Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Une vie tragique qui reflète l’histoire de la Palestine

Mouhammad est un réfugié de la seconde génération qui a un passé tragique de déplacements forcés et d’aliénation.
Il est né et a grandi en Irak dans une famille palestinienne chassée de son village d’Aqir en Palestine historique.
Le 4 mai 1948, Aqir a été envahi par une milice sioniste qui a tué et kidnappé ses habitants et détruit leurs maisons. La plus grande partie des villageois se sont enfuis et ceux qui sont restés ont été chassés quelques semaines après.
En décembre de la même année, la nouvelle armée israélienne, craignant le retour des Palestiniens bannis, avait déjà installé des Juifs qui venaient d’immigrer en Israël dans les maisons du village, comme le relate l’historien Benny Morris dans son ouvrage : L’origine du problème des réfugiés palestiniens doit être repensée*.

Aujourd’hui, les Israéliens connaissent Aqir sous le nom de Kiryat Ekron.

En écoutant Mouhammad, qui nous a demandé de ne pas révéler son identité pour des raisons de sécurité, les mots du romancier palestinien, Ibrahim Nasrallah, me sont venus à l’esprit : "Il nous faudrait des coeurs beaucoup plus gros pour pouvoir contenir tant de malheur."

L’histoire de la Palestine, de 1948 à nos jours, est toute entière contenue dans l’histoire de Mouhammad.

“Mourir dans le désert”
Quand les Etats-Unis ont envahi l’Irak en 2003 Mouhammad s’est enfui en Jordanie. Là il a été enfermé quatre mois dans le camp de réfugiés de al-Rweished dans le désert à la frontière entre l’Irak et la Jordanie.
Cet homme élancé qui semble avoir la quarantaine a perdu son fils aîné atteint de leucémie dans ce camp. Mouhammad a finalement réussi à entrer en Jordanie parce qu’il était marié avec une palestinienne jordanienne.
"L’histoire a fait beaucoup de bruit dans les médias. Ils se sont mis à parler de l’enfant d’un Jordanien en train de mourir dans le désert", se souvient-il.
Sous la loi jordanienne, l’époux non jordanien d’une femme jordanienne n’acquiert pas la citoyenneté ni le droit de résidence qui va avec, mais les Palestiniens du camp qui étaient mariés à des Jordaniennes bénéficiaient d’une exception royale et pouvaient entrer dans le pays tandis que les autres Palestiniens restaient des années dans le désert.
La plupart des réfugiés furent finalement envoyés au Brésil. La situation en Jordanie n’était pas bonne et Mouhammad ne parvenait à trouver du travail pour nourrir sa famille. Ils ont été obligés de rentrer en Irak. Mais à cause des luttes entre factions qui ont suivi l’invasion étasunienne, il était impossible de trouver du travail et de vivre en Irak. En 2006, Mouhammad et sa famille émigrèrent en Syrie.
Hélas, la crise syrienne qui s’est déclenchée en mars 2011 a obligé la famille à déménager une fois de plus.
En novembre 2013, Mouhammad qui était en train de chercher de la nourriture a été arrêté à un checkpoint et appréhendé par l’armée syrienne.

Torturé en prison
Mouhammad a été torturé pendant 40 jours et il a perdu 30 kg.
Quand je l’ai rencontré, Mouhammad m’a décrit les terribles conditions de sa détention dans une prison misérable et surpeuplée : “On était obligé de se serrer pour laisser de la place aux blessés.”
Au bout de 40 jours, Mouhammad a dû choisir entre être envoyé dans une prison en Irak, son pays de naissance, ou être déporté dans un pays qui voudrait bien de lui.
Sa femme a dû vendre ses bijoux pour lui acheter un billet d’avion et payer des pots de vin aux officiers de sécurité. L’Egypte a refusé de le laisser aller à Gaza parce qu’il n’avait pas de carte d’identité palestinienne (ces cartes sont délivrées par Israël par l’intermédiaire de l’Autorité Palestinienne), bien qu’il ait été en possession d’un passeport palestinien délivré par l’Autorité Palestinienne.

Un appel de Gaza
Hisham, un étudiant palestinien de Kuala Lumpur a reçu un appel de sa famille de Gaza lui disant qu’un Palestinien en provenance de Syrie dont la mère habitait à côté de sa famille à Gaza, devait arriver en Malaisie le jour suivant.
Hisham a couru à l’aéroport le jour suivant avec une pancarte où était marqué le nom de Mouhammad. Un homme qui descendait de l’avion lui a fait signe. C’était Mouhammad.
Il s’est joint à un groupe de Palestiniens et c’est là, en Malaisie, que je l’ai rencontré. Une fois installé Mouhammad a appelé sa famille en Syrie, Palestine et Irak. Puis il a appelé les ambassades de tous les pays pour essayer d’obtenir un visa. Mais elles ont toutes refusé.
Il est resté en Malaisie au delà de son permis de séjour et a dû payer une lourde amende. On lui a donné une semaine pour quitter le pays et on lui a interdit d’y revenir avant deux ans. Son frère lui ayant obtenu un visa de tourisme pour l’Irak, il a décidé d’y repartir.

Amertume
Mouhammad parle de la situation des Palestiniens avec amertume : “Quand la crise a éclaté en Syrie, cela a été très dur pour les Palestiniens. Une partie des Syriens nous accusait de soutenir le régime syrien et l’autre de le trahir.”
En février dernier Mouhammad a réussi avec de l’aide à réunir assez d’argent pour acheter un billet pour l’Irak.
Mouhammad sait ce que c’est d’être palestinien : sa famille est en Syrie, il n’a ni futur, ni alternative, il est ballotté d’un endroit à un autre ; son père a été chassé de son village natal de Palestine par des gangs sionistes et il est né en exil.
Il sait ce que c’est que d’avoir perdu sa patrie et d’être un éternel réfugié toujours en quête d’un passeport. Il sait ce que c’est que de se sentir coupable d’être palestinien, lui dont le fils est mort dans le désert et la famille échouée en Syrie. Il sait ce que c’est que la torture.
Il sait ce que c’est que de n’avoir nulle part où aller. Mais le pire de tout c’est que toute la famille soit séparée : ses frères et lui sont en Irak, ses enfants et sa femme en Syrie et sa mère et son cœur en Palestine.

* Yousef M. Aljamal est un traducteur basé à Gaza où il tient un blog. Il est l’un des deux traducteurs de The Prisoners’ Diaries : Palestinian Voices from the Israeli Gulag.

Note :
* The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited.

 Pour consulter l’original : http://electronicintifada.net/content/tragic-life-mirrors-palestines-history/13210
Traduction :  Dominique Muselet