Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Voyage en Palestine occupée 1

Par Julien Lacassagne

27 juillet 2007

"Me voici arrivé en Palestine. Il est plus de deux heures du matin lorsque je sors de l'aéroport Ben Gurion. Je croise d'ailleurs le buste sculpté du dirigeant israélien en me rappelant qu'il avait déclaré en pleine seconde guerre mondiale qu'il préférait voir les juifs d'Allemagne morts dans les camps plutôt que de les voir émigrer en Angleterre et non en Palestine. On retrouvera facilement cette déclaration, notamment dans le livre de l'auteur égyptien Soliman Abdallah, Pour une histoire profane de la Palestine (La Découverte, 1989), Enfin bref, l'histoire est longue mais les mémoires sont souvent courtes.

Ali, mon hôte palestinien, a eu la générosité de venir me chercher, je ne le remercierai jamais assez. Malgré la fatigue, j'essaie de soutenir une conversation un tant soit peu cohérente pendant le trajet jusqu'a Jérusalem. Un peu avant d'arriver, alors que nous sommes dans la périphérie de la ville, Ali me fait remarquer que nous sommes en train de traverser Deir Yassine. Bien entendu, ce seul nom foudroie comme une décharge d'électricité. Que reste-t-il du village dont la population a été massacrée par un commando commun de l'Irgoun et du groupe Stern, avec l'assentiment de la Haganah, en 1948 ? Dans la nuit, je ne vois qu'une banlieue, avec des bâtiment portant des inscriptions en Hébreu. Voila, rien ne s'est passe alors ? Tu n'as rien vu à Nevers, tu n'a rien vu à Hiroshima, et tu ne vois rien à Deir Yassine, me dis-je. Si l'Histoire n'a pas oublié les centaines de morts de Deir Yassine, la Géographie les a engloutis.

Ali m'invite à manger un morceau sur l'axe correspondant à la route de Ramallah. Il m'explique qu'il y avait énormément de commerces et donc une vie sociale intense sur cette route auparavant ultra fréquentée de Jérusalem-Est. Mais les israéliens ont créé un nouvel axe, à Jérusalem-Ouest, qui à capté les flux, asséchant ainsi celui de l'est, et donc asphyxiant les commerces et la vie sociale de la zone arabe. C'est tout simplement de la géographie, et la géographie, surtout ici, ça sert d'abord à faire la guerre.

Nous discutons jusqu'à très tard dans la nuit ou plutôt très tôt à l'aube et je lui fais part d'un épisode auquel j'ai assisté. Je n'étais encore qu'en transit à l'aéroport Ataturk d'Istanbul, dans la salle d'embarquement pour Tel Aviv. Il n'y avait alors que trois israéliens Je me suis assis sur l'une des banquettes de telle manière que je tournais le dos aux trois autres, après un bref instant, j'entends une voix un peu gênée demandant "Tel Aviv ?", aucune réponse ne vint, puis une seconde fois "Tel Aviv ?", toujours rien, et encore une troisième fois "Tel Aviv ?". Je me retourne et je vois un homme accompagné de sa famille, faisant face aux trois israéliens En me voyant, alors que j'étais un peu éberlué, il me sourit et me demande "Tel Aviv ?". Je lui rends son sourire et je lui réponds qu'il est bien dans la salle d'embarquement pour Tel Aviv. Aucun des trois israéliens qui se trouvait face à lui ne s'était donné la peine de répondre à cet homme qui, à défaut d'être arabe, était tout de même franchement turc. Ali me répond que cette scène veut dire beaucoup de choses.

Après un bref sommeil, je vais me balader dans les rues de la vieille ville, autour de la porte de Jaffa, toujours dans Jérusalem-Est. J'ai assez vite trouvé qu'il y avait quelque chose de douloureux dans le paysage, comme si je marchais entouré d'écrans de fumée cachant une réalité. Les patrouilles des soldats israéliens me font vite suffoquer. Et puis, en pleine ville arabe, je suis entouré de boutiques proposant, en guise de "souvenirs", des T-Shirts "I love Israel", voire, c'est un comble, des casquettes "Israel Army". Bref, la présence israélienne vient se loger partout. Je suis obligée de dire que j'ai du mal à décrire la tristesse qui m'accable. Pour me remonter le moral, j'essaie d'imaginer une Jérusalem arabe. Tout semble s'organiser pour tenter coûte que coûte d'humilier le peuple palestinien.

Mon écoeurement redouble lorsque je traverse le Cardo, le quartier juif de la vieille ville, où tout semble aseptisé. D'un côté on laisse les quartiers arabes à l'abandon, et de l'autre, on fait briller les vieilles pierres du quartier juif, en courant d'ailleurs le risque de transformer la zone en une chimère mi-Juan-les-Pins mi-Disneyland. Je trouve enfin du réconfort au Jérusalem hôtel, ou je prends un plaisir grisant à voir des affiches écrites en arabe.

Le soir venu, je suis invité par Ali à un concert au Tombeau des Rois, en haut de la rue Salah el-Din. Le nom de la rue me donne déjà du baume au coeur en me remémorant la glorieuse victoire du premier des Ayyoubides sur les croisés à la bataille de Hattin en 1187. Saladin les chassa définitivement de Jérusalem en 1189, les croisés avaient pris la ville après le siège sanglant de 1099, comme quoi l'histoire est longue, mais elle n'oublie jamais, elle ne pardonne jamais, et quand elle condamne, elle est sévère. Tout ça pour dire que je rentre donc dans la cour du Tombeau des Rois, et je me sens vite à l'aise en entendant parler l'arabe au micro. L'organisatrice annonce la venue de l'ensemble Edward Saïd. Le concert est une merveille, la musique et les chants arabes s'envolent avec une grâce et une élégance incroyables. C'est plus que de la musique, c'est de la fierté composé avec des notes. La Palestine surgit alors avec la musique, elle n'est plus sous Israël, mais bel et bien dessus, elle le dépasse et je me souviens alors du vers de Jean Richepin : "Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu'eux".

A la fin du concert, j'ai entendu une voix s'élever : "Vive la Palestine libre !"

Julien Lacassagne

Post-Scriptum : Sources: http://www.europalestine.com