Irving. « Laissez-le rentrer chez lui. Il a passé suffisamment de temps en prison », disait-elle. Mais on s'est rendu compte avant longtemps que ce qui pouvait passer pour de la tolérance et du pardon n'était en réalité que froid instrument de maintenance du narratif auschwitzien officiel. « Je suis toujours mal à l'aise quand on emprisonne quelqu'un pour ce qu'il a dit », explique Lipstadt, qui insiste : «Laissez-le partir, et permettez qu'il s'efface de tous les écrans radars. »

On est fondé à présumer que la préoccupation de Lipstadt motivée par la réapparition d'Irving a quelque chose à voir avec la volonté et aussi la capacité qui sont celles d'Irving de sérieusement remettre en question le narratif holocaustique officiel. Apparemment, cette universitaire rabbinique américaine ne se fait l'adepte enthousiaste de la « liberté d'expression » qu'à seule fin de réduire son ennemi au silence. Apparemment, Lipstadt n'est pas seule dans son cas. « Si l'Autriche veut montrer qu'elle est une démocratie moderne », argue Christian Fleck, sociologue à l'université de Graz, « vous feriez mieux de recourir à l' argumentation, et non aux lois contre le négationnisme de l'Holocauste ».

C'est là une sage argumentation , à laquelle on s'attend de la part d'un universitaire européen. Et pourtant, notre sociologue autrichien ne s'en tient pas là ; il fait la bévue de proposer ce qu'il considère être un argument universitaire correct : « Irving est fou - et la meilleure façon de traiter avec les fous, c'est de les ignorer. Avons-nous si peur de quelqu'un dont les opinions sur le passé sont un non-sens évident, au moment où chaque écolier connaît les horreurs de l'Holocauste ? Affirmerions-nous que ses idées sont si puissantes que nous ne sommes pas en mesure de disputer avec lui ? » Apparemment, Fleck n'est pas très au point, en matière de formulation logique de base. « Recourir à un argument », ce n'est pas faire d'une conclusion une prémisse. Fleck s'est donné à tâche de démontrer qu'Irving est bel et bien fou, au-delà de tout doute possible. On s'attendrait à des preuves un peu plus consistantes que la « connaissance commune d'un écolier ». Là encore, sans chercher à discuter de la question de la responsabilité d'Irving, sans référer à la validité de son argumentation, nous nous surprenons encore une fois à apprendre quelque chose au sujet de la notion courante et néanmoins douteuse de ce qu'est la tolérance occidentale. Je parierais que Fleck et Lipstadt sont essentiellement intéressés par l'acquisition d'une image de tolérance. De quelque chose qui a l'apparence de la liberté, mais qui, en réalité, perpétue l'hégémonie.

[4] Il est fondamental de relever, ici, que c'est à l'intérieur même de cette dichotomie évoquée ci-dessus que le président iranien se retrouve isolé, n'ayant plus d'autre option que de faire sien ce que d'aucuns considèrent être un narratif négationniste de l'Holocauste. Il est crucial de signaler que le président iranien n'est pas seul ; beaucoup d'Arabes et de musulmans partagent ses vues. Dès lors qu'Auschwitz devient le symbole d'une réconciliation judéo-chrétienne, l'islam, en général, et les Arabes en particuliers, sont rejetés, et ils ne sauraient être perçus que comme une menace mondiale. Ils sont pratiquement évincés du discours occidental. Comme si cela ne suffisait encore pas, ils sont dépossédés de leur dignité humaine la plus élémentaire. Jusqu'à un certain point, la seule façon de s'en sortir, pour eux, consiste peut-être bien à rejeter carrément l'Holocauste.

« Si vous vous préoccupez tellement des juifs », demande le président iranien Ahmadinejad, « pourquoi ne les reprenez-vous pas chez vous ? » Bien qu'une telle suggestion puisse paraître bizarre, tout d'abord, elle n'en véhicule pas moins une déconstruction conséquente et logique de l'appareil idéologique auschwitzien, tout du moins du point de vue des opprimés contemporains. A la fin des fins, l'Holocauste est le problème de l'Occident. Ni les Arabes, ni les musulmans n'ont rien à voir là-dedans. Le judéocide a eu lieu en Europe. Si les Européens, et en particulier les Allemands, se sentent mal à l'aise vis-à-vis de leur propre passé collectif, ils doivent peut-être considérer l'idée de donner aux citoyens juifs israéliens des passeports allemands, au lieu de donner à la marine israélienne trois sous-marins flambants neufs munis de têtes nucléaires. On le sait, quelque part, l'Allemagne préfère la deuxième option. Je laisse au lecteur le soin de deviner pour quelle raison. Il est fondamental, également, de mentionner que les Palestiniens sont « les dernières victimes d'Hitler ». Personne ne peut douter du fait évident que c'est bien, effectivement, l'Holocauste, qui a transformé le sionisme, d'aspiration idéologique marginale qu'il était, en moteur et justification d'un Etat raciste nationaliste. Ainsi, là encore, si les Allemands se sentent mal à l'aise vis-à-vis de leur passé, c'est vers les Palestiniens qu'ils doivent se tourner. Ne nous en tenons pas là : si les Palestiniens sont bien effectivement les dernières victimes d'Hitler - ce qu'ils sont - pourquoi ne sont-ils pas autorisés à développer leur propre narratif de la Shoah?

Sauf erreur de ma part, tout mouvement de solidarité de gauche qui suggèrerait de concilier une position pro-palestinienne avec une adoration religieuse d'Auschwitz serait condamné à l'échec http://www.gilad.co.uk/html%20files.... Les deux attitudes sont conflictuelles, pour ne pas dire contradictoires entre elles. Aussi longtemps qu'Auschwitz ne sera pas devenu une étude éthique catégorielle ainsi qu'un chapitre historique, c'est Auschwitz même qui sera au coeur de l'oppression du peuple arabe en général, et des Palestiniens en particulier, par les sionistes, directement, ou par d'autre, sous leur direction.

[5] A ce stade, je souhaiterais réintroduire l'éthique kantienne. D'après Kant, les exigences morales sont fondées sur une référence rationnelle qu'il qualifie d' « impératif catégorique ». « Agis en permanence d'une manière telle que la maxime de ton action puisse être décrétée en loi universelle. »

Le jugement moral dépend d'une procédure d'auto-réflexion, plutôt que de l'acceptation d'une règle externe.

par Gilad Atzmon, 23 février 2006. Original : http://www.gilad.co.uk/html%20fles/...

Traduit de l'anglais en français par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.

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