Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Un antisémitisme de gauche

Par Pascal Boniface (Politis - 2 décembre 2004)

Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques, auteur notamment de " Est-il permis de critiquer Israël ? "(Robert Laffont, 2003), répond ici au rapport de Jean-Christophe Rufin. De nombreux responsables institutionnels de la communauté juive française et quelques intellectuels ont largement répandu l'idée selon laquelle : la critique du gouvernement israélien n'est qu'un alibi pour exprimer au nom des victimes palestiniennes un antisémitisme que l'on ne peut ou on ne veut pas afficher franchement. C'est ainsi qu'est née la notion " d'antisémitisme de gauche " censée avoir remplacé l'ancien antisémitisme de droite ou d'extrême droite. L'idée vient d'être reprise dans un rapport officiel remis au Ministre de l'Intérieur par l'écrivain et responsable d'ONG Jean-Christophe Rufin .

Selon l'auteur «parmi les formes subtiles d'antisémitisme par procuration», il en est une qui doit être particulièrement distingué, c'est l'antisionisme radical… Cet antisionisme moderne est né au confluent des luttes anticoloniales, antimondialistes, antiracistes, tiers-mondistes et écologistes. Il est fortement représenté au sein «d'une mouvance d'extrême gauche alter-mondialiste et verte»... «En mettant l'accent sur la dénonciation de " la politique de Sharon " et en se recommandant de certaines voix juives dissidentes , il se donne des cautions de respectabilité et entend suggérer qu'il n'est pas assimilable à un antisémitisme.» Jean-Christophe Rufin proposait d'adopter un texte qui permettrait de punir ceux qui porteraient des accusations de racisme sans fondement à l'encontre de groupes, d'institutions ou d'États, et utiliseraient à leur propos des comparaisons injustifiées avec l'apartheid ou le racisme. Ce rapport a été fort bien accueilli par les responsables communautaires, mais il a suscité par ailleurs une vague de réactions négatives. Les pouvoirs publics ont annoncé qu'ils ne donneront pas suite à sa proposition de modifier la loi. Certes Rufin est revenu en arrière en reconnaissant que «le fait d'évoquer la possibilité de nouveaux outils juridiques était probablement maladroit». Reste que l'argumentation sur un antisémitisme par procuration des altermondialistes demeure et qu'il lui apporte sa double sa caution d'intellectuel non communautaire et de responsable d'ONG humanitaire. Cette campagne assimilant l'antisionisme à l'antisémitisme repose sur un postulat inexact. Mais si elle a pris une telle ampleur, c'est qu'elle répond à une finalité politique précise. L'antisémitisme et l'antisionisme sont deux choses différentes. L'antisémitisme est l'hostilité - et même parfois la haine - à l'égard des Juifs, pris indifféremment pour la seule raison qu'ils sont Juifs. L'antisionisme est le refus de l'existence de l'État d'Israël. Les deux concepts peuvent être liés, mais ils ne le sont pas automatiquement. Il y a évidemment des gens qui, étant antisémites, refusent au peuple juif le droit à disposer d'un État. Mais en même temps, il y a au sein de la communauté juive de nombreux Juifs antisionistes. Le lien entre les deux notions n'est donc pas automatique. De nombreux Juifs - accusés dès lors d'être animés par la " haine de soi " s'affirment antisionistes. Ils peuvent l'être pour des raisons religieuses. Au nom de la Torah des religieux nient à l'État d'Israël le droit de représenter tous les juifs. Ils estiment même que la politique d'Israël met les Juifs de la Diaspora en danger . D'autres sont antisionistes pour des raisons politiques. Ils estiment que les Juifs doivent être intégrés individuellement dans les États où ils vivent et ne se reconnaissent pas dans un État qui serait fondé sur des critères d'ethnie ou de religion. Il peut y avoir des sionistes antisémites. Une partie de l'extrême droite française l'est. Elle préfère voir les Juifs en Israël plutôt qu'en France. Elle approuve la politique de répression contre des Palestiniens du fait d'un racisme anti-arabe. Les " chrétiens sionistes " américains soutiennent la politique de Sharon. Pour eux, le retour des Juifs en Terre sainte servirait de prélude à leur adhésion au Christ et, pour ceux qui ne le font pas, à leur destruction physique. Ils sont donc à la fois antisémites et sionistes. Il y a donc de multiples combinaisons, des termes " sionisme ", " antisionisme " et " antisémitisme "et pas forcément dans le sens d'un lien unique et automatique entre antisémitisme et antisionisme. D'ailleurs dans son journal Theodor Herzl écrivait «les antisémites deviendront nos amis les plus loyaux, les nations antisémites nos alliés». Pourquoi dès lors des intellectuels de haut vol et à leur suite des responsables politiques procèdent à cette grossière assimilation? L'accusation d'antisémitisme de gauche, a pour fonction d'empêcher la critique politique du gouvernement israélien au nom de la lutte contre l'antisémitisme. Elle vise avant tout ceux qui combattent l'antisémitisme, reconnaissent le droit pour Israël d'exister dans des frontières sûres et reconnues, condamnent les attentats-suicide, mais critiquent la conduite de son gouvernement. Ils ne reprochent pas à Israël d'exister, ils critiquent ce que fait Israël. On leur oppose l'accusation d'antisémitisme afin que cessent leur critique à l'égard du gouvernement israélien. Or c'est justement parce qu'ils sont de gauche qu'ils condamnent l'occupation et la répression. La dénonciation de l'antisémitisme de gauche est bien souvent le moyen pour certains d'occulter le fait qu'ils ne critiquent pas l'action de Sharon tout en se disant progressistes. Pour des raisons qui leur sont personnelles, ils n'appliquent pas au conflit israélo-palestinien les critères et valeurs universelles dont ils se réclament par ailleurs. D'où leur malaise qu'ils reportent sur d'autres avec cette notion d'antisémitisme de gauche. Cela leur permet de s'exonérer en disant : «Ce n'est pas nous qui ne sommes pas cohérents. Ce sont les autres qui sont antisémites». Dans la mesure où le PS est toujours ambigu sur le conflit du Proche-Orient, les attaques sont concentrées sur les mouvements politiques qui ne renvoient pas dos à dos l'occupant et l'occupé. Les différents " moralistes " qui s'élèvent contre l'antisémitisme de gauche seraient bien en peine de citer précisément des déclarations antisémites des responsables altermondialistes, Verts, communistes ou de gauche. Ces derniers en auraient-ils proféré qu'ils auraient d'ailleurs été traduis à grand renfort de publicité devant les tribunaux. Taguieff par exemple, dans son livre " La nouvelle judéophobie " affirme que les responsables de gauche pro-palestiniens sont responsables du climat de judéophobie. Pour donner du poids à son argumentation il cite…Ben Laden, Faurisson Garaudy et des imams extrémistes dont aucun ne peut-être considéré de gauche et encore moins altermondialiste… On voit bien le but d'un tel raisonnement. Sous couvert de lutter contre l'antisémitisme, on criminalise la critique politique d'un gouvernement. Il y a bel et bien une tentative d'empêcher le libre exercice du débat démocratique au nom de la lutte contre l'antisémitisme. Cette stratégie est en fait l'aveu d'un échec. La politique israélienne est devenue tellement impopulaire qu'il est intellectuellement devenu quasiment impossible de la défendre. La répression quotidienne des Palestiniens bouleverse de plus en plus les opinions européennes, qui pourtant ne voient pas les images qui défilent quotidiennement sur les chaînes arabes. Devant la difficulté de défendre la politique du gouvernement israélien dans le cadre d'un débat contradictoire, il ne reste plus que l'arme absolue de l'accusation d'antisémitisme pour tenter de faire taire toute critique du gouvernement israélien.

Les reproches adressés au gouvernement Sharon sont à leurs yeux la preuve de la montée de l'antisémitisme au niveau mondial, moyen facile d'éviter toute interrogation sur les pratiques de ce gouvernement. Les spécialistes des questions stratégiques estiment que le terrorisme est l'arme utilisée par ceux qui n'ont pas les moyens d'affronter leur adversaire sur le terrain militaire classique. Le terrorisme intellectuel consistant à accuser d'antisémitisme ceux qui critiquent Sharon est une arme utilisée par ceux qui n'ont pas les arguments pour affronter leurs contradicteurs sur le terrain du débat. Ceux qui sont autant occupés à dénoncer " l'antisémitisme de gauche " sont assez muets face à ce qui est non pas un fantasme mais une réalité : le sionisme de droite ou d'extrême droite. Le soutien que la droite dure et extrême apporte au gouvernement Sharon mériterait certainement moins d'indifférence. Les agressions contre d'autres minorités ethniques donnent lieu à une moindre mobilisation, ce qui suscite d'ailleurs des reproches de " deux poids, deux mesures ". Et cela peut conduire non pas à combattre l'antisémitisme, mais à le nourrir et donner lieu à des dérapages. Il est faux de dire que les médias organisent le " black out " sur les agressions antisémites. On peut au contraire estimer qu'ils les survalorisent par rapport aux autres incidents racistes, à un point tel que cela suscite des vocations chez quelques écervelés . A l'inverse les violences exercées par des groupes extrémistes juifs, qui justifient leur action par la nécessité de lutter contre l'antisémitisme, donnent lieu à des comptes-rendus très brefs dans la presse - quand ils sont signalés - et par une absence quasi totale de dénonciation des pouvoirs publics. Curieusement également lorsque des juifs critiques à l'égard de Sharon sont menacés de morts ou molestés, la presse est plus discrète et les responsables politiques muets. Ce sont d'ailleurs parfois les mêmes qui s'élèvent contre l'antisémitisme de gauche et qui se livrent à ces attaques. Ce sont pourtant bien des actes antisémites, puisqu'on reproche à ces intellectuels d'être des " traîtres juifs " . Mais on semble juger moins graves les agressions dont ils sont victimes parce qu'ils sont critiques à l'égard d'Israël. Faudrait-il en conclure que la défense d'Israël l'emporte sur la lutte contre l'antisémitisme ? On ne voit guère d'autres explications rationnelles.

(1) L'emploi du terme «dissident» pour qualifier les juifs français qui expriment ouvertement une critique de la politique de Sharon est significatif.

(2) Cité par Oren Medicks, responsable du bloc de la paix Gush Shalom, dans le Nouvel Observateur du 2 septembre 2004. Il écrit par ailleurs : «En tant qu'Israëlien je demande à la diaspora de na pas confondre l'antisémitisme avec la défense aveugle de l'Etat d'Israël.»

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Post-Scriptum : source : http://www.iris-france.org

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