Gn 15,18. En ce jour-là, le Seigneur fit alliance avec Abram, en lui disant: Je donnerai ce pays à votre race, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate;
Gn 15,19. Tout ce que possèdent les Cinéens, les Cénézéens, les Cedmonéens ....  
Des arnaques, on en a connu. mais comme celle-ci: jamais!

 

Voyager en Palestine : le désir de toute une vie, "La route de Rafah fait penser à celle de Bagdad"

Les arbres et les buissons le long de la route se font plus rares à l’approche de la province du Sinaï Nord en Egypte. A droite, il y a des lignes électriques à haute tension. Le chauffeur les montre en disant : « Cette électricité part en Jordanie ».
Ceci est mon premier voyage en Palestine.
Lequel est le gazoduc qui va en Jordanie et en Israël après avoir subi plusieurs explosions après la révolution du 25 janvier ?
Il pointe une clôture de pierres au milieu du désert, parallèle à un autre muret qui semble recéler quelque chose.
Le chauffeur dit : « Voici le gazoduc en question, juste à côté se trouve l’aqueduc qui apporte l’eau du Nil à Rafah. Mais nous n’en avons pas besoin, nous avons un système aquifère », ajoute-t-il avec une pointe de fierté nationale.
Il semble que Bédouins du Sinaï et Egyptiens se détestent cordialement. Je demande qui a fait exploser le gazoduc. Il répond : « Soit le régime [égyptien], soit le Mossad ! » Comment est-ce possible ? Il répond : « Dans le cas où c’est le régime, pour dire qu’il n’y a pas de sécurité sans eux et si c’est le Mossad, pour se confronter à la situation sécuritaire ». C’est aussi simple que ça.
La route oblique finalement dans un paysage totalement désertique qui nous dévoile son âpre beauté.
Un paradis désertique de lumière et de couleurs pures s’étend à l’infini. L’horizon est divisé comme par un canif, en deux couleurs - un ciel bleu pâle comme celui que vous voyez depuis un avion volant à haute altitude et un désert jaune interrompu par la seule ombre galbée des dunes de sable.
Pas de gris, pas de pentes. L’éclat des couleurs vous fait presque mal aux yeux.
Vous vous souvenez des peintres qui ont vu le Levant pour la première fois. Vous comprenez ce qu’ils voulaient dire quand ils disaient avoir découvert la couleur en Orient.
Pendant une heure et demie il n’y a rien d’autre que le sable mais vous ne vous lassez pas de regarder. La route depuis Le Caire jusqu’au passage de Rafah prend cinq heures. Je colle mon visage à la vitre de la voiture qui engloutit la route. De loin on peut voir quelques chameaux et aussi quelques palmiers
Le chauffeur dit : « Maintenant je me sens chez moi ».
Un panneau indique : « La Province du Sinaï Nord vous souhaite la bienvenue », et les postes de contrôle militaires font pareil.
La Méditerranée apparaît sur notre gauche de derrière les dunes.
Ici l’accent des gens est moitié palestinien, moitié égyptien. Soudain des oliviers font leur apparition. Pas beaucoup, mais suffisamment.
Un autre panneau : « La Ville de Sheikh Zuweid vous souhaite la bienvenue ». Là aussi il y a un char de l’armée mais personne ne nous arrête. Tout à coup le chauffeur désigne au loin une colline qui avec la distance, semble couverte d’immeubles : « Madame ... vous voyez la ligne des maisons sur la colline ? Voilà la Palestine ».
Enfin nous voilà rendus à Rafah. Des foules désordonnées occupent l’espace devant le poste de passage qui coupe la ville en deux parties : un côté égyptien, où nous nous trouvons maintenant, et un côté palestinien qui nécessite permis et autorisations.
Ensuite c’est la frontière. Et comme à chaque frontière, le passage fourmille de gens essayant de joindre les deux bouts, depuis les changeurs et les porteurs jusqu’aux vendeurs de thé et de café. Partout des voyageurs sont submergés de bagages qu’ils tentent d’extraire des taxis et des autobus.
Les choses se déroulent sans problème. Les employés du centre de presse m’accompagnent d’un bureau à l’autre. Les formalités de passage sont effectuées en une heure et demie.
Ceux d’entre nous qui ont la chance d’en avoir terminé avec la paperasse vont vers un autobus garé dans une arrière-cour. Nous achetons un billet à 25 EGP (3,16 €) pour nous emmener du côté palestinien du passage. Nous attendons une heure que le bus se remplisse. Enfin il démarre vers la douane palestinienne.
Je colle mon visage à la vitre. Je ne veux rien rater. A peine le bus a-t-il fait 20 m et passé une porte, nous nous arrêtons. Je questionne la passagère assise à mes cotés : « Que se passe-t-il ? ». Elle me regarde en riant et désigne un grand panneau qui souhaite la bienvenue dans la bande de Gaza - Entrée sud de la Palestine. Nous sommes arrivés !
Nous faisons une longue queue devant la fenêtre du bureau de la sécurité où nous achetons aussi un ticket de bus à 5 ILS (shekels israéliens) (près d’1€) !
Mon dieu ! Vais-je devoir payer en shekels ? Je ne peux pas. Je demande à l’employé : « Puis-je payer en livres égyptiennes ? ». Il répond par l’affirmative. Mais un jeune homme sort galamment 5 shekels de sa poche et m’achète un ticket. D’accord, je laisse faire pour cette fois mais que ferai-je plus tard ?
Je décide de ne pas y penser pour le moment. Je désire que rien ne vienne gâter cet instant pour moi - le moment où je rencontre la Palestine. Et nous passons l’entrée en Palestine sous un drapeau palestinien flottant au vent.
Tant de sentiments me traversent. Je suis bouleversée. Je regarde de tous mes yeux mais c’est comme si je n’arrivais à rien voir. Je suis « là-bas », maintenant ! Il faut que j’intègre promptement que ce « là-bas » interdit est devenu tout simplement ... ici.
Dès que nous quittons la zone douanière, je demande au chauffeur de s’arrêter. Je descends de la voiture à plaque verte. Des files de petits pois verts s’étendent devant moi et les modestes maisons qui ponctuent le panorama me rappellent les villages de la Bekaa au Liban.
Je fais le premier pas, je regarde le sol sous mes pieds comme si j’apprenais à marcher pour la toute première fois. C’est donc la terre de Palestine ?
Refoulant mes larmes à l’abri de mes lunettes de soleil, je contemple, troublée, le sable blanc mêlé de la poussière des chaussures de tous les passants.
Comment remplir ma promesse ? Je ne savais pas qu’on pouvait se tenir sur le sol de Palestine ? Je pensais que cette terre ne pouvait être qu’embrassée. Mais maintenant ce sol est très réel.
Je me décide. Je me penche et ramasse une poignée de terre, je la lève à ma bouche et là, je vois ... les restes d’un chewing-gum. Je le contemple avec un brin de tendresse, riant à mes propres dépens, puis je le rejette à terre.
Ce que je viens de faire n’est pas passé inaperçu. Deux hommes aux vêtements élimés, appuyés contre un petit véhicule à plateau devant le passage de la frontière, me regardent avec un sourire ironique. Ils commentent à haute voix : « Regarde celle-là ... . Qu’est-ce qui vous amène de votre pays dans cet endroit. Qui peut quitter l’Italie pour venir ici ? ».
Ils ont décidé que j’étais italienne. Je vais vers eux et les salue. Ils sont surpris et confus. Je leur demande la raison de cette colère et de cette amertume. L’un d’eux répond : « Qui choisit d’entrer dans une prison de son plein gré ? ».
Il me dit qu’ils sont sans emploi. Ils ont même essayé d’aller trouver du travail en Egypte mais sans succès. L’aîné ajoute : « Y a-t-il un seul pays au monde où les coupures d’électricité durent de huit à dix heures par jour ? ».
Parmi tous les sujets qu’il aurait pu choisir, il a pris celui de la pénurie d’électricité (crise durable au Liban aussi).
Nous nous dirigeons vers la ville de Gaza. Je demande au chauffeur de ralentir. Je veux m’imprégner de tout. Tout ce que je sais de Gaza est théorique, maintenant il s’agit de regarder l’image concrète, sa traduction sur le terrain.
Mon ami palestinien ne facilite pas les choses. Il me submerge d’informations. Voici Khan Younis, ici, c’est Deir al-Balah, cette route où nous roulons est la Route Saladin, la plus longue de Gaza. Elle va du passage de Rafah à celui d’Erez à Beit Hanoun, à la frontière avec « les juifs ».
Personne ne dit « les Israéliens ». Il y a Israël et il y a les juifs.
Voici la route côtière parallèle à la route Saladin et à la mer bien sûr. Ici, il y avait une colonie israélienne avant la libération de Gaza. Elle a été transformée en terre agricole pour l’Autorité palestinienne. Cette terre aride pleine de gravats était jadis couverte d’arbres mais Israël les a tous rasés pendant l’occupation.
Il montre une intersection que nous venons de dépasser, avec un poste militaire. Il dit que le passage de Netzarim se trouvait là. Il a reçu ce nom parce que « eux » y passaient pour se rendre dans une colonie du même nom située près de la plage de l’autre côté.
Il y a eu des affrontement pendant l’intifada dit-il, avant d’ajouter comme une évidence : « Et il y avait 20 mètres devant le poste de Netzarim, c’est là que [le petit] Mohammad Durrah a été abattu dans les bras de son père ».
Nous arrivons à Gaza au crépuscule. La météo annonce une tempête comme Gaza n’en a pas vu depuis une cinquantaine d’années. Plus le temps aujourd’hui pour une promenade en ville. Nous dépassons le port à proximité de l’hôtel.
La mer est le poumon de Gaza. Mais même la mer est clôturée par les Israéliens, qui tirent sur les bateaux des pêcheurs s’ils traversent la limite des trois milles (5,5 km) qu’Israël leur a imposée, comme si la mer était la cour de prison où les détenus sont autorisés à faire une petite promenade.
Les pêcheurs que j’ai rencontrés m’ont confirmé que les Israéliens tirent sur eux dès avant qu’ils atteignent la limite désignée.
L’hôtel se trouve près du port. Nous ne demandons pas aux gardes à l’entrée du port si nous pouvons entrer. Nous entrons tout simplement. Là, au milieu d’une scène qui ressemble aux ports des pauvres, se dresse un monument. En approchant nous nous rendons compte qu’il commémore les martyrs de la Flottille de la Liberté.
Il y a des plaques de marbre sur le mémorial avec les noms des neuf martyrs turcs tués sur le Mavi Marmara le 31 mai 2010, en arabe et en turc.
Les pêcheurs de Gaza, comme tous les pêcheurs, sont bronzés par le soleil. Mais ils sont bien plus maigres. Ils ont l’air famélique comme la maigre pitance qu’ils tirent de leurs 5,5 km de mer occupée.
« On n’arrive même pas jusque là », s’exclame un pêcheur assis au bord de la mer avec ses amis réparant leurs filets déchirés. « Là », c’est à dire la limite des trois milles. « Ils nous tirent dessus à balles réelles et nous abreuvent d’insultes ; parfois ils nous volent nos filets », dit-il.
Ils ne tardent pas à me demander d’où je viens. Ils sont ravis quand je réponds, « du Liban ». Un pêcheur plus âgé me raconte qu’avant 1967 ils avaient l’habitude de mener leurs bateaux jusqu’au Liban.
« Nos hommes partaient d’ici et prenaient leur petit-déjeuner à Dawra [au nord de Beyrouth] », dit-il.
Ils m’invitent à revenir le lendemain pour rencontrer la personne qu’ils appellent leur « leader syndical ». A ma question, ils répondent : « Bien sûr il n’y a pas de syndicat, mais c’est ainsi que nous l’appelons ».
Le vieil homme me regarde et dit, comme pour faire preuve de son expérience : « Les basses pressions arrivent demain et elles vont durer jusque dimanche. Il n’y aura pas de pêche. Dieu ait pitié de nous, le port va être dans un état ! ». Le chauffeur me dépose à l’hôtel proche, dans une rue où les hôtels se succèdent.
Dès que je rentre, j’entends un vrombissement et l’odeur du diesel m’accueille, un symptôme de la crise de l’électricité à Gaza, dont j’entendrai parler partout où j’irai.
Pourquoi ai-je comme l’impression que je n’aurai pas le mal du pays ?

Doha Shams

- Al-Akhbar - Vous pouvez consulter cet article à : http://english.al-akhbar.com/conten...
Traduction : Info-Palestine.net - Marie Meert

Rubriques: